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Forum économique mondial
Harper veut un chien de garde boursier unique

Davos

Klaus SCHWAB
Par le journal la Tribune - France
Bernard MARIS
Chronique sur France Inter
Publié le 27 janvier 2010


 Commentaire
Klaus SCHWAB
fondateur et président exécutif du World Economic Forum

 

Commentaire
Bernard MARIS
économiste

"Rethink, redesign, rebuild" : repenser, redessiner, reconstruire. C'est autour de ces trois impératifs qu'ouvre le forum économique mondial de Davos. Dans un texte publié par La Tribune, le fondateur du WEF livre ses réflexions sur la transformation du monde. Selon lui, la sortie de crise sera semée d'embûches avec l'apparition de nouvelles bulles qui imposent plus que jamais coopération et intégration.

La récente crise économique et financière a mis en exergue le fait qu'après avoir découvert les joies de la "mondialisation des opportunités", nous faisons face actuellement à une "mondialisation des problèmes". Ce tournant illustre l'étendue de la transformation du monde d'aujourd'hui et reflète notamment dans quelle mesure il est bien plus interconnecté, interdépendant et complexe qu'auparavant, en mettant en scène de nombreux nouveaux acteurs gouvernementaux et non-gouvernementaux.

Les effets de la crise semblent s'atténuer. Et malgré une reprise qui demeure fragile, une certaine satisfaction s'est désormais installée. L'élan vers les réformes globales qui prévalait auparavant est partiellement retombé et l'attrait de la coopération internationale s'est estompé ; la Conférence de Copenhague en a récemment fait la preuve.

Les enseignements de la crise nous indiquent en toute clarté que cette année sera jalonnée de nombreuses difficultés. Les mesures fiscales et monétaires mises initialement en place en vue d'atténuer les secousses économiques mondiales font craindre désormais la formation de nouvelles bulles économiques.

De plus, dans un contexte de surcapacité persistante de nombreux secteurs économiques, les évolutions démographiques, comportementales et technologiques induites par l'effondrement de la demande mondiale menacent la solidité de la reprise qui vient de s'amorcer. De surcroît, les risques planétaires tels que le changement climatique, la prolifération nucléaire et les pandémies n'ont jamais été aussi menaçants.

En limitant notre action uniquement sur la gestion de la crise, nous ne ferons qu'alimenter la spirale descendante. Le déni de certaines vérités gênantes ou politiquement dérangeantes nous a incité à nous reposer sur des systèmes irréalistes et intenables dès le départ. Il est certain que les périodes de crise sont l'occasion de mettre en œuvre des idées plus efficaces et de modifier le système mondial dans le bon sens, en s'appuyant sur la participation des principaux acteurs de l'ensemble de la société à l'échelle universelle.

Sans aucun doute, 2010 constitue un tournant de l'histoire mondiale, et par conséquent, pour prendre en main notre avenir, il va nous falloir repenser avant tout notre système de valeurs, puis redessiner nos structures internationales, et reconstruire nos institutions.

Repenser notre système de valeurs requiert de multiples conditions préalables : d'une part la garantie d'un ancrage à la responsabilité sociale et au développement environnemental durable, mais également une assurance à la réduction des inégalités. Ceci nous permettrait d'instituer les fondations qui adapteraient nos structures internationales aux besoins de la société du XXIème siècle. Ce remodelage doit être mis en œuvre à tous les niveaux, et tout particulièrement au niveau mondial, par le biais de la mise en place d'un cadre indispensable, applicable notamment aux flux financiers et aux échanges internationaux. Pour y parvenir, une vision commune doit émerger, conjuguée à une innovation collaborative et des partenariats publics-privés afin de garantir le succès à long terme de la mise en œuvre.

Repenser nos valeurs et repenser nos structures internationales conduira naturellement à la reconstruction de nos institutions, en vue de les rendre plus proactives et plus stratégiques. Plus inclusives, elles renforceraient la participation de l'ensemble des acteurs. Elles seraient aussi plus fidèles aux nouvelles structures géopolitiques et géoéconomiques et plus soucieuses de la responsabilité envers les générations futures.

Pour reconstruire le monde après la crise, il nous est possible de recourir à de nouveaux concepts qui se fondent sur une plus grande participation citoyenne et des partenariats engagés entre les instances publiques et les acteurs non-gouvernementaux. Il nous appartient de faire appel davantage à l'expertise et au savoir dans le cadre de nos processus de décision. Nous devons aussi accentuer le recours aux réseaux sociaux en tant qu'outil de renforcement de la responsabilisation, puiser plus efficacement dans notre capital numérique, et être plus à l'écoute de la génération à venir.

