Le Pro des Lavallois
Vie et mort d’un parti politique de tricheurs

Jocelyne Guertin - Basile Angelopoulos  - Sylvie Clermont

Des politiciens et politiciennes malhonnêtes qui vont tenter de se disculper et nous faire croire qu'ils et elles ne savaient rien de ce qui se passait à l'Hôtel de ville et qu'ils et elles ne font pas partie du problème.  Pourtant on retrouvera leur nom sur tous les procès verbaux autorisant les malversations. (photo-ci-dessus)

Afin de faire disparaître les preuves de détournement de fonds de la ville vers les activités de leur parti politique et se détacher de l'image de leur idole, ils ont sabordé le parti politique, mais on se souviendra qu'il ont légué une pièce d'anthologie de la mauvaise foi que voici:

Commentaire de
JosPublic

C'était pour nous annoncer en utilisant la langue de bois recommandée par les firmes de propagande, que le maire de Laval se retirait temporairement pour raison de maladie. La nouvelle a été communiquée par le vice-président du comité exécutif de Laval, Basile Angelopoulos, entouré de deux membres du Parti PRO des Lavallois, mesdames Jocelyne Guertin et Sylvie Clermont, lors d'un point de presse.

Durant cette période de repos, Gilles Vaillancourt évaluera s’il revient ou non à son poste. Le maire doit «retrouver la quiétude d’esprit nécessaire pour effectuer une réflexion. Il sera en mesure de vous faire connaître les fruits de cette réflexion prochainement», a ajouté le vice-président du Comité exécutif en précisant que le maire n’avait pas mentionné qu’il comptait démissionner lorsque le conseil exécutif s’est réuni durant une longue rencontre.

«La Ville de Laval n’est pas en crise», a clamé Basile Angelopoulos, même si des perquisitions ont été menées à l’hôtel de ville, ainsi que chez Gilles Vaillancourt. Malgré ces opérations policières, le vice-président du comité exécutif de Laval a affirmé que le maire a «toujours» sa confiance.

«

La seule crise de laquelle on peut parler à Laval actuellement, c'est la crise qui affecte M. Vaillancourt. C'est une crise personnelle et non pas une crise autre que cela
                               — Basile Angelopoulos
                                                               vice-président du comité exécutif de Laval

»
 

Un nouveau maire pour Laval

 
 

Alexandre Duplessis
choisi parmi le
miasme politique du
Pro des lavallois dissout par opportunisme politique

 

 Le nouveau maire temporaire de Laval en 2012 Alexandre Duplessis

Laval a un nouveau maire depuis le 23 novembre 2012, Alexandre Duplessis, qui hérite d’une ville marquée depuis 31 ans par le PRO des Lavallois.  Né dans des manoeuvres douteuses, selon un témoin de l’époque, ce parti politique s’est sabordé en laissant derrière lui une traînée de suspicion accentuée par les perquisitions policières.  

« Tout s’achète. Les avocats, les contrats, les ingénieurs, les élections. » C’est ainsi qu’un homme d’affaires de Laval, aujourd’hui à la retraite, décrit l’univers politique dans lequel il a baigné toute sa vie.  Quand le Parti du ralliement officiel (PRO) des Lavallois se met en place officiellement le 26 septembre 1980, cet homme est l’un des principaux organisateurs qui mèneront au pouvoir l’avocat Claude Ulysse Lefebvre l’année suivante.

« L’establishment d’affaires était mécontent du régime de Lucien Paiement [maire de 1973 à 1981]. Il fallait le mettre dehors. Il y avait un organisateur officiel et, moi, j’étais le "doer" (l'exécutant) avec mon bras droit Claude Dumont [décédé]. C’était le début des élections clés en main, même si, nous autres, on n’appelait pas ça comme ça », explique cet homme que Le Devoir a longuement rencontré, d’abord en présence de son conseiller juridique. Il a demandé l’anonymat par crainte de représailles.

« Il y a pas eu grand-chose de “drette” dans ma vie. Maintenant, si je peux faire quelque chose et être utile pour la cause, en racontant ce que j’ai vu et ce que j’ai fait, tant mieux », dit cet homme qui est en contact avec la commission Charbonneau, l’escouade Marteau et le Directeur général des élections (DGE).

