Les entreprises en mode anticorruption mineur
Palmarès . Notant 722 sociétés, l’agence Vigeo dresse un bilan peu glorieux des moyens engagés

 

Par Renaud LECADRE
Pour le journal Libération
France - Europe
Publié le 23 février 2010


 

Peut bien mieux faire. Vigeo, agence de notation sociale, vient de publier une enquête sur les entreprises et la corruption, et les moyens engagés pour y remédier. Moyenne générale (sur un panel de 772 sociétés cotées à New York, représentant 28 secteurs et 20 pays) : un petit 4,7 sur 10. «A l’évidence, le score est faible : comparée aux engagements sur d’autres thèmes de la responsabilité sociale des entreprises, la corruption apparaît comme un sujet de communication corporate sur lequel elles préfèrent s’en tenir à des généralités.»

L’enquête n’est pourtant guère intrusive : elle repose essentiellement sur la consultation des rapports annuels des grandes boîtes cotées en bourse, complétée par un questionnaire. Et sans prendre en compte leurs sous-traitants, auprès desquels il est tentant de repasser le plat de la corruption. Elle met toutefois en lumière le difficile passage des vœux pieux aux actes : «La quasi totalité des entreprises affichent leur aversion pour la corruption, mais leur engagement demeure limité en pertinence et en efficience. Alors que se généralisent les systèmes d’alerte de cas suspects, la transparence sur le traitement de ces révélations est quasi nulle.»

Les Anglo-Saxons (Pays-Bas, Canada et États-Unis) sont en tête pour le formalisme des procédures internes; les Scandinaves (Finlande, Suède et Danemark), réputés les plus probes, sont paradoxalement en queue. Serait-ce un signe ? Par secteur d’activité, les plus engagés - sur le papier - contre la corruption sont le pétrole, la chimie et la construction… «En dépit d’initiatives sectorielles, relève pourtant Vigeo, les industries extractives sont plus exposées à des allégations de corruption» : 15% de son panel a déjà fait l’objet de soupçons, avec une «exposition endémique dans la défense et l’aéronautique».

Par entreprise, le britannique BHP Billiton (mines et métaux) arrive en tête de la lutte anticorruption avec un 8,7/10, devant une banque norvégienne et l’assureur allemand Allianz. Axa, quatrième, est le seul français du top 30. Il s’agit pour l’essentiel de «compétence managériale» au sommet, chaque grand groupe ayant nommé son déontologue maison. Que Vigeo tempère par un critère de «déploiement» du haut en bas de l’échelle, qui, lui, rend compte d’une plus «faible mobilisation des dispositifs et moyens».

Aux États-Unis, une loi adoptée en 2002 rend obligatoire un système interne «d’alerte éthique», garantissant aux employés la confidentialité de leurs dénonciations : mais seules 60% des entreprises l’auraient mis en place. En France, une loi de 2007 assure la protection des salariés en pareil cas. De «plan tolérance zéro» en «rejet de la corruption sous toutes ses formes», ces nobles engagements demeurent, selon Vigeo, «limités en pertinence et en efficience».