Des sociétés publiques ont accordé des contrats d'entretien
à une entreprise délinquante

Le Président de P.R. Maintenance embauche Benoît Corbeil devenu célèbre suite au scandale des commandites au gouvernement fédéral

« Il existe deux P.R. Maintenance. Il existe P.R. Maintenance Management qui est ma compagnie et il existe P.R. Maintenance qui n'a aucun lien avec moi », soutient Pierre Robitaille. Photo Luc Laforce

Écrit par Valérie Dufour
Pour le journal des lockouté
de Quebecor rue Frontenac
Publié le 8-7 avril 2010


 

 

P.R. Maintenance a décroché de lucratifs contrats avec d’importantes institutions publiques, dont la SAQ, l’Université de Sherbrooke et l'École de technologie supérieure de Montréal. Photo Luc Laforce

Entretien domestique, entreprise délinquante, commandites, Corbeil, collusion

D'importantes institutions publiques, dont la SAQ et l'Université de Sherbrooke, font affaire avec une entreprise d'entretien ménager qui a été condamnée à plusieurs reprises pour avoir « caché » des salariés à son emploi et qui ne détient plus de certificat de conformité.

Une enquête de RueFrontenac.com révèle en effet que P.R. Maintenance, une compagnie de Terrebonne appartenant à l'homme d'affaires Pierre Robitaille, compte une vingtaine de dossiers à la chambre criminelle et pénale de la Cour du Québec à Montréal, Québec et Joliette. Tous ces dossiers ont été ouverts à la suite de plaintes du Comité paritaire de l'entretien d'édifices publics en vertu de la Loi sur les décrets de convention collective.

Le comité paritaire est une création du gouvernement québécois dont le rôle est de faire respecter les conditions de travail des travailleurs qui œuvrent dans l'entretien ménager. L'organisme est financé à l'aide d'une cotisation de 1 % de la masse salariale, divisée à parts égales entre les employeurs et les salariés de cette industrie.

«Ainsi, le salaire et les conditions de travail des employés ne sont pas un facteur de compétition entre les employeurs, ce qui favorise une concurrence saine et équitable pour toutes et tous », explique-t-on.

Omissions

Rue Frontenac a parcouru les dossiers retenus contre P.R. Maintenance au palais de justice de Montréal. L'entreprise a été reconnue coupable dans 13 cas pour avoir violé l'article 1 du Règlement sur le rapport mensuel du Comité paritaire de l'entretien d'édifices publics en omettant d'indiquer les noms de salariés dans son rapport mensuel.

Un rapport d'infraction général daté du 18 juillet 2007 indique ainsi que P.R. Maintenance a transmis « des rapports mensuels incomplets pour les mois de juillet 2006 à mai 2007 ». L'entreprise a plaidé coupable à huit des 12 chefs d'accusation contre elle et a émis un chèque certifié de 4 170 $ au nom du ministère des Finances pour payer les amendes reliées à ces infractions.

Il est à noter que la peine qui avait été réclamée par le Comité paritaire était plus sévère que la peine minimale. Le motif ? « Récidive pour infraction à la même disposition au dossier portant le no 500-61-191834-044 (jugement du 17 février 2005) », peut-on lire dans le même constat d'infraction.

Dans les faits, l'analyse du dossier judiciaire de P.R. Maintenance permet en effet de noter que l'entreprise a eu à payer des amendes pour des infractions similaires en 2005, 2006, 2007, 2008, 2009 et 2010.

Sous-traitants salariés ou travail au noir

Selon nous sources, un employeur peut être accusé d'avoir omis de déclarer des salariés sur son rapport mensuel pour trois raisons : l'entreprise a fait appel à des sous-traitants, mais le Comité paritaire juge que ce sont des salariés; des employés ont été payés au noir; l'entreprise a fait une erreur.

