"L'éthique, l'éthique çé ben beau, mais les profits me suffisent"
 semble professer les firmes d'ingénieur-conseil

Éditorial de JosPublic
26 juillet 2012

 

Près de 21 000 personnes travaillent dans le domaine du génie-conseil au Québec, dont environ 7 000 ingénieurs.

L'Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ) regroupe une cinquantaine de firmes représentant 95 % de la main-d'oeuvre du secteur, où les 10 plus importantes créent 80 % des emplois.

La majorité des ingénieurs.res qui ne sont pas protéger par un Syndicat, comme celui des ingénieurs du gouvernement au Québec ou celui d'Hydro-Québec, n'ont aucune protection quant au dévoilement de toute information provenant de leur employeur. Les autres peuvent jouir d'une certaine protection s'ils oeuvrent au sein de la fonction publique canadienne et sont syndiqués avec l'Alliance de la fonction publique ou à la ville de Montréal où des syndicats peuvent les représenter sans être des syndicats exclusivement formés d'ingénieurs. L'Ordre des ingénieurs voudrait assainir la pratique de l'ingénierie, convaincre les bureaux de Génie-Conseil d'appliquer une éthique hautement morale envers les travaux à accomplir, d'éviter la collusion et la corruption.

 Mais... pour le moment c'est peine perdue à cause de la non protection des lanceurs d'alertes.

Les dénonciateurs paient toujours la note

Sans protection réelle, tout dévoilement d'information d'une firme finira en congédiement administratif. Les voeux pieux du très respectable ex-juge Gomery ne trouveront pas application dans la vie de tous les jours. On a vu à la ville de Montréal des ingénieurs publics se faire menacer physiquement par des sous-traitants, que ce soit de la construction ou d'ingénieur-conseil.

Pourquoi donc?....

C'est qu'un ingénieur public est une sorte de policier qui doit s'assurer que les travaux sont faits selon les plans et devis ayant servi au bureau d'ingénierie-conseil ou la firme de construction pour établir sa soumission lorsqu'elle a établi son prix. Les erreurs que les soumissionnaires ont faites peuvent leur coûter la peau des fesses lorsque le contrat est signé et qu'ils sont devant des travaux mal faits et à reprendre.

On a vu dans certains cas des firmes d'ingénieur-conseil être au bord d'une faillite à cause d'erreurs de soumission. Voilà pourquoi le lobby des firmes d'ingénierie consiste surtout à convaincre une instance gouvernementale d'accepter des factures en extra de la soumission invoquant que l'ingénieur de la ville ou du ministère est tatillon ou ne connaît pas sa profession.

Comme les élus.es sont corrompus au préjugé que le privé a tout ok et que la fonction publique a tout faux, ces derniers vont pencher dans l'intérêt du lobbyiste.

Il arrive que l'objet du lobby soit tout simplement de recommander au donneur d'ouvrage public d'engager une autre firme d'ingénierie pour préparer les travaux, ou les surveiller. On s'entend plus facilement lorsque l'on discute entre nous disent certains. Vous économiserez sur les poursuites en cours et le temps de réalisation des travaux.

Et comment ?

Plusieurs ont atteint leur but, comme à Laval, ou toute l'activité d'ingénierie est privatisé. Toujours dans le but d'augmenter les profits, on voit de plus en plus un jeu de chaise musicale entre les firmes. C'est toi qui fais les plans, c'est moi qui fais exécuter les travaux par une firme filiale d'un autre associé et c'est celui qui a fait les plans qui surveille le tout. Dans telle ville on est en association ou consortium tandis que dans l'autre on est compétiteurs.

À Hydro-Québec le système est tellement bien huilé que les employés.es travaillent quelques mois pour l'entrepreneur et ensuite pour HQ aux mêmes conditions... même pas de concurrence sur les salaires ou les conditions de travail. Alors la supposée concurrence tant argumentée par les tenants du tout privé, passe aux poubelles du monopole d'entreprise.

Pour revenir à l'éthique, dénoncer son employeur pour avoir vu des choses illégales c'est signer son arrêt de mort. Congédiement assuré et liste noire chez les concurrents. Imaginez une personne qui ne prête pas allégeance à son exploiteur surtout lorsque l'on sait que les 10 plus importantes firmes d'ingénierie-conseil représentent 80% de l'emploi. Je vois déjà les questions lors de la prochaine embauche, pour quelle raison vous avez quitté l'autre bureau d'ingénieur ? Vous avec des références? Bien sûr vous n'avez pas d'objection à ce que l'on contacte votre ancien employeur? 

