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Ex-VP principal, Amérique latine, Dessau
La drôle de vision éthique de Rosaire Sauriol, ingénieur collusionneur

Le 16 septembre 2015, le voile sur un passage d'une déclaration sous serment de la police, dans le but d'obtenir un mandat de perquisition à la permanence du Parti Libéral du Québec PLQ, a été levé par un tribunal.  La firme de génie Dessau a participé au financement occulte du Parti libéral du Québec, qui la sollicitait pour obtenir environ 100 000$ par année, soit le double de la somme divulguée devant la commission Charbonneau et beaucoup moins aux partis d'opposition provinciaux.  La question à se poser: où étaient les comptables de la compagnie pour faire cautionner toute cette corruption? Réponse de JosPublic: trop occupés à faire sauver de l'impôt aux mêmes compagnies? - JosPublic
                                                                                    
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Perquisition chez Dessau par la police de "l'Unité permanente anti-corruption du Québec (UPAC)"
en novembre 2012

 
 
 

Résumé

 
 

Dessau: l'entreprise a fêté ses 50 ans de réussite commerciale en 2007 en présence de Jean Charest, premier ministre du Québec.  Quelques semaines plus tôt, le rapport d’enquête sur l’effondrement du viaduc de la Concorde était déposé sans blâme pour les concepteurs de l’époque, Desjardins-Sauriol, soit l’ancêtre de Dessau.

L’entreprise est dirigée par Jean-Pierre Sauriol ( 17 ), qui avait embauché l’ex-président du comité exécutif de Montréal Frank Zampino, un des accusés de fraude dans le dossier du Faubourg Contrecoeur ( 18 )).  Son frère Rosaire est particulièrement actif dans le démarchage.  Il a notamment séjourné sur le désormais célèbre bateau de Tony Accurso, le Touch.

La filière politique est importante dans le développement des affaires de l’entreprise.  On y retrouve Benoît Savard, qui a été organisateur en chef du PLQ jusqu’en 2007, et Denis Guindon.  Ce dernier est un péquiste de longue date.  Il a présidé la campagne de financement de Bernard Landry lors de la course au leadership de 2001.

Rosaire Sauriol a confirmé devant la Commission Charbonneau l’existence d’un système de collusion des firmes de génie-conseil pour les contrats publics de la Ville de Montréal, géré par Bernard Trépanier, mais dirigé, soutient-il, par Frank Zampino.  L’ingénieur confirme aussi que les partis politiques à tous les niveaux et régions sollicitaient Dessau pour obtenir du financement, une pratique illégale.  Il explique que l’entreprise a eu recours à de la fausse facturation pour répondre aux demandes qu’on lui présentait.  Pour le moment il a été arrêté par l'Unité permanente anti-corruption (UPAC) pour corruption et collusion avec l'ex-maire de la ville de Laval, Gilles Vaillancourt.  Discrètement il a démissionné de la vice-présidence de Dessau ingénierie et demeure en attente de son procès.

 
 

Dessau versait 100 000$ par année au PLQ

 
 

C'est l'ex-vice-président de Dessau, le frère de Jean-Pierre Sauriol, Rosaire Sauriol ( 01 ), qui a révélé aux enquêteurs de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) l'ampleur des contributions que sa firme versait à la caisse libérale.  Dans le cadre de l'enquête policière sur le financement du PLQ basé sur un système de prête-noms (projet Lierre), M. Sauriol et une soixantaine de personnes ont livré un témoignage à l'UPAC.

Le 16 septembre 2015, le voile sur un passage d'une déclaration sous serment de la police dans le but d'obtenir un mandat de perquisition à la permanence du Parti Libéral du Québec PLQ - perquisition menée en juin 2014 - a été levé par un tribunal.  Le nouvel élément de ce document judiciaire, dont une large part avait été rendue publique en 2014, concerne les sommes sollicitées par le PLQ auprès de Dessau.

En mars 2013, Rosaire Sauriol avait été appelé à la barre des témoins de la commission Charbonneau.  Son témoignage sous serment avait permis de confirmer que Dessau avait fait des dons au PLQ ainsi qu'au Parti québécois pour un total d'un million$, de 1998 à 2010.  De ce montant, les libéraux ont empoché 600 000$ sur une période de 12 ans, soit 50 000$ par année.

