Lutte contre la corruption lors de la réponse aux catastrophes


Photo: Jefri Aries/IRIN
Des rescapés du tsunami de l'océan Indien ont perdu leurs maisons reconstruites, victimes d’entrepreneurs corrompus

Nouvelles et Analyses humanitaires

Un projet du Bureau pour la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies
Dakar

7 février 2010

 

L’aide humanitaire est exposée à un risque élevé de corruption, a déclaré Transparency International (TI), à l’origine d’un guide sur la lutte contre la corruption dans le contexte de l’aide d’urgence, destiné aux organisations humanitaires.

Le guide fournit plusieurs exemples de ravages de la corruption pour les victimes de catastrophes : des travailleurs humanitaires qui échangent de la nourriture contre des relations sexuelles en Afrique de l’Ouest, des rescapés du tsunami, à Aceh, qui se retrouvent privés de domicile car les entrepreneurs ont reconstruit sans fondations, ou encore des chefs de village, en Inde, qui détournent les denrées alimentaires destinées aux plus défavorisés en 2001.

L’aide humanitaire est vulnérable face à la corruption : les afflux soudains de dons financiers et de denrées tendent à submerger des zones sans ressources, l’aide doit être distribuée rapidement, et de nombreux pays sujets aux catastrophes disposent d’institutions fragiles qui s’affaiblissent encore davantage en temps de crise, a expliqué TI.

La corruption est d’ores et déjà endémique dans de nombreuses régions sujettes aux catastrophes, a dit Rosslyn Hees, conseillère au sein de TI, qui constate une solide corrélation entre les pays ayant fait l'objet d'un
appel éclair des Nations Unies et les faibles scores de l’indice annuel de perceptions de la corruption
calculé par TI.

Le guide, publié le 1er février 2010, conseille les travailleurs humanitaires en matière de lutte contre la corruption ; il explique notamment comment suivre les ressources, détecter les détournements d’aide ou faire face à l’extorsion. Parmi les outils recommandés figurent l’adoption de strictes politiques de dénonciation et le suivi et l'évaluation des programmes.

Tabou

L’idée de rédiger ce guide a germé après le tsunami de 2004 ; TI a pris conscience que les organisations humanitaires n’avaient pratiquement aucune stratégie de lutte contre la corruption, et ne menaient aucune étude sur le sujet, a expliqué Mme Hees à IRIN. « On ne disposait d'aucune donnée probante, et personne n’en parlait ».

Les organisations humanitaires étaient conscientes du problème de corruption mais « ne l’avaient pas encore admis », a-t-elle dit. Les dirigeants des organisations doivent cesser de considérer la corruption comme un sujet tabou, peut-on lire dans le guide.

Sept organisations non gouvernementales (ONG) - Action Aid, CARE International, Catholic Relief Services, Islamic Relief Worldwide, Lutheran World Federation, Save the Children USA et World Vision International – ont collaboré à l'élaboration du guide et tentent désormais d'opérer des réformes afin d’éradiquer la corruption.

Selon Mme Hees, la corruption doit idéalement être combattue avant la survenue d’une situation d’urgence. « De nombreux pays subissent soit des catastrophes répétées, telles que des ouragans ou des inondations, soit des catastrophes chroniques, telles que la sécheresse ; aussi, nous savons souvent quelles catastrophes vont se produire, et quels [aspects de l’aide humanitaire] sont exposés au risque de corruption ».

« Nous devons simplement nous y préparer », a-t-elle dit.