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Néonicotinoïdes tueuses d'abeilles
Depuis 2017, crise dans un centre de recherche agricole financé par Québec

Résumé de la crise : le conseil d'administration croule sous les conflits d'intérêts car le gouvernement a privatisé la gouvernance du centre de recherche.  Lorsque des recherches réalisées par les fonctionnaires du Ministère de l'Agriculture ou du Centre de recherche sur les grains (CÉROM) démontrent entre autres la toxicité des néonicotinoïdes sur les pollinisateurs comme les abeilles, l'attitude négationniste du conseil d'administration nuit au bien commun du Québec. 

"Il n'y a pas de risque à utiliser les néonicotinoïdes quand c'est fait en fonction de ce qui est indiqué sur l'étiquette", d'ânonner le président des producteurs de grains.  Pourtant plusieurs recherches menées au CÉROM et en Europe ont démontré la toxicité des pesticides utilisés en agriculture.  Mais en 2019, le président des Producteurs de grains du Québec maintient que ces pesticides ne sont pas dangereux, puisqu'ils sont permis par le gouvernement fédéral.

Fonctionnaire provincial depuis 32 ans, l'agronome Louis Robert a transmis en 2017 une note ministérielle à un journaliste de la Société CBC/Radio-Canada.  Ce document confidentiel faisait état d'une situation de crise au CÉROM.  À l'époque, 15 des 35 employés du centre, dont 7 chercheurs, ont claqué la porte en démissionnant de leur poste en raison du contrôle des résultats de leurs recherches sur les céréales par l’industrie privée.

Le document raconte que des scientifiques ont subi des tentatives d'intimidation de la part de quelques membres du conseil d'administration et de son président, Christian Overbeek, « dans la diffusion et l'interprétation des résultats de projets de recherche ».

Les partis politiques à l'Assemblée nationale sont au courant depuis 2017.  À quel moment le gouvernement a-t-il commencé à privatiser le ministère de l'Agriculture?  Fondamentalement c'est pour cette raison qu'à terme 15 employés.es ont quitté depuis 2017 et Louis Robert a perdu son emploi le 24 janvier 2019 pour avoir parlé aux médias de cette affaire.  Le président de l'organisme Christian Overbeek propose maintenant de se retirer de la direction de l'organisme, c'est bien, mais il n'en pensera pas différemment et continuera son lobbying négationniste pour enrichir les membres de son organisation.
Ci-dessous, plus d'information sur le fond du dossier.                
- JosPublic

 

engrais
 

Après les pesticides, le divulgateur Louis Robert
dénonce la  surutilisation d'engrais
1er avril 2019

 
 

Le lanceur d'alerte congédié par le ministère de l'Agriculture affirme que les conflits d'intérêts ne se limitent pas au domaine des pesticides. Lors d'une première entrevue, accordée à Radio-Canada, l'agronome Louis Robert dénonce l'influence du privé dans les recommandations d'engrais faites aux agronomes et aux agriculteurs, les plus élevées en Amérique du Nord.

 

Pesticides, engrais, « ce sont deux problématiques jumelles, a expliqué l'agronome Louis Robert à l'occasion d'une entrevue au micro de l'émission radiophonique Gravel le matinSur le plan de l'impact économique et sur le plan de la santé humaine, les deux se comparent très bien. »

Le fonctionnaire congédié par le gouvernement du Québec pour avoir dénoncé l'influence des lobbys en agriculture met en garde contre « la surutilisation d'engrais » dans la province et regrette que « la situation perdure depuis très longtemps » sans que personne n'en parle.

Les quantités d'engrais à épandre qui sont recommandées par le Québec sont trois fois plus élevées qu'en Ontario, et jusqu'à six fois plus élevées que dans plusieurs régions états-uniennes.

Or, dénonce Louis Robert, le Québec est la seule province où des représentants de l'industrie siègent et votent au comité chargé des recommandations d'engrais.

Un document du ministère de l'Agriculture, daté de mai 2018, démontre que les rendements ne sont toutefois pas supérieurs dans la province.

Dans les engrais, on peut retrouver des nitrates, des phosphates et de l'azote, qui risquent de contaminer les cours d'eau et l'eau potable.  L'azote est aussi impliqué dans les gaz à effet de serre.

Les engrais en excès, comme les pesticides en excès, vont causer des dommages très sévères à l'environnement.

 
«

L'opinion publique a raison de s'inquiéter, dit Louis Robert.  Il faut donner un coup de barre important à nos pratiques agricoles.
                                                - Louis Robert
                                                         agronome congédié par le ministère de l'Agriculture.

»
 

Un graphique produit par Louis Robert pour le compte du ministère de l'Agriculture démontre que les recommandations de fertilisation du Québec n'ont jamais été aussi basses qu'entre 1994 et 2003, quand l'Association des fabricants d'engrais du Québec (AFEQ) n'était pas représentée au comité.

L'AFEQ s'appelle aujourd'hui l'Association professionnelle en nutrition des cultures.

Le comité mandaté par le gouvernement pour les recommandations de fertilisation compte deux représentants de la Coop fédérée, principal vendeur de pesticides et d'engrais au Québec.

En 2018, une chercheure de la Coop fédérée, membre du comité, a même recommandé que les doses d'engrais azoté pour le maïs au Québec soient augmentées de 50 %.

L'ancienne présidente de l'Ordre des agronomes Claire Bolduc expliquait récemment à l'émission télévisée "La Semaine verte" que le surplus d'engrais gonfle la facture du soutien agricole, comme les assurances de stabilisation du revenu des agriculteurs, que les Québécois financent avec leurs impôts.   « Si on en met plus, ça coûte plus cher à produire, expliquait Claire Bolduc. Donc éventuellement, ça va se traduire dans les compensations qui sont accordées. Parce que les aides agricoles prennent en considération les coûts de production. »

 

Recommandations d'engrais phosphaté en kilos par hectare

Lieu

kilos par hectare

Québec

60

Pennsylvanie

21

Ontario

20

Vermont

20

Minnesota

14

Illinois

0

Indiana

0

Iowa

0

Michigan

0

New York

0

Ohio

0

Wisconsin

0

 

À Québec, la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles, présidée par le député de la CAQ Mathieu Lemay, a annoncé, le 2 avril 2019, qu'elle abordera, finalement:

 « la question de l'indépendance de la recherche dans les secteurs de l'agriculture et de l'alimentation et les pratiques de prescription des pesticides par des agronomes liés à l'industrie ».

L'agronome aimerait être invité à la commission parlementaire sur les pesticides, même s'il trouve le mandat « très large ».  Regrette-t-il d'avoir lancé l'alerte au prix de la perte de son travail?  Il préfère réserver ses commentaires pour plus tard, afin de ne pas nuire à ses recours.

