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Ex-ministre du Transport du Québec MTQ de 1998 à 2002
Route inutile, favoritisme et collusion

Guy Chevrette n'a rien à se reprocher.  Il le dit, mais n'en dira pas plus!

Devant la Commission Charbonneau, un ex-vice-président de la firme d'ingénierie Roche de Québec, Gilles Cloutier soutient avoir donné 25 000 $ à l'homme d'affaires Gilles Beaulieu, un ami de l'ex-ministre péquiste des Transports Guy Chevrette, dans le cadre de la construction d'une route entre Saint-Donat et Lac-Supérieur.  Guy Chevrette nie tout. Évoquant d'apparentes contradictions dans le témoignage de Cloutier, il demande à être entendu publiquement devant la Commission.  La juge Charbonneau refuse.  Il vilipende publiquement la Commission et avec son ami Beaulieu il dépose des requêtes en cour.  Le Parti Québécois vient à sa défense en donnant le mandat à son avocate de contre-interroger Gilles Cloutier et fait des menaces voilées à la Commission quant aux réputations qu'elle salit.  Après la Commission Charbonneau, la Cour supérieure du Québec et la Cour d'appel, c'était donc la troisième fois que les deux hommes voyaient leur requête rejetée.

 
 
 

« Il a fait de la magouille, le ministre » dit Gilles Cloutier
Témoignage de Gilles Cloutier devant la Commission Charbonneau
 les
30 avril et les 1er, 2, 13 et 14 mai 2013

 
 

La Commission Charbonneau nous apprend le 2 mai 2013 que l'ex-ministre péquiste des Transports Guy Chevrette aurait fait de la « magouille » dans le dossier de la construction d'un tronçon de 31 kilomètres de la route 125 entre Saint-Donat et Lac-Supérieur


C'est ce qu'a soutenu Gilles Cloutier devant la commission Charbonneau.  M. Chevrette a nié ces allégations par voie de communiqué de presse.

L'ex-vice-président au développement des affaires de la firme de génie-conseil Roche soutient que Guy Chevrette lui a dit qu'il « aimerait ça » que le contrat de construction pour ce projet, réalisé au début des années 2000, soit accordé à Pavages Desjardins, où travaillait un de ses amis.

Selon Gilles Cloutier, la firme d'ingénierie Roche de Québec, qui avait décroché le contrat pour les plans et devis dans ce dossier, a effectivement manoeuvré de manière à ce qu'une filiale de Pavages Desjardins, JL Campeau, obtienne le contrat.  L'affaire a été réglée lors d'une rencontre organisée le 12 septembre 2001 entre Yves Lortie ( 05 ) de Roche et Guy Desjardins, directeur général de JL Campeau.

Une fois le contrat signé, Gilles Cloutier dit avoir remis une somme de 25 000 $ à un « grand ami » de Guy Chevrette, Gilles Beaulieu.  Il croit que l'argent a servi à payer un voyage que M. Chevrette, Gilles Beaulieu et leurs épouses respectives ont fait par la suite.  L'affaire avait été négociée des semaines plus tôt, après que Guy Chevrette eut décidé que la MRC de la Matawinie allait gérer ce contrat.

Les amis: Guy Chevrette et Gilles Beaulieu

Cloutier avait alors rencontré Gilles Beaulieu qui lui dit « que si, un jour ou l'autre, Roche a la job, [il aura] une somme à payer pour faire le contrat de 21 millions ».  Gilles Cloutier ne sait pas si toute la somme a été remise à Gilles Beaulieu.  Un autre dirigeant de Roche, Yves Lortie, lui avait dit qu'il s'occuperait de ces paiements, et il n'a pas vérifié ce qu'il en était advenu.

M. Cloutier n'a jamais précisé quel rôle Gilles Beaulieu jouait auprès de Guy Chevrette..

Il a cependant assuré n'avoir jamais parlé d'argent avec l'ex-ministre péquiste.

Une première intervention
auprès de Guy Chevrette

Le contrat de la route 125 devait originalement être géré par la municipalité de Saint-Donat, mais la direction territoriale du ministère des Transports a finalement décidé de le confier à la MRC de la Matawinie, après que Gilles Cloutier soit intervenu auprès du ministre Chevrette.

 La route 125 entre Saint-Donat et Lac-Supérieur

Claude Cousineau

Daniel Brazeau

Réjean Neveu

Yves Gaillardetz

L'ex-vice-président de Roche avait annoncé au ministre qu'avant même que l'appel d'offres ne soit lancé, des entrepreneurs de la région avaient été vus célébrant leur victoire dans un restaurant, en compagnie du député péquiste Claude Cousineau.

Gilles Cloutier avait du même souffle suggéré à Guy Chevrette que l'appel d'offres pour les plans et devis géré par la MRC de la Matawinie soit évalué par un comité de sélection composé des maires des cinq municipalités longeant ce nouveau tronçon, soit :

  • Le maire Yves Paquin de Saint-Donat, qui était contre Roche; ( 05 )

  • Le maire Daniel Brazeau de Chertsey;

  • Le maire Réjean Neveu de Rawdon, alors préfet de la MRC;

  • Le directeur de la MRC de la Matawinie, Yves Gaillardetz;

  • Le directeur de la MTQ pour la région, Mario Turcotte.

Guy Chevrette, dit-il, a trouvé « l'idée très bonne ».  Un peu plus tard, ce comité de sélection proposé a bel et bien été constitué.  Gilles Cloutier affirme que Daniel Brazeau l'a appelé dès qu'il a su qu'il y serait, et lui a confirmé les autres membres du comité.  « C'était mon homme dans le comité des cinq », a-t-il dit à son sujet.

Or Gilles Cloutier avait développé des liens avec quatre des cinq membres du comité.

Il avait organisé des élections pour les maires Brazeau et Neveu, avait déjà offert des billets de football à Mario Turcotte, et était un « bon ami » de M. Gaillardetz.  « Je menais le score de ce comité-là 4 à 1 », a commenté le témoin.

