Enquête publique sur la Corruption
La pression s'intensifie sur Québec

Par Société Radio-Canada et l'agence de presse canadienne
Publié le 24 novembre 2009

Par Alexandre Robillard

Pour La Presse Canadienne à Québec
Par
Yves Chartrand et Mathieu Boivin
Pour le journal internet Rue Frontenac
  

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Les policiers de la Sûreté du Québec (SQ) réclament à leur tour une enquête publique sur la corruption dans le milieu de la construction. Ils estiment que les enquêtes policières ne suffiront pas à faire toute la lumière dans ce dossier.

L'Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ), syndicat qui regroupe les 5000 agents de la SQ, croit que l'arrestation et la condamnation des fraudeurs ne seront pas suffisantes pour faire changer le système d'attribution des contrats de travaux publics.

Le président de l'APPQ, Jean-Guy Dagenais, enverra une lettre en ce sens au ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, et à la ministre de la Justice, Kathleen Weil, dès cette semaine. En entrevue à la Télévision RDI, lundi le 23 novembre 2009, il a déclaré qu'une commission d'enquête publique était nécessaire pour « modifier les façons de faire », et qu'elle ne nuirait pas aux enquêtes policières en cours.

« Je pense qu'une enquête publique est un incontournable. [...] Ce qu'on dit, c'est oui aux enquêtes policières qui vont sûrement servir à porter des accusations et à traduire des gens en justice. [...] Quand on dit qu'il y a des milliards qui vont dans les poches des entrepreneurs, il faut s'assurer que ces milliards-là s'en vont dans les bonnes poches. Si on veut faire un travail positif, ça va prendre une enquête publique. [...] Je pense qu'on n'a pas le choix pour modifier les façons de faire », a dit M. Dagenais.

La Fraternité des policiers de Montréal ainsi que l'Ordre des ingénieurs du Québec ont déjà demandé une enquête publique.

Les procureurs de la Couronne aussi

L'Association des procureurs de la Couronne du Québec a également réclamé une enquête publique dans les plus brefs délais sur les allégations de corruption dans le domaine de la construction pour « mettre en lumière un système occulte et redonner confiance à la population dans les institutions publiques québécoises ».

« Même les policiers affirment qu'une enquête publique ne nuira pas aux enquêtes déjà en cours. Pour nous, il ne s'agit plus simplement d'enquêter sur certains dossiers et éventuellement de faire condamner quelques individus. C'est l'intégrité de toutes nos institutions qui est aujourd'hui en cause », a déclaré dans un communiqué Christian Leblanc, président de l'Association des procureurs de la Couronne du Québec.

Il y a unanimité au Québec en faveur d'une enquête publique. Le gouvernement doit écouter ses policiers, ses ingénieurs et ses procureurs. Il en va de la bonne gouvernance et de la transparence de nos institutions.— Christian Leblanc, président de l'Association des procureurs de la Couronne du Québec

M. Leblanc estime qu'« il faut mettre au jour l'ensemble d'un système qui semble avoir gangrené un secteur important de notre économie et qui a des impacts insoupçonnés sur nos finances publiques et, ultimement, sur les contribuables. »

Par ailleurs, l'Association rappelle au gouvernement que le Québec souffre d'un « manque chronique » de procureurs, et ce, au moment où des enquêtes policières sont en cours, en plus des nouvelles escouades annoncées récemment. L'organisme ajoute que les procureurs qui sont en fonction « sont déjà à bout de souffle, sous-payés et surchargés, comme le soulignait récemment le juge à la retraite John Gomery. »

Des munitions pour l'opposition

Les déclarations de M. Dagenais n'ont pas tardé à faire réagir l'opposition, qui y voit un argument décisif pour la tenue d'une enquête publique.

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, croit que le gouvernement se doit d'agir lorsque le syndicat qui représente les policiers de la SQ réclame lui-même une enquête publique sur l'industrie de la construction.  « Quand les policiers eux-mêmes disent: "nous croyons qu'on est à un moment où il n'y a pas d'autres solutions si on veut vraiment faire la lumière". Et moi, j'exhorte le gouvernement de M. Charest, s'il veut vraiment faire la lumière, s'il n'a rien à cacher, à faire cette commission d'enquête publique et indépendante », a déclaré Pauline Marois.

Pauline Marois

Mme Marois a ajouté qu'il y avait eu trop d'allégations, de cas présentés et dénoncés pour que le gouvernement n'agisse pas. La chef péquiste a déploré aussi que la réputation de milliers de personnes soit entachée par un petit groupe d'individus, et qui a un effet dévastateur sur la réputation d'une industrie importante pour le Québec.

Le leader parlementaire du PQ, Stéphane Bédard
, a indiqué pour sa part que l'APPQ venait de démolir la dernière défense du gouvernement.

Même son de cloche du côté de l'Action démocratique du Québec (ADQ). La porte-parole du parti en matière de sécurité publique, Sylvie Roy, a estimé que le président du syndicat des policiers de la SQ avait désavoué le ministre Dupuis, qui préfère s'en remettre aux enquêtes policières. Selon elle, il s'agit clairement d'un manque de leadership du ministre.

Sylvie Roy soutient que le gouvernement Charest est maintenant isolé sur la question et se doit d'entendre l'appel lancé par M. Dagenais.

Québec maintient son refus

Le gouvernement de Jean Charest refuse toujours d'instituer une commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction, même si la pression se fait de plus en plus forte.

Le bureau du ministre Jacques Dupuis a continué de dire lundi le 23 novembre 2009 qu'il fallait laisser les enquêtes policières suivre leur cours, et qu'après « on verra ».

Le ministre estime avoir déjà accédé à une demande des policiers en mettant sur pied l'escouade Marteau pour enquêter sur le milieu de la construction. Québec soutient que les policiers ont ainsi tous les moyens nécessaires pour enquêter, porter des accusations et faire condamner les coupables.