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L'ex-ministre et le collecteur de fonds du Parti Libéral du Québec
Jeux d'influence Bellemare accuse, Franco Fava se défend

 
 

Un collecteur de fond pour le Parti Libéral du Québec

 
 

Y a-t-il eu des collecteurs de fonds du Parti libéral du Québec qui ont fait pression sur Marc Bellemare, alors qu'il était ministre de la Justice, pour faire nommer des juges ? Le principal argentier visé par l'ex-ministre s'est défendu bec et ongles, en tournant au ridicule les allégations diffusées dans les bulletins de nouvelles.

Marc Bellemare ne l'a pas nommé à Radio-Canada, ni à TVA, mais l'homme qu'il accuse d'avoir fait pression sur lui pour nommer au moins deux juges est Franco Fava, un important collecteur de fonds dans la région de Québec.

M. Fava, 59 ans, est avocat et récent retraité de Nielson Construction, une importante firme de construction (125 M$ de chiffre d'affaires) de la région de Québec, qu'il possédait avec ses frères.

«Je suis collecteur de fonds depuis 30 ans, tout le monde sait ça à Québec, il n'y pas de secret là-dedans», a déclaré d'emblée M. Fava.

L'ex-ministre Marc Bellemare avait identifié Franco Fava au Journal de Montréal, lors d'une longue entrevue qu'il accordait pour dénoncer les pressions qu'il aurait subies alors qu'il était ministre. Pressions pour nommer des juges, pressions pour fermer les yeux sur des fonds collectés en argent liquide et pressions pour abandonner des projets de loi.

Le tout avec la bénédiction de Jean Charest, affirmait M. Bellemare.

«Ça m'a beaucoup surpris que M. Charest, du haut de sa fonction, dise en Chambre (à l'Assemblée nationale) que je ne lui avais jamais parlé de l'influence indue des collecteurs du parti. J'ai trouvé ça incroyable. Je lui en avais parlé à plusieurs reprises», avait déclaré M. Bellemare au Journal.

Le principal intéressé nie tout

Ces allégations nécessitent d'importantes contre-vérifications et la principale personne visée a répondu sans hésiter à toutes les questions du Journal, au cours d'une longue entrevue téléphonique.

M. Fava nie toute ingérence dans le processus de nomination des juges. Il dit avoir appris par le biais des médias la nomination de deux de ces juges et il explique pourquoi il ne les connaissait pas.

«Ce n'est pas parce qu'on ramasse 50 000 $ par année qu'on gère le parti», a dit M. Fava, ajoutant que son équipe de «sept, huit personnes» ramassait «200 000, 300 000, 400 000 dépendamment des années» pour le PLQ dans la région de Québec.

«Ils ne m'appellent pas pour des nominations de juge, ils savent comment c'est compliqué ces affaires-là...»

«Si le ministre de la Justice dit que ce n'est pas lui qui nommait les juges, ça vous donne une idée du genre de ministre qu'il était.»

 
 

Oui des enveloppes, mais pas d'argent...

 
 

Franco Fava admet sans détour que des enveloppes circulaient dans son équipe de collection dans la région de Québec, mais qu'elles ne contenaient pas de l'argent liquide, seulement des chèques.

Marc Bellemare a raconté au Journal ce week-end qu'il avait vu M. Fava dans un restaurant bien connu de Québec (Le Michelangelo), en compagnie d'un employé permanent du parti, compter des liasses d'argent à une table.

«Il était environ 14h30, a-t-il relaté, je sortais d'un salon après un lunch qui s'était un peu étiré quand j'ai entendu la voix de Franco au moment de mettre mon manteau. Je me suis approché contre un muret et j'ai vu cinq piles sur la table, quatre d'argent comptant et une de chèques», a déclaré M. Bellemare.

Faux, rétorque M. Fava.

«Si c'était vrai qu'on ramassait de l'argent, dit-il, pensez-vous qu'on serait assez imbéciles pour aller compter ça dans la salle d'un des restaurants les plus populaires de Québec ? Ça ne tient pas debout son affaire.»

Des enveloppes, oui...

