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Forum Économique Mondial
Davos: une crédibilité mitée
Québec une participation
douteuse
28 février 2011
éditorial de JosPublic

 

En photo: vue de la ville de Davos bien protégé!

 

JosPublic

Pourquoi parler du Forum Économique Mondial de Davos alors qu'il est terminé depuis le 30 janvier 2011 ? Parce que je m’étonne que sur les 44 articles de presse publiés au Québec, qui annonçaient en grande pompe l’événement, aucun n’ait assuré un suivi de la participation du Québec pendant et après l’événement.

Rien, à l’exception d’un court compte rendu sur le site d’Investissement Québec, disponible uniquement en anglais.

JosPublic a donc déposé deux demandes d'accès à l'information au gouvernement pour en savoir plus sur les retombés de ce renommé Forum. Il faudra cependant attendre le délai de réponse, soit une trentaine de jours, pour en mesurer l’efficience.

Il est raisonnable de se questionner sur la pertinence de la participation d’un premier ministre du Québec, surtout en perte de crédibilité, à ce Forum donc l’objectif initial s’est réalisé suite au passage à une économie mondiale. Maintenant ce n’est qu’une foire commerciale. Est-il vraiment indispensable que le chef de l’État dépense de sa personne et l’argent des contribuables pour tenir par la main les entreprises vers ce genre de manifestation, alors qu’elles bénéficient déjà de réductions d’impôts, de subventions à la pelle et de compensations électorales?

Jean Charest
Premier ministre du Québec

Bien sûr, grâce à son titre honorifique, la personne de Jean Charest peut s’intéresser à tisser des liens personnels avec les dirigeants du Forum et les autres panelistes, ou contribuer par sa grande expérience de fourberie à certains panels, mais aux frais de l’État?

Récemment, David Rothkopf, un consultant, chercheur et commentateur américain, et habitué du forum disait: "Toute cette entreprise est en train de s'étioler pour plusieurs raisons, toutes liées au fait que Davos se prête mal au réseautage."

Le premier ministre n’a pas «réseauté» durant les cinq jours du Forum, il a participé en tant qu’intervenant à deux ateliers : l'un portant sur la rétention de la main-d'oeuvre et l’autre sur le développement durable. Plutôt loufoque lorsqu'on examine son bilan québécois, mais l’homme a le droit de se divertir et de se faire voir. Il a dû écourter son séjour afin d’assister aux funérailles de Mme Audrey Best, ex-épouse de Monsieur Lucien Bouchard. À cause de la distance Montréal/Suisse, soustrayons une autre journée et demie de temps de lobby; donc peu de rencontres avec des dirigeants de multinationales, tel que seriné par les médias.

Considérons que la preuve est faite : la présence du Premier ministre n'était pas obligatoire pour le bien du Québec. Qui donc a fait le travail de participer à une trentaine de tête-à-tête, programmés avant même le début du Forum? Est-ce Clément Gignac, le ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation qui, comme membre officiel d’un comité du Forum a probablement grugé quelques heures sur ses rendez-vous d’affaires?  Ou e
st-ce que les rendez-vous ont tous été organisés et réalisés par M. Jacques Daoust d'Investissement Québec et les quelques fonctionnaires à son service? Si tel est le cas pourquoi ne pas l'avoir envoyé seul avec son équipe ?

Dans les faits, ces rencontres demandent le plus souvent des mois de préparation : qui veut-on  rencontrer? Quel secteur industriel? Présent à Davos ou pas? Une plage horaire disponible? Le motif de la rencontre? Etc.  

Bien naïf est celui ou celle qui croit un seul instant que des élus se promènent dans les corridors pour lire les cartons d'identification des participants afin d'y déceler un client potentiel. Surtout que les médias ont rapporté la présence de plus de
2 500 décideurs et dirigeants d'entreprises à ce Forum, nombreux quoi!

Selon monsieur Daoust d'Investissement Québec, «Nous avons profité de notre présence à Davos pour rencontrer des dirigeants de compagnies qui ont des filiales au Québec.

