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Le nettoyage de la collusion et de la corruption: "C'est toujours à recommencer, la société c'est comme l'humain, elle doit se laver constamment de ses parasites"
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Pacifique "Pax" Plante

Un système municipal, provincial ou fédéral qui profite à une poignée de personnes au nom d'un système démocratique fort caoutchouteux, voilà qui n'est pas une première dans l'histoire de Montréal, du Québec et du Canada. Des gouvernements, de gré ou forcés par l'opinion publique, ont mis sur pied des commissions d'enquête, que ce soit les commissions Rainville, Taschereau (1905) Cannon (1909), Coderre (1924), Caron (1950), Salvas (1960) CECO (1975), Cliche ( 1974) Malouf (1995), Gomery (2004), Bastarache (2010) ou plus récemment Charbonneau ( 2011). Compte tenu des recommandations de ces commissions qui n'ont pas eu ou très peu de suites, serait-il le temps d'instituer une commission permanente pour appuyer les travaux de l'Unité permanente anti-corruption UPAC ?

 
 

Montréal Red Light

 
 

Pacifique «Pax» Plante ( 01 )

Malversations, jeux, paris, corruption et prostitution — au propre comme au figuré — constituent le paysage de Montréal au moment où Pacifique Plante décide, en 1948, de porter un grand coup à une déchéance municipale érigée en système.
Mais que faire devant des politiciens véreux, mais aussi des journalistes de feuilles plus ou moins jaunes qui acceptent des pots-de-vin? Ces gens affirment ne rien entendre, alors qu'ils ne font en vérité que fermer les yeux.

Pacifique «Pax» Plante est directeur adjoint de la police, un des responsables de l'administration de la Cour du recorder, l'ancêtre de la Cour municipale.

Lunettes noires, chemise de soie blanche, un mètre quatre-vingt-dix, il ne passe jamais inaperçu. Le moindre de ses déplacements semble d'ailleurs faire l'objet d'une mise en scène quasi théâtrale.

C'est dans le journal Le Devoir que cet homme entreprend, avec l'aide du journaliste Gérard Pelletier, de dénoncer vertement les dérives dont il est témoin. Les articles qu'il nourrit de ses expériences sont extrêmement bien documentés. Quelques-uns seront par la suite réunis dans Montréal sous le règne de la pègre, une brochure largement distribuée dans laquelle Le Devoir rappelle qu'il est en vente partout, «mais qu'il n'est pas à vendre».

Pour écrire, Plante doit se cacher sous un nom d'emprunt. Il donne des noms, des adresses, raconte volontiers des histoires croustillantes.

On ne lui pardonne pas. Il reçoit des menaces de mort. On veut sa peau.

Sur sa table, il garde en permanence un revolver chargé. Il finira par connaître l'exil, ne revenant au pays qu'en de rares occasions, notamment lors de l'enquête sur le crime organisé (CECO) dans les années 1970. «Pax» Plante est décédé en 1976 au Mexique.

Le "Red Light de Montréal". Rue Sainte-Catherine entre Saint-Laurent et la rue Berri là où il y a une grande concentration de clubs et bars.

Une situation qui se perpétue

La situation que Plante décrit dès la fin des années 1940 n'est vraiment pas nouvelle. Dès son entrée en fonction en 1937, il a déjà été à même de constater plusieurs malversations institutionnalisées. Montréal est à cette époque une sorte de Havane du Nord où l'on trouve, boulevard Saint-Laurent et rue Sainte-Catherine, des cabarets, des femmes légères, des maisons de jeux, des restaurants louches et toutes sortes d'hommes intrigants dont le commerce promet de vous conduire en enfer aussi bien qu'au paradis.

Toute cette vipère s'assure de la douceur de son nid en soignant ses relations avec l'Hôtel de Ville.

Pacifique Plante

La situation perdure depuis un bon moment. À l'époque où le journaliste Jules Fournier dénonce entre autres choses le trafic de cocaïne dans les pages de L'Action, une commission d'enquête présidée par le juge Lawrence-John Cannon se penche sur les accusations de malversations qui secouent le régime du maire Louis Payette, élu en 1908 dans une odeur de souffre.