Mais aux policiers, M. Sauriol a précisé que sa firme devait remettre environ 100 000$ annuellement au PLQ. «Il donnait pour Dessau dans l'objectif d'être vu et de faire du réseautage», peut-on lire dans le document judiciaire. «Il dit qu'il s'agit d'une culture qui existait dans les firmes d'ingénierie. Selon lui, le Parti peut seulement avoir un pouvoir de nuisance ou de ne pas donner.»

Lors de son témoignage devant la commission Charbonneau, en mars 2014, Rosaire Sauriol avait admis que sa firme avait fait de la collusion à Montréal.  M. Sauriol avait également indiqué que Dessau avait fait de la fausse facturation pour deux millions$ afin de financer les partis politiques.  Dessau a ainsi participé au financement occulte du Parti libéral du Québec ainsi que du Parti québécois, à hauteur d'un million$, entre 1998 et 2010.

Rosaire Sauriol avait reconnu son rôle actif mais il avait également indiqué que son frère Jean-Pierre était au courant de toute l'affaire.  Immédiatement après son passage à la commission Charbonneau, Rosaire Sauriol avait démissionné de son poste de vice-président et vendu ses actions.

Allocations de dépenses

Le système utilisé par Dessau pour soutenir financièrement les partis politiques consistait à utiliser les employés dont les dons politiques étaient remboursés par la firme «via de faux comptes de dépenses».  À la commission Charbonneau, M. Sauriol avait affirmé que le remboursement aux employés en argent comptant provenait d'un système de fausses factures grâce à un «réseau d'entreprises».

On précise également que Rosaire Sauriol remettait les chèques recueillis à la responsable du financement au PLQ, Violette Trépanier ( 02 ) ou lors des cocktails libéraux.  M. Sauriol a également précisé que le collecteur de fonds «Marc Bibeau ( 03 ) était au courant et suivait les donations que les entreprises faisaient».

M. Sauriol a quitté la vice-présidence de Dessau depuis 2013.  Dessau a été vendue à la firme albertaine Stantec en 2014.

(12 décembre 2014) WSP Global (ex Genivar ( 04 )) achète Dessau-Colombie (415 employés) pour environ 30 millions $.

(12 décembre 2014) La compagnie albertaine Stantec annonce qu'elle a acquis les activités canadiennes de Dessau au prix d'environ 100 millions $ ; Stantec devient alors la deuxième plus importante firme d'ingénierie au Canada ( 05 )

Démission de Jean-Pierre Sauriol

Le règne de la famille Sauriol vient de prendre fin au sein de la firme de génie-conseil Dessau.  Après le départ de Rosaire Sauriol en mars 2012, le président de l'entreprise, Jean-Pierre Sauriol, a remis sa démission le 11 juin 2013.  ( 06 )

Le 6 octobre 2012 sur Les Affaires: Le président et chef de la direction de Dessau, Jean-Pierre Sauriol, souligne que la commission aura une valeur éducative. « Il y a une méconnaissance de notre travail. La population va mieux comprendre le fonctionnement des firmes d'ingénierie et le système d'attribution des contrats. La formation d'un consortium n'est pas synonyme de conflit d'intérêts », précise-t-il.

 
 

Rosaire Sauriol
Témoignage devant la Commission Charbonneau

 
 

Selon le témoignage de Rosaire Sauriol devant la Commission Charbonneau, Frank Zampino était « l’homme le plus puissant de Montréal » dans les années 2000 ( 01 ) et la véritable tête dirigeante du système de collusion des firmes de génie qui a fonctionné à Montréal à compter de 2005.

« Pour être clair, clair, disons que sans aucun doute, c’est M. Zampino qui parle à M. Trépanier et là, pour parler aux firmes, ils se sont choisi un porte-parole [Michel Lalonde, NDLR ] », explique-t-il sans détour.

Rosaire Sauriol reconnaît que Bernard Trépanier  a exigé un paiement de 200 000 $ en vue des élections municipales de 2005 et des cotes équivalant à 3 % des contrats truqués obtenus par Dessau.

Il soutient cependant que la firme n’a payé que 50 000 $ ou 75 000 $ des 200 000 $ exigés, en faisant valoir qu’elle avait déjà versé 50 000 $ au parti pour chacune des trois années précédentes.  Elle s’est aussi soustraite à la cote en avançant le même argument.

Selon lui, le maire Gérald Tremblay s’occupait davantage de questions diplomatiques.  « Je serais très, très, très, très étonné que M. Tremblay ait su le début du commencement de cette histoire-là de collusion. »  Il ajoute qu’à son avis, l’ex-directeur général de la Ville Claude Léger « n’était pas au courant qu’il y avait un système de collusion ».