Gilles Cloutier soutient qu'avant la tenue du comité de sélection, il a donné ses conseils à Daniel Brazeau, pour qui il avait déjà organisé plusieurs élections.  « J'ai dit à M. Brazeau [...] pour être sûr, pour ne pas manquer notre coup, tiens-toi à peu près dans le 92,5 ».

La grille d'évaluation déposée en preuve par la Commission montre que Roche a bel et bien obtenu une note de 91,2.

Gilles Cloutier dit d'ailleurs avoir appris les résultats du comité de sélection « dans les minutes » qui ont suivi la fin de la réunion, grâce à Daniel Brazeau.

« Dans le fond, pour faire ça court [...] il y avait une magouille, comme j'ai expliqué.  Chevrette a enlevé la magouille de Saint-Donat, mais par contre Cloutier, Roche et Chevrette ont fait une nouvelle magouille », a résumé Gilles Cloutier.

« Alors on n'était pas mieux que les gens de Saint-Donat et M. Chevrette a décidé de faire ça comme ça. »

« J'ai fait de la collusion, pis j'ai fait même de la corruption, et je me suis servi du ministre.  Il y avait deux magouilles.  J'en ai défait une, mais on en a remonté une autre », a conclu Gilles Cloutier.

Selon l’ex-maire de la municipalité de Chertsey, Daniel Brazeau, la construction de la route 125, proposée par le ministre Guy Chevrette a coûté 40 % de plus que prévu, soit 21 $ millions au lieu de 15 millions $.

 

Guy Chevrette sur la sellette
 
par Pierre Cloutier, avocat
 Tribune libre de Vigile mercredi 1er mai 2013

 
 

Gilles Cloutier ( 02 )

Gilles Cloutier, un vendeur d'élection clefs en main, embauché par Marc-Yvan Côté de la firme d'ingénierie Roche de Québec, témoigne devant la Commission Charbonneau en mai 2013 et voici ce que raconte essentiellement l’ex-organisateur libéral:

En 2001, Cloutier ex-organisateur libéral travaille pour le Groupe Roche
( 01 ), une firme d’ingénierie-conseil, au "développement des affaires"

Son supérieur immédiat est Marc-Yvan Côté, ancien ministre et lui aussi organisateur libéral.

Cloutier apprend que la Ville de Saint-Donat veut donner le contrat d’ingénierie du prolongement de la route 125 entre Rawdon et Saint-Donat à une entreprise rivale, Génivar ( 03 ).  Il apprend que les gens de Génivar et certains élus de la ville se sont réunis dans un restaurant pour fêter le tout avant même que le contrat soit officiellement accordé par soumission.

Il décide alors de contacter un ami de Guy Chevrette, un certain Gilles Beaulieu pour l’informer de cette "magouille".  Beaulieu lui obtient un rendez-vous, mais il demande 100 000$ à Cloutier (Roche conseil) pour maintenir de bonnes relations avec Chevrette.

Cloutier obtient son rendez-vous avec Chevrette et le met au courant de la magouille.  Chevrette n’est pas content.  Il lui demande de contacter le plus vite possible le responsable régional du ministère des transports, Mario Turcotte et de le rappeler.  Ce qu’il fait.

Chevrette décide alors d’enlever le dossier à la municipalité de Saint-Donat pour le confier à la MRC de la Matawini

Cloutier lui suggère alors de faire nommer sur le comité de sélection les maires des villes concernées, dont les maires de Chertsey et de Rawdon, qu’il connaît bien puisqu’il a organisé des élections clefs en main pour eux et ils sont favorables à Roche.

Les 3 autres membres du comité de sélection sont le maire de Saint-Donat - favorable à Génivar - le directeur régional du ministère des transports, Mario Turcotte et le directeur général de la MRC concernée, tous les deux des connaissances intimes de Cloutier.

Évidemment, Roche obtient le contrat d’une valeur de 20 millions$.  On s’arrange pour soumissionner plus bas, mais on ajoute des extras de 1.5 million$ lors de sa réalisation.

Par la suite Chevrette demande à Cloutier s’il peut s’arranger pour qu’un de ses amis, un certain Guy Desjardins, soit celui choisi par Roche comme constructeur.  Effectivement, le contrat est accordé à J.L. Campeau, une des compagnies de Desjardins. ( 04 )

Beaulieu harcèle Cloutier pour recevoir le restant de son 100 000$, car il doit partir en vacances, avec son épouse, pour 5 semaines, accompagné de Chevrette et son épouse.  Cloutier ne sait pas si Roche lui a versé le 75,000$, mais il affirme avoir été remboursé par Roche pour le 25,000$ qu’il a donné à Beaulieu.

On apprend aussi que Chevrette et "son groupe" ont séjourné durant ces années-là à la luxueuse maison de campagne de Cloutier à la Malbaie, qu’il louait à Roche pour recevoir les maires et autres personnalités importantes... comme Guy Chevrette.

 

Résidence de courtoisie payée par la firme d'ingénierie Roche pour recevoir ses invités collusionneurs

 

A la fin de son témoignage, Cloutier mentionne que Chevrette a défait une magouille pour en faire une deuxième.

Conclusion : on sait tous qu’au Québec, ce sont les fédéralistes qui possèdent l’argent et que cet argent a servi et sert à corrompre directement ou indirectement les élus.

Mais quand on entend que cette corruption toucherait aussi les péquistes, on a le goût de vomir.

 

Chevrette veut défendre sa réputation
14 mai 2013

 
 

Au terme du témoignage de Gilles Cloutier, la Commission a entendu l'avocat de Guy Chevrette.  Me Eric Vallières a demandé à la Commission d'accorder le statut de participant à l'ex-ministre péquiste, puis de l'appeler immédiatement à la barre des témoins.

La commissaire Charbonneau a pris la première requête en délibéré, lui faisant savoir qu'il lui était impossible de rendre une décision immédiatement.

Me Vallières a plaidé que l'octroi du statut de participant à son client lui permettrait de contre-interroger Gilles Cloutier, de manière à « rectifier » des allégations qui le concernent.  « M. Chevrette était une cible explicite du témoignage de M. Cloutier », a-t-il fait valoir.  Il n'a pas caché qu'il entend « attaquer » le témoin, dont la crédibilité, dit-il, est « très faible ». 