Au nombre des 23 conseillers municipaux mis en cause on trouve Médéric Martin, futur maire.

Le polémiste Jules Fournier

Ce n'est pas la première commission d'enquête qui se penche sur l'appareil municipal: dès 1894, l'enquête Rainville s'est consacrée à l'examen approfondi de la police municipale pour en sonder l'incompétence et le laxisme quasi criminel.

Puis, en 1924, une autre commission d'enquête, présidée celle-là par le juge Coderre , estime qu'il existe 300 maisons de joie à Montréal et que la municipalité, par divers stratagèmes, trouve à s'enrichir de 60 000 $ par année grâce à ces tristes établissements. La réputation sulfureuse de la Las Vegas du Nord traîne depuis deux siècles. Les campagnes récurrentes pour « nettoyer » la « ville ouverte » ont connu un premier point d’orgue avec l’enquête Coderre de 1924-1925, sans toutefois mener à des réformes majeures.

D'autres histoires surgissent ça et là au fil du temps, jusqu'à atteindre semble-t-il un nouveau sommet dans l'avant-guerre. C'est cette corruption dans les fonctions administratives et institutionnelles de la Ville que reconnaît et dénonce «Pax» Plante dans l'immédiate après-guerre.

Quelle moralité publique?

L’acte d’accusation présenté par le Comité de moralité publique comptait 1 000 pages et il visait 66 personnes qui faisaient l’objet de 4 800 accusations. (Pax Plante (gauche) ( 03 ) et Jean Drapeau (centre) ( 04 )

En mars 1950, un comité de moralité publique entreprend une enquête sur le système qui prévaut à la tenue générale de la cité.

C'est un jeune avocat du nom de Jean Drapeau, connu des milieux nationalistes conservateurs, qui mène le bal, parrainé dans son action par Le Devoir. Avec l'aide de «Pax» Plante, le groupe finit par obtenir une véritable enquête publique présidée par le juge Caron.

La remise du rapport Caron, qui conduit entre autres au congédiement de vingt policiers, marque aussi la grande entrée en politique municipale de Jean Drapeau. Cet avocat, favorablement sensible aux pratiques de certains régimes autoritaires, se présente comme candidat à la mairie. Et il gagne.

L'arrosage de certains politiciens ne s'arrête pas tout à fait pour autant. En 1958, sous le règne municipal de Sarto Fournier, le président de l'exécutif de la Ville, Jean-Marie Savignac, tente ainsi d'inciter l'administration libérale à acheter un métro d'intérêts français et ne recule devant rien pour réussir la manoeuvre.

 
 

1950 : Enquête Caron

 
 

Les avocats Jean Drapeau et
Pacifique Plante. Année: 1954

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’industrie du vice a roulé à plein régime à Montréal.

Devant la prolifération des maladies transmises sexuellement, l’armée a menacé d’empêcher ses soldats d’aller à Montréal. Le 2 février 1944, la municipalité a donc fermé toutes les maisons de débauche du red light. «Cet événement a démontré à la population que les autorités riaient d’elle, dit Mathieu Lapointe. D’autres bordels ont ouvert leurs portes par la suite, et les réformateurs disaient que, si les autorités voulaient vraiment les fermer, elles pouvaient le faire puisque ça avait été fait en 1944

«Les policiers faisaient semblant de réprimer les maisons de jeu et de prostitution, ajoute-t-il. [Celles-ci] faisaient l’objet de perquisition régulièrement. Les procédures étaient mal faites, de sorte qu’on ne démantelait pas l’infrastructure de ces commerces et ils pouvaient continuer à rouler

Une commission d’enquête a été demandée à deux reprises sur les liens qu’entretenaient la police, le crime organisé et le monde municipal pour maintenir les maisons de jeu et les bordels en activité, mais elle a été refusée. Ce n’est qu’en 1950 qu’une commission a été autorisée. La demande a été présentée par le Comité de moralité publique, dont les avocats étaient nuls autres que le futur maire Jean Drapeau et l’ancien directeur adjoint de l’escouade de la moralité, Pacifique «Pax» Plante.