Mangez plus de légumes qu'ils disaient c'est meilleur pour la santé... oui mais! ajoute JosPublic
c'est plein de pesticides et d'engrais chimique. Plus les agriculteurs mettent de l'engrais plus ils ont un retour élevé sur les intrants de production... profits cachés. Alors on paie des annonces télévisées pour dire que les agriculteurs ont notre santé à coeur...mon c... Vive le bio!

lanceur
 

Le divulgateur Louis Robert se présente à la présidence
de l'Ordre des agronomes du Québec
29 mars 2019

 
 

Pour la première fois depuis son congédiement du ministère de l'Agriculture, le lanceur d'alerte (divulgateur) Louis Robert est sorti de son mutisme, vendredi le 29 mars 2019, avec une proposition qui risque de chambouler le monde agricole.  Les agronomes qui vendent des pesticides ne devraient pas être les mêmes qui autorisent les producteurs agricoles à en faire l'usage.

Louis Robert, qui a annoncé qu'il brigue la tête de son ordre professionnel, fera de la notion de conflit d'intérêts le thème central de sa campagne.

L'ancien fonctionnaire, qui jouit d'un appui populaire considérable, risque cependant de se heurter à une certaine résistance de la part de ses collègues, issus majoritairement du secteur privé.

« Cette impasse-là des conflits d'intérêts nuit à tout le monde.  À l'image de l'agronome, aussi », a-t-il expliqué  lors d'une mêlée de presse impromptue à Montréal, en marge du Symposium sur les sols vivants où il donnait une conférence.

« J'espère que les agronomes vont rester dans l'actualité, mais pour des nouvelles positives et que les gens éventuellement vont dire: ah ! Heureusement qu'ils sont là.  J'aimerais vraiment qu'on soit à la défense de l'intérêt public », a-t-il ajouté.

Il y a environ 3 000 agronomes au Québec. Seulement 15% occupent des postes au sein des diverses fonctions publiques.  Les autres sont notamment à l'emploi d'entreprises privées, de coopératives, d'institutions financières, de groupes de producteurs ou d'Organismes à but non lucratif (OBNL).

Deux rôles incompatibles selon Robert

En mars 2018, Québec a resserré le Code de gestion des pesticides afin de mieux encadrer l'épandage de cinq pesticides considérés comme étant à plus haut risque.

Désormais, avant de pouvoir avoir recours à l'atrazine, au chlorpyrifos et à trois types de néonicotinoïdes, ce fameux pesticide «tueur d'abeilles», les agriculteurs doivent obtenir une «prescription» de la part d'un agronome.

Or, sur le terrain, ce sont souvent les agronomes à l'emploi des fournisseurs de pesticides qui remplissent ces prescriptions, légalement requises pour acheter et appliquer un pesticide. Une situation qui place ces agronomes en situation de conflit d'intérêts même s'ils sont bien intentionnés estime Louis Robert.

«En France, ils viennent de séparer complètement la recommandation de la vente du produit», souligne M. Robert, qui a oeuvré au Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation durant 32 ans avant d'être renvoyé pour avoir transmis des informations à un journaliste de Radio-Canada.

Selon une étude de l'Ordre des agronomes, 80% des entreprises qui vendent des pesticides rémunèrent leurs agronomes avec des primes, des bonis ou des commissions, en plus de leur salaire.  Cette «rémunération variable» représente de 1,5% à 30% de la rémunération totale de ces agronomes. Cette pratique contrevient à leur code de déontologie.

«Contrairement à ce que le président actuel de l'Ordre dit, ce n'est pas nécessaire qu'un agronome reçoive une commission ou un boni pour qu'il soit en situation de conflit d'intérêts. Dès qu'il reçoit une rémunération quelconque d'une compagnie, au fond, c'est pareil», souligne M. Robert.

Commission parlementaire

La candidature de M. Robert survient au moment où le gouvernement du Québec lance une commission parlementaire sur l'utilisation des pesticides afin d'en mesurer les impacts sur la santé publique et l'environnement.  

Réunis le 28 mars 2019, les 13 membres de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles (CAPERN) ont unanimement voté en faveur de la tenue de cet examen, qui se penchera par ailleurs sur les «pratiques de remplacement » des pesticides et la « compétitivité du secteur agroalimentaire québécois ».

Louis Robert salue la mise en place de cette commission parlementaire.  « Je suis très content que le grand public soit informé sur les pesticides et qu'il y ait une prise de conscience de ce côté-là. Ma seule critique, à première vue, c'est que j'ai peur que le mandat soit trop vaste... Je trouve que c'est un peu dilué, j'ai peur qu'on noie le poisson. Si je suis appelé à participer tant mieux, je trouve que c'est très positif comme démarche, mais j'aurais souhaité qu'on la fasse de manière plus précise », souligne-t-il.

 

La privatisation des activités gouvernementales
L’érosion du leadership du MAPAQ au cœur du problème

16 mars 2018

 
 

Déjà constatée en 2008 par la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois (CAAAQ), l’érosion graduelle du leadership du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) est au cœur de la crise de confiance qui secoue présentement le monde de la recherche sur les pesticides et herbicides utilisés en agriculture estime l’Institut Jean-Garon.

Selon M. Guy Debailleul, professeur associé à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval et collaborateur de l’Institut Jean-Garon, « le cas du Centre de recherche sur les grains (CÉROM) est emblématique de cette érosion »

Au fil des ans, le MAPAQ, qui finance pourtant le Centre à hauteur de 68 % (en 2019 ed.), est passé graduellement de la parité à la minorité au sein du conseil d’administration, au point de n’avoir plus aujourd’hui qu’un observateur sur les onze membres du CA.

De même, la mission du Centre exposée dans ses rapports annuels successifs est passée de la « réalisation de recherches d’intérêt public en agriculture », au « développement d’un secteur des grains performants », un glissement qui illustre on ne peut mieux le passage d’un organisme d’intérêt public à un organisme qui défend des intérêts privés.

Selon M. Debailleul, il est également troublant de constater que, malgré le très haut niveau de financement public, plus de 90 % en tenant compte de la contribution du gouvernement fédéral, les rapports annuels du CÉROM ne comportent aucune reddition de compte financière.  Ce manque de transparence est également illustré par le fait qu’il a fallu une fuite dans les médias pour que les problèmes d’orientation et de gestion du CÉROM soient étalés au grand jour.

Un devoir de vigilance

Pour sa part, le président fondateur de l’Institut Jean-Garon et qui fut aussi président de la CAAAQ, M. Jean Pronovost, estime que le renforcement du leadership du MAPAQ doit être au cœur de la future politique bio alimentaire du Québec qui doit être dévoilée prochainement. 