Rosaire Sauriol précise que l’argent comptant versé à Union Montréal, tout comme aux partis politiques provinciaux d’ailleurs, provenait de fausses factures.

La firme se faisait envoyer des factures par Rapide-Chèque (Réjean Robert), les dossiers de la Commission montrent qu'il y en a pour
 880 000 $ entre mai 2005 et avril 2007, ou par Commerce Al-Shark (Charles Ghorayeb)
( 06 ), qu’elle payait à partir d’un compte utilisé pour les dépenses de vente et marketing.  Dessau recevait ensuite 90 % du montant en argent comptant.

Selon des données présentées par la Commission, Dessau a ainsi obtenu plus de 2 millions de dollars pour du financement politique.

Le stratagème a pris fin en 2009, dans la foulée de la création de l’escouade Marteau et des révélations des médias.  La firme a en fin de compte fait une divulgation volontaire au fisc en 2011.

Rosaire Sauriol affirme que le numéro un de Dessau, son frère Jean-Pierre Sauriol , était au courant de toute cette affaire.

« On préférait payer pour ne pas se fermer l’accès au marché », déclare Rosaire Sauriol, en s’appuyant sur ce que Dessau a vécu à Blainville.  La firme était l’un des principaux fournisseurs de cette municipalité de la Rive-Nord jusqu’en 2005, année où le candidat à la mairie qu’elle appuyait a été battu.  La source s’est alors instantanément tarie.

« Politiquement, on s’est fait sortir de la Ville », a commenté le cadre de Dessau.

Rosaire Sauriol affirme en outre qu’un système de collusion a longtemps été en place à Longueuil ( 08 ).  Dessau, SNC-Lavalin, CIMA et Genivar en faisaient partie.

Frank Zampino ( 01 )

Michel Lalonde  ( 02 )

Bernard Trépanier  ( 03 )

Gérald Tremblay  ( 04 )

Claude Léger ( 05 )

Charles Ghorayeb ( 06 )

Jean-Pierre Sauriol  ( 07 )

En échange de financement pour les maires Jacques Olivier et Claude Gladu, la firme obtenait des contrats de la Ville.  L'argent était remis aux organisateurs politiques André Létourneau et Serge Sévigny.

Dessau a aussi versé des milliers de dollars en argent comptant pour les campagnes électorales des maires de Chambly Pierre Bourbonnais et Denis Lavoie, celles de Marc Gascon à Saint-Jérôme, et celles de Sergio Pavone à Châteauguay. ( 10 )

Des données présentées par la Commission révèlent que des cadres et employés de Dessau ont versé au moins 1 million de dollars au Parti libéral et au Parti québécois entre 1998 et 2010.  Rosaire Sauriol précise que ce montant est plus élevé, puisque la firme trouvait des prête-noms à l'externe pour ramasser de l'argent pour les partis.  La majorité des employés qui avaient fait des chèques pour financer les partis provinciaux étaient remboursés en argent comptant ou par leur compte de dépenses.

 
 

Selon Rosaire Sauriol:
Frank Zampino est «l'homme le plus puissant de Montréal»

 
 

Gérald Tremblay et Frank Zampino

L'ex-président du comité exécutif, Frank Zampino, était «l'homme le plus puissant de Montréal».

Il était même plus puissant que l'ancien maire Gérald Tremblay qui ignorait tout du système de collusion.

C'est ce qu'a affirmé le numéro 2 de la firme de génie-conseil Dessau, Rosaire Sauriol, devant la commission Charbonneau.

Selon lui, M. Zampino prenait toutes les grandes décisions. Il avait également le premier et le dernier mot sur le partage des contrats.

Le vice-président de Dessau le rencontrait apparemment très régulièrement.  «On savait qu'on était avec l'homme le plus puissant de Montréal, dans le secteur municipal», a-t-il dit.

Multiples soupers, matches de hockey, rencontres au bureau de M. Zampino, petits-déjeuners, les liens entre l'élu et l'homme d'affaires semblaient serrés, et les occasions ne manquaient vraisemblablement pas pour veiller au bon déroulement du partage des contrats, en échange des généreuses contributions politiques illégales de Dessau à Union Montréal.

Ça dépassait les relations d'affaires, a admis le témoin, qui a ajouté avoir été proche de l'ex-président du comité exécutif entre 2005 et 2009.