Pendant les quatre années qui ont suivi, la commission présidée par le juge François Caron, a entendu 373 témoins. Elle a été suspendue à plusieurs reprises en raison d’un manque de financement et de poursuites judiciaires. Le juge Caron a déposé son rapport le 8 octobre 1954, à trois semaines des élections municipales. Des accusations ont par la suite été portées, et 20 personnes ont été déclarées coupables. Et Jean Drapeau a été porté au pouvoir une première fois. «Il a eu les coudées franches pour faire des réformes dans la police, explique M. Lapointe. Montréal est devenu plus clean.»

Le 8 octobre 1954, le juge Caron remet son imposant rapport. On dépose 5 000 chefs d’accusations. Une soixantaine de policiers écopent, incluant le directeur de la police de Montréal, Albert Langlois, qui perd son poste.

Bien qu’ayant été pointée du doigt lors de l’enquête, la classe politique, principalement les membres du Comité exécutif de Montréal, s’en sortent sans la moindre conséquence.

Camilien Houde - ex-maire de Montréal

À l’aube de l’élection municipale de 1954, le maire Camillien Houde préfère toutefois se retirer, pavant la voie à l’un des avocats de la commission qui, à l’approche de la révolution tranquille, s’inscrira à jamais dans l’histoire de la métropole : Jean Drapeau.

«

Chaque fois qu’on se lave, on sait d’avance qu’on se salira de nouveau, mais on se lave quand même. Pour que la politique conserve un minimum de décence, il faut qu’il s’opère périodiquement un nettoyage. Autrement, elle finit par se corrompre.
Gérard Filion,  le directeur du quotidien Le Devoir, 20 octobre 1954

»
 
 

Qui était Pax Plante?

 
 

Entrevue avec Pacifique Plante

Andréanne Lafond rencontre Pacifique Plante au Mexique, où il vit en exil depuis 1958. Pax Plante lui livre ses impressions sur la façon dont la police montréalaise affronte le crime organisé.

Des menaces ouvertes forcent Pax Plante à vivre caché au Mexique à partir de 1958. Ses connaissances du crime organisé montréalais l'amènent à commenter le rapport de la Commission Prévost sur le crime organisé, paru en 1969.

Cette commission, créée en janvier 1967, est la première à étudier l'administration de la justice pénale et criminelle au Québec.

Le rapport Prévost conclut que le crime organisé est toujours présent à Montréal et au Québec, et qu'il est lié aux grands empires criminels des États-Unis.

Au cours de l'année qui suit le renvoi de Pax Plante en février 1958, les journaux feront état d'une augmentation du nombre des bordels et des débits de boisson clandestins dans la ville.

Tout au long de sa carrière, Pacifique Plante s'est fait tirer plusieurs fois dessus. C'est pourquoi le service de police qui l'engageait lui fournissait une voiture blindée et l'autorisait à se promener armé.

Pacifique Plante

  Pax Plante dénonce la corruption policière

Émission : Format 30
Date de diffusion : 15 septembre 1970
Invité(s) : Pacifique Plante
Ressource(s) : Andréanne Lafond
Durée : 5 min 54 s

Avocat à la cour municipale, Pacifique «Pax» Plante a été nommé directeur adjoint de l’escouade de la moralité en 1946. Il s’est alors investi dans une campagne de «nettoyage» de Montréal pour éradiquer la corruption.

«Il a constaté qu’on ne s’était pas attardé sérieusement à la répression de la prostitution et du jeu et qu’il y avait des accointances entre les tenanciers de bordel et les fonctionnaires», a expliqué Mathieu Lapointe.

Pendant qu’il dirigeait l’escouade de la moralité, les perquisitions étaient bien organisées, et des tenanciers de bordel et de maisons de jeu étaient poursuivis. Il est entre autres connu pour avoir arrêté le roi de la pègre montréalaise, Harry Ship.