« Ce leadership doit être éclairé et rassembleur : avoir du leadership ne veut pas dire tout faire.  Les partenariats avec d’autres acteurs, universitaires, privés ou coopératifs, sont essentiels, surtout dans le domaine de la recherche », affirme M. Pronovost.

Jean Pronovost
a mené une vaste consultation en 2007 et 2008 alors qu'il présidait les travaux de la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois(CAAAQ).

« Toutefois, l’État doit toujours exercer son devoir de vigilance, à travers une reddition de comptes rigoureuse, demeurer responsable des grandes orientations, assurer la coordination d’ensemble et, ultimement, être le garant de l’intérêt public ».  Il rappelle également que le rapport de la CAAAQ contenait des recommandations sur les pesticides et les organismes génétiquement modifiés (OGM) qui sont restées sans suite.

Malheureusement, le cas du CÉROM démontre que le désengagement de l’État s’est trop souvent accompagné de l’abandon de ses responsabilités.

L’Institut Jean-Garon a souligné récemment le 10e anniversaire du rapport de la CAAAQ (Rapport Pronovost) en publiant un document intitulé « La nouvelle politique bio alimentaire sera-t-elle à la hauteur? ». Il contient une analyse inédite du suivi apporté aux recommandations du rapport ainsi que des orientations qui, selon l’Institut, devraient guider la nouvelle politique. L’affirmation du leadership gouvernemental est au centre de ces orientations.

Cette analyse, de même que des documents complémentaires, peut être consultée ICI
b

 

Influence indue au CÉROM: la Coalition Avenir Québec (CAQ) savait !

Source: La vie agricole

 
 

L'influence des lobbyistes au conseil d'administration du CÉROM, la Coalition Avenir Québec (CAQ) le savait.

Dès mars 2018, à la suite des révélations dans La Vie agricole concernant le manque de transparence du Centre de recherche sur les grains (CÉROM) vis-à-vis du ministère de l’Agriculture, la députée de Mirabel pour la CAQ, Sylvie D’Amours, alors critique en agriculture, réclamait une commission parlementaire pour se pencher sur l’enjeu des pesticides. Elle estimait alors que de nombreux agriculteurs étaient dans une impasse face aux règlements et aux agronomes.

«Des soupçons de favoritisme planent et l’indépendance des agronomes est remise en question» disait à La Vie agricole Sylvie D’Amours au printemps dernier.

Elle disait aussi : «Il est temps pour Laurent Lessard de reprendre le contrôle de son ministère et de mettre fin aux risques de conflits d’intérêts qu’amène la nouvelle réglementation. On sait depuis longtemps que le ministère de l’Agriculture n’a plus de contrôle sur l’usage des pesticides».

Quand la CAQ voulait une commission parlementaire sur le cas CÉROM

Sylvie D’Amours s’interrogeait sur la discorde entre Laurent Lessard, alors ministre de l’Agriculture et Isabelle Mélançon, ministre de l’Environnement :

Sylvie D’Amours, députée de la circonscription de Mirabel

 « La ministre de l’Environnement a fait une annonce dont l’impact est immense sur les producteurs de grains du Québec.  Laurent Lessard, leur ministre, n’était même pas là ! Encore aujourd’hui, Isabelle Melançon ne peut même pas assurer l’indépendance du processus de décision pour utiliser des pesticides. Il y a vraiment de quoi se poser des questions. Il faut faire la lumière sur cet enjeu. Il faut une commission parlementaire »

Influence aussi à L’ACIA ?

Pour le président de la compagnie, Semence Phoenix 2013 inc, le problème d’influence n’est pas que provincial!

Préalablement Jean-François Briand, président de Semence Phoenix 2013 inc. avait écrit à La Vie agricole  au début 2018:  «M. Laurent Lessard, ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, tente de noyer un poisson en demandant une enquête sur les problèmes allégués de gouvernance au CÉROM».

Il soutenait alors dans une lettre d’opinion que nous avons publiée au printemps 2018 : «Lors de la rencontre entre Semence Phoenix 2013 inc. et l’ACIA (Agence canadienne de l’inspection des aliments), à Ottawa, le 5 octobre 2015, les représentants du gouvernement fédéral ont clairement dit ceci :« …on en a rien à faire des producteurs, c’est l’agro-industrie qui décide… ».

 

Le fédéral n’écoute-t-il que l’agro-industrie ?

Jean-François Briand écrivait aussi : «Les chercheurs du MAPAQ ne sont pas issus du secteur de l’agro-industrie et les résultats de leurs recherches mettent en danger les mots « bénéfice » et « profit ». Celles-ci sont alors automatiquement écartées, car le mandat du fédéral est d’écouter l’agro-industrie».

Il faut ramener Pierre Paradis et Laurent Lessard à la barre des témoins !

Lorsqu’on sait que le ministre Paradis lorsqu’il dirigeait le MAPAQ disait lui aussi que les compagnies de pesticides «sont plus puissantes que le ministère», beaucoup de questions se posent en terme d’influence et d’ingérence, des uns et des autres.

Mais si aujourd’hui le tout déclenche finalement une commission parlementaire, il ne faut pas qu’elle se limite à la situation des derniers jours.

Au-delà de « L’affaire Louis Robert», il faudrait entendre bien plus que le ministre actuel, André Lamontagne, ou le sous-ministre en chef, Marc Dion

Marc Dion, sous-ministre, au centre, en compagnie de Roger Lefebvre et de Laurent Lessard, en 2009.

André Lamontagne : ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation depuis le 18 octobre 2018 et Ministre responsable de la région du Centre-du-Québec

Il faudra appeler « à la barre», Pierre Paradis, Laurent Lessard, Sylvie D’Amours etc.  Beaucoup d’hommes et de femmes politiques savent des choses qu’ils ne disent pas cette semaine on dirait !

c
 

Louis Robert n’avait rien à vendre
Chronique Patrick Lagacé -
Fiducie de soutien à La Presse  7 février 2019

 
 

Pendant toute sa carrière au ministère de l’Agriculture, l’agronome Louis Robert a tenté de fournir de l’information objective aux agriculteurs du Québec.  On peut dire que c’était le dada de cet homme congédié fin janvier 2019 pour le péché capital d’avoir aidé un journaliste dans une enquête.

De « l’information objective » ?

Il y a beaucoup de vendeurs, en agriculture.  Une ferme est une PME qui fait affaire avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de fournisseurs.

Ces vendeurs-là – d’équipement agricole, de fertilisants, de semences, de services-conseils et d’engrais, par exemple – donnent de l’information aux agriculteurs quand ils débarquent dans leurs fermes.  Est-ce de la bonne information ?

