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Normand Dubois, un chef de gang de cols blancs

Pendant des années, il était resté sous le radar des autorités. Fraude par-dessus fraude, il avait bâti une organisation criminelle solidement enracinée dans l'industrie de la construction. Il la gérait comme un seigneur, retiré dans ses domaines de part et d'autre du fleuve Saint-Laurent. Aujourd'hui, la chute est brutale: sa conjointe Sylvie Leduc a été condamné à deux ans et demi de détention. Normand Dubois vient lui-aussi de prendre la direction du pénitencier pour plus de six ans et le fisc est en train de liquider jusqu'à la dernière miette de son immense fortune.

 

 
 

Habile fraudeur qui malgré sa discrétion est arrêté par l'UPAC

 
 

Normand Dubois, tête dirigeante alléguée d’un réseau criminel de fausse facturation sur la couronne nord de Montréal, utilisait des raisons sociales d'entreprises pour la fausse facturation tels que Groupe Astra Coffrage, Astra Coffrage, Construction Saint-Léonard, Chabot Construction, Cordev ltée, Cordev Entrepreneurs généraux ou Les gestions L. Simard, Construction Attila, Décoffrage Extrême inc. et Les structures Breton inc.

En 2010, il aurait admis à l’ex-maire de Saint-Joseph-du-Lac qu’il avait recours à la violence physique ou à la menace pour se faire payer.

«C'est une bonne peine», a dit fièrement la procureure Maryse Trudel, du Bureau de lutte aux produits de la criminalité, lorsque jointe par La Presse.

Sylvie Leduc

Normand Dubois a plaidé coupable à une kyrielle d'accusations, dont gangstérisme, qui lui ont valu six ans et demi de prison.

Sa conjointe et complice, Sylvie Leduc, a écopé de deux ans et demi de détention. Les deux enfants du couple, Marie-Claude et Philippe, sont toujours en attente de procès pour l'assistance qu'ils auraient fournie au gang de leurs parents.

La sentence pourrait avoir un impact sur les perspectives d'emploi de Marie-Claude Dubois, qui étudie en génie de la construction.

Ses fréquentations sulfureuses, tel que l'on peut constater dans la photo ci-dessous, au nom de la compagnie de son père laissent croire à une implication dans une organisation frauduleuse plus vaste que celle avec l'entreprise de son père.

Après avoir vécu dans le luxe, la famille tombe de haut. Car Normand Dubois était déjà extrêmement riche lorsqu'il a commencé à attirer l'attention des autorités.

En avril 2010, Revenu Québec avait alerté la police après avoir découvert 25 entreprises, principalement actives dans l'industrie du coffrage, qu'elle soupçonnait d'avoir fraudé l'impôt pour 20 millions de dollars.

À gauche M. Jocelyn Dupuis Directeur général FTQ construction Marie-Claude Dubois Présidente MC Dubois construction, Louis-Pierre Lafortune Vice-Président ventes et relations de travail Grues Guay.
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Gang de cols blancs

Normand Dubois

La Direction des enquêtes sur la criminalité financière organisée de la Sûreté du Québec a alors mis en branle le projet Garrot, et découvert qu'un gang bien structuré de criminels à col blanc se cachait derrière le stratagème. Celui-ci avait une ampleur insoupçonnée. L'organisation comptait sur plusieurs entreprises qui n'étaient que des coquilles vides et fournissaient de fausses factures à de vrais entrepreneurs pour frauder le fisc et déduire une foule de dépenses fictives de leurs bilans annuels. Les coquilles étaient aussi utilisées pour louer à grande échelle de la main-d'oeuvre payée au noir en évitant de payer les déductions à la source pour la CSST ou les autres organismes gouvernementaux.

Les coquilles avaient une durée de vie moyenne d'un an ou deux. Si le gouvernement s'intéressait trop à elles, elles fermaient leurs portes et disparaissaient, avant de reprendre leurs activités frauduleuses sous un autre nom. Elles étaient habituellement dirigées par des prête-noms sans le sou qui se faisaient payer un véhicule, un cellulaire et des bonis de Noël en échange de leur collaboration avec le gang.