Lorsque Claude Lefebvre le contacte pour orchestrer sa campagne électorale, tout est à faire. Il faut louer des locaux, monter une équipe - des « bénévoles payés », y compris des « gars pour voler le vote si nécessaire » -, créer dans chaque district « un embryon d’organisation et de membership » et dénicher des candidats.

Deux conseillers municipaux de l’équipe Paiement, Ronald Bussey et Achille Corbo, occupent déjà l’avant-scène. Ce sont les fondateurs du parti. Dans l’équipe de candidats, on compte alors Guy Ricard, qui deviendra en 1984 député fédéral à la faveur de la vague conservatrice qui a élu Brian Mulroney.

Il y a aussi Michelle Courchesne, qui sera surtout connue du grand public à compter de 2003, alors qu’elle se fait élire comme députée libérale aux côtés de Jean Charest, et sera ministre jusqu’en septembre dernier.

L’argent coule à flots

Pour mener la bataille électorale, il faut aussi de l’argent, beaucoup d’argent. « C’est pas vrai que les gens donnent 1 000 $ pour les yeux d’un gars qu’on ne connaît même pas […] Mais le bagman de Lefebvre était très efficace », raconte cet ex-mercenaire d’élections qui ajoute en riant : « On manquait pas d’argent. »

« Il m’avait donné 40 000 $ pour démarrer l’organisation, 80 000 $ pour la publicité. […] De mémoire, j’ai dû dépenser 400 000 ou 500 000 $ cash pour payer mon monde. Peut-être plus », relate-t-il.

Claude Ulysse Lefebvre

Lucien Paiement

Guy Ricard

Michelle Courchesne

Puis, il précise que « la première chose qu’on a faite en campagne électorale, c’est de donner 10 000 $ à chaque candidat ». D’autres sommes d’argent auraient été distribuées au cours de la campagne, selon les besoins des candidats. Les organisateurs se sont partagé le travail ; aucun des candidats ou agents officiels n’aurait refusé l’argent comptant.

Le rapport détaillé des dépenses électorales telles qu’elles ont été déclarées auprès du DGE démontre autre chose. Par exemple, Guy Ricard a dépensé 2 838,84 $, soit un peu moins de 400 $ de la limite permise. Il en va de même pour Michelle Courchesne, qui a inscrit des dépenses totales de 3 096,90 $ alors que le plafond atteignait 3 511,25 $ dans le district 12.

C’est le bagman qui donnait l’argent, qui provenait entre autres des firmes de génie, des cabinets d’avocats et des entrepreneurs qui espéraient ainsi voir leur investissement fructifier par la suite, explique l’homme d’affaires et ex-organisateur repenti.

Le Devoir a laissé plusieurs messages au bagman, c’est-à-dire au collecteur de fonds qui aurait été au carrefour du financement occulte de différents partis politiques dont le PRO des Lavallois.

En entretien téléphonique avec Le Devoir, l’ex-maire Claude Lefebvre s’est défendu d’avoir eu un bagman. Selon M. Lefebvre, il s’agirait d’une « légende urbaine ».  Mais il a confirmé que cet homme, un entrepreneur prospère, lui avait organisé une fête de départ de la politique en 1989, à Boca Raton, en Floride.  L’ex-maire avait toutefois nié les révélations du Devoir, et ce, malgré les déclarations de deux invités à l’événement, selon lesquels les hommes d’affaires présents à ce party lui avaient remis une bourse de quelque 800 000 $.

Ce cadeau aurait servi à précipiter son départ et à préparer le terrain pour l’arrivée de Gilles Vaillancourt, la nouvelle coqueluche de l’establishment d’affaires.

La transition n’aurait pas modifié les façons de faire. Le bagman du maire Lefebvre a toutefois été mis de côté, et un nouveau bras droit a assisté le maire Gilles Vaillancourt au fil des ans. Le Devoir a communiqué avec cet avocat qui a toutefois refusé de parler de son étroite collaboration avec M. Vaillancourt.