Peut-être.  Mais quand le gars qui vous vend un produit est celui qui vous informe sur le produit, il faut quand même valider ailleurs…

Mais où et comment ?

Pas évident, quand on travaille sur une ferme 18 heures par jour, de commencer à fouiller dans des études scientifiques pour trouver les bons dosages de fertilisants et d’engrais, pour dénicher la meilleure façon d’oxygéner les sols…

Louis Robert, lui, avait le temps et l’expertise pour faire ça.  C’était une grande partie de son job, au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), comme « conseil régional en grandes cultures » : diffuser aux agriculteurs de l’information objective, fiable et à jour.

Sur le site du ministère de l’Agriculture, on trouve encore des dizaines de fiches techniques signées par l’agronome Robert sur des thèmes aussi variés que les meilleures façons de planter des intercalaires dans les champs de maïs, les limites et les dangers des insecticides ou comment fertiliser sans compacter.  Avec références d’études scientifiques à l’appui.

En août 2018, l’émission La semaine verte de CBC/Radio-Canada a suivi l’agronome Louis Robert dans une tournée d’information dans les campagnes, au sein de la « Caravane des sols » sur la santé des terres.  Un sol en santé est un sol qui fait bien son travail d’éponge.  Un sol-éponge retient mieux l’eau et les fertilisants, les empêchant de se rendre dans les cours d’eau…

Et dans nos robinets.

Un sol en santé est bien oxygéné. Pour cela, la méthode à la mode est celle du drainage, où on aère le sol en enlevant les eaux de surface.  On creuse et on dispose des tuyaux dans les champs, près de la surface. Le drainage nécessite un gros chantier, et c’est une grosse business.

Or, dans le reportage de La semaine verte, l’agronome Louis Robert dit aux agriculteurs : pas besoin de faire ça, vous pouvez aussi creuser stratégiquement, disons pour oxygéner le sol.  C’est plus long, mais c’est moins cher, et à terme, vous pourrez obtenir plus de rendements de votre terre.

Je cite le reportage : 

Journaliste : « L’autre obstacle auquel Louis Robert est confronté, c’est le manque d’information.  Les campagnes sont sillonnées par une armée de vendeurs de machinerie et d’engrais. »

Sébastien Scott, agriculteur : « Le messager qui est le plus présent sur nos fermes, c’est le représentant de compagnie.  Pis lui, il prône pas un discours comme celui que Louis vient de dire. »

Journaliste : « Les solutions proposées par l’industrie sont souvent rapides et coûteuses, comme un drainage ou des doses d’engrais supplémentaires.  On est loin de l’observation du sol et de la patience. Sébastien Scott est bien placé pour le savoir. Il a déjà été lui-même représentant de compagnie. »

Sébastien Scott : « C’est dirigé. C’est des conseils dirigés pour qu’on consomme plus. »

Journaliste : « Les conseils de Louis Robert visent exactement le contraire : faire dépenser moins pour obtenir davantage. »

Louis Robert : « La carence la plus fréquente des cultures qu’on retrouve au Québec, c’est pas l’azote, c’est pas le phosphore, c’est pas le zinc, c’est l’oxygène.  Mais faut pas le dire trop fort !  C’est à peu près certain que quelqu’un va chercher à nous en vendre, de l’oxygène, si ça continue comme ça… »

C’est sûr que le vendeur de systèmes de drainage ne devait pas trop triper sur Louis Robert.  Qu’importe, pour les agriculteurs, il était une source fiable qui faisait, selon Étienne Pouliot, son ancien patron cité dans Le Journal de Montréal, « un job magistral ».

Les vendeurs d’engrais et de fertilisants ne tripaient pas trop, trop non plus sur l’agronome Louis Robert : il disait aux agriculteurs d’en utiliser moins que ce que les vendeurs de fertilisants et d’engrais prescrivent.

Dans les années 80, Louis Robert a même fait partie d’un petit groupe d’agronomes qui ont créé des grilles de référence pour l’utilisation d’engrais et de pesticides.  Des grilles objectives, qui ont fini par tasser le « Petit livre vert » de… l’Association des producteurs d’engrais du Québec (devenue l’Association professionnelle en nutrition des cultures).

Il a fait le même travail d’information pour les pesticides.  Et les vendeurs de pesticides n’étaient pas enchantés non plus de voir que Louis Robert, agronome du MAPAQ, disait aux agriculteurs de mettre la pédale douce sur leurs produits…

Vous me suivez ?

L’agronome Louis Robert, en livrant de l’information objective en accord avec l’état des connaissances scientifiques en agriculture, faisait suer beaucoup d’acteurs dans le milieu tissé serré de l’agriculture québécoise, un petit monde fait de « groupes d’intérêts » et d’entreprises où circulent de gros dollars.

Au fil des années, il y a eu des appels à des bureaux régionaux du MAPAQ et même au Ministère pour se plaindre de Louis Robert.

La vidéo d’une conférence donnée par l’agronome Louis Robert lors des « Journées régionales Grandes cultures » dans Lanaudière est aussi disparue du site régional du MAPAQ, dans les années 2000. L’agronome y notait que le Québec utilise plus de phosphore qu’en Ontario et aux États-Unis.  La disparition est survenue après que le lobby des vendeurs « d’intrants » a exprimé son irritation.

Il y a eu des courriels envoyés aux « partenaires » pour le boycotter, lui et ses informations objectives, courriels signés par des gens qui travaillent pour des groupes d’intérêts…  J’ai en tête, encore, les vendeurs de phosphore, mais pas seulement eux.

Il y a peut-être même eu, une fois, allez savoir, peut-être que c’était dans l’est de la province, une conférence que Louis Robert n’a pas pu faire dans un colloque scientifique, parce que ses boss du MAPAQ le lui ont interdit, à la dernière minute…

On dit aussi qu’un lobbyiste se serait plaint de cet agronome emmerdant à un sous-ministre, mais allez vérifier ça, les sous-ministres, ça ne parle pas, et ça fait quand même quelques années…

Le congédiement de l’agronome Louis Robert est ironique parce qu’il implique – encore – un bras de fer entre l’information objective et l’information « dirigée », comme la jolie formule de l’agriculteur du reportage de La semaine verte

Je résume : le Centre de recherche sur les grains (CÉROM) est financé à 70 % par vos taxes. Bizarrement, le représentant du ministère de l’Agriculture n’a pas droit de vote au conseil d’administration, il n’a qu’un statut d’observateur, j’allais dire de plante verte…

Il y avait donc crise au CÉROM : des chercheurs s’offusquaient que le conseil d’administration cache leurs études – financées par l’argent public – sur les pesticides de type néonicotinoïdes présents dans les grains, les fameux « néonics » tueurs d’abeilles…

Le CÉROM est noyauté par des vendeurs de pesticides et de grains, par des gens enregistrés comme lobbyistes pour convaincre l’État de ne pas faire ceci ou cela, en matière de grains et de pesticides

Le fonctionnaire Louis Robert a donc fourni à Radio-Canada des documents qui démontraient l’ampleur de la crise au CÉROM.