En 1948, Pax Plante est congédié par le comité exécutif de Montréal pour des raisons disciplinaires et de publicités non autorisées.

Avant de collaborer à la commission Caron, Pax Plante a collaboré avec le quotidien Le Devoir pour une série d’une soixantaine d’articles intitulée «Montréal sous le règne de la pègre». Il accusait les autorités policières et municipales de protéger le crime organisé et de maintenir les bordels et les maisons de jeu ouverts.

De retour au pouvoir en 1960, Jean Drapeau révèle de plus en plus ses forts accents d'homme autoritaire mâtiné d'une certaine forme de mépris pour l'exercice de la démocratie.

Jean Drapeau

Après les avoir dénoncés en début de carrière, le maire Drapeau engendrera à son tour un lot de dysfonctionnements. Le projet du Stade olympique, peut-être le plus célèbre d'entre eux, est d'abord évalué par ses soins à moins de 200 millions.

Il finira vite par gonfler jusqu'à atteindre le chiffre explosif d'un milliard et demi de dollars. En juillet 1977, le gouvernement de René Lévesque demande au juge Malouf de mener une enquête qui révélera plusieurs abus très importants qui expliquent une partie de la mésaventure du Stade, lequel devient dès lors le symbole d'une déroute économique nationale par laquelle des entrepreneurs sans scrupules se sont outrageusement enrichis.

En un siècle d'administration montréalaise s'est installée, semble-t-il, une conception persistante de la démocratie qui n'est pas axée sur la souveraineté du peuple, mais sur une notion de pouvoir d'action de quelques-uns pour agir sur les affaires de tous.

À l’époque, la vaste commission d’enquête Caron avait fait la lumière sur un système de corruption et de collusion qui existait depuis des décennies à Montréal et dans lequel se compromettaient des policiers, des élus municipaux et des tenanciers de maisons de débauche.

Au cours du dernier siècle, des commissions d’enquête ont été périodiquement instaurées à Montréal pour mettre au jour des affaires de favoritisme et de malversation. Le Centre d’histoire de Montréal (CHM) prépare d’ailleurs l’exposition Scandale! Vice, crime et moralité à Montréal, qui sera présentée cet automne. Avec l’aide de l’historien et chercheur invité de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill Mathieu Lapointe, qui collabore avec le musée montréalais.

 
 

100 ans de corruption mais quand on se compare...

 

Le Canada se trouvait au 9e rang des pays les moins corrompus au monde en 2012, selon l’organisme Transparency International qui publie son Indice de Perception de la Corruption tous les ans depuis 1995.

Ce palmarès représente les perceptions des acteurs de la vie économique sur les niveaux de corruption affectant la vie publique dans près de 180 pays. Le regard étranger sur «notre» corruption n’est pas dénué d’intérêt.

Lors de son passage au Québec, le journaliste français Jean-Claude Guillebaud s’est étonné de l’extraordinaire transparence médiatico-judiciare de la commission Charbonneau, un inimaginable feuilleton de téléréalité politique. «Je ne crois pas qu'elle ait beaucoup d'équivalents dans le monde», écrivait-il dans le quotidien régional Sud-Ouest, le 10 février dernier.

«Pour le visiteur arrivant de France, ce nouveau feuilleton est exemplaire. On ne sait si l'on doit admirer la très brutale transparence de l'enquête ou redouter - comme la plupart des gens d'ici - que tout cela ne finisse par accoucher d'une souris.»

Revisitons quelques-unes des grandes enquêtes qui ont secoué la métropole et le Québec.

 
 

1895: Commission d'enquête Rainville

 
 

L'affirmation du journal La Presse sur la fin en queue de poisson que connut l'enquête Rainville s'applique à la lettre à la présentation de son rapport.

La seule indication du contenu de ce rapport que nous ayons pu trouver réside dans une déclaration de l'échevin Préfontaine à un journaliste de La Presse : « Le rapport exonère la police de tout blâme, mais recommande une réorganisation complète du département des détectives ».

