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Les politiciens et politiciennes, catégorie "Les ripoux"

Texte par: Michel DAVID
Source: Journal Le Devoir

En photo: Nathalie Normandeau
et Jean Charest

Choix de photos, mise en page et références : JosPublic
Publication :14 avril 2012

Interrogée il y a deux ans sur les raisons de l’omniprésence de représentants de firmes de génie-conseil à ses cocktails de financement, Nathalie Normandeau ( 01 ) avait répondu qu’il s’agissait simplement d’une « petite tape sur l’épaule » pour l’encourager à poursuivre son bon travail.

Sur le coup, on n’avait peut-être pas pris toute la mesure du cynisme des propos de la Vice-première ministre. Les dernières révélations des collègues de l’émission Enquête, à Radio-Canada, permettent de l’apprécier pleinement.

 
 

Mario W. Martel
Président et chef de la direction du Groupe Roche

Lino Zambito
co-propriétaire de Infrabec

Résumons. Une firme de génie-conseil, en l’occurrence le groupe Roche
( 02 ), et un entrepreneur aujourd’hui accusé de fraude et de corruption, Lino Zambito ( 03 ), organisent des cocktails en l’honneur de Mme Normandeau, alors ministre des Affaires municipales, qui permettent de verser des centaines de milliers de dollars à la caisse du PLQ.

À l’occasion d’une de ces agapes, la ministre annonce qu’une subvention de 11 millions, que ses propres fonctionnaires avaient pourtant refusée, permettra finalement la mise aux normes de l’usine d’épuration de Boisbriand. Surprise ! Roche et l’entreprise de M. Zambito, dont la collusion est manifeste, raflent les contrats.

Il n’y avait aucun lien entre les cocktails et la subvention, assure Mme Normandeau. En annulant la décision de ses fonctionnaires, elle a simplement fait preuve « de souplesse et de créativité ». Quant aux billets pour le spectacle de Céline Dion, offerts plus tard par M. Zambito, elle ne pouvait tout simplement pas les refuser.

Il serait difficile d’illustrer de façon plus éclairante un système qui est dénoncé depuis des années et qui se trouve au coeur du mandat confié à la commission Charbonneau ( 04 ). Tous les éléments de la chaîne y sont. Il reste à espérer que la commission sera aussi efficace.

Elle ne sera pas la première à s’intéresser à la question. En 2006, l'enquête Moisan ( 05 ) avait évoqué le cours de « contributions 101 » qu’un homme d’affaires qui collectait des fonds pour le PQ, Marcel Melançon, avait donné au patron de Groupaction, Jean Brault, immortalisé par la commission Gomery ( 06 ).

« Monsieur Melançon lui fit la comparaison suivante. On peut regarder l’avion passer, on ne va nulle part. Pour voyager, il faut acheter un billet. Si on choisit la première, on obtient plus de confort qu’en classe économique », peut-on lire dans le rapport. Bref, plus tu contribues, plus ça peut rapporter.

À en croire Gilles Cloutier, cet ancien vice-président du groupe Roche ( 07 ) qui s’est confié aux collègues d’Enquête, il y a très longtemps que les firmes de génie-conseil maîtrisent la technique des prête-noms.

Dans le cas de Groupaction, c’est une employée du PQ, Ginette Boivin, qui avait dû expliquer à M. Brault comment contourner les dispositions de la Loi sur le financement des partis politiques en utilisant ses employés comme prête-noms.

Si le PQ a eu recours à des méthodes illégales, c’est vraisemblablement avec plus de modération que les libéraux. Hier, les porte-parole péquistes reprenaient à tour de rôle une compilation effectuée en 2010 par Le Devoir à partir des chiffres publiés par le Directeur général des élections.

Les contributions à la caisse libérale explosent littéralement quand les libéraux sont au pouvoir. Entre 2003 et 2008, elles ont totalisé en moyenne 8,3 millions de dollars par année, comparativement à 4,3 millions entre 1994 et 2002. Au PQ, la moyenne était de 4,6 millions durant les années de pouvoir, mais a plutôt augmenté à 4,8 millions dans l’opposition. De toute évidence, l’espoir d’un retour d’ascenseur est plus grand quand les libéraux sont au pouvoir.

La Foundation for Democratic Advancement ( 08 ), un organisme de promotion de la démocratie basé à Calgary, a accordé au Québec et au Manitoba une note de A+ pour l’excellence de leur régime de financement des partis politiques, mais son porte-parole a reconnu qu’il s’en est tenu aux textes de loi, sans en vérifier l’application.