S'il existe déjà de nombreuses institutions en mesure de prendre en considération certains aspects spécifiques des défis auxquels le monde fait face, aucune d'entre elles n'a aujourd'hui la charge d'examiner la situation mondiale en suivant une approche intégrée et globale. De plus, elles ne disposent pas non plus des acteurs et des moyens nécessaires pour garantir l'exécution adéquate d'une telle tâche.

Intégration et coopération. Voilà clairement ce dont le monde a le plus besoin aujourd'hui. On ne relève pas ce genre de défi en solitaire. Il nous faut sortir de nos retranchements et créer des liens avec le reste du monde et les autres organisations qui nous entourent. Tout progrès à accomplir au XXIème siècle est caractérisé par la complexité et la rapidité d'évolution. Il requiert une capacité à comprendre les motivations de l'ensemble des parties prenantes de la société et à obtenir des informations pertinentes quant à la nature des problèmes. Cela ne peut se faire qu'à travers un dialogue entre ceux qui ont la responsabilité d'établir l'ordre du jour mondial. Cet échange est une condition préalable à une prise de décision éclairée et juste. La seule contribution que Davos puisse offrir au monde à chaque début année est de fournir les conditions permettant un tel dialogue, complet et authentique.

 

Bernard MARIS revient sur le Forum économique de Davos. Les participants font mine d'avoir abandonné l'idée d'une compétition mondiale généralisée. Impossible, dit-il.

"Améliorer l'état de la planète : repenser, remodeler, reconstruire". Tel est le thème proposé par Karl Schwab aux participants à la 40e édition de la Réunion annuelle du Forum de Davos du 27 au 31 janvier 2010

Karl Schwab, un économiste, universitaire de formation, célèbre pour avoir fondé le Forum de Davos en 1971. Cinq jours pour 1400 dirigeants des 1000 premières entreprises de la planète, et pour les grands de la politique, de la société civile. Inauguration par Nicolas Sarkozy. Présence de Lula et de nombreux dirigeants. 200 personnalités médiatiques. 15% de femmes, à peine - mais en hausse ! enorgueillit Monsieur Schwab.

Tous vont se poser, je cite toujours Monsieur Schwab, la question de « La coopération internationale et de l’amélioration de l'état du monde... Et nous devons également reconstruire nos institutions ». Et d’ajouter, avec une pointe de tristesse : « Force est de constater les dysfonctionnements du système actuel de coopération internationale. Discutons du thème de la coopération internationale ».

Mais le thème de la compétition semble avoir disparu. Davos distribue en fin de forum des bons points aux pays sur leur compétitivité économique. En général la France est très mal placée, trop de fonctionnaires, trop de dépenses publiques, trop de pression fiscale, marché du travail pas assez libre etc. Mais là, il semble bien qu’on souhaite parler de coopération plus que de compétition entre pays.

Est-ce à dire que le règne du chacun pour soi s’achève au profit de la gouvernance pour tous ? Un pas qu’il ne faut pas franchir. Car ces 1000 dirigeants de grandes entreprises, sont, à peu près les mêmes : comment, du jour au lendemain, eux qui réclamaient moins d’État et d’impôt, réclameraient-ils plus de gouvernance et de régulation ? « Contrôlez-nous, par pitié ne nous laissez pas faire ! Voyez de quoi nous sommes capables ! » On pourrait rêver d’une révolution...

Mais que serait une révolution en matière économique ? Quel type de privilège pourrait abandonner une multinationale ? La liberté d’une multinationale, disait ce patron, c’est d’aller chercher le travail là où il est le meilleur marché, les subventions là où elles sont les plus fortes, et les sièges sociaux là où les impôts sont les plus faibles. Une entreprise pourrait-elle abandonner le privilège de définir le partage entre profits et salaires de sa valeur ajoutée ? Non, ne serait-ce que parce qu’on ne voit pas qui pourrait redéfinir ce partage : une instance supranationale qui redistribuerait la richesse du monde ? Elle est loin d’exister.

On aurait pu penser à faire intervenir l'État. Il pouvait participer à ce partage dans la mesure où l’État-nation avait quelque pouvoir. Il devenait alors l’État providence, qui assurait un partage pas trop inégalitaire de la valeur ajoutée, notamment grâce aux cotisations sociales et aux impôts. Mais le temps de l’État providence au niveau mondial n’est pas encore venu...

 

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