Louis Robert n’a tiré aucun avantage personnel de cela.

Louis Robert a aidé à alerter les Québécois sur le fait que de la recherche menée avec l’argent de leurs taxes était tablettée par du monde qui a intérêt à ce que ces recherches ne soient pas largement diffusées.

Pour cela, Louis Robert a été congédié par son ministère quand il a avoué son geste, ministère administrativement dirigé par le sous-ministre Marc Dion.  Parce qu’au Québec, le « devoir de loyauté » envers l’État est plus important que l’intérêt public.

Je ne sais pas si à force de se plaindre de Louis Robert, les intérêts privés ont pu pousser le ministère de l’Agriculture à le voir comme un problème et à voir dans les reportages de Radio-Canada un prétexte bien commode pour le virer, à la faveur de l’arrivée d’un ministre aussi fort en gueule que manipulable et gaffeur.

Je sais juste que Louis Robert, lui, n’avait rien à vendre, dans ses interactions avec les agriculteurs québécois.

Et je sais que ceux qui se plaignaient de Louis Robert ont, eux, beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses à vendre à ces mêmes agriculteurs.

Dans ce litige, le ministère de l’Agriculture, le ministre lui-même et son boss le PM ont été des alliés objectifs de ceux qui ont plein de patentes à vendre aux agriculteurs.

Ce doit être ça, « un gouvernement d’entrepreneurs ».

Christian Overbeek, président des  Producteurs de grains du Québec.

d
 

Le président du C.A. nie avoir demandé le congédiement du lanceur d'alerte
 Fiducie de soutien à La Presse , le 7 et 8 février 2019

 
 

Dans la foulée de la controverse entourant le congédiement du lanceur d'alerte Louis Robert, le président des Producteurs de grains du Québec, Christian Overbeek propose de se retirer de la tête du Centre de recherche sur les grains (CÉROM).

Il recommandera cependant au ministère de l'Agriculture, qui assure la majorité du financement de cette société à but non lucratif, que les acteurs de l'industrie privée continuent d'occuper des postes d'administrateurs au sein du conseil d'administration.

« Le président des Producteurs de grains recommandera que les postes de dirigeants du conseil d'administration du CÉROM (président, vice-président, trésorier et secrétaire) soient occupés par des administrateurs indépendants et que les organisations du secteur des grains continuent à être représentées au conseil par la présence d'administrateurs », ont écrit, ce matin, les Producteurs de grains du Québec dans un communiqué de presse.  Ce syndicat de 11 000 agriculteurs est actuellement représenté par trois individus au conseil d'administration.

Plus tôt cette semaine, le ministre de l'Agriculture, André Lamontagne, avait indiqué qu'il pourrait « tirer la plogue » sur le financement du CÉROM si la gouvernance n'était pas réalisée « dans les règles de l'art ».

Plusieurs chapeaux

Christian Overbeek porte plusieurs chapeaux. C'est à la fois le président du conseil d'administration du CÉROM et le président des Producteurs de grains du Québec, un syndicat affilié à l'Union des producteurs agricoles (UPA).  En 2016, les Producteurs de grains avaient fourni 5,5 % du financement du CÉROM, alors que le MAPAQ avait assumé 68 % des coûts.

Salah Zoghlami et Sylvain Pion représentent également les Producteurs de grains du Québec au conseil d'administration.  Ils occupent respectivement les postes de secrétaire et d'administrateur.

Ces trois hommes apparaissent par ailleurs au Registre des lobbyistes du Québec comme étant autorisés à intervenir auprès du gouvernement concernant le projet de règlement modifiant le Code de gestion des pesticides et le projet de règlement modifiant le Règlement sur les permis et les certificats pour la vente et l'utilisation de pesticides.  Ce mandat s'étend d'octobre 2018 à décembre 2019.

L'une des missions du CÉROM est de faire de la recherche scientifique pour diminuer l'usage des pesticides nocifs pour l'environnement.

« J'ai toujours respecté les mandats qui m'ont été confiés, les règles éthiques qui s'appliquaient à moi, ainsi que les avis des spécialistes en matière de bonne gouvernance. C'est ce que je continue à faire aujourd'hui », a déclaré M. Overbeek dans le communiqué.

Les autres membres du conseil

La vice-présidence du CÉROM est actuellement occupée par un représentant de la Coop Fédérée, un fournisseur de pesticides.  La Coop Fédérée est par ailleurs représentée par un autre administrateur au sein du conseil.  Selon Radio-Canada, la Coop fédérée a contribué à hauteur de 1,3 % au budget du CÉROM en 2016.

Un représentant de la compagnie Synagri, qui vend notamment des pesticides, siège toujours au conseil à titre d'administrateur indépendant.  Un observateur du MAPAQ assiste également aux réunions, mais n'y a pas le droit de vote.

Centre de recherche CÉROM

Selon les Producteurs de grains du Québec, l'assemblée générale du CÉROM est prévue en avril 2019. C'est lors de cette assemblée que les règlements généraux de l'organisme pourront être modifiés.  Alors que le CÉROM est en « réflexion » sur l'avenir de sa structure organisationnelle, des spécialistes en gouvernance s'interrogent sur la crédibilité de la direction de cette société à but non lucratif, dont l'une des missions est de mener des recherches visant à réduire l'utilisation des pesticides nocifs pour l'environnement.

Le président exécutif du conseil de l'Institut sur la gouvernance et professeur émérite de stratégie à l'UQAM, Yvan Allaire, affirme qu'il n'a jamais vu un cas comme celui du CÉROM au cours de sa carrière.  « Je tique un peu sur le fait d'être membre du conseil et lobbyiste. Ça, j'avoue que c'est une situation qui me semble hautement problématique », dit-il.

Son confrère Michel Magnan, qui est titulaire de la chaire de gouvernance d'entreprise Stephen A. Jarislowsky de l'Université Concordia, songe même à en faire un cas d'école à soumettre à ses étudiants en administration.

« Il y a plusieurs paradoxes dans leur gouvernance. »
- Michel Magnan, titulaire de la chaire de gouvernance d'entreprise Stephen A. Jarislowsky de l'Université Concordia.

« Pourquoi a-t-on créé cet organisme : pour le bien commun. En plus, c'est un organisme de recherche, donc ça devrait être neutre et non biaisé. La gouvernance devrait refléter cette orientation stratégique. Ce qui arrive ici, c'est que vous vous retrouvez avec des gens qui ont tous des intérêts financiers, d'affaires ou qui sont directs parce qu'ils sont carrément dans le secteur », remarque le professeur.