L'avocat a aussi plaidé que Guy Chevrette souhaite faire des représentations à la Commission avant qu'elle ne rédige son rapport, étant donné qu'il y a un « risque important » que l'ex-ministre soit visé.  « Nous pensons qu'il peut contribuer aux travaux de la Commission », a-t-il ajouté à l'appui de sa requête.

Concernant la requête pour que Guy Chevrette soit entendu immédiatement, Me Vallières a souligné que les allégations de Gilles Cloutier à son endroit sont « graves », « sérieuses », « fausses », et qu'il serait « complètement inapproprié », voire « inhumain » que la Commission attende des mois avant de l'entendre.

Maître Erika Porter

La procureure de la Commission Erika Porter a mis la commissaire France Charbonneau en garde contre le risque d'agir avec « empressement » dans ce dossier. 

Elle a souligné que la Commission avait déjà perdu deux heures d'audiences avec l'histoire du mensonge de Gilles Cloutier au sujet de la maison de Pointe-au-Pic, et que toute cette affaire éloigne la Commission des objectifs de son mandat. 

La commissaire France Charbonneau a fait savoir que Guy Chevrette n'aurait pas à attendre des mois avant d'être entendu.  Elle a demandé à ce que l'ex-ministre reste à la disposition des enquêteurs de la Commission qui voudront le rencontrer.  Elle a laissé entendre qu'elle se penchera sur les requêtes.

Pendant ce temps le Parti Québécois intervient sur la place publique

Pauline Marois

Questionnée par les journalistes à la sortie du caucus du Parti Québécois sur les révélations de l'ex-organisateur politique Gilles Cloutier, qui a impliqué notamment l'ex-ministre péquiste des Transports Guy Chevrette, Pauline Marois a incité la Commission à poursuivre ses travaux, mais avec prudence.

L'appel à la prudence suscite de l'embarras dans les rangs péquistes et de vives dénonciations chez l'opposition. ( 07 )

Jacques Duchesneau a évoqué une volonté d'intimider la Commission de la part du gouvernement.

« Il y a des ministres qui ont perdu leur poste pour être intervenus auprès d'un juge privément. Là on le fait publiquement! C'est quasiment du bullying politique. »

Avec cette confirmation du témoignage de Gilles Cloutier par le maire de Saint-Julienne, quant à la façon dont Guy Chevrette discutait des subventions aux projets... C'est le PQ qui va marcher sur des œufs et devoir user de prudence... 

En pleine séance du conseil, le maire Jetté bon ami de François Legault raconte à ses citoyens comment il a obtenu une subvention de 100 000 $ pour le pavage du rang Saint-François.  Le tout s'est déroulé durant un tournoi de golf de la MRC de Montcalm. 

“Je vous dirai - j'espère que vous ne le répéterez pas à personne, c'est pour entre nous autres. Ça s'est réglé après la "game" de golf dans la douche des hommes, assis avec la serviette autour du corps - comme on peut dire, enrobé d'un cache-cul - avec M. François Legault, M. Roger Gaudet - qui était préfet dans l'temps, M. Chevrette et moi-même, assis sur le banc, avec une p'tite bière dîn mains, en train de discuter de ma subvention de 100 000 $...»

Il est à noter que le maire Jetté a fait l'objet d'un rapport accablant (39 pages) du Ministère des Affaires Municipale du Québec.

Communiqué de presse publié avant la fin du témoignage de Gilles Cloutier

QUÉBEC, le 1er mai 2013 /CNW Telbec/ - À la suite des déclarations faites aujourd'hui par Gilles Cloutier devant la Commission Charbonneau, Guy Chevrette nie toutes les allégations formulées à son endroit par le témoin.  L'ancien ministre a offert sa collaboration à la Commission et il a demandé d'être entendu le plus tôt possible.  La Commission a déjà convenu de le recevoir comme témoin à une date à être déterminée afin qu'il puisse notamment donner sa version des faits.

« Les affirmations de l'ancien vice-président de la firme Roche à mon égard sont totalement fausses et diffamatoires.  Je souhaite être entendu par la Commission le plus rapidement possible afin de pouvoir rétablir la vérité et contrecarrer cette atteinte à ma réputation », a déclaré Guy Chevrette.

D'ici là, par respect pour les travaux de la Commission, il s'abstiendra de faire tout autre commentaire.  Source : Me Éric Vallières, associé McMillan, S.E.N.C.R.L., s.r.l.

Le 21 mai 2013, ne se laissant pas entraîner dans la partisannerie politique, la commission Charbonneau refuse d'accorder le statut de participant à Guy Chevrette.  L'ex-ministre péquiste viendra donc, comme prévu, donner sa version des faits à une date déterminée par la Commission, mais son avocat n'aura pas le droit d'interroger les témoins, notamment l'ex-vice-président au développement des affaires de la firme de génie Roche, Gilles Cloutier. ( 06 )

 
 

Les déboires juridiques de Guy Chevrette se poursuivent
L'Action de Lanaudière: 3 décembre 2013

 
 

L'ex-ministre des Transports et son ami Gilles Beaulieu ont été déboutés en Cour d'appel le 29 novembre 2013 alors que le tribunal leur a servi une fin de non-recevoir.

Messieurs Chevrette et Beaulieu avaient demandé à la Cour d'infirmer une décision de la Commission Charbonneau pour obtenir le statut de participant afin de pouvoir contre-interroger le témoin Gilles Cloutier.

Processus d'enquête

Après la Commission Charbonneau et la Cour supérieure du Québec, c'était donc la troisième fois que les deux hommes voyaient leur requête rejetée.  La Cour supérieure avait statué en octobre dernier qu'elle ne souhaitait pas intervenir dans le dossier tant que « le processus d'enquête n'est pas encore terminé».

 

18,8 millions $ pour une route « panoramique » signée Chevrette
6 mai 2014
- Devant la Commission Charbonneau
Témoignage de
Mario Turcotte

 
 

L'ex-directeur du ministère des Transports pour la région Laurentides-Lanaudière reconnaît que le chemin du Nordet, construit à grands frais à l'initiative de l'ex-ministre péquiste des Transports Guy Chevrette, au terme d'un processus irrégulier, s'est révélé de peu d'utilité.

