Deux autres ex-cadres supérieurs de la ville de Montréal
repêchés par des firmes de construction

Écrit par
Fabrice de Pierrebourg
Pour le journal des lockouté de Quebecor rue Frontenac
Nouvelles générales
Politique municipale
Publié le Mardi, 06 avril 2010


M Gérald Tremblay
Maire de Montréal

Cadres, Ville de Montréal, Transfuge, Collusion, construction, collusion, enquête, Tremblay,

Robert Marcil, ancien directeur du service de la réalisation des travaux à Montréal visé au cours de l’été 2009 par une enquête interne pour « manquement grave aux règles d’éthique », s’est recasé, après sa démission, comme vice-président au sein de SM, important groupe de génie-conseil qui fait affaire avec la Ville, a appris RueFrontenac.com. Quant à Béton Brunet, elle a repêché Robert Cassius de Linval, une des victimes du contrat des compteurs d’eau.

La firme SM est dirigée par le Sherbrookois Bernard Poulin, un proche de l’ex-ministre Jean Lapierre connu pour ses accointances libérales. Elle a été impliquée dans le controversé dossier du Faubourg Contrecœur.

RueFrontenac.com avait eu vent de l’embauche de Robert Marcil au mois de novembre dernier, soit moins de trois mois après son départ officiel. Nous avions alors contacté SM pour obtenir les commentaires de Bernard Poulin.

Surprise, c’était plutôt Roch Landriault, de la firme de relations publiques National, qui avait rappelé l’auteur de ces lignes pour nier les faits : « Monsieur Marcil n’a pas été embauché par le groupe de Bernard Poulin. »

D’autre part, à la même époque, dans le bottin de l’Ordre des ingénieurs du Québec, Robert Marcil apparaissait toujours comme à l’emploi de la Ville alors que ce n’était plus le cas.

Robert Marcil, ex-directeur du service de la réalisation des travaux à la Ville Montréal, s’est recasé chez SM, un groupe de génie-conseil qui fait affaire avec la Ville et qui possède des bureaux dans le Vieux-Montréal. Photo Annik MH de Carufel
 

Mais voilà qu’il y a quelques jours, nous avons obtenu la copie d’une carte professionnelle au nom de Robert J. Marcil, vice-président, infrastructures routières et ouvrages d’art, portant le logo de SM International.

L’adresse montréalaise inscrite est celle des bureaux du Groupe SM, tel que mentionné au registre des entreprises. Toujours selon le site gouvernemental, Groupe SM est l’actionnaire majoritaire de SM International.

Nous avons joint M. Marcil à un des numéros inscrits sur sa carte pour savoir, par exemple, depuis combien de temps il travaille chez SM. Celui-ci a mis fin abruptement à la conversation : « Je n’ai aucun commentaire pour vous, monsieur de Pierrebourg. Je vous remercie. Bonne journée. » Nous lui avons également envoyé un courriel. Sans plus de succès.

Un voyage en Italie avec Jocelyn Dupuis

Robert Marcil avait la responsabilité de la réalisation des travaux à la Ville de Montréal. Ce haut fonctionnaire a remis sa
démission à la fin du juin 2009. Il venait tout juste d’être interrogé par des enquêteurs de la Ville.

Ceux-ci se penchaient sur un voyage en Italie auquel il avait participé au cours du mois d’octobre 2008 en compagnie de Jocelyn Dupuis, ex-directeur de la FTQ-Construction arrêté le 24 mars dernier par la Sûreté du Québec, et Yves Lortie, président de la division
« infrastructures municipales » chez Genivar, ainsi que leurs épouses respectives.

Tout ce beau monde aurait découvert les charmes de Rome possiblement grâce à la générosité de Joseph Borsellino, patron de Garnier Construction, qui fait de bonnes affaires avec la Ville de Montréal et qui les accompagnait dans ce périple.

Le nom de Robert Marcil était d’ailleurs souvent cité dans plusieurs des gros contrats obtenus par la firme Garnier pour la réfection de conduites d’eau ou le remodelage du carrefour des Pins.

Selon les informations publiées par La Presse et Radio-Canada à l’époque, Robert Marcil avait évoqué une « réorientation de carrière » pour justifier son départ précipité.

SM et le Faubourg Contrecœur

Quand au groupe SM, il a fait les manchettes dans le cadre du scandale du Faubourg Contrecœur
, à Montréal. Un projet de développement controversé, initié par la Société d’habitation de Montréal (SHDM), dans lequel est impliqué à titre de promoteur « Catania groupe immobilier », de Paolo Catania.

À l’issue d’une longue enquête, le collègue André Noël, de La Presse, a révélé entre autres que les terrains auraient été vendus à Catania à un prix inférieur à leur vraie valeur grâce à une possible surestimation des frais de décontamination de ceux-ci.

Le 22 octobre 2009, le quotidien La Presse avait diffusé un enregistrement audio
dans lequel on entend Bernard Trépanier, ex-directeur du financement d’Union Montréal surnommé Monsieur 3 %
par Benoît Labonté, annoncer à Bernard Poulin qu’on allait lui confier « un mandat sur la décontamination » au Faubourg Contrecœur.

Les deux hommes discutaient aussi de leurs rencontres avec Tony Accurso.

L'entretien est entre Bernard Trépanier (BT) et Bernard Poulin (BP), du groupe SM.