Ce dernier explique qu'il peut y avoir conflit lorsque les intérêts des membres d'un conseil d'administration ne sont pas compatibles avec la raison d'être de l'organisation.  « On ouvre la porte à une situation qui n'est quand même pas idéale d'un point de vue de gouvernance, parce qu'autour de la table, la majorité des gens sont dans une telle situation. La table est mise pour avoir possiblement des problèmes. »

Conflit d'intérêts ?

En conférence de presse lundi, le ministre de l'Agriculture André Lamontagne n'a pas voulu se prononcer sur la présence d'un conflit d'intérêts ou l'apparence d'un conflit d'intérêts au sein du conseil d'administration du CÉROM. Il a cependant indiqué que la recherche qui s'y fait est appliquée. « L'intérêt, c'est d'être le plus près possible des utilisateurs, pour que les découvertes puissent se traduire sur le terrain », a-t-il affirmé lorsqu'on l'a questionné sur la composition du conseil d'administration.

Plutôt que d'être au coeur de la gouvernance du CÉROM, Michel Magnan estime que les acteurs de l'industrie devraient plutôt faire partie d'un comité consultatif ou d'un comité d'usagers. « Vous ne voulez pas les mettre au coeur de la prise de décision stratégique », dit-il.

Yvan Allaire abonde dans le même sens. « Je reconnais la nécessité d'avoir des gens qui connaissent bien le milieu, qui savent quel genre de recherche serait utile, mais en même temps, il faut trouver des gens qui ne sont pas contaminés par des engagements rémunérés comme celui d'être lobbyiste. Ils ne me feront pas croire que c'était les seules personnes disponibles », dit-il.

 

Christian Overbeek s'est exprimé de vive voix pour la première fois sur cette affaire.

 
 

QUESTION: Vous portez trois chapeaux : vous êtes à la fois le président d'un syndicat qui représente 11 000 producteurs agricoles, le président du conseil d'administration d'un centre de recherche dont l'une des missions est de faire des études pour diminuer l'usage des pesticides et un lobbyiste muni d'un mandat pour militer contre le resserrement des règlements visant à encadrer l'usage des pesticides à haut risque. Admettez-vous aujourd'hui que c'étaient des rôles irréconciliables ?

Christian Overbeek, président des
Producteurs de grains du Québec.

RÉPONSE: Je vous dirais que non. Il y a des éléments qui sont complémentaires juste par les connaissances qu'on peut amener d'un conseil d'administration à l'autre. Moi, je ne voyais pas de dualité. Il ne faut quand même pas oublier qu'en tant qu'administrateur d'un centre de recherche, l'élément principal n'est pas la gestion quotidienne des activités. Ça, ça appartient à la direction générale...

Le thème de lobbying que vous évoquez en ce qui concerne l'usage des pesticides est relié aux Producteurs de grains du Québec, et non à ma fonction de président du conseil d'administration du Centre de recherche sur les grains (CÉROM). Il faut être capable de distinguer ces deux éléments là. 

Q: Avez-vous fait des pressions sur le ministre de l'Agriculture, André Lamontagne, ou le sous-ministre Marc Dion pour que l'agronome Louis Robert soit congédié ?

R: D'aucune façon.

Q: Est-ce que vous vous êtes déjà plaint de lui à des gens du ministère de l'Agriculture ou ailleurs au sein du gouvernement du Québec ?

R: À mon souvenir, non plus.

Q: Que pensez-vous du fait qu'il a été renvoyé ?

R: Je n'ai aucun commentaire à apporter sur cet élément. C'est quelque chose qui est entre Louis Robert et son employeur.

Q: Vous proposez que les représentants des Producteurs de grains ne soient plus dans les postes d'« officiers » du conseil d'administration du CÉROM, c'est-à-dire dans les postes de président, de vice-président, de secrétaire et de trésorier. Est-ce que vous souhaitez demeurer au conseil d'administration à titre de simple administrateur lorsque vous quitterez votre poste de président du conseil ?

R: Si ça convient encore aux membres, c'est sûr que c'est une fonction que j'ai toujours appréciée. J'ai toujours cru à la recherche, aux nouvelles connaissances, et ç'a toujours été dans cet esprit-là que j'ai exercé mon rôle au sein du CÉROM. 

Q: Que souhaitez-vous dire à la population au sujet de cette affaire ?

R: Je veux réitérer que, contrairement à ce qui a été véhiculé par plusieurs personnes depuis un an, d'aucune façon je ne suis intervenu auprès des membres du CÉROM pour retarder ou cacher des rapports de recherche. Ce n'est pas le rôle d'un administrateur de faire ça. Qu'on ait voulu m'accuser sur la place publique de cet élément-là, je vous dirai que c'est extrêmement regrettable. Moi, personnellement, je ne le prends pas qu'on ait voulu m'accoler l'étiquette d'être un intimidateur et une personne qui fait du trafic d'influence. D'aucune façon, ça rentre dans mon code d'éthique personnel.

Q: Vous êtes enregistré au registre des lobbyistes pour militer contre l'obligation qu'un agronome certifié par le ministère de l'Agriculture donne son sceau d'approbation avant qu'un agriculteur utilise des pesticides à haut risque. Pourquoi demandez-vous cet assouplissement ?

R: Les producteurs souhaitaient avoir accès à de la formation plutôt que de se faire imposer une réglementation. Un meilleur accès à la formation, ça donnait la chance aux agriculteurs de mieux comprendre les différentes actions ou les différentes conséquences qui entourent l'utilisation de pesticides.

Q: Au cours des dernières années, vous avez fait des déclarations publiques pro-pesticides. Pouvez-vous expliquer pourquoi, dans votre travail, c'est important d'avoir accès à ces outils-là ?

R: Comme représentant des Producteurs de grains du Québec, j'ai toujours privilégié la formation plutôt que la réglementation. Ça peut expliquer un ensemble de positions ou d'énoncés qu'on a faits au cours des dernières années en ce qui concerne l'usage des pesticides. Pour moi, l'élément premier, c'est que les producteurs aient accès à des formations pour encore mieux comprendre ce qu'il se passe quand on a à utiliser ces pesticides-là... Quand, ultimement, c'est nécessaire d'appliquer un pesticide, ça fait partie du coffre à outils qui est disponible pour les producteurs. Et aller apporter une restriction sans s'être assuré au préalable sur si une formation n'aurait pas pu être plus efficace, c'est là que j'avais comme une certaine difficulté à accepter.

