Corruption
Transparency renvoie les pays riches à leurs responsabilités

Par De Aurélia END
Pour l'Agence France Presse et la Presse canadienne
Publié le 17 novembre 2009

La corruption menace la reprise économique mondiale
et pose de graves problèmes aux pays en conflit

Le communiqué et la liste du classement des pays par Transparency International

PDF 24 pages

 

BERLIN — Entre plans de relance qui ouvrent la porte à toutes les tentations de pots-de-vin et secret bancaire jalousement gardé, l'ONG Transparency International (TI) a renvoyé mardi les pays développés à leurs responsabilités face à la corruption.

Dans le classement annuel de cette organisation dont le siège est à Berlin, les pays perçus comme les plus corrompus restent des nations pauvres et ébranlées par des conflits: Afghanistan, Somalie, Soudan et Irak sont ainsi les lanternes rouges.

A l'inverse, la Nouvelle-Zélande, le Danemark, et Singapour sont les trois pays les "moins corrompus" selon un indice de "perception de corruption" qui recense 180 pays sur la base des 13 sondages réalisés par 10 organisations indépendantes.

Depuis 1995, l'ONG publie chaque année ce classement et attribue des notes allant de 10 pour un État perçu comme "propre" à zéro pour un État perçu comme "corrompu".

Sur 180 États scrutés, seuls 49 ont "la moyenne", c'est-à-dire une note égale ou supérieure à 5.

L'organisation a distribué mauvais et bons points. La Grèce est par exemple épinglée pour la dégradation de sa note, de 4,7 points en 2008 à 3,8 points en 2009, soit la 71e place: une évolution "particulièrement inquiétante", selon un communiqué.

Le Canada arrive au 8e rang mondial des pays les moins corrompus

Les allégations de corruption ont beau se multiplier dans les manchettes ces temps-ci, il n'en reste pas moins que le Canada se compare avantageusement au reste de la planète en telle matière.

Transparency International, qui s'est donné pour mission de quantifier la corruption à travers le monde, classe le Canada ex-aequo avec l'Australie et l'Islande. Il s'agit d'une progression d'un rang pour le Canada par rapport à l'index de 2008

Transparency International a mené des études auprès d'entreprises et d'experts dans 180 pays afin d'y mesurer la corruption du secteur public.

La Somalie arrive en dernière position, avec une note de confiance de 1,1, tandis que la Nouvelle-Zélande se place en tête du classement avec 9,4.

Parmi les mauvais élèves, l'Irak se classe 176e avec une note de 1,5, le Soudan 177e (1,5), la Birmanie 178e (1,4) et l'Afghanistan 179e (1,3).

Parmi les bons élèves, le Danemark arrive 2e (9,3), Singapour 3e (9,2), la Suède 4e (9,2) et la Suisse 5e (9,0).

En ce qui concerne les pays francophones, après la Suisse au 5e rang, on trouve le Canada au 9e (8,7), le Luxembourg au 13e (8,2), la Belgique au 21e (7,1) et la France seulement au 24e rang (6,9).

La France pointe elle à la 24e place.

Si les pays pauvres et en guerre restent les plus vulnérables face à la corruption, TI a décidé de ne pas épargner les pays développés. "L'argent corrompu ne doit pas pouvoir trouver des zones de refuge. Il est temps d'en finir avec les excuses", écrit sa présidente internationale Huguette Labelle dans le rapport.

Premier accusé, le secret bancaire qui "pèse sur les efforts visant à combattre la corruption et à récupérer les avoirs volés". Et TI de relativiser son propre indice en relevant que le problème du secret bancaire concerne "de nombreux pays qui dominent le classement."

Exemples de pays connus pour une législation très protectrice du secteur bancaire mais pourtant bien notés: la Suisse, qui pointe à la cinquième place, ou le Luxembourg, quatorzième.

TI s'est toutefois félicité du travail de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), notamment sur les paradis fiscaux, mais a estimé que "plus doit être fait en matière de traités bilatéraux concernant les échanges d'information afin de venir à bout du système du secret".

L'ONG pointe aussi les effets pervers des plans de relance massifs lancés par les pays industrialisés pour contrecarrer la crise.

"Quand beaucoup d'argent public est dépensé très rapidement et que les administrations qui gèrent les programmes sont débordées, le risque de corruption augmente. C'est un grand facteur de risque", a souligné Sylvia Schenck, présidente de TI Allemagne, lors d'une conférence de presse.

Face à des grands chantiers et des appels d'offres géants, des entreprises pourraient en effet être tentées de s'assurer les contrats en versant des pots-de vin.

Mme Schenck a relevé que si certains pays développés combattaient activement la corruption sur leur sol, leurs entreprises n'hésitaient pas à la pratiquer à l'étranger: "Il est toujours très répandu d'entendre, notamment de la part de PME, que dans certains pays il n'est pas possible de faire autrement" que de corrompre les responsables officiels chargés d'attribuer les contrats publics.

"De telles excuses ne sont pas acceptables", a-t-elle martelé, en soulignant la responsabilité en la matière de l'Allemagne (14e place de l'indice), qui se dispute avec la Chine (79e) la place de première économie exportatrice mondiale.