L'homme de terrain de M. Zampino n'était autre que l'ex-argentier du parti, Bernard Trépanier d'après Rosaire Sauriol.  C'est lui qui collectait les liasses de billets pour le parti.

Gérald Tremblay ignorait tout?

Selon le témoin, l'ancien maire de Montréal, Gérald Tremblay, ne voyait rien du système de collusion qui se déroulait sous ses yeux.

«M. Tremblay ne suivait pas ça, il avait pris le côté plus diplomatique.  Il n'était pas au fait de ce qui se passait dans les contrats de la Ville (...), a-t-il raconté.  Je serais très très très étonné qu'il ait été au courant du commencement de cette histoire-là de collusion.»

Pour M. Sauriol, il n'y avait aucun intérêt à inviter M. Tremblay puisqu'il n'était pas «dans les dossiers».

Le Canadien et les Rolling Stones

En épluchant l'agenda électronique du VP de Dessau, Me Gallant l'avocat de la Commission Charbonneau a également relevé les noms de plusieurs élus et fonctionnaires, invités à des matches de hockey ou des concerts par la firme.

Il s'agissait de véritables opérations de charme pour se rapprocher d'Union Montréal, a reconnu M. Sauriol.

«C'était clairement une porte d'entrée pour obtenir des contrats.  C'était les élus qui décidaient», a-t-il ajouté, faisant référence aux contrats de gré à gré accordés avant le changement de la loi, en 2002.  Mais la pratique s'est tout de même poursuivie.

En février 2006, outre Frank Zampino et Bernard Trépanier, on retrouve dans la loge des invités de Dessau pour assister à un match des Canadiens Claude Trudel, l'ancien maire de l'arrondissement de Verdun, le maire de l'arrondissement de Lachine Claude Dauphin, le conseiller municipal Sammy Forcillo et l'ex-DG de la Ville, Robert Abdallah. ( 11 )

Le concert des Rolling Stones est également une bonne occasion de se rassembler : Rosaire Sauriol avait entre autres convié Frank Zampino et l'ancien maire de Longueuil, Claude Gladu.

Dessau distribuait de l'argent à tour de bras pour obtenir des contrats

La firme de génie-conseil Dessau arrosait illégalement le PLQ, le PQ, les Villes de Montréal, Longueuil, Laval, Blainville, Châteauguay, Saint-Jérôme et Chambly, pour obtenir des contrats de construction.

Le numéro 2 de Dessau, Rosaire Sauriol, a fait la liste des heureux bénéficiaires de dons illégaux versés par son entreprise de génie au fil des années 2000, devant la commission Charbonneau.

Les deux grands partis provinciaux arrivent pour l'instant en tête.  Dessau aurait versé près d'un million de dollars au PLQ (600 000 $) et au PQ (394 000 $) entre 1998 et 2010. M. Sauriol a même avoué que l'entreprise a certainement déboursé davantage.

Le stratagème était simple : «On avait un comptable qui était le point de chute de toutes les demandes du provincial», a expliqué l'ingénieur.  Son travail était de récupérer des chèques d'employés et de les rembourser ensuite en argent comptant.

Claude Trudel ( 11 )

Claude Dauphin ( 11 )

Sammy Forcillo ( 11 )

Robert Abdallah ( 11 )

«C'est moi qui dirigeais ces opérations, avec la participation du comptable, et j'en informais mon frère (le président de Dessau, Jean-Pierre Sauriol)», a-t-il ajouté.

Rosaire Sauriol a admis que Dessau avait également contribué au financement illégal au niveau fédéral, mais sans élaborer davantage, car le procureur de la commission, Me Gallant, qui avait ouvert cette parenthèse, l'a rapidement fermée, précisant que ce n'était pas le mandat de la Commission.

 
 

«Méga financement» de la caisse occulte d'Union Montréal

 
 

À Montréal, l'argent coulait à flots pour les partis politiques, selon le témoin.  Et Dessau ne versait que de l'argent liquide.

Le premier à bénéficier de la «générosité» de la firme de génie fut Vision Montréal en 1998, à l'époque du maire Pierre Bourque.  Rosaire Sauriol a affirmé avoir versé «10 000 $ en argent comptant».

Puis, ce fut au tour d'Union Montréal avec l'arrivée du maire Gérald Tremblay au pouvoir, en 2001.  L'ex-argentier du parti, Bernard Trépanier, aurait sollicité Dessau pour 50 000 $.