Personnes mentionnées :

Daniel Gauthier : du Groupe Gauthier, Biancamano, Bolduc.

Michel Lalonde : Président de Séguin Ingénieurs (Groupe Séguin)

 

Nathalie Drapeau : personne inconnue

BT : Ça va bien, es-tu après te reposer?

BP : Ça marche, je suis sur le téléphone, là.

BT : Ah oui? Ah, OK. Ben, ce matin, suite à notre réunion avec Frank (Zampino), Daniel Gauthier, Michel Lalonde, puis Martial (Fillion), eeeh... sur... on va te donner un petit mandat. On va te donner un mandat sur la décontamination, même si... Dessau est là, dans l'urbanisme, on va donner un contrat indépendant à quelqu'un sur... je vais te revenir avec ça, mais je sais que, mon chum a dit : pourquoi on donnerait pas un mandat de même pour couvrir... en tout cas, on s'expliquera ça en chemin, mais on a pensé à toi à matin.

BP : OK.

BT : OK... fait que, ça va vous autres?

BP : Non, parce que... (incompréhensible)... C'est un petit mandat ou un moyen mandat?

BT : Bien, un mandat. Y a pour 12 millions de terre contaminée.

BP : Je comprends où ça va.

BT : OK!

BP : Oui, oui.

BT : Fait que, on s'organise.

BP : OK. Je voulais de dire : j'ai parlé à Nathalie Drapeau pour les (incompréhensible), t'as pas eu de nouvelles encore pour le lunch, hein?

BT : Non. T'as parlé à Tony (Accurso)?

BP : Oui, oui.

BT : J'va le voir à soir, j'va lui demander. (Les qq secondes qui restent sont incompréhensibles)

Le vérificateur de la Ville, Michel Doyon, avait par la suite conclu à d’importantes irrégularités dans la gestion de la transaction entre la SDHM et l’entreprise Catania.

Martial Fillion, un ancien chef de cabinet du maire Gérald Tremblay promu directeur de la SDHM, avait été congédié peu après la publication du rapport.

Le 9 mars dernier, les enquêteurs de la brigade Marteau (SQ) ont frappé pour la seconde fois en un mois et demi à la porte de l’entreprise dirigée par Paolo Catania pour y rencontrer certains de ses employés et consulter des documents reliés à ce dossier.

Le Quartier des spectacles

Robert Marcil a appuyé, cinq mois avant son escapade italienne, l’octroi d’un contrat de génie civil de 2,7 M$ pour le projet de Quartier des spectacles au consortium formé de SM, son nouvel employeur, ainsi que de Genivar, dont le vice-président faisait partie du voyage.

La décision a été entérinée à l’unanimité par le comité exécutif le 11 juin 2008.

SM et Genivar ont aussi participés; ensemble au projet de réaménagement des entrées et sorties de l’Île-des-Sœurs dans le secteur des autoroutes 15 et Bonaventure. Un travail qui leur a valu d’être récompensés en 2009 lors du deuxième Gala des grands prix d’excellence en transport, organisé par l’Association québécoise du transport et des routes (AQTR).

Les ex-hauts fonctionnaires de la Ville de Montréal retrouvent rapidement un emploi dans des firmes liées au monde la construction. Photo d’archives Annik MH de Carufel

Nous avons joint la Ville de Montréal à plusieurs reprises depuis jeudi dernier pour obtenir une mise à jour sur l’enquête interne visant M. Marcil. Nous souhaitions aussi savoir quelles sont les éventuelles restrictions imposées aux fonctionnaires démissionnaires qui seraient tentés de se trouver un nouvel emploi au sein d’une compagnie ayant des liens d’affaires avec la Ville.

On nous a répondu que la personne en charge de ces dossiers, Jean-Yves Hinse, directeur des relations professionnelles, était très occupé à quelques jours d’un sprint de négociations avec les cols bleus. Cela ne l’a pas empêché d’accorder des entrevues à d’autres journalistes depuis.
 

Robert Cassius de Linval chez Béton Brunet

Quant à Robert Cassius de Linval, ex-directeur des affaires corporatives de la Ville de Montréal, RueFrontenac.com a appris qu’il œuvre aujourd’hui pour le compte de du groupe Béton Brunet, de Valleyfield.

Monsieur Cassius de Linval a été emporté dans la tourmente de l’annulation du contrat des compteurs d’eau.

Le maire lui a montré la porte de sortie, ainsi qu’à Claude Léger, alors directeur général, le 22 septembre 2009.

Ces départs volontaires avaient été annoncés à la suite de la publication d’un rapport du vérificateur général Jacques Bergeron qui mettait en évidence les multiples erreurs commises dans l’octroi et le suivi du contrat des compteurs d’eau.

« Tout comme moi, [MM. Léger et Cassius de Linval] conviennent que la situation décrite par le vérificateur général est indéfendable, avait déclaré le maire Tremblay. À la suite de ces rencontres, nous avons convenu [qu’ils] quitteront leur poste. »

Béton Brunet fabrique et commercialise des produits en béton préfabriqué, dont des tuyaux d’aqueduc et d’égouts, des regards et des glissières de sécurité pour les infrastructures municipales et provinciales.

• Bernard Poulin aurait déjà vogué sur le luxueux yacht Touch, de Tony Accurso, en compagnie d’un des dirigeants de la firme Dessau.
Cadres, Ville de Montréal, Transfuge, Collusion, construction, collusion, enquête, Tremblay,