Dans ce dernier cas, on nous précise que les poursuites sont généralement abandonnées si la bonne foi de l'employeur est démontrée. Dans le cas de P.R. Maintenance, la lignée d'infractions accumulées depuis cinq ans a eu pour effet de lui faire perdre son certificat de conformité, un document émis annuellement par le Comité paritaire.

Ce programme de certification est un gage de qualité qui permet aux entreprises d'entretien de démontrer qu'elles se conforment « aux obligations légales prévues par le décret de l'entretien d'édifices publics ».

Certificat de conformité

Selon l'information fournie sur le site Internet du Comité paritaire, les objectifs du programme de certificat de conformité sont les suivants :

• Assurer au client que l'entreprise soumissionnaire est connue du Comité paritaire;

• Permettre au client de prendre des références supplémentaires sur cette entreprise;

• Exposer les arguments sur la qualité de la main-d'œuvre et la sécurité;

• Présenter les effets pernicieux de la sous-traitance dans l'industrie;

• Faire une lutte acharnée au travail clandestin pour protéger les employé(e)s, soutenir les employeurs et répondre aux attentes du gouvernement.

Et parmi les critères pour avoir droit au certificat de conformité, l'employeur en question « ne doit pas avoir de plaidoyer de culpabilité ou de condamnation pour une amende de 200 $ ou plus enregistrés à la cour criminelle du Québec pour une ou des infraction reliées au Décret de l'entretien d'édifices publics ou à la Loi sur les décrets de convention collective » et « dans les douze derniers mois, l'employeur ne doit pas avoir été condamné par la cour civile du Québec à payer des sommes d'argent à la suite d'une poursuite du Comité paritaire ».

Millions de dollars en contrats avec des institutions publiques

Il y a quelques mois, Rue Frontenac révélait que la SAQ avait accordé le contrat d'entretien ménager de ses 414 succursales à P.R. Maintenance et que cette entreprise comptait Benoit Corbeil comme premier vice-président. Signée en février 2008, l'entente de cinq ans a une valeur de 17,8 millions de dollars.

Benoît Corbeil a été pointé du doigt dans le scandale des commandites. Le 4 décembre dernier, il a été condamné à 15 mois de prison, à rembourser 117 000 $ et à payer une amende de 20 000 $ pour trafic d'influence et fraudes à l'égard du Parti libéral du Canada. Il a depuis été libéré, car il a porté sa sentence en appel.

« On ne savait pas qu'il y avait une série de jugements contre P.R. Maintenance. Dans un premier temps, nous allons prendre connaissance du dossier du palais de justice. Nous allons analyser la situation et voir ce qu'il en est par la suite », a commenté la porte-parole de la SAQ, Linda Bouchard.

P.R. Maintenance a également décroché un lucratif contrat d'entretien ménager à l'Université de Sherbrooke. En avril 2008, le Service des immeubles de cette institution d'enseignement a accordé un contrat d'une valeur de 9,5 millions de dollars à l'entreprise de Terrebonne (toutes taxes incluses) couvrant la période du 1er juin 2008 au 31 mai 2011.

« On a appris aujourd'hui (N.D.L.R. Rue Frontenac a contacté l'institution le jeudi 1er avril dernier) qu'il y avait une série de jugements contre P.R. Maitenance. Nous allons converser avec nos conseillers légaux pour voir ce que nous allons faire », a précisé le vice-recteur adjoint de l'Université de Sherbrooke, Jean-Pierre Bertrand.

Clause pour faire respecter le décret

« Il n'y avait pas d'exigence que le fournisseur détienne un certificat de conformité pour obtenir le contrat. Mais dans notre devis, il y a une clause qui dit que le fournisseur doit respecter le décret en tout temps. Nous n'avons pas eu de problèmes avec P.R. Maintenance sur le respect du décret et nous ne sommes pas au courant de problèmes avec leurs employés », a ajouté le directeur du service des immeubles de l'université et responsable de la surveillance et de la gestion de ce contrat, René Alarie.