Pendant plus de vingt ans, tous les partis représentés à l’Assemblée nationale ont chanté les louanges de la loi adoptée en 1977, présentée comme la troisième merveille que le Québec avait offerte au monde, après Céline Dion et le Cirque du Soleil.

Durant tout ce temps, ils sont demeurés sourds aux demandes du Directeur Général des Élections DGE
( 09 ) qui réclamait un resserrement des règles. Pourtant, tout le monde savait parfaitement à quoi s’en tenir.

Le récent abaissement du plafond des contributions à 1 000 $ — et éventuellement à 100 $, comme l’a promis le PQ — rendra plus difficile le recours aux prête-noms, mais il ne changera pas la nature humaine.

En créant la commission Charbonneau, le premier ministre Charest pensait peut-être faire l’économie d’un débat sur l’intégrité au cours de la prochaine campagne électorale, mais les squelettes ont une fâcheuse tendance à sortir des placards et le Plan Nord a de quoi faire saliver les ripoux.

Nathalie Normandeau assure que le dossier de l’usine d’épuration de Boisbriand a été géré dans les règles. Même si le Commissaire à l’éthique et à la déontologie n’y a rien vu d’incorrect, sa nomination au poste de vice-présidente au Développement stratégique de la firme Raymond, Chabot Grant, Thornton, très intéressée au Plan Nord, laisse pourtant perplexe. ( 10 )

 

Serge Simard,  Nathalie Normandeau et Jean Charest

Notes & Références encyclopédiques:

01

 

Qui est Nathalie Normandeau ?

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02

 

Qu'est-ce que le Groupe Roche ?

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03

 

Qui est Lino Zambito ?

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04

 

Qu'est-ce que la Commission Charbonneau ?

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05

 

Qu'est-ce que l'enquête Moisan et que sont ses recommandations ?

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06

 

Qu'est-ce que la Commission Gomery ?

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07

 

Un témoin important parle du financement occulte des partis au Québec

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08

 

Qu'est-ce que le Foundation for Democratic Advancement ?

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09

 

Qu'est-ce que le Directeur général des élections DGE ?

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10

 

Raymond Chabot Grant Thornton confirme l'embauche de Nathalie Normandeau - Journal Le Devoir 13 janvier 2012

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6 septembre 2011 - Nathalie Normandeau se retire de la vie politique

18 juin 2014 - Témoignage à la commission Charbonneau

5 janvier 2015 - Première émission de radio au FM93

24 novembre 2015 - Son nom apparaît 175 fois dans le rapport final de la Commission Charbonneau

3 décembre 2015 - Son émission de radio est numéro un, selon un sondage Numeris

17 mars 2016 - Arrestation par l’UPAC

5 avril 2016 - Congédiement du FM93

20 avril 2016 - On annonce qu’elle plaidera non coupable.

9 mai 2016 - Dépôt d’une requête contre Cogeco pour faire honorer son contrat

22 juin 2016 - Son ancien employeur Cogeco n’aura pas à verser son salaire de 165 000 $ par année avec le FM93, valide jusqu’en 2019. Son congédiement sera débattu sur le fond.

5 juillet 2016
Nathalie Normandeau veut un procès devant juge et jury

4 août 2016 - La station BLVD 102,1 confirme son embauche pour l’automne.

22 août 2016 - Conférence de presse concernant la programmation de l’émission animée par Nathalie Normandeau

29 août 2016 -  Une audience est prévue pour la suite des procédures criminelles

6 septembre 2016
Elle accuse l'Unité permanente anti-corruption: «L'UPAC m'a déclaré la guerre»

7 mai 2017 - Le procureur de la Couronne renonce à une enquête préliminaire

5 juillet 2017
Changement de stratégie Normandeau ne veut plus de procès devant jury. Les avocats de la poursuite refusent.

8 septembre 2017
Nathalie Normandeau subira un procès devant juge seul

30 octobre 2017
Le procès se tiendra en avril 2018

15 décembre 2017
Nathalie Normandeau et ses cinq coaccusés invoquent
l'arrêt Jordan puis la «gestion chaotique» de la Couronne et de l’UPAC dans l’espoir de faire avorter le procès.

26 mars 2018
La Cour du Québec rejette la requête en arrêt des procédures pour délais déraisonnables déposée par l’ex-vice-première ministre Nathalie Normandeau, l’ancien vice-président de Roche Marc-Yvan Côté, et leurs quatre coaccusés.

9 mai 2018
La requête d'un procès séparé pour Nathalie Normandeau rejetée