En octobre 2012, Le Devoir a recueilli les déclarations d’un homme d’affaires qui soutient avoir versé à deux reprises 15 000 $ comptant directement à Gilles Vaillancourt. Cette contribution annuelle lui assurait un accès privilégié aux contrats professionnels de la Ville de Laval. Un témoin des deux rencontres corrobore les affirmations de l’homme d’affaires que le cabinet du maire Vaillancourt a niées formellement.
 
 Selon l’ex-organisateur politique, le PRO aurait évolué sous le règne de M. Vaillancourt.  Ainsi, comme le révélait l’année dernière Le Devoir, à partir de 1984, le parti a puisé directement dans les coffres de la Ville pour financer ses activités partisanes, comme les sorties à la cabane à sucre, la distribution de dépliants promotionnels ou la tenue des assemblées d’investiture et la diffusion de publicités dans les journaux. Le ministère des Affaires municipales a effectué une vérification qui établit à 3,6 millions de dollars les fonds publics utilisés par le PRO, entre 2004 et 2010, qui ne correspondent pas à la définition légale du budget destiné à la recherche et au secrétariat. 

 

La fin tourmentée du PRO

 
 

Le 9 novembre 2012, Gilles Vaillancourt remettait sa démission après avoir dirigé Laval pendant 23 ans. Son départ est survenu au terme d’une série de perquisitions de l’escouade Marteau qui l’avait mis sous pression: à l’hôtel de ville, dans ses résidences personnelles, dans les institutions financières où se trouvaient ses coffrets de sûreté et dans les entreprises soupçonnées d’avoir été favorisées dans l’attribution des contrats municipaux.

Dix jours plus tard, M. Vaillancourt qui était aussi le chef du PRO des Lavallois avait demandé officiellement la dissolution de son parti.   « Le conseil général a pris acte de la décision de M. Vaillancourt », a précisé le porte-parole du PRO, le relationniste Jean Lapierre.  Les fonds détenus par le PRO (environ 1 million $) seront versés au DGE qui doit les retourner à la municipalité.

Dès le lendemain, alors que les boîtes s’accumulaient déjà dans les bureaux du PRO, la police y effectuait une perquisition.  La résidence personnelle de l’avocat Jean Bertrand, agent officiel depuis toujours du PRO, a également fait l’objet d’une perquisition.

C’est dans ce paysage tourmenté que le nouveau maire, Alexandre Duplessis, prend le relais jusqu’aux élections de novembre 2013.   Issu du parti de Gilles Vaillancourt qu’il admirait tant, M. Duplessis devra maintenant rebâtir un parti avec un financement au-dessus de tout soupçon et relever le défi de la mobilisation, une tâche de pro, écrit la journaliste du Devoir, Kathleen Lévesque.

 

Les conseillers municipaux impliqués dans les prête-noms

 
 

De 1997 à 2010, Me Bertrand aurait donné de l’argent sous-forme de prête-noms aux conseillers municipaux suivants:

Jean-Jacques Beldié

Benoit Fradet,
 aussi vice-président de Shockbeton

Georges Gauthier

Jean-Jacques Lapierre

Michèle Major

Jacques St-Jean
(pour lui et son épouse)

Jocelyne Guertin

Basile Angelopoulos

Yvon Bromley

Sylvie Clermont

Lucie Hill-Laroque

Michèle Destroismaisons

Francine Légaré

Alexandre Duplessis
 (alors conseiller), en juin 2013, maire de Laval sous tutelle du Gouvernement du Québec

André Boileau

Denis Robillard

Claire LeBel

Ginette Grisée

Madeleine Solazzo

Ginette Legault-Bernier

 Normand Girard

et, France Dubreuil et Martine Beaugrand n'auraient jamais été mises au courant du système. Robert Plante n'aurait pas embarqué dans ce stratagème.

Personne n'aurait jamais posé de questions sur la provenance de cet argent.

Selon Jean Bertrand, Vaillancourt était au courant des prête-noms. «Il n'y a pas grand-chose dont il n'était pas au courant», répond-il.

 

Sources: Journal de Montréal/Québec, TVA Nouvelles et Agence QMI pour Quebecor Inc. ; L'Hebdo Journal pour Transcontinental Inc.; La Presse pour Power Corporation of Canada, Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc.; Radio-Canada pour la Société CBC/Radio-Canada

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 26 octobre 2012

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