SRC « C'est un lien récréotouristique... il n'y a vraiment pas une grande utilisation, le débit de circulation est très faible », a admis Mario Turcotte.

Quelque 18,8 millions de dollars ont été investis par Québec, début 2000, pour la construction de ce lien routier entre St-Donat et Lac-Supérieur. Sans compter l'entretien l'hiver et la réfection qui viendra bien un jour.

L'ex-directeur territorial pour Laurentides-Lanaudière Mario Turcotte a expliqué à la commission que ce projet d'un tronçon de 30 kilomètres avait initialement été défendu auprès du ministère par la municipalité de Saint-Donat, qui souhaitait un meilleur accès avec Mont-Tremblant.

Sa direction territoriale, a-t-il expliqué, avait évalué que ce projet de route municipale allait coûter 15,5 millions de dollars.  M. Turcotte a expliqué que le cabinet du ministre des Transports Guy Chevrette était pressé d'obtenir une réponse.

Le ministère avait pourtant déjà jugé dans le passé que ce lien routier n'était pas nécessaire, puisque d'autres routes permettaient d'accéder à Mont-Tremblant.  La décision de construire la route n'était donc pas celle du MTQ, mais celle du gouvernement péquiste.  L'ex-adjoint au sous-ministre des Transports, Gilles Roussy, avait dit la même chose devant la commission.

L'ex-directeur du MTQ a dit que ce dossier a pris une autre tournure début décembre 2000, après que le cabinet du ministre eut finalement décidé de faire passer le dossier des mains de St-Donat à la MRC de la Matawinie.  Avec le recul, M. Turcotte croit que M. Chevrette a voulu confier la gestion du dossier à la MRC pour « que ce soit plus neutre ».

Il admet par ailleurs que Gilles Cloutier a fait des pressions pour ce transfert de dossier, mais sans pouvoir dire si elles se sont avérées déterminantes.  M. Cloutier, assure-t-il, souhaitait que Roche obtienne ce projet dès l'été 2000.

M. Turcotte estime par ailleurs « plausible » que ce soit M. Cloutier lui-même qui l'ait avisé le premier que le contrat allait être géré par la MRC de Matawinie, ayant parlé plus tôt à M. Chevrette.

« Visuellement c'est une route panoramique, mais ce n'est pas un lien très utilisé. »
 — L'ex-directeur territorial du MTQ dans Laurentides-Lanaudière Mario Turcotte

Sur les chapeaux de roues

Finalement, c'est le 22 janvier que l'entente est signée entre le ministre des Transports et la MRC.  Alors, a expliqué M. Turcotte, tout s'est déroulé très vite.  Le 29 janvier, le ministre Chevrette l'appelle pour lui faire savoir qu'il veut que la firme de génie pour le projet soit choisie par les maires concernés de la MRC, ajoutant que lui-même n'entend pas se mêler de leur choix et qu'il veut un processus « clean ».

M. Turcotte fait donc ainsi et les réunit en comité lors duquel il est décidé d'inviter les firmes Roche, Génivar et CIMA+ à soumissionner.

Les invitations sont faites le 8 février et, 13 jours plus tard, soit après un délai très court, le comité, composé des maires de Saint-Donat, de Chertsey et de Rawdon, de M. Turcotte et du directeur de la MRC, se réunit pour faire son choix.

Roche l'emporte avec une note de plus de 90 %, contre environ 70 % pour les deux autres firmes au terme d'une évaluation faite, a souligné la commission, par cinq jurés dont trois - les maires - n'avaient eu jusqu'alors aucune expérience du genre.  Mais M. Turcotte maintient que le choix de Roche était avisé, concédant que ces derniers s'étaient appuyés sur lui pour les questions techniques.

« Mon souvenir est qu'on arrivait presque en consensus. » — Mario Turcotte

Et enfin, le 8 mars, Gilles Roussy, l'adjoint au sous-ministre des Transports, l'appelle pour lui confirmer l'octroi d'une subvention de 15,5 millions du ministère des Finances pour le projet.

Fort d'une subvention gonflée à 18,8 millions, les travaux ont commencé en mai 2002 pour se terminer en décembre 2003.

Mais cette route qui devait être à terme à la charge des municipalités desservies ne le fut finalement que sur papier.  Car avant même la fin des travaux, en juillet, le bureau du ministre - sinon du sous-ministre - décide finalement de prendre à sa charge son exploitation, son entretien, son déneigement...

M. Turcotte a notamment expliqué que la mairesse de Lac-Supérieur notamment, qui avait été contre ce projet, rechignait à assurer sa part des frais.  Elle n'avait d'ailleurs pas siégé au comité de sélection.

« Ce n'est pas un processus régulier. Il n'y a rien qui est standard dans ce projet-là, allant jusqu'à la reprise de l'entretien. » — Mario Turcotte

Retour sur une présumée « magouille »

En mai 2013, Gilles Cloutier a accusé Guy Chevrette d'avoir fait de la « magouille » dans le dossier du chemin du Nordet. Il avait notamment soutenu que Guy Chevrette lui avait dit qu'il « aimerait ça » que le contrat de construction pour ce projet soit accordé à Asphalte Desjardins, où travaillait un de ses amis. 
M. Turcotte a confirmé que Claude et surtout Jacques Desjardins étaient des proches de M. Chevrette.

Selon Gilles Cloutier, Roche a effectivement manœuvré de manière à ce qu'une filiale d'Asphalte Desjardins, JL Campeau, obtienne le contrat.

Une fois le contrat signé, Gilles Cloutier dit avoir remis une somme de 25 000 $ à un « grand ami » de Guy Chevrette, Gilles Beaulieu.  Selon M. Cloutier, il avait été convenu qu'une somme de 100 000 $ serait versée à M. Beaulieu, mais il n'a pu dire si ce fut le cas.

M. Cloutier a soutenu que c'est lui qui a convaincu M. Chevrette de confier le contrat à la MRC de Matawinie et suggéré la composition du comité de sélection.  M. Cloutier estimait qu'il avait la plupart de ces derniers dans sa poche.