«Moi j'aurais proposé 2 000$, mais on ne propose pas, on reçoit des demandes, a souri l'ingénieur.  Union Montréal était une machine très structurée pour organiser des activités de financement», a-t-il ajouté.

À une époque des «mégas activités de financement» étaient organisées aux quatre coins de la Ville. «C'était des cocktails avec des centaines de personnes.  On achetait une table à chaque fois, environ
10 000 $»
, a expliqué le témoin.

Selon lui, Dessau déboursait aux alentours de 50 000 $ chaque année dans ces cocktails.  La firme de génie-conseil versait aussi de l'argent aux arrondissements, notamment Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles, Saint-Léonard ou encore Outremont. Toujours à la demande de Bernard Trépanier.

Robert Marcil ingénieur   ( 15 )

Marcil, un contact indéniable

Interpellé par cette importante somme d'argent, Me Gallant, l'avocat de la Commission Charbonneau, a tenté de savoir si M. Trépanier ne s'en mettait pas dans les poches au passage.

«C'est sûr que les partis se ramassaient avec plus d'argent que nécessaire», a dit Rosaire Sauriol.

Mais selon lui, ne pas contribuer aurait entraîné la perte de contrats pour Dessau.  «On préférait payer pour ne pas se fermer l'accès au marché», a-t-il précisé.

D'après le témoin, l'ancien grand patron des Travaux publics à la Ville de Montréal, Robert Marcil, avait également un rôle clé dans tout ce système.

«C'est clair que M. Marcil était un des points de contact de Bernard Trépanier», a-t-il avancé.  Pour être capable d'avoir la main mise sur la collusion, Bernard Trépanier devait pouvoir s'appuyer sur des membres des comités de sélection.

«Le nom de M. Marcil était souvent prononcé par M. Trépanier. Il l'appelait Robert M», a indiqué M. Sauriol.

Rappelons que tout cet argent comptant, Dessau l'obtenait en faisant de la fausse facturation.  Le numéro 2 de Dessau a reconnu que la firme avait obtenu plus de 2 millions $ en fausses factures pour faire du financement politique.

 
 

Collusion: Villes de la Rive-Sud de Montréal

 
 

Dessau se positionnait également sur la couronne nord et la Rive-Sud de Montréal.

À Longueuil, la firme aurait versé 25 000 $ pour la campagne du maire Claude Gladu en 1998, puis 25 000 $ pour celle de Jacques Olivier en 2001. Le processus se serait répété en 2005.

À Châteauguay, entre 15 000 et 20 000 $ auraient été versés pour les deux campagnes du maire Sergio Pavone en 2001 et 2005.

À Saint-Jérôme, la firme de génie aurait contribué à hauteur d'environ 20 000 $ également pour les trois campagnes électorales du maire Marc Gascon.

Du côté de Chambly, c'est le maire Denis Lavoie qui aurait bénéficié de 5 000 à 8 000 $ de dons de Dessau.

Enfin, à Blainville, après un changement d'équipe municipale en 2006, Dessau a perdu tous ses contrats.  «Politiquement on s'est fait sortir de la Ville, on a perdu nos contrats», a-t-il affirmé.

Dessau a perdu presque tous les contrats depuis l'arrivée du maire Cantin

Rosaire Sauriol a reproché au maire de Blainville, François Cantin, d'avoir fermé la porte à Dessau lorsqu'il a pris les rênes de l'administration en 2006.

La commission Charbonneau a présenté un document montrant les différentes dépenses de Blainville en matière de génie-conseil.

Entre 2002 et 2005, alors que Blainville était dirigé par l'ancien maire Pierre Gingras, Dessau a obtenu 57 % des contrats à la Ville.

Entre 2006 et 2010, après l'arrivée de François Cantin à la mairie, Dessau a en revanche reçu moins de 1 % des contrats. ( 12 )

La majorité des contrats, durant ces mêmes années, ont été attribués aux firmes BPR et Roche, alors qu'elles n'avaient rien reçu entre 2002 et 2005. «En 2006, nous avons continué à soumissionner, mais la porte était fermée», a raconté Rosaire Sauriol à la juge Charbonneau.

Pour pallier ce manque de contrat, la firme de génie-conseil aurait alors approché une connaissance de François Cantin.

«Nous avons pris Gilles Cloutier pour nous représenter (auprès de la nouvelle administration), mais ça n'a pas été un succès», a ajouté le vice-président de Dessau.