«Des enveloppes, c'est certain qu'il en circule des enveloppes. Moi-même... Qu'est-ce que vous faites quand vous avez dix chèques dans les mains ? Vous mettez ça dans une enveloppe et vous remettez ça à votre monde», explique M. Fava.

«Si c'est ça qu'on entend par des enveloppes, je dis oui. Deux fois par semaine, je remettais des enveloppes (...) je ramassais mon monde et quand j'en avais assez, je ne traînais pas ça dans mes poches, j'allais porter ça au parti.»

Des petites sommes, peut-être

Franco Fava ne nie pas qu'il puisse y avoir eu de l'argent liquide qui ait circulé à un moment donné, mais seulement de petites sommes, comme le prévoit la loi.

La loi électorale permet aux partis politiques de récolter des montants en argent liquide d'un maximum de 200 dollars, à condition de remettre des reçus officiels. Au-dessus de ce montant, la contribution doit être payée avec un chèque.

En parlant d'un employé du parti, M. Flava ajoute : «S'il a collecté de l'argent liquide, ça doit être des petits montants, comme on dit, des 50 piastres et des 100 piastres. Et même à ça, dit-il, ça me surprendrait ».

M. Fava dit ne s'être jamais soucié de collecter de petites sommes parce qu'il travaillait «au sectoriel» et, qu'à son niveau, il collectait plutôt des montants de 1000 à 3000 $.

M. Fava n'a pas caché qu'il ne se gênerait pas pour intenter des poursuites dès la première occasion contre Marc Bellemare

Pas des juges, mais d'autres nominations
- Franco Fava

Si un des principaux collecteurs de fonds nie exercer son influence pour nommer des juges, il admet toutefois avoir participé à d'importantes nominations.

«Souvent ils cherchent un candidat pour siéger sur un conseil d'administration ou un commissaire (...) quelque part et (on me demande) connais-tu quelqu'un qui peut y aller? Ou on a une liste de candidats et (on me demande) les connais-tu, pourrais-tu nous donner quelques idées sur les personnes que tu connais ?»

En toute candeur, M. Fava admet que c'est lui qui a proposé le nom de Gérard Bibeau pour le poste qu'il occupe présentement, celui de secrétaire général du Québec, le fonctionnaire numéro un du gouvernement par qui passent une foule de nominations.

«C'est quoi le problème? » questionne M. Fava, en expliquant qu'il est tout à fait normal pour un parti qui arrive au pouvoir, et qui connaît encore peu de monde, de s'entourer de gens de confiance.

Qui manipule qui ?

"Les journalistes se font manipuler là-dedans, estime M. Fava. La question que vous devriez vous poser, c'est pourquoi Marc Bellemare fait de telles déclarations six ans après avoir démissionné ? Il vous utilise tous les jours pour se tenir dans les médias. Je ne sais pas si c'est parce qu'il veut régler des comptes (...) avec Charest?»

Pour d'autres déclarations au sujet de jeux d'influences dont il aurait été témoin comme ministre, Marc Bellemare est convoqué devant le Directeur général des élections pour s'expliquer formellement, le 22 avril 2010.

 
 

Fava songe à poursuivre Bellemare

 
 

L’avocat et collecteur de fonds pour le PLQ Franco Fava songe à poursuivre Marc Bellemare pour atteinte à sa réputation parce qu’il «dit n’importe quoi et laisse entendre n’importe quoi».

L’homme de 61 ans a affirmé qu’il prendrait les mesures qui s’imposent si Marc Bellemare l’avait formellement identifié comme l’homme qui aurait fait pression sur lui pour nommer deux juges. Me Bellemare ne l’a pas nommé à TVA ni à Radio-Canada, mais il l’a fait en entrevue le week-end dernier au Journal de Montréal.

«Je vais sûrement aller voir mes aviseurs (légaux). C’est la première fois que j’entends dire qu’il m’aurait nommé à un journaliste; alors, je vais faire les recherches qu’il faut pour mettre la main sur ces entrevues-là et, après ça, on verra. Ce matin (mardi), je me lève et je vois ça dans les journaux. Il sort d’où, ce malade-là!», s’est-il insurgé.