Le 11 mars 2009, l'Assemblée des gouverneurs de l'Université du Québec a octroyé un contrat d'une valeur de 3 152 683,17 $ au Centre d'entretien ménager Dupont, une division de P.R. Maintenance. L'entente a été accordée à la suite d'un appel d'offres et elle comprend les services d'entretien ménager de l'École de technologie supérieure de Montréal pour trois ans.

L'établissement d'enseignement n'était pas, lui non plus, au courant des démêlés judiciaires de son contractant. C'est Rue Frontenac qui a appris la chose à l'administration qui s'est dite « surprise » par cette nouvelle, d'autant plus qu'elle avait consulté le Comité paritaire avant de choisir le soumissionnaire. Cela dit, la direction n'a pas l'intention de résilier son entente.

« Légalement, on ne peut rien faire, car on a un contrat avec eux et que le fait de ne pas avoir de certificat de conformité n'est pas une obligation légale pour pouvoir opérer une entreprise d'entretien. Si P.R. Maintenance a le droit d'opérer sa business, nous n'avons pas le droit de mettre fin au contrat », a expliqué le directeur du service de l'équipement de l'ÉTS, Luc Paquin.

« Et résilier le contrat ne serait pas une bonne gestion des fonds publics, car on va avoir à payer une pénalité et que cela nous coûterait plus cher de prendre le deuxième plus bas soumissionnaire », a ajouté M. Paquin. Une porte-parole de l'ÉTS a cependant rappelé Rue Frontenac quelques minutes plus tard pour assurer que la direction allait « ouvrir l'œil » dans l'avenir.

Réaction de Pierre Robitaille

Le président de P.R. Maintenance a accepté de rencontrer Rue Frontenac lundi pour lui livrer sa version des faits. Après avoir mis en doute l'impartialité du Comité paritaire et indiqué que ses concurrents lui cherchaient noise, Pierre Robitaille a affirmé que P.R. Maintenance ne lui appartenait pas et que l'entreprise n'avait aucun lien avec lui.

Il a ajouté que les contrats décrochés avec les entreprises publiques mentionnées dans ce reportage étaient sous le joug de P.R. Maintenance Management. « J'ai mon certificat de conformité et je n'ai jamais eu d'amende de ma vie.  Je n'ai jamais eu une amende. Pas peut-être, ça se peut ou quoi. Je n'ai jamais eu une amende avec P.R. Maintenance Management et c'est cette entreprise-là qui détient ces contrats. Vos informations sont erronées. »

L'enquête menée par RueFrontenac.com démontre cependant le contraire. Les informations que nous avons colligées et qui ont été validées par plusieurs sources indiquent qu'il existe bel et bien des liens très étroits entre ces deux entreprises. Elles ont notamment la même place d'affaires au 1180 rue Lévis, bureau 2, à Terrebonne – et qu'elles sont toutes deux dirigées par Pierre Robitaille lui-même.

Critiques du comité paritaire

L'homme d'affaires critique vertement le comité paritaire qu'il dit contrôlé par les grands de l'industrie de l'entretien que sont Roy, Distinction, Empire et GSF Canada. « Le Comité paritaire est fait pour empêcher les petites entreprises de grandir. Et je ne parle pas de moi, je parle de plein de petites personnes qui essaient de grandir, de trouver une façon de faire de l'entretien ménager et tout ça. Pis, ces grands-là ont créé un décret dans lequel il y a beaucoup de lois à suivre qui empêchent et si tu n'as pas les moyens financiers de te battre contre eux autres, t'es faite à l'os. »

Le président de P.R. Maintenance a accepté de rencontrer Rue Frontenac lundi pour lui livrer sa version des faits. Photo Luc Laforce

Selon lui, le certificat de conformité n'est pas un gage de qualité et il est même illégal. « Le rôle du comité paritaire est (de) gérer des lois qui sont en place. Il n'a pas l'autorité pour établir ses propres lois. Mais ils ont établi leur propre loi dans laquelle tu peux disqualifier une entreprise juste sur la base d'un certificat de conformité », signale-t-il.