«Nous avons vérifié les procès-verbaux des réunions du conseil municipal pour le mois de mai 1895 et pour les mois subséquents», explique le criminologue Jean-Paul Brodeur.

Ils ne font aucune mention du dépôt d'un rapport qui aurait été rédigé par les membres du comité Rainville.

Henri-Benjamin Rainville

Il est très douteux que le rapport présenté au terme de l'enquête Rainville ait constitué autre chose que quelques remarques, qui ont peut-être été simplement présentées de façon verbale devant le conseil municipal. Les archives municipales de la ville de Montréal ne contiennent aucun document qui correspondrait à un rapport présenté par le comité Rainville.

Il semble donc d'après la brève description faite par l'échevin Préfontaine que l'enquête Rainville ait atteint l'objectif que poursuivait le chef de police Hughes en réclamant sa tenue, à savoir blanchir la police. Quant à la recommandation de réorganiser le Bureau des détectives, elle ne faisait que répéter sur un mode plus général une série de recommandations déjà formulées par le sous-comité d'échevins chargés en 1893, de faire une enquête sur le fonctionnement du Bureau des détectives. Ce sous-comité avait également constaté que le chef des détectives, un dénommé Cullen, n'était pas investi de l'autorité nécessaire pour bien remplir ses fonctions.

Cette constatation peut légitimement s'interpréter comme signifiant, entre autres choses, que la subordination du chef des détectives aux volontés du comité échevinal de police est trop étroite. Ainsi interprétée, la constatation du sous-comité reprend le leitmotiv de toutes ces commissions d'enquête, à savoir l'intervention indue des autorités politiques dans la gestion des affaires de la police. Si l'on tient compte de la censure qui fut exercée par ces mêmes échevins sur toute forme d'investigation de leur vénalité dans l'attribution des postes et des promotions au sein du service de la police, cette dénonciation du manque d'autorité du chef des détectives n'en apparaît que plus pharisienne. Le projet de réorganiser le Bureau des détectives fut éventuellement réalisé.  ( 01 )

 
 

Enquête Cannon

En avril 1909, le gouvernement du Québec lance une commission d’enquête sur l’administration municipale de Montréal.

 
 

Le juge Cannon: m'a vérité, je n'ai jamais rencontré un fromage plus puant que celui là (caricature d'époque)

La Commission royale d'enquête sur l'administration des affaires de la cité de Montréal est créée le 7 avril 1909 en vertu d'une proclamation du lieutenant-gouverneur en conseil de la province de Québec.

Présidée par le juge Lawrence John Cannon de la Cour supérieure, la Commission débute ses travaux le 19 avril 1909 et ajourne jusqu'au 27 avril de la même année.

La Commission tient 115 séances, prend 914 dépositions et produit en preuve 548 éléments. Les audiences se terminent le 14 septembre 1909.

«C’est la première grande enquête du XXe siècle sur les problèmes de corruption et de favoritisme à Montréal», précise Mathieu Lapointe, du CHM.

C’est un groupe de citoyens, qui comprenait notamment l’ancien maire de Montréal Hormidas Laporte et le sénateur Raoul Dandurand, qui a demandé cette enquête. Ils se plaignaient du patronage qui était pratiqué par le «gang des 23» – des conseillers municipaux – lors de l’attribution de contrats de travaux publics et lorsqu’une promotion était accordée dans les services policiers. Ils dénonçaient également le fait que la police tolérait les salles de jeu et les maisons de débauche.

Le juge Lawrence John Cannon rend public son rapport en septembre 1909. Dans celui-ci il décrit l’administration municipale comme étant «saturée de corruption provenant surtout de la plaie du patronage. Pour remédier à la situation, il propose de réduire le nombre de conseillers municipaux et de créer un bureau de contrôle des commissaires, qui est, en quelque sorte, l’ancêtre du comité exécutif.

Tous les élus blâmés, y compris le futur maire Médéric Martin, ne se représentent pas aux élections municipales de 1910 ou, s’ils sont candidats, ils sont défaits.