Devant la commission, M. Turcotte a soutenu n'avoir jamais pensé un instant que l'octroi du contrat avait pu être organisé en coulisse par M. Cloutier.  Il croit toujours que les membres du comité ont agi de bonne foi.

Lorsque Chevrette approuve... Chevrette

En fin de témoignage, Mario Turcotte a donné quelques exemples démontrant comment certains contrats tarifés (sans appel d'offres) pouvaient être accordés à la suite d'une intervention du bureau du sous-ministre, voire du ministre lui-même.

Il a par exemple expliqué qu'en août 2001, Guy Chevrette, alors député de Joliette et ministre des Transports, lui avait demandé d'ajouter certains projets à la programmation de la direction territoriale.  Le MTQ disposait toujours à cette période d'une « rallonge budgétaire », constituée par des projets prévus, mais non réalisés.

« En discutant avec lui, il dit : "j'aimerais ça que tu ajoutes pour les Laurentides 400 000 $ dans le secteur de Mont-Laurier, dans le pavage, et un projet dans le secteur du Lac-Supérieur, chemin Duplessis. Un montant à déterminer. Regarde ça et tu me feras une proposition" », a relaté Mario Turcotte.

Notant que l'ajout de ces projets devait être approuvé par le ministre des Transports, le commissaire Renaud Lachance lui a lancé, pince-sans-rire : « Pensez-vous qu'il l'a approuvé? ». « Probablement », a répondu le témoin, amusé.

M. Turcotte a précisé qu'il croyait qu'à cette époque, les contrats tarifés pour les secteurs de Mont-Laurier et de Lac-Supérieur étaient destinés à des usines appartenant à Asphalte Desjardins. Il avait indiqué hier que deux des patrons de l'entreprise, Jacques et Claude Desjardins, étaient des proches de Guy Chevrette.

Danièle Desjardins co-propriétaire de Asphalte Desjardins

Il appert cependant que certains contrats tarifés étaient également donnés en début d'année. Le témoin a ainsi raconté qu'en avril 2002, le conseiller du sous-ministre des Transports, André Picard, lui avait demandé d'accorder deux contrats tarifés valant chacun 500 000 $ à l'usine d'asphalte Bourget, propriété de Pierre De Langis.

M. Turcotte a peiné à expliquer cette situation. « J'imagine qu'ils ont regardé pour cette usine-là, et je n'avais pas de projet. Pis ils m'ont demandé : "est-ce que tu pourrais nous envoyer des projets pour qu'on puisse..." Ça, c'est l'interprétation que j'en fais. »

M. Turcotte dit avoir conséquemment attribué deux projets à Bourget, en précisant qu'il s'agissait là, comme dans le cas précédent, de travaux considérés nécessaires par la direction territoriale.   Il a noté que Bourget obtenait généralement moins de contrats tarifés que d'autres de la région, son « rayon d'action » étant plus petit.

« On décide de ne pas aller en appel d'offres pour donner le contrat à De Langis, c'est ça qui se passe ici?

Oui. »

— Échange entre Renaud Lachance et Mario Turcotte

M. Turcotte a reconnu être allé au hockey, le 13 mars 2001, avec Guy Chevrette et Jacques Desjardins d'Asphalte Desjardins dans une loge.  Le tout avait été payé par Jacques Desjardins, qui a invité M. Turcotte au nom de son ami Guy Chevrette.

M. Turcotte a aussi convenu que Gilles Cloutier lui donnait à l'occasion des billets de football, de hockey, et qu'il a assisté avec lui à un match d'ouverture des Expos.  En fait, de nombreuses firmes et entreprises procédaient de même avec lui.

M. Turcotte n'a jamais pensé à l'époque que ces cadeaux pouvaient influer sur ses décisions et dit avoir agi « sans arrière-pensée ».

 
 

 Témoignage de Guy Chevrette devant la Commission Charbonneau
Entendu les 8 et 9 mai 2014

 
 

Rencontres préliminaires avec la Commission

Le témoignage de Guy Chevrette s'est déroulé dans un climat tendu.  Visiblement en colère depuis le témoignage de Gilles Cloutier, l'ex-ministre péquiste a émaillé son témoignage de remarques acerbes à l'endroit de la commission.  Il a notamment parlé de « votre ami Cloutier », a lâché que toute cette histoire ne se serait pas produite « s'il y avait eu une enquête sérieuse », etc.

La goutte qui a fait déborder le vase est lorsque M. Chevrette a soutenu que la commission avait eu des mois de discussions avec M. Cloutier, mais lui avait par contre accordé peu de temps.

La commission a alors décidé de remettre les pendules à l'heure : « Vous dites que M. Cloutier a été rencontré des mois de temps?  Vous avez eu la même offre, M. Chevrette. Vous le savez.  Vous avez eu l'occasion de venir rencontrer les enquêteurs de la commission, vous avez été invité à le faire à plusieurs reprises en 2013.  Vous avez été informé de ça? », a lancé Crépeau.

« Non Monsieur.  Moi j'ai eu un téléphone de Mme Estelle Tremblay me disant qu'elle avait sollicité une rencontre pour moi. [.. ]  C'est pour ça que je remerciais Mme Tremblay de m'avoir obtenu une rencontre parce que c'est la première fois que j'en entendais parler. »

France Charbonneau
Commissaire présidente de la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction

France Charbonneau est alors intervenue.

« Mais dès le 14 mai 2013, j'invitais personnellement votre avocat à vous dire que nous vous invitions à rencontrer les enquêteurs de la commission. [...] 

Vous faites un gros débat pour dire qu'on vous a rencontré récemment, qu'on ne vous a pas rencontré longtemps. Je veux juste dire que ça fait longtemps qu'on vous a offert de nous rencontrer et à chaque fois, cette offre était déclinée. »

M. Chevrette a alors dit qu'il voulait plutôt souligner qu'il n'avait pas été invité à être entendu avant le témoignage de Gilles Cloutier, mais le procureur Crépeau a néanmoins renchéri : « Mais après le témoignage de Cloutier, vous avez été invité à plusieurs reprises, personnellement, via votre avocat, Me Vallières, trois, quatre, cinq lettres [...] où on vous informe qu'on sera prêt à vous rencontrer dès que vous serez disponible. »

M. Chevrette a alors répondu que cela s'expliquait par sa décision de contester un jugement de la commission à son endroit devant la Cour supérieure.  Il a précisé qu'il a finalement rencontré le procureur Simon Tremblay pendant deux heures, et le procureur Paul Crépeau pendant trois heures, avant d'entreprendre son témoignage.

