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Corruption municipale
Nettoyage en règle ou peinture sur la pourriture?

Les médias passant à d'autres nouvelles spectaculaires, d'aucuns craignent que le gouvernement de Québec et les profiteurs de contrats arrangés échappent finalement à l'enquête que souhaitent la plupart des Québécois. Pour l'heure, en tout cas, les profiteurs n'ont rien à redouter des mesures de «resserrement» aux Affaires municipales ou des «réformes» à l'Hôtel de Ville de Montréal.

Par Jean-Claude LECLERC
Pour le journal Le Devoir
Québec - Canada
Publié le
16 novembre 2009
Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l'Université de Montréal



 

photo: le maire de Montréal, Gérald TREMBLAY sonnera-t-il l'alarme à la corruption?

 



C'est l'indignation des citoyens, en effet, que le ministre Laurent Lessard veut d'abord enrayer, non le tripotage des contrats. «L'objectif, a-t-il dit, est de redonner confiance à la population envers les élus et l'administration municipale.» Si aucun maire des villes menacées de corruption n'a rien vu, ce ne sont pas des comptables dépêchés par Québec qui démasqueront les magouilleurs.

Les vérificateurs spéciaux du ministre auront les mêmes pouvoirs que les vérificateurs déjà en place dans les grandes villes. Justement, les comptables municipaux, ceux qui tiennent les livres et ceux qui les «vérifient», ont rarement débusqué les arrangeurs de contrats. Où donc M. Lessard prendra-t-il les vérificateurs de la trempe d'une Sheila Fraser, la vérificatrice d'Ottawa?

De même, le ministre veut que les élus, rarement experts en travaux et services publics, aient des évaluateurs pour mieux mesurer les exigences et les coûts des contrats. Mais comment aura-t-il l'assurance que de nouveaux évaluateurs internes ne seront pas complaisants? L'expérience enseigne qu'un fonctionnaire est parfois perméable aux récompenses.

Quant aux évaluateurs externes, déjà en affaires avec des entrepreneurs, comment éviteront-ils le conflit d'intérêts? Le président de la Fédération des municipalités, Bernard Généreux, estime qu'une enquête publique reste nécessaire. Il y a, selon lui, tout un réseau, un système, où des gens sont devenus des spécialistes des plans et devis. «Ils doivent aussi être interpellés», dit-il.

Au sommet de Québec, le maire de Montréal s'est empressé de porter le blâme du scandale, sinon de donner un certificat d'honorabilité aux édiles de la province. Or, si Gérald Tremblay n'a rien vu dans sa propre administration, comment peut-il se prononcer sur l'état des choses ailleurs? La fusion municipale a valu à Montréal d'hériter, avec d'ex-villes de banlieue, de réseaux d'intérêts douteux qui ont ainsi agrandi leur marché. Il serait surprenant que l'île de Montréal ait le monopole de la corruption.

Néanmoins, Montréal étant un gros donneur d'ouvrage, c'est là que les gros demandeurs de contrats vont continuer d'offrir leurs services. D'où le besoin d'examiner de près les changements envisagés par les élus. Le mieux qu'il pourrait arriver, c'est qu'ils soient unanimes à réclamer une enquête indépendante, et que Québec souscrive à leur demande.

Toutefois, d'autres mesures de redressement s'annoncent à l'Hôtel de Ville, dont certaines paraîtront d'un angélisme lamentable. Ainsi, à Montréal, un maire n'a pas à s'ingérer dans les projets, mais à en surveiller l'administration. Pendant que Gérard Tremblay s'enquérait à Paris des métropoles de demain, des tripoteurs de contrats faisaient main basse sur les caisses d'aujourd'hui.

Sa priorité devrait être ailleurs. Le lieu de pouvoir le plus important, en effet, n'est pas son bureau ni son «cabinet», mais le comité exécutif et son président. Comme il lui reviendra d'en désigner les membres, c'est là que se joueront la solidité, l'intégrité et la fermeté de la prochaine administration, et donc son principal héritage politique.

L'idée de faire siéger en public le comité exécutif pourrait donner l'illusion de la transparence. Mais la proposition de la chef de Vision Montréal, Louise Harel, de confier à une commission du conseil le traitement des appels d'offres et l'analyse des contrats ne vaut guère mieux. Le rôle du conseil n'est pas de remplacer l'exécutif ou l'administration, mais d'édicter des règles de saine gestion et, le cas échéant, de demander des comptes.

Or, non seulement des élus gestionnaires pourraient difficilement critiquer leurs propres décisions, mais ils seraient, autant que les fonctionnaires et les gens de l'exécutif, vulnérables aux pressions, aux urgences passagères, et bien sûr, aux tentations d'enrichissement indu. Il leur revient plutôt d'étudier les dossiers afin de les approuver en toute connaissance de cause. Cette exigence est plus impérieuse que jamais, bien que certains d'entre eux raffolent des consultations plus ou moins bidon avec le public.

Une autre contradiction sera plus difficile à trancher. N'ayant pas la majorité au conseil, le maire Tremblay s'est montré favorable à un «gouvernement d'union». L'idée fut mise à l'essai à Ottawa entre les partis d'opposition, avec le résultat que l'on sait. À Montréal, Vision et Projet auraient, le cas échéant, des représentants au comité exécutif. À Ottawa, il s'agissait de remplacer le gouvernement Harper. À Montréal, il s'agirait plutôt de renforcer l'administration en place.

Cela pose un dilemme au maire. N'ayant pas obtenu l'appui majoritaire des électeurs, sa légitimité est réduite d'autant. En associant l'opposition à la gestion des affaires, il renforce sa crédibilité, évitant du même coup la critique stérile et le boycottage partisan au sein du conseil. Par contre, si l'opposition participe au pouvoir, elle n'est plus guère en mesure d'en être le chien de garde.

Est-ce l'impasse? Pas nécessairement. En démocratie, l'opposition aussi doit être surveillée. On l'a vu à Québec, où des partis d'opposition n'étaient pas moins gênés de leurs accointances avec les vendeurs de garnotte que le parti au pouvoir. La réponse tient normalement dans la vigilance des médias. Seront-ils au rendez-vous?