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Bilan du Parti Québécois: La réponse de Jean-François Lisée, ministre
à Jules Falardeau, cinéaste

Il semble bien à JosPublic qu'après 7 mois de pouvoir l'aile parlementaire du Parti Québécois peine à expliquer ce qu'elle fait. Les médias nous rapportent en détails ce que les élus.es au pouvoir ne font pas ou font mal ou pas à leur goût. Mais par rapport au programme électoral du Parti Québécois où en sont-ils vraiment ? Voici donc une chronique publiée par Jean-François Lisée, question de permettre aux élus.es de présenter leur propre bilan...à nous de titrer nos conclusions à partir de leur programme électoral et celui des autres partis tels que présentés à l'électorat en août et septembre 2012.

  Québec

 

 
 
 

Texte par Jean-François LISÉE

Il y a quelques jours, le cinéaste Jules Falardeau m’a écrit une lettre ouverte sur le Huffington Post. Il me fait plaisir de lui répondre.

Salut Jules,

Je ne te connais pas personnellement, mais comme tu m’as écrit et que tu poses des questions qui méritent réponse, je me lance.

Tu résumes ton propos dans ces deux paragraphes:

Jules Falardeau

"Moi j’aimais bien votre idée d’augmenter les impôts pour les plus riches. L’idée a duré quatre jours? À la place vous indexez les frais de scolarité. Vous trahissez les gens qui ont passé des mois dans la rue à se faire brasser par la police et qui ont causé la chute du précédent gouvernement. Et je ne parlerai pas de Madame Maltais avec ses histoires d’aide sociale. [...]

Il me semble que je répète continuellement les mêmes choses à votre sujet. Et je ne suis pas seul. Beaucoup de militants que je connais – de la première heure, des nouveaux, des gens motivés par des questions sociales et par l’indépendance – ne se retrouvent plus dans le PQ. Comment leur donner tort. Vous perdez des votes sur votre point n°1 au profit d’Option nationale, sur votre gauche au profit de Québec solidaire et sur votre droite au profit de la Coalistion Avenir Québec. Pendant ce temps, vous courtisez la communauté anglophone qui vote contre vous depuis toujours.

C’est là que j’ai besoin d’explications.
"

Bon. C’est tout un programme. Comme je te sais progressiste je vais commencer par là.

En sept mois, le gouvernement du Parti québécois:

1) a aboli la taxe santé pour un million de Québécois les plus pauvres;
2) l’a réduite pour un autre deux millions;
3) a augmenté les impôts payés par les plus riches;
4) a aboli l’augmentation des droits de scolarité de 82% pour la ramener à une indexation qui suit le niveau de revenu des ménages (l’indexation, c’était notre position pendant la campagne électorale);
5) a aboli la hausse programmée par les libéraux de 20% des tarifs d’Hydro pour la remplacer par une simple indexation;
6) a augmenté le salaire minimum au delà des 10$, ce premier mai;
7) a investi 110 millions $ dans les soins à domicile pour les aînés et propose une « assurance autonomie».

Nicole Léger

Agnès Maltais

C’est tout ? Non. On a annoncé deux mesures extrêmement importantes pour sortir de la pauvreté les enfants les plus démunis: l’ouverture de maternelles quatre ans dans les quartiers défavorisés et l’extension des places de garderie pour que chaque enfant ait une place. Ah, à ce sujet, tu as entendu dire qu’on avait coupé dans les budgets des garderies ? C’est vrai qu’on tente de faire plus avec moins. Mais as-tu entendu dire que Nicole Léger a négocié avec les garderies et en est arrivée à une entente à ce sujet ? Non ? C’est pourtant le cas.

C’est tout ? Non. Je sais que tu es préoccupé par les mesures annoncées par Agnès Maltais sur l’Aide sociale. Sur le fond, il s’agit d’arrêter de dire que toute personne de 55 ans est, automatiquement, inapte au travail, et d’arrêter de dire que les deux membres d’un couple qui a des enfants de moins de cinq sont, tous les deux, inaptes au travail. Pour ceux qui sont depuis longtemps à l’Aide sociale, chaque cas est particulier. C’est pourquoi Agnès s’est engagée à ce que chaque personne soit suivie et que ceux qui ne peuvent retourner en emploi ne soient nullement pénalisés.

Surtout, elle annoncera sous peu un relèvement des sommes versées aux personnes les plus pauvres au Québec: les personnes seules qui sont assistées sociales.

Et je suis certain que tu n’as pas vu passer l’autre annonce d’Agnès: 70 millions de plus qu’avant pour aider l’insertion en emploi d’un plus grand nombre de Québécois démunis. Au global, l’action du gouvernement fait reculer la pauvreté. Et c’est bien le but de l’exercice.

C’est tout ? Non. On va donner une impulsion nouvelle à l’économie sociale — on a déposé une loi cadre qui va mettre une fois de plus le Québec à l’avant-garde du développement de ce type d’entreprises et d’emploi. Cela t’avait échappé ? Et, oui, côté revenus, on est sur le point de déposer un régime de redevances minières qui va donner une plus grande part de richesse aux Québécois.

Et l’environnement ?

T’ai-je dit que nous ne sommes là que depuis sept mois ?