Accusations de pot de vin dans le dossier du chemin Nordet en 2000

Guy Chevrette a rejeté avec vigueur les allégations de Gilles Cloutier, qui l'a accusé en mai 2013, d'avoir bénéficié d'un pot-de-vin en échange de son appui présumé à la firme Roche dans le dossier du chemin du Nordet en 2000.

« Je n'ai jamais demandé de l'argent à qui que ce soit ni allé chercher de l'argent. Je n'ai jamais touché de l'argent de qui que ce soit et Roche ne m'a jamais offert quoi que ce soit », a affirmé l'ex-ministre des Transports.

Il soutient n'avoir en outre jamais rencontré l'ex-vice-président au développement des affaires de Roche ni lui avoir parlé en lien avec ce contrat pour la construction d'un lien routier entre St-Donat et Lac Supérieur.

Par conséquent, a-t-il ajouté, jamais son ami Gilles Beaulieu n'a servi d'intermédiaire dans une transaction occulte alléguée de 100 000 $, comme l'a aussi soutenu M. Cloutier : « et Gilles Beaulieu ne m'a jamais dit : ''donne ce contrat-là à Roche'' ».

Et jamais, encore, n'a t-il laissé entendre à M. Cloutier qu'il souhaitait, dans le cadre de cette magouille alléguée par Gilles Cloutier, que le contrat pour faire la route du Nordet soit attribué à Asphalte Desjardins, entreprise où oeuvrait son ami Jacques Desjardins.

« Je n'ai jamais rencontré M. Cloutier sur le projet St-Donat. Je ne lui ai pas parlé. » — Guy Chevrette, 9 mai 2014, commission Charbonneau

M. Chevrette admet au plus avoir croisé Gilles Cloutier en avril 2001 lors de la grande fête de Roche au Stade olympique.  « Je le connaissais à peine, Madame », a soutenu l'ex-ministre qui, voilant mal sa colère et son mépris, l'a comparé à un « genre de mouche pas africaine ».  Il a aussi dit l'avoir déjà croisé à des parties de golf.

L'ancien ministre des Transports péquiste a toujours nié les allégations de magouilles faites devant la commission par Gilles Cloutier, qu'il avait déjà qualifiées de « totalement fausses et diffamatoires ».

Gilles Beaulieu avait aussi répliqué par le passé aux allégations de M. Cloutier : « Je trouve cela complètement ridicule, c'est aberrant ».

Gilles Cloutier avait soutenu que le ministre Guy Chevrette lui avait dit qu'il « aimerait ça » que le contrat de construction pour le projet du chemin du Nordet soit accordé à Asphalte Desjardins. Roche avait donc manœuvré de manière à ce qu'une filiale d'Asphalte Desjardins, JL Campeau, obtienne le contrat pour cette route de 30 kilomètres.

L'affaire aurait été réglée lors d'une rencontre le 12 septembre 2001 entre Yves Lortie de la firme Roche - qui avait obtenu le contrat des plans et devis pour la route - et Guy Desjardins, directeur général de J.L.Campeau.

Une fois le contrat signé, Gilles Cloutier dit avoir remis une somme de 25 000 $ à un « grand ami » de Guy Chevrette, Gilles Beaulieu. Selon lui, il avait été convenu qu'une somme de 100 000 $ serait versée à M. Beaulieu, mais il n'a pu dire si ce fut le cas, et convenu qu'il n'avait jamais parlé d'argent avec l'ex-ministre péquiste.

M. Chevrette a reconnu que lui et M. Beaulieu, accompagnés de leurs conjointes, avaient entrepris un voyage autour du monde en mai 2002 pour un coût de 100 000 $, mais insisté sur le fait que chacun avait payé sa part. 

Lui-même avait notamment souligné avoir payé la sienne avec la somme de 25 000 $ que le PQ lui avait remis pour souligner le 25e anniversaire de sa première élection à l'Assemblée nationale.

Gilles Cloutier s'était par ailleurs vanté d'avoir convaincu Guy Chevrette de confier le projet à la MRC de la Matawinie, plutôt qu'à St-Donat qui en était à l'origine, et suggéré du même souffle que l'appel d'offres pour les plans et devis soit évalué alors par un comité de sélection composé des maires de municipalités de la MRC.

Ce comité, dont M. Cloutier s'est vanté devant la commission d'avoir eu la plupart des membres dans sa poche, a accordé le contrat à Roche.

M. Chevrette soutient de son côté qu'il n'avait jamais rencontré Gilles Cloutier, ni quiconque de la firme Roche, avant de décider de confier le projet à la MRC, début décembre 2000, en raison de ses doutes sur la capacité de St-Donat à le mener à bien en raison de divisions au conseil municipal.

Il nie donc avoir parlé avec ce dernier pour lui annoncer que le dossier y était transféré.

La commissaire Charbonneau a souligné que les dates données par M. Cloutier dans ce dossier, notamment celle de l'octroi du contrat à la MRC, correspondaient à celles évoquées par M. Chevrette. Ce dernier a laissé tomber que l'ex-vice-président de Roche pouvait avoir obtenu l'information de la MRC.

M. Chevrette soutient qu'il ne s'est sinon aucunement mêlé de la sélection des membres du comité ou encore de ses débats. Il soutient que si, comme le soutient M. Cloutier, Roche a été privilégiée en raison des liens qu'il avait tissés avec les maires y siégeant, il n'en savait rien : « Moi, j'ai cru à la bonne foi de tout le monde ».