«Écoutez, on ne laisse pas ternir des réputations comme ça. Il dit n’importe quoi, il laisse sous-entendre n’importe quoi et nous dit en pleine face qu’il est prêt à témoigner, mais devant l’immunité totale, voyons donc! Un enfant de 5 ans n’agit pas comme ça. Un ancien ministre de la Justice, pensez-y deux minutes… Ça en dit beaucoup sur Marc Bellemare», a-t-il laissé tomber, visiblement étonné de la tournure des événements.

Il en «fume du bon»

M. Fava s’est une fois de plus défendu bec et ongles en niant catégoriquement les allégations de Marc Bellemare sur l’influence qu’il aurait exercée et les enveloppes d’argent liquide qui circulaient. «Pour moi, c’est des hallucinations. Si c’est vrai que Bellemare a dit ce qu’il a dit, il a dû en fumer du bon, ces temps-ci parce qu’il rêve en couleurs… Chose certaine, je n’ai rien à me reprocher et immunité ou pas, je m’en fous! S’il y a une commission parlementaire, j’irai pis je vais aller devant les journalistes pour dire ce que j’ai à dire, je n’ai rien à cacher.»

Règlement de comptes

Franco Fava questionne les motivations de Marc Bellemare et soutient qu’il agit par esprit de vengeance puisqu’il n’a pas pu mener à bien ses projets au cours de son bref passage au conseil des ministres. «C’est clair qu’il a des frustrations et qu’il a un agenda politique avec le premier ministre. C’est clair qu’il a des comptes à régler, mais là, il est en train d’éclabousser tout le monde là-dedans qui ne sont pas concernés par ses frustrations. Qu’il règle ses affaires et qu’il laisse les autres en dehors. S’il a des preuves, qu’il les mette sur la table et on se défendra. Là, on se défend de quoi, là? Des insinuations, des memérages?»

 
 
 

L’ex-entreprise de Franco Fava a obtenu d’importants contrats

 
 

L'ex-entreprise du collecteur de fonds du Parti libéral du Québec Franco Fava a profité de généreux contrats publics de plusieurs millions de dollars au cours des dernières années.

Neilson Inc.. a notamment obtenu des contrats totalisant 200 millions, en consortium avec EBC, pour la construction de la centrale Péribonka, au nord du lac Saint-Jean.

En janvier 2007, le même consortium a aussi décroché un contrat de 80 millions de la Société d’énergie de la Baie-James, notamment pour la dérivation de la rivière Rupert, dans le cadre du mégachantier Eastmain-1A.

Un an plus tôt, Neilson avait mis la main sur deux contrats totalisant 39 millions du ministère des Transports du Québec pour le prolongement de l’autoroute 50.

Depuis le départ à la retraite de Franco Fava, qui admet récolter des dons pour le PLQ depuis plusieurs années, Neilson Inc.. est présidée par son frère, Jean Fava.

Le secrétaire de l’entreprise, Denis Baribeau, a contribué à la caisse électorale des libéraux à raison de 600 $, 800 $ et 500 $ au cours des trois dernières années, alors qu’un autre dirigeant, Dante Fava, a versé 300 $ à deux reprises pendant la même période.

En lien avec Bibeau

Par ailleurs, Franco Fava a croisé la route de Gérard Bibeau à la Commission de la santé et de la sécurité du travail à la fin des années 1990, alors qu’il siégeait au conseil d’administration, et que M. Bibeau était vice-président aux opérations.

Si M. Fava a nié avoir exercé des pressions sur l’ex-ministre de la Justice, Marc Bellemare, afin de dicter la nomination de juges à la Cour du Québec, il a reconnu avoir recommandé au gouvernement de confier à Gérard Bibeau la fonction stratégique de secrétaire général du Conseil exécutif, en 2006.

Méconnu du grand public, le secrétaire général occupe le plus important poste de la fonction publique et reçoit un salaire plus élevé que celui du premier ministre.

En 2008, il a lui-même signé le décret autorisant sa hausse de salaire de 16,5 pour cent, faisant passer sa rémunération annuelle à 235 000 $.

Il assiste le premier ministre et conseille l’ensemble du cabinet dans les prises de décisions.