1912 : Le maire douteux

Médéric Martin

«Médéric Martin était un politicien populiste avec un bon sens de la répartie et de la rhétorique.» – Mathieu Lapointe, historien.

Bien qu’il ait été accusé de malversation lors de la commission d’enquête Cannon, Médéric Martin est retourné à la politique en 1912 comme conseiller municipal.

Puis, deux ans plus tard, il a brigué la mairie de Montréal et il a été élu. En accédant à la mairie, Médéric Martin a mis fin à l’alternance traditionnelle d’un maire francophone et d’un maire anglophone à la tête de Montréal.

«Il y avait une rivalité entre l’est et l’ouest de la ville», ajoute l’historien. L’ouest était plus riche et était jugé plus favorisé par les milieux d’affaires.

Des politiciens comme Martin jouaient sur cette réalité pour dire qu’il fallait donner leur dû aux entrepreneurs de l’est, ce qui donnait lieu à des protestations chez les entrepreneurs anglophones.

Pendant ses mandats à la mairie de Montréal, soit de 1914 à 1924, et ensuite de 1926 à 1928, le maire Martin a été soupçonné à plusieurs reprises de favoritisme et de corruption.

 
 

1924 : Enquête Coderre ( 02 )

 
 

À partir du XIXe siècle, la prostitution et les maisons de jeu ont été tolérées à Montréal, mais seulement dans le quartier du red light.

«Au début du XXe siècle, il y a eu un mouvement de réformateurs montréalais qui s’est appelé le Comité des seize et qui a publicisé les problèmes du red light en insistant sur l’exploitation et la prolifération des maladies vénériennes, explique Mathieu Lapointe. Il a critiqué les autorités municipales, qui semblaient tolérer le red light. Ils ont accusé les conseillers municipaux, les juges et les policiers d’être corrompus.»

En 1924, le vol d’un fourgon bancaire réalisé avec la complicité de policiers a été l’événement qui a convaincu tout le monde de la nécessité de tenir une commission d’enquête. Le juge Louis Coderre, qui a présidé cette commission, n’a pu que constater que rien n’avait changé depuis l’enquête Cannon : les pots-de-vin étaient toujours une pratique courante et la police était toujours aussi corrompue.

Le gouvernement du Québec se méfiait de l’enquête Coderre. Il avait beaucoup d’alliés dans le comité exécutif de Montréal. Il n’a pas voulu changer la date des élections pour qu’elles coïncident avec le dépôt du rapport Coderre. – Mathieu Lapointe, historien.

Le juge Coderre a remis comme il le devait son rapport au comité exécutif de Montréal, qui l’a rapidement tabletté. Aucun changement n’a été apporté avant le décès du président du comité exécutif. Le service de police a par la suite joui d’une plus grande autonomie.

Pierre Bélanger, chef de la police
de Montréal de 1921 à 1928

Dans son rapport, le juge arrive à la conclusion que le Service de police de Montréal est sclérosé et embourbé dans la routine. Les cadres n'exercent plus de contrôle sur leurs subordonnés. Les causes internes de cette inefficacité sont : les lacunes d'encadrement, le manque de formation des agents et de coordination ainsi que l'inconduite.

Les policiers avaient conçu un système de «double rabattage». Par exemple : « un voleur vendait le produit de son délit à un receleur chez qui la victime du vol était ensuite amenée. Elle devait alors, conseillée en ce sens par les policiers, racheter du receleur les objets qu'on lui avait volés. Le receleur et les policiers se partageaient ensuite les bénéfices de l'opération.»

Ce dernier, selon le rapport le chef de police, Pierre Bélanger abusait de son pouvoir de recrutement et de promotion. Il a embauché au sein de son équipe des repris de justice qui étaient libérés sous conditions.

De plus, le rapport révèle les liens entre la police et le pouvoir politique municipal qui, selon le témoignage de l'échevin Léon Trépanier, avait un rôle décisif lors des élections. Les policiers allaient jusqu'à séquestrer des officiers du candidat adverse, fabriquer des faux bulletins de vote et empêcher les citoyens d'aller aux urnes.