Devant la commission, l'ex-directeur territorial du MTQ pour la région Laurentides-Lanaudière, Mario Turcotte, avait défendu le travail du comité sur lequel il avait siégé et soutenu que le choix de Roche était avisé. Mario Turcotte a d'ailleurs vanté l'intégrité de M. Chevrette.

M. Chevrette nie par ailleurs avoir eu en 2000 des rencontres avec une série de personnes liées à Génivar avant cette période qui souhaitaient que la firme, proche de St-Donat, obtienne le contrat. Mais il reconnaît qu'il y avait des rumeurs de magouilles à St-Donat.

En contre-interrogatoire, M. Chevrette est aussi revenu sur le fait qu'il a séjourné dans une maison de Charlevoix que Gilles Cloutier louait. Il a soutenu que c'était Gilles Beaulieu qui avait trouvé l'endroit, et qu'il n'a jamais su que l'ex-vice président de Roche y était lié d'une quelconque façon.

Un projet pertinent sur le plan économique, soutient Chevrette

Guy Chevrette a défendu avec vigueur sa décision de lancer le chantier de la route du Nordet. Il soutient que la route était justifiée puisqu'il s'agissait de favoriser le développement touristique de la région.

M. Chevrette soutient d'ailleurs que la décision a été prise après avoir consulté, en 2000, les différents acteurs de la région dans le cadre de l'élaboration du plan de Transports du MTQ. La municipalité de St-Donat, mobilisée derrière le projet, devait à l'origine le gérer.

L'ex-ministre est surpris que Mario Turcotte ait dit devant la commission qu'il n'était pas en faveur de ce projet, puisqu'il a approuvé le rapport issu des consultations qu'il a lui-même d'ailleurs menées.

M. Chevrette a souligné que le financement ne s'est pas fait en catimini, mais par un décret du Conseil des ministres pour une subvention de 15, 5 millions $ du ministère des Finances pour le projet.

Et cette subvention, a-t-il insisté, a été gérée de façon « clean » par le MTQ : « Tout a été fait dans les normes ».

 

La commission Charbonneau
Gilles Cloutier avait ses entrées auprès de Guy Chevrette
6 juin 2014

 
 

L'ancien président d'une firme de signalisation, Christian Fay, a expliqué à la commission Charbonneau que Gilles Cloutier avait réussi en deux ou trois jours à lui obtenir une rencontre avec l'ex-ministre des Transports du Québec Guy Chevrette en janvier 2002. 

Christian Fay, de SMG signalisation

Ce témoignage met à mal la version livrée à la commission par M. Chevrette le 9 mai 2014.  Il avait alors affirmé sous serment qu'il connaissait « à peine » celui qui a longtemps été vice-président au développement des affaires de la firme Roche.
 
M. Fay a expliqué qu'il avait fait appel à Gilles Cloutier après que le ministère des Transports du Québec (MTQ) eut annulé un contrat dans le cadre duquel la firme Summum devait installer des panneaux de signalisation, en novembre 2001.

Incapable d'obtenir une explication du MTQ, il a demandé à son directeur général, Louis Thibodeau, de le mettre en contact avec Gilles Cloutier.  Ce dernier lui a obtenu un rendez-vous avec le ministre Chevrette en « deux ou trois jours », a-t-il dit.

La rencontre devait avoir lieu à la résidence personnelle de M. Chevrette, selon ce qu'a compris M. Fay.

M. Cloutier avait cependant demandé à MM. Fay et Thibodeau de le rejoindre au préalable chez Gilles Beaulieu, un ami de Guy Chevrette. 

Selon M. Fay, les trois hommes sont ensuite allés rencontrer Guy Chevrette.  Ce dernier a écouté l'histoire de M. Fay et lui a demandé deux semaines pour régler le problème.

Dix jours plus tard, M. Chevrette a cependant démissionné, sans que l'affaire ne soit réglée. 

M. Fay soutient que l'affaire s'est finalement transportée devant les tribunaux, où Summum a gagné sa cause contre le MTQ.

 

"Roulés dans la farine"
À propos du témoignage de Guy Chevrette à la Commission Charbonneau
par le Rédacteur de IMtl.com le 9 mai 2014

 
 

Les Québécois qui suivent la Commission Charbonneau ont pu voir Guy Chevrette rouler tout le monde dans la farine, en direct.

Comme d’autres avant lui, il maîtrise l’art du « self-control » «contrôle de soi» devant les caméras et ça lui permet de répondre aux questions sans vraiment divulguer quoi que ce soit. 

Des réponses de politicien mais pas n’importe quel, un politicien d’expérience!

Il faut rendre à César ce qui lui revient, Guy Chevrette a le tour de tout retourner à son avantage en s’offusquant lorsque la question le remet en doute (lui, son jugement ou ses actions) tout en laissant couler une rivière de mots qui, au final, n’ajoutent rien à la preuve existante, contre lui.

Le nom de Guy Chevrette a été nommé à de nombreuses reprises à la Commission Charbonneau et dans des affaires jugées louches en rapport avec des firmes d’ingénieurs et au premier chef, la firme Roche. 

Guy Chevrette sait que le public oubliera son « spotlight » dans les médias d’ici quelques jours lors de son passage à la Commission Charbonneau, sa stratégie est simple: "Protéger son intégrité; et Noyer le poisson".

Et clairement, c’est un doctorat qu’il faudrait lui accorder, pour ces deux éléments de stratégie!

Par exemple, lorsque l’avocat de la commission lui pose des questions cherchant à savoir s’il était au courant de certaines décisions, il va presque toujours utiliser le « on savait que » au lieu de répondre « je savais que »… comme un réflexe pour diluer sa responsabilité, à lui, en plus d’ouvrir des portes pour blâmer —au moins partiellement— les autres.

Autre exemple, lorsqu’il parle de Jacques Desjardins (patron d’Asphalte Desjardins ( 08 ) et ami de Guy Chevrette), il évoque qu’il était son ami de longue date et il épilogue sur un accident d’hélicoptère que celui-ci aurait eu et bla-bla-bla… il noie — encore une fois — le poisson, esquive la question et roule tout le monde dans la farine en demandant une « pause-santé ». (ce qui est correct mais le « timing » était nickel)  À son retour, il n’y a aucun retour sur la question.  Sérieusement, Guy Chevrette sait comment se sortir de situations serrées.