Chef d’orchestre de l’appareil gouvernemental, il voit à ce que les décisions politiques soient exécutées par les ministères et organismes concernés.

 
 

Un appui et un démenti aux affirmations de Marc Bellemare

 
 

Une nouvelle source gravitant depuis très longtemps autour du monde du travail et de l'appareil gouvernemental vient appuyer les déclarations de l'ex-ministre de la Justice du Québec, Marc Bellemare, sur des pratiques douteuses de financement du Parti libéral du Québec. Cette personne très reconnue dans son milieu a accepté de témoigner de façon anonyme en nous lisant une déclaration au téléphone.

J'ai eu connaissance à au moins une reprise d'une remise d'argent comptant dans une enveloppe d'à peu près trois ou quatre centimètres de l'un des collecteurs du secteur de la construction à un permanent. L'enveloppe a été remise à un permanent du Parti libéral du Québec. — Une source en entrevue avec Alain Gravel

Cette même source confirme aussi avoir reçu les confidences de deux collecteurs de fonds du PLQ sur du trafic d'influence pour la nomination de juges.

Franco Fava se défend

L'entrepreneur à la retraite Franco Fava, dont le nom apparaît mardi en première page du Journal de Montréal, nie être l'un des collecteurs de fonds visés par les allégations de l'ex-ministre Marc Bellemare, qu'il menace d'ailleurs de poursuites. Il reconnaît tout de même avoir été consulté avant certaines nominations de hauts fonctionnaires.

M. Fava dément les informations selon lesquelles il aurait remis des piles d'argent comptant, en plus de chèques et d'une liste, à un permanent du Parti libéral dans un restaurant de la Vieille Capitale en 2003.

« J'ai apporté des chèques, oui, au permanent du parti, c'est ce qu'on fait en tout état de cause depuis une vingtaine d'années et plus. On sollicite des gens pour contribuer au financement du parti, on ramasse des chèques, on met ça dans une enveloppe, on donne ça à notre permanent qui est notre point de chute au parti, les reçus se font de façon officielle et tout est fait selon les règles et selon les normes », a expliqué Franco Fava, en entrevue à RDI.

M. Fava a toutefois affirmé à la journaliste Alexandra Duval qu'il ne savait pas où Marc Bellemare avait pu voir un échange de « cinq piles d'argent comptant ». « Vous entendez quoi par pile d'argent comptant? Conformément à la loi [électorale], on a le droit de collecter jusqu'à 200 $ d'argent comptant. Moi j'ai l'impression qu'il hallucine ce bonhomme-là [NDLR : Marc Bellemare] depuis un bout de temps. C'est clair qu'il a un agenda, qu'il a une dent contre le premier ministre.», a précisé Franco Fava.

M. Fava affirme par ailleurs qu'il renvoie les chèques d'entreprises lorsqu'il en reçoit.

L'entrepreneur à la retraite nie formellement avoir fait pression sur Marc Bellemare, lorsque celui-ci était ministre de la Justice, pour obtenir la nomination de certains juges. Lui-même avocat, Franco Fava a confié à la blague au journaliste de l'émission Enquête, Alain Gravel, que « s'il avait eu à faire des pressions, il les aurait faites pour lui-même ».

Franco Fava admet toutefois avoir été consulté lors de nominations de certains hauts dirigeants. Il a notamment reconnu qu'on avait demandé son opinion sur la nomination, en 2006, de Gérard Bibeau au poste de secrétaire général du gouvernement et greffier du Conseil exécutif. Plus haut fonctionnaire du gouvernement du Québec, M. Bibeau est en quelque sorte le sous-ministre du premier ministre.

« Moi je connais un individu qui a une bonne expérience, qui a été chef de cabinet de ministre dans le temps de [Robert] Bourassa. Qui a été dans le cabinet de M. Bourassa, qui connaît les rouages et qui peut vous rendre service. Si vous voulez retenir sa candidature, retenez-la. Pas plus que ça, là », a-t-il dit en entrevue, au sujet de son implication exacte dans cette nomination.

 
 
 

Un simple coup de fil pour obtenir une nomination
au Tribunal Administratif du Québec ?