« Supposons que j'ai un magasin à Chibougamau. Je peux embaucher des employés salariés, mais il est difficile de gérer des employés à distance, des vacances, etc. Mon autre choix est de donner le contrat à quelqu'un. Le comité paritaire, c'est ça qu'il s'amuse à me refuser. Il refuse (la personne X) comme sous-traitant, après ça ils disent que je ne l'ai pas déclaré dans mes employés et que j'ai commis une infraction », raconte l'homme d'affaires.

« Pas de travail au noir »

Le président de P.R. Maintenance affirme également qu'il ne paie aucun employé au noir. « Je suis celui qui fait le moins de travail au noir... qui n'en fait pas pantoute à comparer à mes compétiteurs.  À chaque 31 décembre, je déclare au gouvernement du Québec et du Canada tous mes sous-traitants, tous les revenus qu'ils ont eus, leur adresse, leur numéro d'assurance sociale, toute ! Si je voulais faire du travail au noir, je ne les déclarerais pas. Il n'y a aucune cachette chez nous, mais le comité paritaire n'accepte pas notre façon de fonctionner.»

M. Robitaille se dépeint comme un honnête entrepreneur qui fait « sa petite affaire » et qui n'a jamais voulu jouer la « game » pour décrocher des contrats. «Je suis né dans le ménage. Mon père a commencé ça en 74 et on a encore notre premier magasin. On a acquis une réputation de qualité, d'intégrité, d'honnêteté. »

Industrie de l'entretien au Québec

L'industrie québécoise de l'entretien compte 1 113 joueurs, dont 82 % ont moins de 10 salariés. Selon des données datant de 2008, ces entreprises donnent du travail à 13 000 personnes et la masse salariale totale atteint 244 millions de dollars par an.

Pour cette même année de référence, le Comité paritaire a réclamé quelque 934 000 $ aux entreprises d'entretien en salaires impayés. L'organisme a également déposé 1 351 chefs d'accusation contre des employeurs pour non-respect du décret et de la réglementation.

P.R. Maintenance – Écran de fumée

Malgré les preuves présentées devant lui, le président de P.R. Maintenance, Pierre Robitaille, a affirmé à Rue Frontenac qu'il n'avait « aucun lien » avec l'entreprise dont, selon plusieurs sources officielles, gouvernementales et médiatiques, il est le principal dirigeant.

« Il existe deux P.R. Maintenance. Il existe P.R. Maintenance Management qui est ma compagnie et c'est elle qui détient les contrats avec la SAQ, l'Université de Sherbrooke et l'École de technologie supérieure. (...) Et il existe P.R. Maintenance qui n'a aucun lien avec moi », a-t-il soutenu en entrevue.

« Demain matin, tu peux t'ouvrir une compagnie qui va s'appeler P.R. Maintenance 2000, Pro Maintenance... Il y en a plein. Pis tu vas travailler dans l'entretien ménager. Ça ne veut pas dire que tu vas travailler avec moi », a-t-il ajouté en souriant.

« Je les connais, mais ça n'a rien à voir avec moi. J'apprécie beaucoup ce qu'ils font. Entre autres, ils font des travaux en sous-traitance pour nous autres. Ils font une belle job. Ils font les mandats qu'on leur confie à l'occasion. Ils font des travaux de qualité.(...) Il n'y a aucun lien autre qu'on fait de la business ensemble comme j'en fais avec tous mes compétiteurs. »

Des liens évidents

En croisant plusieurs sources, RueFrontenac.com a pourtant pu confirmer facilement les liens d'affaires et de propriété entre P.R. Maintenance et P.R. Maintenance Management. Le Registre des entreprises du Québec précise ainsi que les deux entreprises font affaire à la même adresse, le 1180, rue Lévis, bureau 2 à Terrebonne – et utilisent le même numéro de téléphone pour communiquer avec leurs clients.