Finalement, le rapport recommande la nomination d'un chef de police responsable et indépendant, de dresser le casier judiciaire des édifices où l'on retrouve de la prostitution et d'accroître la sévérité des sanctions. Aucune de ses recommandations ne fut retenue puisque le comité exécutif y voyait une machination pour l'expulser du conseil.

Le rapport présenté par le juge Coderre est un volumineux document. Ce document est divisé en trois parties.

Dans une première partie, le juge Coderre tente d'évaluer l'action de la police dans ses divers champs d'opération et produit un constat d'inefficacité.

Dans une seconde partie, le rapport tente d'identifier à tous les niveaux les raisons de l'inefficacité de la police ; il s'efforce aussi de découvrir les responsables collectifs et individuels de l'état de chose qu'il dénonce.

Dans une troisième et dernière partie, le juge Coderre présente ses recommandations et procède à l'adjudication des frais.

De tous les rapports d'enquête dont nous avons à traiter, le rapport Coderre est le moins judiciaire, c'est-à-dire qu'il ne se limite pas à identifier les responsabilités individuelles sur la base de la preuve produite au cours des audiences. Au contraire, la plus grande partie du rapport est consacrée à l'identification des causes tant générales que particulières de la situation qui a été dénoncée. Cet élargissement de la perspective a pour conséquence d'accroître considérablement la visibilité des positions idéologiques qui sous-tendent le rapport et qui pour l'essentiel ressortissent à un christianisme conservateur, qui est allégué dans plusieurs passages du rapport.

 
 

1975 : Commission d'enquête sur le crime organisé (CECO)

 
 

Juge Jean Dutil

La Commission d'enquête sur le crime organisé (CECO) débute ses audiences sous la présidence du juge Jean Dutil. 

Celles-ci sont accessibles aux médias qui permettent au public de suivre quotidiennement les travaux de la CECO sur le petit écran.
Instituée en septembre 1972 par le gouvernement libéral de Robert Bourassa , la CECO est constituée d'avocats, de policiers, de sociologues et de criminologues.

Sa mission consiste à enquêter sur le crime organisé afin de démanteler les principaux réseaux de drogue, du jeu et de la prostitution au Québec, et ainsi réduire le chantage, la contrefaçon, le vol, la fraude et l'extorsion liés à ces activités. Le scandale de la viande avariée, par exemple, est dévoilé lors des audiences de la CECO.

Pendant toute la durée des travaux de la commission, plusieurs assassinats et règlements de compte seront commis entre les membres des différents groupes de criminels. La mafia italienne est d'ailleurs particulièrement visée par cette enquête qui se soldera par de nombreuses peines d'emprisonnement.

 
 

1977 : Enquête Malouf
La bouée de sauvetage des crapules

 
 

Construction du Stade Olympique

La tenue des Jeux olympiques devait coûter 310 M$, d’après les annonces faites en 1972. Quatre ans plus tard, le coût avait grimpé à 1,5 G$, et même jusqu’à 2 G$ en tenant compte des intérêts. Le gouvernement de René Lévesque a donc décidé, en 1977, de mettre sur pied une commission d’enquête pour faire la lumière sur ces dépassements de coût. La présidence en a été confiée au juge Albert Malouf.

«On a découvert que le chantier était hors de contrôle, raconte Mathieu Lapointe. Il y a des entrepreneurs de la construction qui ont profité de l’absence de surveillance sur le chantier pour faire n’importe quoi.» Les fraudes, les vols, les actes de vandalisme et les détournements de matériaux ont été révélés au grand jour au cours de la commission, qui a duré plus de trois ans. Il a même été démontré que le président du comité exécutif de Montréal, Gérard Nidding, s’était fait construire une maison aux frais des contribuables.

L’architecte Roger Taillibert et le maire Jean Drapeau ont été blâmés pour leur mégalomanie. Ils ont fait preuve, selon le juge Malouf, «d’une incroyable incurie».

