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Les dessous de la relation Philippe Couillard-Arthur Porter

2013, durant la course à la direction du Parti Libéral du Québec, 45 minutes après le début du débat en anglais, à l’Université Concordia, Raymond Bachand dégaine. Philippe Couillard vient d’affirmer que la commission Charbonneau aurait dû être mise sur pied plus rapidement. L’ancien ministre des Finances lance: «Pendant que Pierre et moi combattions la corruption, tu faisais des affaires avec Arthur Porter»! ( 01 )

 

Dans l’auditorium, des murmures et quelques huées se font entendre. Les conseillers de Couillard s’envoient des textos, dans lesquels dominent les jurons.

Sur scène, Philippe Couillard encaisse. «Je ne vais pas utiliser une basse tactique comme tu viens de le faire. Je peux faire de la culpabilité par association, moi aussi», dit-il avec calme.

Il regarde Raymond Bachand et fait une pause de trois secondes qui paraît une éternité. «Mais je ne vais pas le faire. C’est ridicule et non productif.»

Qu'est-ce qui peut faire croire que se sont des amis?

Sur les réseaux sociaux, les amateurs de politique s’enflamment. Des sympathisants de la Coalition Avenir Québec CAQ et du Parti Québécois PQ s’en donnent à cœur joie, convaincus d’avoir trouvé la faille dans l’armure du meneur. Des journalistes avancent que les adversaires du Parti Libéral du Québec PLQ ont certainement isolé ce passage pour le ressortir en campagne électorale…

Après le débat, Philippe Couillard offre aux journalistes l’une de ces réponses dont il a le secret, plus proches de la philosophie que de la politique: «On fait des choix dans la vie. J’essaie que dans mon cœur ne viennent jamais la haine et la rancune.»

Raymond Bachand et Philippe Couillard, des rictus qui parlent d'amertume politique

Raymond Bachand explique qu’il a été «piqué» par Philippe Couillard sur le bilan du gouvernement Charest en matière de corruption et qu’il a lancé son attaque instinctivement. «J’ai des émotions», dit-il aux médias.

Dans le camp Couillard, on ne croit pas à la thèse de l’improvisation. Dans les jours suivants, Raymond Bachand poursuit l’offensive dans les quotidiens et à la radio, ce qui confirme la stratégie délibérée. À La Presse, il en rajoute: «Vous ne vous associez pas à quelqu’un pour partir une compagnie si vous ne le connaissez pas.»

L’équipe Couillard comprend rapidement pourquoi son adversaire fonce. Les assemblées locales qui choisiront les délégués en vue du congrès doivent commencer dans moins de 10 jours, le 4 février. «Si Bachand n’ébranle pas les militants maintenant, qu’il ne les force pas à reconsidérer leur choix, c’est terminé pour lui», explique Philippe Dubuisson.

Philippe Couillard est sur la défensive. Il explique qu’Arthur Porter a été nommé par le conseil d’administration du Centre Universitaire de Santé McGill (CUSM) en 2004 — et non par lui ou son gouvernement. Il ajoute que le contrat de construction du nouveau CUSM, accordé à SNC-Lavalin (et pour lequel l’Unité permanente anticorruption a lancé un mandat d’arrêt contre Arthur Porter et quatre autres personnes soupçonnées d’avoir touché des pots-de-vin de 22,5 millions de dollars), l’a été en 2010, «deux ans après mon départ de la politique!» ( 04 )

Attention, ici il faut garder un pied à terre
et questionner la présentation des événements qu'il nous fait

Il est vrai que le Dr. Arthur Porter a été nommé à la tête du Centre universitaire de santé McGill en avril 2004. Sauf que ce projet était sur la table du ministre de la santé que fut Philippe Couillard depuis son élection le 14 avril 2003 et il a quitté le Parti Libéral du Québec le 25 juin 2008.

Donc sans avoir nommé lui-même le Dr. Porter, il cautionna le choix du conseil d'administration de McGill. Il n'était pas sans le connaître ou avoir fait quelques vérification sur l'homme et son histoire, puisqu'en 2005 il fit nommer Arthur Porter président du Réseau universitaire intégré de santé (RUIS).

Quant au CUSM, le ministre a été réélu en 2007 et garda la main haute sur le projet. Devrait-on croire que le passage de Porter parmi les gestionnaires de la santé au Québec était un inconnu pour le ministre de la Santé.

Il était le dirigeant d'un des deux plus gros hôpitaux du Québec et il est très probable que ce sont ces circonstances qui ont fait que les deux hommes se sont trouvés des affinités. Ils ont eu 4 ans pour faire connaissance et même allez à la pêche ensemble.

Lors d'un voyage de pêche au Nouveau-Brunswick en 2006, Philippe Couillard (3e de la gauche) pose entre autres aux côtés de l'ancien patron du CUSM Arthur Porter (5e à partir de la gauche) et de l'avocat Marc Dorion (1er à gauche).  ( 07 )