La fiche officielle de P.R. Maintenance inc. indique que le président et second actionnaire de cette « entreprise d'entretien de plancher et d'entretien ménager » est Éric Morneau et que les deux autres actionnaires sont Martin Clément et Pascal Cyr.

Le document nous permet aussi de constater que l'entreprise a porté le nom Les Services d'entretien Pierre Robitaille du 4 octobre 1994 au 9 novembre 2004. Rue Frontenac a tenté de rejoindre Éric Morneau pour lui demander des précisions sur ses fonctions chez P.R. Maintenance. Celui-ci ne nous a pas rappelés.

Comment se fait-il que les deux entreprises aient la même place d'affaires ?, avons-nous demandé à M. Robitaille. « Pas tout à fait au même endroit. Eux autres sont à la porte 6 et je suis à la porte 2... Je suis la porte à côté d'Empire (N.D.L.R. un compétiteur) à Ottawa. Je suis allé me prendre un loyer à côté d'eux autres. Est-ce que ça fait que je suis avec Empire ? Non. »

Contrefaçon ?

Si c'est effectivement le cas, est-ce que M. Robitaille a entrepris des démarches judiciaires pour contrefaçon de marque de commerce contre P.R. Maintenance parce qu'elle utilise sa raison sociale ? La réponse est non. « Je suis allé chercher un trademark par exemple », a-t-il glissé. Rue Frontenac a effectivement retrouvé une inscription au nom de P.R. Maintenance dans la banque de données électroniques des marques de commerce de l'Office de la protection intellectuelle du Canada enregistrée le 29 janvier 2010. Le document protège la marque de commerce P.R. Maintenance et son logo, le même logo qui apparaît sur le site Internet de P.R. Maintenance. Or, le propriétaire inscrit de cette marque de commerce est P.R. Maintenance Management inc., rue Lévis, bureau 2, à Terrebonne, selon la banque de données.

L'édition de janvier et février du magazine spécialisé Canadian Executive Quarterly consacre un article à P.R. Maintenance.

Canadian Executive Quarterly

Les médias québécois font très peu état de cet homme d'affaires de 38 ans de Terrebonne, mais l'édition de janvier et février du magazine spécialisé Canadian Executive Quarterly consacre un article à P.R. Maintenance.

Dans ce reportage, ponctué de plusieurs photos et qui fait la une de la publication, Pierre Robitaille est cité à titre de président de P.R. Maintenance et le nom de P.R. Maintenance Management n'est mentionné nulle part.

Mais encore, P.R. Maintenance a acheté une page de publicité dans le numéro montrant, tout sourire, les principaux dirigeants de l'entreprise et où l'entreprise elle-même spécifie dans la légende les postes qu'occupent ces cadres dans l'ordre où ils apparaissent sur la photo: Ron Lay (vice-président), Pierre Robitaille (président), Éric Morneau (vice-président) Emmanuel Bonin (vice-président).

De même, sur le site Internet de P.R. Maintenance, on peut clairement voir le logo de Distribution P.R.I., une division de l'entreprise qui vend des produits d'entretien. Selon le registre des entreprises, cette filiale est la propriété de Placements L.G.P.R. et son président et secrétaire est Pierre Robitaille. Celui-ci est également l'unique actionnaire, président, secrétaire et administrateur de la fiducie L.G.P.R.

Toile d'araignée de compagnies

Quant à P.R. Maintenance Management ou Gestion P.R. Maintenance, le registre gouvernemental nous apprend que l'entreprise « de maintenance d'édifices commerciaux » a été constituée le 22 juin 2003, qu'elle est sise au 1180 rue de Lévis, bureau 2, à Terrebonne, que Placements L.G.P.R. est l'actionnaire majoritaire et que Pierre Robitaille en est le président et secrétaire.