Tu dis que certains ne se reconnaissent plus dans le PQ. Le PQ qui avait promis de sortir le Québec du nucléaire… et qui l’a fait ? Le PQ qui avait promis un moratoire et un BAPE sur le gaz de Schiste… et qui l’a fait ? Le PQ qui avait promis de sortir de l’amiante… et qui l’a fait ?

On a annoncé un système électrique de transport léger sur rail pour le transport collectif sur le Pont Champlain, on travaille sur une politique industrielle d’électrification des transports et sur un rehaussement des investissements en transport en commun, en plus de voies réservées sur Turcot et du co-voiturage. On va de l’avant avec un marché du carbone avec la Californie. Plusieurs autres annonces de ce type sont en préparation. C’est ce qu’on avait promis. C’est ce qu’on fait. Moi, je me reconnais dans ce parti et dans son action.

Faire le ménage

Tu m’écris « Vous aviez l’air d’aimer ça l’expression faire le ménage ». Oui, Jules, c’est une expression essentielle. Et il y avait énormément de ménage urgent à faire.

On a adopté la loi la plus sévère de notre histoire pour assurer l’intégrité des entreprises qui font affaire avec les fonds publics. On a passé des lois pour casser le système des prête-noms en réduisant le financement individuel des partis au Québec et dans les villes, en permettant de retirer de leurs fonctions des maires sous accusation. On a étendu le vote dans les institutions d’enseignement, fixé des élections à date fixe et proposé de retirer leur prime de départ aux députés qui démissionnent en cours de mandat. On propose de créer un bureau des enquêtes indépendantes pour que des civils puissent enquêter sur des incidents impliquant des policiers. Et on n’a pas fini. Mais le rendement me semble quand même bon, pour sept mois, non ?

La gouvernance souverainiste

Indépendantiste, tu t’interroges sur la pertinence de la Gouvernance souverainiste. Comme toi, je préférerais qu’on soit souverain. Ou encore qu’on soit sur le point de faire la souveraineté. Mais, tu l’auras remarqué, les Québécois ont décidé en septembre 2012 d’élire un gouvernement minoritaire, mais un gouvernement souverainiste. (Et si la moitié des électeurs qui ont voté Québec Solidaire et Option National avaient voté PQ, nous serions majoritaires. Soupirs…)

Nous n’avons pas l’intention de nous en tenir à une gouvernance provinciale. Notre action, responsable, illustre clairement notre détermination à définir les intérêts du Québec comme nation, et de les défendre, y compris lorsque ces intérêts sont en contradiction avec l’action fédérale.

Lorsque le gouvernement fédéral adopte une réforme néfaste — comme dans le cas de l’Assurance emploi — nous ne nous croisons pas les bras. Pour la première fois, nous avons mis sur pied une Commission d’examen sur un geste fédéral. Ce ne sera pas la dernière.

Ottawa veut détruire le registre des armes à feu, on a annoncé qu’on allait avoir le nôtre. Ottawa met la hache dans l’ACDI ? On aura notre propre agence de solidarité internationale. C’est la souveraineté qui prend forme, dans chacun de ces gestes.

Tu m’interroges finalement sur mon dialogue avec la communauté anglophone, affirmant qu’ils « ne voteront jamais pour nous ». D’abord, il y a toujours des exceptions. Mais dialoguer avec la principale minorité du Québec ne doit pas avoir un objectif partisan. C’est comme si tu me disais qu’il ne fallait pas dialoguer avec les Premières nations car elles ne sont pas indépendantistes. La question n’est pas là.

Nous voulons faire du Québec un pays pour tous les Québécois, y compris ceux qui auront voté Non, comme c’est leur droit. Et nous voulons gouverner pour tous les Québécois, y compris ceux qui n’ont pas voté pour nous et qui ne le feront probablement pas.

Finalement, tu m’invites à réfléchir à « la vraie raison d’être de ce parti ». Il faut y réfléchir sans arrêt, bien sûr. Tu m’écris aussi qu’il ne faut pas attendre les conditions gagnantes, mais les créer. Que du vrai là-dedans.

Le PQ vient de lancer la plus grande campagne de promotion de l’idée d’indépendance, en dehors d’une campagne référendaire. Faire progresser l’idée même d’indépendance est indispensable. Il faut y ajouter aussi, chemin faisant, pour atteindre une majorité de Oui, et sans en faire des pré-conditions, un retour de la confiance des électeurs envers l’intégrité de leurs dirigeants, l’efficacité de leur État, son sens de la justice, la solidité de ses finances, toutes conditions mises à mal par les années libérales.

Je ne prétendrai pas que notre gouvernement est parfait ni que mes réponses satisferont chacune de tes questions et aplaniront chacune de tes inquiétudes. Mais le scepticisme dont tu es porteur a peut-être beaucoup à voir avec le fait que les problèmes dont nous avons hérités étaient immenses et que les attentes envers nous étaient peut-être démesurément élevées.

En regardant notre bilan de sept mois, avec un peu de recul, j’estime qu’on livre la marchandise promise aux Québécois pendant la campagne électorale, qu’on est en train de remettre le Québec sur les rails. Si tu voulais nous donner encore un peu de bénéfice du doute pour la suite, et un coup de main par-ci, par-là, ce serait bienvenu.

Allez, salut

Jean-François

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Source: Blogue de Jean-François Lisée, le 29 avril 2013

Choix de photos, mise en page par : JosPublic
Publication : 1er mai 2013

 

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