Le Parti libéral du Québec a aussi profité de ce chantier chaotique pour remplir sa caisse électorale grâce à deux firmes d’ingénierie.

«Après cette commission, on ne pouvait plus avoir la même image de Drapeau, soit celle d’une intégrité parfaite, indique M. Lapointe. Il s’était fait flouer par ses proches. Il avait perdu le contrôle. C’est devenu le symbole de sa mégalomanie et de la mauvaise gestion de la ville

Albert H Malouf

 

Sources: Journal Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc. Métro pour Rémi Marcoux, Radio-Canada archives pour la Société CBC/Radio-Canada, Journal de Montréal pour Quebecor, Ville de Montréal, Bibliothèque Nationale du Québec, Wikipédia, Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi. Patrimoine, histoire et multimédia,

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 4 mai 2013

 

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Notes & Références encyclopédiques:

01
 
 
 
 

Commission Rainville en 1894. Source: Jean-Paul Brodeur est professeur à l'École de Criminologie de l'Université de Montréal. La délinquance de l’ordre. Recherches sur les commissions d’enquête. Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi.  Site web: http://bibliotheque.uqac.ca/ 

 
 
 
 

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02
 
 
 
 

Commission Coderre: 1924-1925. Source: Jean-Paul Brodeur est professeur à l'École de Criminologie de l'Université de Montréal. La délinquance de l’ordre. Recherches sur les commissions d’enquête. Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi.  Site web: http://bibliotheque.uqac.ca/ 

 
 
 
 

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03

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04

À propos de maître Jean Drapeau - Sur Wikipédia

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05
 

Enquête Cannon: Commission royale d'enquête sur l'administration des affaires de la cité de Montréal. - 1902-1909, présidée par le juge Lawrence John Cannon

 

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06
 
 

La commission Malouf, boué de sauvetage. Analyse par Claude Phaneuf, ingénieur a l'avant plan de la planification des équipements olympiques de 1976 à Montréal

 
 

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07

 
 
 
 
 
 
 

Enquête Caron: la prostitution et les jeux de hasard illégaux à Montréal 1950. -M. Jean-Paul Brodeur, criminologue, Université de Montréal, La délinquance de l'ordre : recherches sur les commissions d’enquête. LaSalle, Québec : Hurtubise HMH , 1984. Cahiers du Québec; CQ no 77. Collection droit et criminologie. 2 v. Une édition numérique réalisée par Gemma Paquet, bénévole, professeure de soins infirmiers retraitée de l'enseignement au Cégep de Chicoutimi. [Autorisation accordée par l'auteur le 24 novembre 2003 de diffuser ce livre dans Les Classiques des sciences sociales.]

 
 
 
 
 
 
 

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Autres commissions d'enquêtes

1943

enquête Surveyer

le corps de police de la ville de Hull

 

 

1960

enquête Salvas

le patronage sous le régime de l'Union Nationale

 
 

1964

enquête Dorion

une tentative de corruption d'un avocat représentant le gouvernement américain dans une affaire d'extradition d'un trafiquant de drogue.

 
 

1965

enquête Sylvestre

l'administration de la justice à la Cour municipale de Québec

 
 

1966

enquête Wells

les circonstances de la destitution de M. Georges Victor Spencer et de la perte d'avantages reliés à son emploi par le ministère des Postes

 
 

1966

enquête Spence

la présence d'une espionne dans l'entourage du ministre associé de la Défense du Canada («l'affaire Munsinger»)

 

 

1974 - Commission d'enquête sur l'exercice de la liberté syndicale dans l'industrie de la construction. En photo, à l'arrière plan, Brian Mulroney qui lui même plus tard sera accusé de corruption et le juge Cliche. Absent de la photo: Guy Chevrette accusé devant la commission Charbonneau

 

 

4 avril 2010 - Le gouvernement du Québec a créé la Commission d’enquête sur le processus de nomination des juges du Québec, sous la direction de l’honorable Michel Bastarache. Commission d’enquête sur le processus de nomination des juges du Québec - Commission Bastarache

 

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