Sous la rubrique « autres noms », la fiche officielle donne une liste de compagnies affiliées et dont le statut est « en vigueur » :
• Central Building Service Group
• Centre d'entretien ménager Dupont
• Entretien Realty
• Groupe de services central d'édifices
• P.R. Maintenance
• P.R. Maintenance Management inc.
• Placements L.G.P.R.
• Realty Maintenance

Les différentes compagnies affiliées à P.R. Maintenance ont pignon sur rue au 1180, rue de Lévis, à Terrebonne. Photo d’archives Luc Laforce

Après sa rencontre avec Pierre Robitaille dans un restaurant de Terrebonne, Rue Frontenac s'est rendu au 1180, rue Lévis, bureau 2. Nous avons pu apercevoir M. Robitaille sortir de son véhicule et entrer à la porte 1 de l'entreprise. Sur cette porte, une flèche indique à la clientèle d'emprunter la porte adjacente, la porte numéro 2 sur laquelle le logo P.R. Solutions Maintenance est inscrit en bleu et vert. Quand nous avons demandé à la réception si M. Robitaille était revenu de dîner, l'employé nous a répondu qu'il ne savait pas s'il était rentré.

Vérifications

Nous avons aussi vérifié si les affirmations de Pierre Robitaille concernant l'entité responsable des contrats signés avec la SAQ, l'Université de Sherbrooke et l'École de technologie supérieure était bel et bien P.R. Maintenance Management. C'était effectivement le cas pour la SAQ et l'Université de Sherbrooke.

Pour ce qui est de l'ÉTS, le contrat a été accordé au Centre d'entretien ménager Dupont. La résolution de l'Assemblée des gouverneurs de l'Université du Québec adoptée le 11 mars 2009 stipule que Dupont est « une filiale de P.R. Maintenance ».

Quoi qu'il en soit, toutes ces entités sont liées entre elles et sont, ultimement, regroupées à la même adresse et sont sous le chapeau de P.R. Maintenance. Et de toute façon, le Comité paritaire de l'entretien d'édifices publics a confirmé à Rue Frontenac que seule l'entreprise P.R. Maintenance était inscrite à ses registres. Si P.R. Maintenance Management offrait des services d'entretien sans être enregistrée, elle s'exposerait à des poursuites.

La deuxième chance de Benoit Corbeil

C’est parce qu’il a voulu lui donner une seconde chance que le président de P.R. Maintenance a offert un emploi à Benoit Corbeil. Et il assure que le personnage impliqué dans le scandale des commandites a commencé son service dans l’entreprise d’entretien ménager au pied de l’échelle.

En entrevue avec Rue Frontenac, Pierre Robitaille a raconté avoir rencontré M. Corbeil y a cinq ou six ans. « J’ai trouvé que cétait un gars correct, mais un peu démoli parce qu’il sortait de la commission Gomery et tout ça. C’est un gars qui semblait n’avoir plus de colonne, plus rien. Je pensais le ramasser à la petite cuillère. (…) Nous, dans notre entreprise, on a trois valeurs : la première c’est dignité, la deuxième c’est la qualité, la troisième c’est l’accroissement . (…) Je crois beaucoup à la deuxième chance qu’on donne à quelqu’un », a insisté l’homme d’affaires.

Benoit Corbeil est un des joueurs majeurs impliqués dans le scandale des commandites. L’ex-directeur général de l’aile québécoise du Parti libéral du Canada (1999 à 2001) a été un des témoins vedettes de la commission Gomery. Enquête vient d’ailleurs de consacrer une émission sur le rôle joué par M. Corbeil en démontrant comment la Gendarmerie royale du Canada avait réussi à lui faire cracher le morceau dans une enquête parallèle sur un pot-de-vin.

Condamnation

En décembre, Benoit Corbeil a été condamné à 15 mois de prison par la juge Suzanne Coupal de la Cour du Québec pour trafic d’influence et fraude à l’endroit de son parti. Le magistrat l’avait également condamné à rembourser 117 000 $ en plus de lui infliger une amende de 20 000 $. Il est présentement en liberté, car il a porté sa sentence en appel.

