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Collusion et corruption à Montréal
Le maire Tremblay de Montréal : a de quoi à avoir honte

Une chronique d'Yves Boisvert, pour le journal La Presse, publié le 28 septembre 2012

 

Quoi? Maintenant, c'est la faute de la GRC? Après avoir présidé une administration corrompue jusqu'à la moelle, infiltrée par la mafia, Gérald Tremblay vient faire la leçon à la police?

Quelle blague!

Le maire, voyez-vous, est «choqué» que la police fédérale n'ait pas transmis les images des entrepreneurs qui vont faire des câlins et des versements en espèces à la mafia.

«Inacceptable», dit le maire de Montréal. Car enfin, on a la preuve des liens incestueux de la mafia et d'un certain milieu de la construction - comme par hasard celui qui ramasse tous les contrats publics de la Ville.

D'abord, n'allez pas croire que la GRC n'a «rien fait» avec ces images. L'histoire est loin d'être terminée.

Mais supposons qu'elles soient restées dans les coffres de la GRC. La dernière personne apte à donner des leçons de vigilance en matière de corruption est bien Gérald Tremblay, l'aveugle caché au fond d'un placard, les doigts dans les oreilles.

D'ailleurs, entre nous, il y a des limites à la bonasserie rédhibitoire. Gérald Tremblay connaît très bien la game, c'est juste qu'il ne veut pas qu'on l'embête avec les détails du financement de son parti.

Quand les journalistes prouvaient noir sur blanc les magouilles, il s'en prenait aux médias. Quand le vérificateur a trouvé tellement de merde dans son administration qu'il en a transmis à la police, le maire a dit qu'il n'y avait «pas de preuve de malversation». Il y avait une demi-douzaine d'enquêtes policières et administratives sur diverses branches de l'administration Tremblay et monsieur le maire jouait les indignés.

C'était une «campagne de démolition» et les journalistes de La Presse voulaient «choisir le maire»!

Mais qui donc a choisi Frank Zampino comme président du comité exécutif de la Ville? Zampino, maintenant accusé de fraude et de complot devant la cour criminelle, ça vous rappelle quelque chose? Ancien maire de Saint-Léonard, déjà associé à quelques personnages plus ou moins sympathiques, pourquoi l'avoir choisi, monsieur le maire? Est-ce possible que cet homme arrivait dans votre parti avec... j'allais dire des dollars plein les chaussettes, disons plutôt une excellente organisation, de bons collecteurs de fonds?

M. Zampino qui a fait la pluie et le beau temps, tandis que le maire ne voulait surtout rien voir de ce qui se tramait derrière. Zampino en yacht chez Tony Accurso (aussi accusé au criminel) et quelques entrepreneurs.

Bon choix!

Qui était responsable du financement du parti du maire? Bernard Trépanier, également accusé de fraude et de complot. «Monsieur 3%», comme on l'appelle joliment.

C'est lui qui allait chercher l'argent pour faire élire monsieur le maire. Et devinez comment? Gérald Tremblay n'en avait aucune foutue idée! Il croyait qu'on faisait une quête spéciale à la grand-messe.

Bon choix!

Ai-je rêvé, ou l'ancien chef de cabinet du maire Tremblay, Martial Filion, est maintenant également accusé devant la cour criminelle? Il avait quitté le cabinet du maire pour se retrouver à la Société d'habitation, là où s'est organisé un superbe tour de passe-passe de terrains autour de Construction Catania.

Bon choix!

Quand Robert Abdallah a quitté le poste de directeur général, le maire l'a remplacé par Claude Léger, qui a été viré au milieu d'un nuage de soufre avec d'autres, après le scandale des compteurs d'eau et du Faubourg Contrecoeur.

Quelle équipe du tonnerre!

Gérald Tremblay et son collaborateur principal, le no. 2 de la ville jusqu'en 2008 lorsque Frank Zampino a rejoint l'entreprise de Tony Accurso un autre grand ami.

Le maire Tremblay a été averti par l'opposition, par les médias, même par Jacques Duchesneau, en juillet 2009.

D'après la version de ce dernier, Duchesneau a mis en garde le maire contre certains sombres personnages de son entourage, et le maire a dit qu'il n'y pouvait rien.

Le maire nie vigoureusement: ils ont parlé en général de collusion et de construction, sans nommer qui que ce soit. Pourtant, Richard Bergeron, candidat en 2009, dit que Duchesneau lui a conseillé de se méfier de plusieurs personnes nommément.

Mais évidemment, le maire au coeur pur a toujours dit qu'il n'a rien vu, rien su, soupçonné ou imaginé de mal...

Ça fait désordre un peu, cette révélation de l'ancien chef de police...

Devinez quelle version je crois, celle de Duchesneau ou de Tremblay?

C'est en plein ça.

Déjà chanceux d'être encore maire après tant d'incompétence et de laisser-faire, cet homme qui a déshonoré Montréal devrait surtout s'abstenir de donner des leçons, puisqu'il n'a pas la bonne idée de quitter son poste.

Gérald Tremblay devant la Commission Charbonneau en 2014. Il était en pleine crise de déni.

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Source: La Presse/Gesca pour Power Corporation of Canada

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 2 octobre 2012

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