C’est du grand art! Guy Chevrette est un magicien du sauf-conduit oratoire.

Guy Chevrette, l’ancien ministre des transports péquiste, a pris sa retraite de la vie politique après y avoir passé 26 ans (il a démissionné de son poste de député de Joliette, le 29 janvier 2002). 
À l’évidence, il a eu le temps de se développer un 6e sens pour l’auto-préservation.  La politique peut détruire ceux qui essaient d’y faire primer leurs intérêts personnels.  Est-ce que Guy Chevrette a toujours agi dans l’intérêt de tous les Québécois ou est-ce qu’il aurait pu favoriser des amis, au fil de ses décisions? 

Lors de son témoignage devant la Commission Charbonneau

Est-ce que Roche a profité de certaines de ses actions, notamment dans le dossier de route dans la MRC de Matawini, dans Lanaudière?

Pour le grand public qui regarde la commission de loin, Guy Chevrette sort presque blanchi parce qu’il sait prendre le contrôle des échanges.  Pour les gens du milieu, il est toxique parce qu’en ne prenant pas le blâme pour des actions qu’il aurait pu poser, il repousse celui-ci (au moins en partie) sur d’autres individus avec lesquels il a travaillé et collaboré.

Guy Chevrette n’est pas le genre de politicien qui va prendre un blâme, à part pour des choses anodines qui n’affecteront pas sa crédibilité.

Il n’ira jamais avouer que le fait d’avoir été à des matches de de hockey du Canadien avec Claude et Jacques Desjardins aurait pu avoir un quelconque lien avec la pression qu’il aurait pu exercer sur l’organisateur politique Gilles Cloutier (qui faisait aussi du développement des affaires chez Roche) qui avait apparemment obéi à ses ordres d’accorder un lucratif contrat de pavage à JL Campeau, une filiale d’Asphalte Desjardins, pour une route reliant St-Donat avec les développements à Tremblant.  Un homme ayant autant d’expérience sait fort bien à quel point l’image est importante et combien il faut éviter de la ternir… alors il noie son poisson!

Mais les Québécois, dans tout ça?

Et bien, on est rendu à se dire que ça a été indécent de faire passer des intérêts privés avant les intérêts du plus grand nombre mais bon, c’est comme ça que les choses se faisaient, apparemment.

Quand on dit que l’exemple doit venir d’en haut, à l’évidence, ce n’est pas ce genre d’exemple-là qu’il faudrait suivre! 

Certains Québécois sont indignés et d’autres demeurent indifférents, comme pour la politique en général. Un homme de grande expérience (politique) comme Guy Chevrette mise, au moins en partie, sur cette vague d’indifférence, alimentée par un fort sentiment de cynisme face à la joute politique qui finit généralement par enrichir unilatéralement des groupes d’intérêts privés, aux dépens et contre l’intérêt du plus grand nombre.  Lorsque les gens oublient, des gens comme Guy Chevrette se frottent les mains et se disent alors que « ces histoires sont derrière eux ».

Rien de mal avec le fait de tourner la page mais est-ce qu’on a avancé, collectivement?  Pas vraiment parce que Guy Chevrette prétend qu’il n’a rien fait de mal ou d’illégal mais les Québécois, eux, restent avec une drôle d’impression.

Et vous, croyez-vous que Guy Chevrette a absolument tout dit, durant son court témoignage, à la Commission Charbonneau? 

Sources: Commission Charbonneau: Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction, Radio-Canada pour la Société CBC/Radio-Canada, La Presse/Gesca pour Power Corporation of Canada, L'Action de Lanaudière pour Transcontinental,   Vigile pour La Société des Amis de Vigile.net

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 5 mars 2014

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  Des gens d'affaires
mêlés à des histoires douteuses sur le plan de l'éthique

  Politiciens et politiciennes
Ayant un sens de l'éthique en conflit avec l'intérêt de l'ensemble de la population

Employés.es de l'État
Ayant un sens de l'éthique en conflit avec l'intérêt de l'ensemble de la population

  Vers la Fiche:
Corruption et Éthique

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 

À propos du Groupe conseil en ingénierie Roche de Québec et de son président Mario-W. MARTEL - Sur MétéoPolitique

 
 

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02

 

Gilles Cloutier, un vendeur d'élection clefs en main, embauché par Marc-Yvan Côté de la firme d'ingénierie Roche de Québec - Sur MétéoPolitique

 
 

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03

 

À propos de la firme Génivar qui a changé son nom pour WSP Global et son mythique président Pierre Shoiry  - Sur MétéoPolitique

 
 

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04

 

Chevrette demande à Cloutier s’il peut s’arranger pour qu’un de ses amis, un certain Guy Desjardins, soit celui choisi par Roche comme constructeur. Effectivement, le contrat est accordé à J.L. Campeau, une des compagnies de Desjardins. Une entreprise qui avec Asphalte Desjardins présente une bien mauvaise image sociale.

Les quatre grands patrons de Asphalte Desjardins et Bétonnières modernes jouaient les matamores, mercredi, lorsqu'ils ont escorté une bétonnière à travers la ligne de piquetage dressée par les membres du Syndicat. Guy Desjardins, Michel Bélair, Yves Gareau et Robert Saint-Vincent voulaient impressionner les grévistes.

 

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05

 

L'auréole de l'entreprise Génivar est mise à mal: les gestes d'Yves Lortie dans l'énigme des fausses factures et d'un voyage en Italie offert en pot-de-vin

 

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Le maire Yves Paquin de St-Donat veut donner le nom de Chevrette à une route jugée inutile. - Sur La Presse, Actualités, vendredi, 21 juillet 2000, p. A6

 

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06

 

La commission Charbonneau: pas de statut de participant pour Guy Chevrette - Sur Radio-Canada, le 21 mai 2013

 

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07

 

La commission Charbonneau : l'avertissement de Marois crée un malaise à Québec - Sur Radio-Canada, le 2 mai 2013

 

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08

À propos de Jacques Desjardins d'asphalte Desjardins - Sur MétéoPolitique

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