Pierre Robitaille affirme ne pas s’intéresser au passé trouble de son employé. « Il y a avait une condition pour qu’il vienne travailler chez nous et c’était que je ne voulais rien savoir de ce qui s’était passé avant. Je ne voulais même pas qu’il m’en parle. J’ai dit : « Tu veux t’en venir chez nous? Parfait, tu vas travailler au sein de l’équipe. On va aller te montrer comment faire du ménage. » Et il est allé laver des toilettes; il est allé polir des planchers; il est allé faire des décapages. J’ai dit : ici, nous autres, on est une entreprise de ménage. Si ça te tente de travailler avec nous autres, ça va nous faire plaisir. »

Et le résultat? « Pis Benoît a bien performé. Il a fait quelque chose de très bien. Et tranquillement, il a repris confiance. C’est sûr qu’il a toutes sortes d’affaires, il passe en cour et j’ai entendu qu’il avait passé à l’émission Enquête. Il travaille pour moi et je n’ai même pas regardé l’émission. (…)

Benoît Corbeil, ancien directeur de l’aile québécoise du Parti libéral du Canada, a été condamné à 15 mois de prison pour trafic d’influence et fraude le 4 décembre dernier. Photo d’archives Chantal Poirier

Des fois, il vient me voir pour me demander si je veux en parler et je lui réponds : « Non, Ben. Parle-moi business. Parle-moi de ta famille si ça ne va pas bien, mais tout ça pour moi c’est du passé et je ne veux rien savoir. » Je regarde en avant. Et ce qu’il fait pour moi, il le fait bien. »

Conseiller-rédacteur

Quelles fonctions occupe M. Corbeil au sein de son entreprise? « Il est conseiller-rédacteur », a répondu M. Robitaille. Que fait-il exactement? « Il rédige. C’est un gars qui a un doctorat, qui a une très belle plume. Il a acquis beaucoup d’expérience avec nous dans l’entretien ménager et en plus je l’ai envoyé suivre un cours à l’université sur le marketing, sur les concepts et tout ça. »

Selon nos sources, M. Corbeil occupe des fonctions beaucoup plus importantes dans l’entreprise. Il aurait pour rôle principal de faire du démarchage pour décrocher de gros contrats. En décembre dernier, le site internet du Centre local de développement économique des moulins indiquait celui-ci comme personne-ressource de P.R. Maintenance et on précisait que ses fonctions étaient celles de premier vice-président de l’entreprise.

Pierre Robitaille affirme que c’est faux et que c’est le CLDEM qui avait fait une erreur. L’information a été corrigée depuis et c’est maintenant son nom qui figure au registre à titre de président de P.R. Maintenance.

Décrocher des contrats

Est-ce que M. Corbeil aide son nouvel employeur à décrocher des contrats? « Non, pas du tout », a répondu M. Robitaille. Il a cependant admis que son employé était avec lui au siège social de la SAQ lorsqu’il est allé faire une présentation à la SAQ dans le but de décrocher le contrat d’entretien de plusieurs millions de dollars des succursales. « Il m’accompagnait. C’est moi qui faisais la présentation », a-t-il précisé.
 

Pierre Robitaille a donné une chance
à Benoit Corbeil
photo Luc Laforce

« Mais j’aimerais ça qu’à un moment donné il soit capable d’acquérir cette expérience-là d’être capable de faire des présentations et de décrocher des contrats. Tant mieux s’il peut le faire dans le futur », a ajouté l’homme d’affaires.

Il ne comprend d’ailleurs pas pourquoi la présence de Benoit Corbeil dans son entreprise est une question qui intéresse le public et les médias. « À part le fait que j’ai donné une chance à un gars qui n’en avait plus, je pense que la venue dans mon équipe d’un gars comme Benoit nuit plus à l’entreprise que de nous donner des contacts. S’il voulait essayer d’utiliser ses contacts, je pense que ça nuirait plus qu’autre chose. Les gens doivent avoir plus peur de lui qu’autre chose. Je ne vois pas l’avantage. »Entretien domestique, entreprise délinquante,