Claude Gladu ( 09 ) Longueuil

Jacques Olivier ( 09 ) Longueuil

Marc Gascon de Saint-Jérôme( 14 )

Denis Lavoie de Chambly ( 10 )

Pierre Gingras de Blainville

Gilles Cloutier ( 13 )

La liste des individus ayant contribué au parti politique de François Cantin, tirée du directeur général des élections (DGE), montre que Gilles Cloutier et son ex-conjointe, Raymonde Faubert, avaient contribué en 2005 et en 2006 au parti politique du maire actuel.  La première année pour 1 400 $ et pour 1 000 $ la deuxième.

Cantin réagit


À la Ville, le maire François Cantin a réagi aux allégations du vice-président de Dessau.  «Blainville n'a jamais fermé la porte à Dessau, bien au contraire!  Les filiales de Dessau ont travaillé à Blainville depuis 2005, a-t-il dit dans un communiqué.  Concernant les travaux d'ingénierie et d'infrastructures, je tiens à rappeler que sous l'ancienne administration Gingras, les coûts des travaux étaient d'une façon importante, toujours au-dessus des budgets.  À plusieurs reprises, des erreurs de conception, des oublis et des évaluations douteuses, ont fait en sorte qu'il y a eu bris de confiance pour les rendus du génie de Dessau pour les projets d'infrastructures.»

M. Cantin dit avoir assisté à toutes les séances du conseil municipal de 2001 à 2005 sous l'administration du maire Pierre Gingras, et affirme qu'il y avait une complicité entre l'ancien maire et la firme de génie-conseil.

«À chaque fois, j'étais sidéré de voir des coûts exploser pour les travaux de Dessau, a-t-il raconté.

Je me souviens même que j'avais dénoncé une de leurs réalisations qui comportait des erreurs importantes dans la conception.  En effet, la patinoire de notre deuxième glace ne gelait pas!  Pourtant, malgré ces problèmes, l'ancienne administration continuait d'accorder des mandats importants à Dessau

François Cantin de Blainville

Le maire Cantin s'était donc distancé de Dessau lorsqu'il a commencé à administrer la Ville de Blainville, sans pour autant, a-t-il affirmé, fermer la porte à Dessau.

Le Directeur au développement des services urbains, Éric DelaSablonnière, a d'ailleurs précisé que deux filiales de Dessau, Simo Management inc. et LVM inc. ont reçu des mandats de la Ville en matière de gestion des étangs aérés et en matière de service génie depuis 2005.  La Ville de Blainville a fait par ailleurs savoir qu'elle a fait parvenir la copie de tous ses contrats, échelonnés sur 15 ans, à la commission d'enquête.

L'ancien maire de Châteauguay nie les allégations de Rosaire Sauriol

L'ancien maire de Châteauguay Sergio Pavone a nié les allégations du vice-président principal de Dessau Rosaire Sauriol, qui a affirmé devant la commission Charbonneau que sa firme lui avait versé entre 15 000 $ et 20 000 $ pour financer deux de ses campagnes électorales.

«Je n'ai jamais sollicité aucune entreprise ou firme pour financer mes campagnes à la mairie de Châteauguay en 1999, 2003 et 2005», a écrit Sergio Pavone dans un communiqué.

Sergio Pavone de Châteauguay

«Vous comprendrez ma surprise quand M. Sauriol a affirmé que je l'avais sollicité directement pour obtenir un appui financier, a-t-il ajouté.  Au cours de mes mandats, les seules fois où j'ai sollicité des dons d'entreprises c'était pour le tournoi de golf bénéfice du maire, dont tous les profits étaient remis à des organismes communautaires pour les soutenir.»

Sergio Pavone a été maire de Châteauguay de 1999 à 2009.

 

 
 

Arrestation de Rosaire Sauriol
comme un vulgaire bandit faisant partie d'un "gang"

 
 

Le 9 mai 2013, Le commissaire à la lutte contre la corruption, M. Robert Lafrenière, a fait le point sur les résultats d'une enquête policière menée par le Service des enquêtes sur la corruption de la Sûreté du Québec de l'UPAC.

Dans cette enquête, le Bureau de lutte à la corruption et à la malversation du Directeur des poursuites criminelles et pénales a autorisé les chefs d'accusation suivants : fraude, fraudes envers le gouvernement, complot, abus de confiance, corruption dans les affaires municipales, recyclage des produits de la criminalité et gangstérisme à l'égard de 37 personnes qui sont visées par des mandats d'arrestation.

