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Richard Bergeron - Exit le privé, place à la fonction publique
Il veut créer une escouade spéciale de lutte contre la corruption

Pour restaurer l'intégrité à l'Hôtel de Ville, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, croit qu'en plus de revoir le financement des partis politiques, il faudra «reconstruire» la fonction publique montréalaise. À mesure que les firmes de consultants externes et les firmes privées ont gagné du galon auprès des élus, la fonction publique s'est érodée. Il faut maintenant y remédier dit Richard Bergeron, qui promet de ramener à l'Hôtel de Ville l'expertise perdue.

 
 
 
 
 

Bio de Richard Bergeron

1955: naissance à Alma, au Lac-Saint-Jean. 1975: arrivée à Montréal pour y étudier l'architecture à l'Université de Montréal. 1986: retour à l'UdeM pour y entreprendre un doctorat en aménagement après avoir été volontaire en Guinée-Bissau. 1991: soutenance de thèse et publication de son premier livre, L'Anti-développement: le prix du libéralisme. De 1990 à 1992: président de la Fédération des coopératives d'habitation de l'île de Montréal. De 1992 à 1993: professeur invité à l'Université Laval, aménagement du territoire et développement régional. De 2003 à 2005: publication de deux livres au sujet de la trop grande dépendance à l'automobile au Québec. 2004: fondation de Projet Montréal. 2005: élu conseiller municipal du district De Lorimier, dans l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal

Par Jeanne Corriveau
Pour le journal Le Devoir
Édition du jeudi 22 octobre 2009


Richard Bergeron, chef de Projet Montréal et candidat à la Mairie de la ville de Montréal

 

Pour restaurer l'intégrité à l'Hôtel de Ville, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, croit qu'en plus de revoir le financement des partis politiques, il faudra «reconstruire» la fonction publique montréalaise. À mesure que les firmes de consultants externes et les firmes privées ont gagné du galon auprès des élus, la fonction publique s'est érodée. Il faut maintenant y remédier dit Richard Bergeron, qui promet de ramener à l'Hôtel de Ville l'expertise perdue.

En rendant public son rapport sur le contrat des compteurs d'eau le 22 septembre 2009, le vérificateur général de la Ville, Jacques Bergeron, l'avait souligné à gros traits: «Une perte d'expertise importante a été constatée à la Ville de Montréal», écrivait-il.

La saga des compteurs d'eau illustre tout le problème avec lequel la Ville est aux prises depuis des années. Richard Bergeron rappelle que dès le début du processus, c'est le privé qui a dicté à la Ville quoi faire. Notamment le consortium SNC-Lavalin-Dessau-Soprin, à qui la Ville avait demandé de faire le diagnostic des infrastructures souterraines en 2002. La réponse, venue l'année suivante, avait fait état du délabrement avancé du réseau d'égouts et d'aqueducs. «Qu'est-ce que vous croyiez que Lavalin allait répondre?", relate M. Bergeron.

Puis, ce fut au tour de BPR d'entrer dans le décor, avec pour mandat de piloter le processus d'appel d'offres. Au fil des mois, de multiples modifications ont été apportées au contrat des compteurs d'eau avec, entre autres, l'ajout du volet d'optimisation du réseau et la construction onéreuse des chambres de vannes pour contrôler le débit d'eau dans le réseau souterrain.

Richard Bergeron accuse l'administration du maire Gérald Tremblay d'avoir décimé la fonction publique en procédant à l'abolition d'un millier de postes depuis 2006. «On a enlevé la capacité technique de la Ville de définir elle-même ses besoins», explique M. Bergeron.

«L'institution publique Ville de Montréal devra être reconstruite, poursuit-il. On devra rebâtir les équipes d'ingénieurs, les équipes d'architectes et les équipes de spécialistes. Ces mille employés dont le maire Tremblay est si fier de s'être défait, moi, je les réengagerai parce qu'on a créé plus que 1000 emplois à l'extérieur de la Ville par le biais de contrats parapluies. C'est profondément pervers comme manière de faire. Je crois aux institutions publiques. J'ai passé ma vie là-dedans.»

Il cite d'ailleurs le cas de Joseph Farinacci, ex-chef de service de la Direction des stratégies immobilières de la Ville (DSTI) qui, en 2007, avait démissionné après que l'administration Tremblay eut ignoré son avis dans le dossier de la vente du terrain du Faubourg Contrecoeur, cédé au promoteur Catania par la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM). M. Bergeron décrit M. Farinacci comme «la seule personne qui se soit tenue debout». Et contrairement à l'ex-directeur général de la Ville, Claude Léger, et l'ancien responsable des affaires corporatives, Robert Cassius de Linval, il n'a pas reçu de généreuse indemnité de départ, note-t-il.

En rapatriant l'expertise dans l'appareil municipal, la Ville pourrait alors déterminer elle-même ses besoins, préparer les projets, conduire les appels d'offres et évaluer la qualité des travaux, insiste-t-il.

Lorsque l'équipe du Devoir a rencontré le candidat à la mairie vendredi dernier, la tourmente venait tout juste de s'abattre sur son adversaire, Louise Harel, aux prises avec des allégations concernant son bras droit, Benoit Labonté. Celui-ci a fini par quitter le parti dimanche, avec les rebondissements que l'on connaît.

Cette controverse a mis en relief les problèmes créés par les règles actuelles de financement des partis politiques et les liens parfois trop étroits qu'entretiennent certains élus avec les entrepreneurs privés. Richard Bergeron se dit à l'abri de ce genre de proximité. «Les vieux partis sont devenus beaucoup trop dépendants de certains réseaux d'argent qui les mettent au pouvoir. Nous, on s'est imposé de faire de la politique avec moins d'argent. On s'est imposé des règles qui vont beaucoup plus loin que la loi [...] et on est cautionné par "monsieur intégrité" lui-même au Canada, John Gomery. Alors, quand on arrive au pouvoir, on n'a pas de dettes.»

S'il est porté au pouvoir, Richard Bergeron propose aussi de mettre sur pied un service anticorruption au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qui sera dirigé par un commissaire à l'investigation politique et administrative.

Le programme électoral de Projet Montréal contient des engagements qui s'articulent autour d'une nouvelle vision des transports et de l'implantation d'un réseau de tramways de 33 kilomètres. À ceux qui lui reprochent d'évoquer son projet de tramway constamment, même lorsqu'il parle de culture, Richard Bergeron réplique que ce mode de transport est non seulement attrayant et efficace, mais qu'il constitue un «outil de refaçonnage de la ville».

Troisième joueur dans la course à la mairie de Montréal, Richard Bergeron croit en ses chances de l'emporter le 1er novembre prochain. Les mésaventures récentes de Louise Harel pourraient lui donner un coup de pouce. Réalisé avant l'épisode Benoit Labonté, un sondage Angus-Reid Strategies-La Presse publié plus tôt cette semaine lui accordait 23 % des intentions de vote, une hausse de neuf points par rapport au 14 septembre 2009. «Vous savez, Régis Labeaume avait commencé sa campagne électorale à 4 %», rappelle-t-il.