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Voyage dans le temps au coeur de la gestion déficiente...
Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc, le 5 mars 2018

 
 

Des chercheurs et ex-employés du Centre de recherche sur les grains (CÉROM) dénoncent un climat de « contrôle », de pressions et d’ingérence à propos de l’épineuse question des pesticides néonicotinoïdes, a appris Le Devoir. En deux ans, la moitié des membres du personnel du centre, financé en majorité par Québec, ont d’ailleurs démissionné.

Cinq chercheurs sont au nombre des démissionnaires et une dizaine d’employés. Au total, neuf personnes ont témoigné au Devoir de leur profond malaise avec certains membres du conseil d’administration, qui n’hésitent pas à faire connaître leurs positions pro-pesticides au point de s’ingérer dans les travaux de recherche.

Plusieurs ex-employés du CÉROM ont tenté d’alerter le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) dès 2013. Refusant toute demande d’entrevue, le MAPAQ s’est dit « préoccupé par la situation » du point de vue de la gestion des ressources humaines. Il a imposé certaines mesures conditionnelles à son financement, renouvelé pour un an seulement plutôt que deux.

Une note interne adressée à une sous-ministre adjointe au MAPAQ fait la recension des problèmes évoqués par nos sources. On y lit entre autres que le CÉROM est une « organisation contrôlée par des intérêts incompatibles avec l’intérêt public ». Les sièges de son conseil d’administration sont détenus majoritairement par des organisations « qui ont des intérêts, déclarés publiquement, divergents de l’intérêt public. La note fait aussi état du manque de transparence du centre, alors que les conseillers agricoles du ministère sont tenus à l’écart de toute décision.

Observateur externe bien au fait de l’encadrement habituel de la recherche, le professeur Éric Lucas, responsable du Laboratoire de lutte biologique de l’UQAM, a lui aussi fait part de ses inquiétudes au MAPAQ, d’où provient le financement du CÉROM. Il craint « la perte d’une précieuse expertise entomologique » au centre avec les démissions répétitives. « C’est une situation inexplicable dans un centre financé en grande partie par des fonds publics. »

Le financement public du CÉROM pour chacune des trois dernières années s’élève à au moins 2 millions de dollars par année, ce qui représente entre 60 et 70 % du financement total du centre. Le reste vient de fonds de recherches fédéraux, des Producteurs de grains du Québec et de la Coop fédérée.

Contradictions

Nos sources, qui requièrent toutes l’anonymat par crainte de représailles, rapportent comment s’exprimaient les tensions autour des conclusions des recherches du CÉROM. Des chercheurs qui se penchaient plus spécifiquement sur les effets — désirables et indésirables — des pesticides néonicotinoïdes étaient carrément avertis de ne pas « faire trop d’efforts » pour diffuser leurs recherches et de ne pas parler aux journalistes sans un processus fastidieux d’approbation.

D’autres racontent avoir été découragés de publier dans des revues scientifiques, un processus habituellement encouragé partout ailleurs dans le milieu. Un collaborateur à une recherche raconte avoir été avisé à la dernière minute que le budget ne serait pas débloqué pour payer une telle publication, pourtant prévue au budget initial. Un candidat à l’embauche relate quant à lui sa stupéfaction lorsque le comité d’embauche l’a averti que le poste de chercheur convoité ne prévoyait pas l’écriture de ce genre d’article. Un programme du MAPAQ est pourtant spécifiquement destiné à « encourager la publication d’articles dans les revues scientifiques avec les résultats issus des projets soutenus financièrement », écrit-on au Devoir.

Le conseil d’administration du CÉROM est composé de 11 membres, dont 5 de l’industrie agricole. Il compte aussi le directeur général par intérim du CÉROM.  Toutes les sources consultées parlent particulièrement du président du conseil d’administration, Christian Overbeek, à qui ils reprochent de contredire les études du CÉROM et d’exercer des pressions.

Les résultats obtenus par deux des chercheurs, reconnus dans le milieu en matière de « néonics », ont été contredits publiquement, à plusieurs reprises, par M. Overbeek.  Connu pour sa défense des semences enrobées de cet insecticide, il est lui-même producteur de grains, président des Producteurs de grains du Québec, inscrit comme lobbyiste à Québec et siégeait à la Financière agricole en date de mars 2017.

« Les néonics ne tuent pas les abeilles », écrivait M. Overbeek dans une lettre publiée dans Le Devoir l’été 2017.  Cette position contredit non seulement celle du MAPAQ, qui reconnaît que « la mortalité accrue des colonies d’abeilles observée ces dernières années serait liée, entre autres causes, à l’utilisation systématique des pesticides de la famille des néonicotinoïdes », mais elle est aussi en contradiction avec le consensus scientifique mondial, ainsi que les recherches du CÉROM.  La toxicité des néonicotinoïdes pour les pollinisateurs n’est en effet plus remise en question ; sont plutôt contestés les autres facteurs de mortalité chez les abeilles et les solutions à mettre en oeuvre.

Contacté par Le Devoir, M. Overbeek nie se placer en contradiction avec les résultats obtenus au CÉROM. « Quand l’utilisation des néonicotinoïdes est faite en lien avec ce qui est écrit sur l’étiquette, ça n’amène pas de dommages au niveau des abeilles. »

Il affirme que les projets y sont menés « en fonction des attentes exprimées par le ministère de l’Agriculture ». « Le C.A. gère ces éléments-là et remet le mandat d’exécution à la direction », ajoute-t-il. Il affirme aussi ne jamais avoir discuté en conseil de restrictions en matière de publication scientifique.

« Je ne fais qu’apporter des nuances que tout agronome a droit d’apporter sur des travaux de recherche. J’ai fait des recherches personnellement sur des études comparées, avec ou sans l’utilisation des néonicotinoïdes sur 175 hectares durant deux saisons de végétation. C’est sûr que c’est moins que ce qui a été colligé au sein du CÉROM, mais chacun amène des conclusions en fonction de ce qui se passe pour chacune de nos entreprises », s’explique-t-il.

À l’été 2016, il aurait ouvertement discrédité les résultats de recherche sur les néonicotinoïdes du CÉROM devant le personnel de recherche, des membres du conseil d’administration et des fonctionnaires du ministère.  « Ces recherches-là, ça vaut ce que ça vaut », aurait dit en substance le président du C.A. devant une vingtaine de personnes, rapportent deux témoins au Devoir.

« Le seul souvenir que j’ai de cette activité est qu’aucun des chercheurs ne participait », répond-il, puisque les chercheurs avaient boycotté cet événement annuel.

« Laxisme »

« Le problème n’est pas de contredire les recherches d’ailleurs, mais celles-là même qui sont faites dans son propre centre. C’est ça qui est inquiétant », résume l’un des employés qui sont partis.