L'objectif de cette enquête visait  le démantèlement d'un réseau organisé et structuré qui opérait un système de corruption et de collusion dans l'octroi de contrats publics, bien établi à Laval et orchestré par trois groupes distincts :des entrepreneurs et ingénieurs, des facilitateurs (avocats, notaires et un commerçant) ainsi qu'un groupe d'individus, composé d'un maire, d'un directeur général et d'un directeur général à l'ingénierie.

De plus, l'enquête a permis de démontrer qu'un groupe d'individus visés par l'enquête opéraient un système de collusion et de corruption organisé qui correspond aux chefs de gangstérisme, articles du code criminel 467.12 et 467.13, soit de commettre une infraction au profit d'une organisation criminelle et charger une personne de commettre une infraction.

« L'opération a permis de démanteler un imposant réseau de corruption et de collusion qui existait à Laval et les chefs d'accusation qui ont été déposés sont extrêmement sérieux. Le message est clair, l'UPAC n'hésitera pas à épingler les corrupteurs et les corrompus, qui qu'ils soient et où qu'ils se trouvent.  La corruption n'est pas tolérée au Québec et nos actions sont sans limites pour enquêter, détecter et prévenir la corruption dans notre système public », a déclaré en point de presse ce matin le commissaire à la lutte contre la corruption, M. Robert Lafrenière.

Les représentants de l'Unité permanente anti-corruption du Québec UPAC

L'Unité permanente anticorruption a été créée par le gouvernement du Québec en février 2011.  À ce jour, l'UPAC a reçu 1 300 signalements et 101 personnes ont été arrêtées en lien avec des cas présumés de corruption.   Le mandat de l'UPAC est de coordonner et diriger des unités d'enquête, de vérification et de prévention afin de lutter contre la corruption dans le système public québécois.

Liste des personnes visées par les chefs d'accusations déposés :

Gilles Vaillancourt   

Claude Asselin

Claude Deguise   

Robert Talbot

Pierre L. Lambert   

Jean Bertrand

Jean Gauthier    

Guy Vaillancourt

Serge Duplessis   

Laval Gagnon

Yanick Bouchard   

François Perreault

Alain Filiatreault   

Jocelyn Dufresne

Valmont Nadon   

Antonio Accurso

Joseph Molluso   

Ronnie Mergl

Anthony Mergl   

Marc Lefrançois

Giuliano Giuliani   

Patrick Lavallée

Louis Farley    

Guy Jobin

Robert Cloutier   

Mike Mergl

Guy Desjardins   

Claude Desjardins

Lyan Lavallée    

Mario Desrochers

Luc Lemay    

Léonardo Moscato

Carl Ladouceur   

Normand Bédard

Yves Théberge   

Rosaire Sauriol

Daniel Lavallée

 

 
 

Démission de Rosaire Sauriol de la firme Dessau

 
 

Le 26 mars 2013, moins d'une semaine après son témoignage à la commission Charbonneau, le vice-président de la firme Dessau, Rosaire Sauriol, annonce qu'il démissionne du poste qu'il occupait au sein de l'entreprise depuis 1986.

« Cette démission prend effet immédiatement », a indiqué la firme de génie, tout en soulignant les efforts réalisés par M. Sauriol depuis 2009 afin de corriger une situation qu'elle a jugée « inacceptable », « notamment en modifiant ses pratiques d'affaires et en renforçant (...) son code d'éthique ».

Rosaire Sauriol est le fils de Paul-Aimé, qui a cofondé Dessau avec Jean-Paul Desjardins en 1957.  Dessau était la 6e firme d'ingénierie du Canada et se situe parmi les 60 plus importantes du monde.  L'entreprise possède des bureaux en Algérie, au Chili, en Colombie, au Costa Rica et au Pérou.

Rosaire Sauriol a déclaré avoir fait pour deux millions de dollars de fausse facturation afin de contribuer financièrement aux partis politiques.  Les employés qui faisaient des dons étaient ensuite remboursés par l'entreprise.

Il a admis que, durant la période où sa firme faisait du financement politique illégal et participait à un système de collusion à Montréal, l'entreprise n'avait jamais craint de voir ses pratiques démasquées par les autorités.

M. Sauriol a d'ailleurs souligné qu'avant que sa firme cesse ces pratiques sous la pression des enquêtes journalistiques et policières, elle ne s'était jamais informée des sanctions encourues.  Cela n'a été fait qu'à partir de 2010, lorsque Dessau a décidé de tout cesser et de dénoncer sa pratique de fausse facturation aux autorités fiscales dans le cadre d'un processus de divulgation volontaire.