Nous leur proposons une aide pour faire bonifier leur investissement au Québec. Nous n’avons tenu des rencontres qu'avec des représentants des industries de la biotechnologie et de la métallurgie.
»

Jacques Daoust
Investissement Québec

Ce Forum, désormais à caractère commerciale, ne s’adresse plus à nos élus.es, mais concerne les Chambres de commerce du Québec et quelques sociétés parapubliques qui pourraient très bien s’organiser et financer une délégation d’affaires à même leur propre budget de développement. Curieux qu’il faille encore soutenir ce même monde des affaires qui n'a toujours que de gros mots pour dénoncer l'État et continue de s’en prendre à ses coffres.

Si le Forum de Davos n’est plus ce qu’il était, il faut quand même continuer l’effort de chercher de nouvelles entreprises pour créer de l’emploi au Québec. Ce ne sont pas les propriétaires d’entreprises d'ici qui vont aller se chercher de la compétition,  Eux qui visent à tout prix le monopole dans leur secteur d’activité. Alors voilà pourquoi les gouvernements tentent de développer de nouveaux secteurs économiques, pour ne pas indisposer les ti-n’amis, qui vraiment contribuent peu au développement économique du Québec et à la répartition de la richesse.

La norme est plutôt de s’enrichir comme Pierre-Karl Péladeau de Quebecor, en laissant quelques miettes tomber de la table, ce qui comble bien leur suffisance de parvenus.

PARLONS coûts

Des questions restent en suspens, JosPublic attend des réponses â ses demandes d'accès à l'information au gouvernement, sur la procédure d’inscription de la délégation québécoise et notamment sur les indemnités accordées aux panelistes. En attendant, voici les coûts annuels en dollars canadiens pour la participation au FEM.

Clément Gignac
Ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation

Il existe quatre niveaux d’inscription. Pour participer aux séances destinées aux masses, le forfait de base est de 52 515,30 $, auquel il faut ajouter le billet d'entrée de 18 910,95 $ [13 900 euros], pour un total de 71 426,25 $ [52 500 euros]. 


Pour assister aux réunions privées avec vos pairs, vous devez adhérer au niveau Industry Associate à 136 050,00 $ (100 000 euros),
auxquels il faut ajouter le coût du billet d'entrée, pour un total de 155 097,00  (114 000 euros).

Comme la plupart des patrons n'aiment pas se déplacer tout seuls, un collègue les accompagne. Et non, il ne suffit pas d'acheter un billet supplémentaire; vous passez alors au niveau Industry Partner, pour la modique somme de 261 216,00 $ (192 000 euros), auxquels vous ajoutez les coûts de deux billets d'entrée, pour un total de  299 310,00 $ (220 000 euros).

Bien nantis ou bien sustentés par l’État, vous désirez venir avec une suite, disons cinq personnes. Vous montez
à un autre niveau, Strategic Partner, à 523 792,50 $ (385 000 euros). Ne vous leurrez pas, ce n'est qu'une adhésion annuelle pour un droit d’invitation maximum de cinq personnes. Bien entendu, vous devez quand même payer les billets d’entrée pour les cinq, soit 617 667,00 $ (454 000 euros). Cette année, tous les Strategic Partners sont priés de convier au moins une femme pour diversifier la liste des participants.

À tous ces frais,
ajoutons les coûts de transport aérien, privé ou gouvernemental, les frais de séjour usuels, les quelques sorties, dîners, cocktail, taxis, etc. Sachez aussi qu’une Mercedes Classe S avec chauffeur réservée par le Forum coûte dans les 9 931,65 $ pour la semaine. Un hélicoptère de l'aéroport de Zurich à Davos ? Environ 9 931,65 $. Le Forum dispose toutefois d'un service de bus gratuit pour ceux qui se soucient de leur empreinte écologique, nos fervents politiciens, adeptes du développement durable, préfèrent laisser leur trace.  

Bref, toute cette fanfare médiatique pré-Forum, toutes ces dépenses aux frais de la princesse, et pas un seul communiqué de presse, ni petit rapport, voire quelques mots aux citoyens et citoyennes du Québec, lesquels se farcissent, dans l’ignorance complète, la facture extravagante d'une participation douteuse à une foire commerciale.

L’économie d’abord? Non! La dilapidation des fonds d’abord!