L'exemple vient de haut

Michel Pigeon
Député provincial de la circonscription de Charlesbourg. Région de Québec/Capitale-nationale

Mme Johanne Desrochers
Présidente de l'Association des ingénieurs-conseils du Québec

Jacques Marchand
Ingénieur et professeur à l'Université Laval de Québec

Admettons que l'Ordre des ingénieurs est de bonne foi. Mais que dire de la présidente de l'Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ) à plusieurs reprises condamnée pour avoir enfreint la loi sur le lobbysme à Québec. Ou l'ingénieur Jacques Marchand qui a encaissé son salaire de professeur à temps plein à l'Université Laval (UL), alors qu'il agissait comme expert principal de la commission Johnson ( 01 ), y consacrant jusqu'à 69 heures en moyenne par semaine lors de la période la plus occupée. Le tout, cautionné par le recteur de l'époque, Michel Pigeon.

Des essais et des expertises techniques effectués par SEM pour la commission Johnson ont aussi été réalisés dans les locaux de l'Université Laval, en vertu de l'entente alors en vigueur avec l'entreprise. Questionné à savoir pourquoi les expertises techniques qu'il a dirigées ont été réalisées par son entreprise plutôt que par l'intermédiaire de l'Université, M. Marchand avait affirmé que l'administration du recteur Pigeon avait préféré ne pas s'en mêler. Il faut comprendre ici que tout a été fait légalement. Il semble que la notion de conflit d'intérêts n'avait plus sa place à l'Université Laval.

M. Marchand est un professeur-entrepreneur. Il est propriétaire de deux entreprises, dont SIMCO qui se servait des locaux de l'université Laval. Une n'était pas facturée et l'autre oui, mais en partie. En 1989, alors qu'il était étudiant, il a cofondé l'entreprise Service d'expertise en matériaux (SEM) avec trois autres partenaires, dont Michel Pigeon - ancien recteur de l'Université Laval, aujourd'hui député libéral de Charlesbourg -, qui était professeur à l'époque. Les trois associés se sont retirés de l'entreprise au milieu des années 90 et M. Marchand est devenu actionnaire majoritaire et président de SEM. Le siège social de l'entreprise est situé dans le Parc technologique à Québec. Les deux entreprises ont fusionné en novembre 2009. Selon le Registre des entreprises du Québec, en 2011 il en était toujours l'actionnaire principale et président de l'entreprise.

Le cas Marchand n'est pas unique. C'est un exemple d'une nouvelle réalité prôné par plusieurs universités. Leur présence est possible à cause des politiques de commercialisation des universités prônée par les conseils d'administration.

Association des ingénieurs-conseils du Québec

Cette association d'ingénieur refuse de reconnaître la loi sur le lobbyisme du Québec, BPR une firme membre conteste les constats d'infractions. ( 02 )

Que penser des firmes comme Axor ou Cima+ qui se sont servi de prête-noms pour financer le Parti libéral du Québec? Il sera très difficile pour les salariés ingénieurs de risquer de perdre leur emploi pour un principe que très peu d'ingénieurs en chef respectent dans la profession. ( 03 )

Depuis quelques années on entend parler de règles de protection des fonctionnaires "dénonciateurs" mais pour le moment rien de très concluant. Les personnes délatrices oeuvrant dans la fonction publique en prennent à chaque fois plein la gueule. Alors imaginez dans le secteur privé.

L'Ordre des ingénieurs aura fort à faire pour convaincre les ingénieurs siégeant aux conseils d'administration des entreprises de génie-conseil d'être respectueux de l'éthique ou tout simplement de se comporter en honnêtes citoyens. Je ne parle pas ici d'adopter par résolution un code d'éthique pour se donner bonne conscience.

La réalité du monde des affaires, nous prouve à tous les jours que la cupidité l'emporte souvent sur les bonnes intentions. Je pense ici à SNC/Lavalin dans le cas de la contamination des puits artésiens à Shannon. Durant des années ils ont été complices avec l'Armée canadienne pour cacher les effets de leur pollution sur la santé des citoyens qui buvaient de l'eau contenant des produits toxiques; à partir de leur centre de recherche à Valcartier dans la région de Québec. Quant aux poutres du Pont du souvenir à Laval, la commission Johnson a bien noyé le poisson... dans ce cas il y a eu mort de personnes, mais cela ne défrise jamais les ingénieurs des conseils d'administrations fussent-ils bardés de diplôme. Le bout de papier ne donne pas de conscience, ni de jugement.

La démarche de l'Ordre des ingénieurs qui voudrait assainir la pratique de l'ingénierie est nécessaire, mais sera futile s'il n'y a pas de protection pour l'employé.e ingénieur.e.

Il ne reste plus qu'à espérer de la part de la Commission Charbonneau, qui elle, offre des protections à ceux et celles qui dévoilerons les pratiques douteuses, produira des solutions incontournables par les politiciens et politiciennes.

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 

 

 

 

 

 

   

 

Journal Le Soleil du 12 mars 2009: SEM et SIMCO hébergés à Laval: du gagnant-gagnant, croit Jacques Marchand

 

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02

Les ingénieurs du secteur privé au Québec font le procès de la loi sur le lobbyisme

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03

Le financement sectoriel: Québec solidaire démontre l'ampleur de la corruption

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