Au cours de son témoignage, Rosaire Sauriol a aussi été interrogé sur les deux rencontres qu'il a eues avec l'ex-ministre libérale Line Beauchamp au club privé 357c, l'une en février 2007, tout juste après le déclenchement d'élections provinciales, l'autre en mai de la même année, après la réélection des libéraux.

 

Les trois mousquetaires de la collusion: Frank Zampino, Bernard Trépanier, Rosaire Sauriol
Photos d'amis lors du 70ième anniversaire de Bernard Trépanier

Sources: Commission Charbonneau: Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction, ICI Radio-Canada pour la Société CBC/Radio-Canada, Journal Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc., Le Soleil/Gesca pour Power Corporation of Canada, Journal de Montréal, Journal de Québec et TVA Nouvelles pour Québecor. Journal Métro pour Rémi Marcoux.

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 18 septembre 2015

Des boîtes de documents pour la police de l'Unité Permanente anti-corruption du Québec (UPAC)

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  Gens d'affaires
Ayant un sens de l'éthique en conflit avec l'intérêt de l'ensemble de la population

  Politiciens.nes
Ayant un sens de l'éthique en conflit avec l'intérêt de l'ensemble de la population

  Employés.es de l'État
Ayant un sens de l'éthique en conflit avec l'intérêt de l'ensemble de la population

  Éthique et corruption

Notes & Références encyclopédiques:

01

 

Frank Zampino - Sur MétéoPolitique - était « l’homme le plus puissant de Montréal » -Sur Ici Radio-Canada, le 20 mars 2013

 
 
 

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02

 
 
 
 

À propos de Michel Lalonde de Génius Conseil - Sur MétéoPolitique

 
 
 
 
 
 
 

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03

À propos de Bernard Trépanier - Sur MétéoPolitique

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04

À propos de Gérald Tremblay - Sur MétéoPolitique

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05

 
 
 
 
 

À propos de Claude Léger - Sur MétéoPolitique

 
 
 
 
 
 
 
 
 

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06

 
 
 
 
 

À propos des firmes qui font des fausses factures: Rapide-Chèque (Réjean Robert) ou par Commerce Al-Shark. Les personnes associées à cette compagnie sont Charles Ghorayeb et Jim Crockett, deux militants très actifs au sein du Parti libéral du Canada (PLC) dans la circonscription fédérale de Châteauguay-St-Constant. Charles Ghorayeb a été président de l’association libérale fédérale de la circonscription et s’est même présenté comme candidat du PLC à l’élection de janvier 2006. - Sur MétéoPolitique

 
 
 
 
 

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07

 

Propriétaires et administrateurs de Dessau dont Jean-Pierre Sauriol - Sur MétéoPolitique - L'entreprise est sous le contrôle de Tony Accurso ici pour l'organigramme de l'ensemble des entreprises. Pour voir vraiment les noms grossir la page à 800%

 

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08

 

Rosaire Sauriol affirme en outre qu’un système de collusion a longtemps été en place à Longueuil

 

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09

À propos des ex-maires de Longueuil: Jacques Olivier et Claude Gladu

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10

 

À propos des maires de Chambly Pierre Bourbonnais et Denis Lavoie, celles de Marc Gascon à Saint-Jérôme, et de Sergio Pavone à Châteauguay.

 

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11

 
 
 

On retrouve dans la loge des invités de Dessau pour assister à un match des Canadiens Claude Trudel, l'ancien maire de l'arrondissement de Verdun, le maire de l'arrondissement de Lachine Claude Dauphin, le conseiller municipal Sammy Forcillo et l'ex-DG de la Ville, Robert Abdallah. - Sur MétéoPolitique

 
 
 

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12

 

Blainville, région des Laurentides: ex-maire Pierre Gingras et l'ex-maire François Cantin - Sur MétéoPolitique

 

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13

 

À propos de Gilles Cloutier et le concept des élections clefs en main - Sur MétéoPolitique

 
 
 
 

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14

À propos de Marc Gascon - Sur MétéoPolitique

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15

 
 
 
 

À propos de Robert Marcil - Sur MétéoPolitique

 
 
 
 
 
 
 

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17

 

À propos de Jean-Pierre Sauriol, ex-président de Dessau, une firme contrôlée par la structure d'affaires de Tony Accurso - Sur MétéoPolitique

 

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18

À propos du scandale du dossier Le Faubourg Contrecoeur - Sur MétéoPolitique

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