Le professeur Éric Lucas s’interroge en outre sur le fait qu’un président du conseil d’administration d’un centre de recherche financé en majorité par des fonds publics « puisse déclarer d’une part dans les médias que les néonicotinoïdes n’ont pas d’effets sur les abeilles, alors qu’une série d’études, y compris celles au Québec, démontrent clairement le contraire ».

Le domaine de l’agroenvironnement en général semblait « déranger profondément certains membres du conseil d’administration », rapporte un autre ex-employé, qui a accepté d’en parler à condition de préserver son anonymat, craignant des représailles « dans un si petit milieu que l’agriculture au Québec ». Même son de cloche chez un autre chercheur qui a quitté le CÉROM : « Je me faisais dire : “on n’aime vraiment pas ça que tu travailles là-dedans, et on aimerait mieux que tu ne travailles pas là-dedans”. »

Lors d’une rencontre avec le personnel, M. Overbeek, aurait déclaré : « On n’est pas en agroenvironnement », rapportent deux sources.  L’agroenvironnement est pourtant la mission principale du programme Prime-Vert, qui finance 11 projets sur 21 actuellement appuyés par le MAPAQ.

Questionné sur cette déclaration, M. Overbeek a d’abord affirmé au Devoir ne pas avoir été présent à cette rencontre.  Puis, il a ensuite indiqué que ces rencontres devaient rester « entre les personnes concernées par la discussion ».

Interrogé par Le Devoir sur les mesures mises en place face à cette crise, le MAPAQ répond avoir imposé l’embauche d’un cadre intermédiaire pour permettre au CÉROM « d’améliorer la situation au niveau des ressources humaines ».  Le directeur en place depuis 2010 a été congédié en février dernier après une réunion à huis clos du conseil d’administration, mais on ignore s’il s’agit d’une exigence du ministère.

Le MAPAQ s’en remet entièrement aux règlements généraux et à la régie interne quant aux actes du conseil d’administration.  Du « laxisme » selon plusieurs sources ou carrément « sous influence », prétendent deux des témoins.  Le conseil d’administration est libre de sa composition, puisque le CÉROM est un OBNL, donc un organisme privé.  En agriculture, il n’est pas rare que l’industrie et les producteurs agricoles participent au financement de la recherche.

Alors que nous menions nos recherches, le CÉROM a diffusé un communiqué jeudi dernier, réitérant « l’importance de sa mission » : « Le conseil d’administration identifie les thématiques de recherche jugées prioritaires. La recherche scientifique est réalisée de manière indépendante », y écrit la nouvelle direction.

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En conflit d'intérêts
Le conseil d'administration du CÉROM

 

Sources: médias et site internet de l'organisme le 8 février 2019

Christian Overbeek, président
M. Overbeek est représentant des Producteurs de grains du Québec sur le conseil d'administration du CÉROM.  Il y siège depuis le 7 avril 2006.  Délégué par les Producteurs de grains du Québec, en 2019 il est inscrit au registre des lobbyistes du Québec.

Luc Forget, vice-président
M. Forget est le représentant de La COOP Fédérée sur le conseil d'administration du CÉROM.  Il y siège depuis le 11 avril 2016.  Il représente un fournisseur de pesticides.

Salah Zoghlami, secrétaire
M. Salah Zoghlami est représentant des Producteurs de grains du Québec sur le conseil d'administration du CÉROM.  Il y siège depuis le 21 avril 2017. Délégué par les Producteurs de grains du Québec, en 2019 il est inscrit au registre des lobbyistes du Québec.

Sylvain Lavoie, trésorier
M. Sylvain Lavoie est administrateur indépendant sur le conseil d'administration du CÉROM.  Il y siège depuis le 21 avril 2017.

Sylvain Pion, administrateur
M. Pion est représentant des Producteurs de grains du Québec sur le conseil d'administration du  CÉROM.  Il y siège depuis avril 2018.  Délégué par les Producteurs de grains du Québec, en 2019 il est inscrit au registre des lobbyistes du Québec.

Alexandre Mailloux, administrateur
M. Mailloux est représentant de la Coop Fédérée sur le conseil d'administration du CÉROM.  Il y siège depuis avril 2016.

Sylvain Tremblay, administrateur indépendant
M. Sylvain Tremblay siège sur le conseil d'administration du CÉROM depuis 2013 et en tant qu'administrateur indépendant, depuis juin 2018.  Il
représente la compagnie Synagri

Claire Tremblay, administratrice indépendante
Mme Claire Tremblay est administratrice indépendante sur le conseil d'administration du CÉROM.  Elle y siège depuis le 21 avril 2017.

Djiby Sall, observateur officiel
M. Djiby Sall est observateur officiel désigné par le Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec sur le conseil d'administration du CÉROM.  Il y siège depuis 2016 (sans droit de vote au Conseil)

Pierre Fréchette, directeur général par intérim
M. Pierre Fréchette est le directeur général par intérim du CÉROM et siège sur le conseil d'administration du CÉROM depuis le 12 février 2018.

Sources: Vie Agricole; Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc; La Fiducie de soutien à La Presse ;

Choix de photos, collection de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 30 mars 2019

Autres textes du dossier Louis Robert, agronome

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Ici pour les Notes & Références encyclopédiques

 
 

Notes & Références encyclopédiques:

Déjà constatée en 2008...

 
 
 

En mai 2006, la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois (CAAAQ), publique et indépendante, s’est vue confier par le gouvernement du Québec un mandat d’envergure :

  • dresser un état de situation sur les enjeux et les défis de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois;

  • examiner l'efficacité des interventions publiques actuellement en place;

  • établir un diagnostic;

  • faire des recommandations en tenant compte des défis de la compétitivité et des revenus agricoles, des attentes sociétales et de la mise en valeur des potentiels régionaux.

La Commission a rempli son mandat et terminé ses activités le 31 janvier 2008: Rapport final de la commission

 

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Ce manque de transparence est également illustré...

 

« Pesticides : quand le privé administre la recherche publique québécoise ».

Une note interne accablante du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec ( MAPAQ) et une dizaine de témoignages obtenus par Radio-Canada révèlent une crise sans précédent dans la recherche publique en agronomie. Vague de démissions de chercheurs, ingérence du privé dans les études, tentatives de dissimuler des résultats... Le MAPAQ promet d'agir. - Sur la Société CBC/Radio-Canada, le 5 mars 2018

 

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on en a rien à faire des producteurs, c'est l'agro-industrie qui décide...

 

Le président Jean-François Briand croit que M. Laurent Lessard, Ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, tente de noyer un poisson en demandant une enquête sur les problèmes allégués de gouvernance au CÉROM. Sur La Vie Agricole, le 6 mars 2018

 

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