Au sommet de l'organisation trônait Normand Dubois, un homme d'affaires discret et sans antécédent criminel.

Dubois possédait deux grands domaines, d'où il gérait ses affaires: l'un à Saint-Joseph-du-Lac, dans la couronne nord, et l'autre à Ormstown, sur la Rive-Sud. Il se déplaçait en Jaguar, en BMW, en Mercedes et même... en hélicoptère.

Ses terres abritaient une grande quantité d'outils, de machinerie lourde, de véhicules ainsi que des garages, un verger, une érablière et une cabane à sucre.

«Il bougeait énormément d'argent, mais on aurait dit que personne n'avait jamais entendu parler de ce gars-là. Même l'équipe de [Jacques] Duchesneau n'avait rien ramassé sur lui en préparant leur rapport sur la construction au Québec», raconte une source impliquée dans le dossier.

Dans la peur

Selon une source qui l'a fréquenté à l'époque, Dubois vivait dans la peur de perdre ses acquis. Il craignait que les messagers qui transportaient l'argent comptant pour payer les travailleurs au noir se fassent voler. Il craignait que la police ne le place sur écoute. Mais aussi, il craignait que le gouvernement ne déclenche une enquête publique sur l'industrie de la construction, ce qui allait se concrétiser en novembre 2011, quelques jours avant son arrestation.

Lorsque la police l'a arrêté, Dubois a été incapable de se tenir tranquille. Il voyait le fisc tenter de mettre la main sur ses avoirs. Selon la preuve déposée en cour, lui et sa conjointe ont alors entrepris de vider les comptes d'une des entreprises familiales de construction alors même qu'ils venaient de la placer sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité. Ils en ont sorti 2,6 millions, dont une grande partie en argent comptant, qui a été soustraite frauduleusement aux créanciers de l'entreprise dans la faillite.

Mais la manoeuvre a été découverte. En cour, Dubois s'est retrouvé devant une preuve écrasante. Il a plaidé coupable.

Revenu Québec, bien décidé à récupérer les millions que le gang lui avait fait perdre, a inscrit des hypothèques légales sur la quasi-totalité des biens de Dubois. Le domaine de Saint-Joseph-du-Lac a été vendu sous contrôle de justice à des vignerons, alors que celui d'Ormstown devrait être vendu sous peu.

Tout l'alcool saisi chez Dubois a aussi été vendu par l'entremise de la SAQ, soit plus de 164 bouteilles. D'autres biens de valeur devraient suivre éventuellement

 
 

17 M$ de fausses factures

 
 

Plus de 150 policiers de la Sûreté du Québec ( SQ) et 145 enquêteurs de Revenu Québec ont démantelé le réseau de fraudeurs dans le milieu de la construction ayant produit de fausses factures pour un montant d’environ 17 millions. Normand Dubois, a été arrêtée. Ses présumés complices, Clément Desrochers et Philippe Larocque, ont aussi été arrêtés, ainsi que d’autres individus ayant agi à titre de prête-noms.

Liste des suspects arrêtés

Normand Dubois 56 ans de Saint-Joseph-du-Lac

Sylvie Leduc 55 ans de Saint-Joseph-du-Lac

Marie Claude Dubois 24 ans de Saint-Joseph-du-Lac

Clément Desrochers 61 ans de Montréal

Phillipe Larocque 63 ans de Montréal

Francis Tobin 34 ans de Saint-Eustache

Jean Guy Lapierre 55 ans de Boisbriand

Et Ty Lieu 41 ans de Montréal

Nathaniel Guimond 28 ans de Saint-Lin-Laurentides

Gaston St-Yves 67 de Shawinigan

Benoit Monette 37 ans de Bois-des-Fillion

Karine Hudon 41 ans de Saint-Eustache

Claude Desrochers 47 ans de Blainville

Franck Barbusci 56 ans de Deux-Montagnes

Christianne Soulard 54 ans de Deux-Montagnes

Jacques Houde 61 ans de Montréal

Les personnes arrêtées font face à divers chefs d'accusation, dont vol de plus de 5000 dollars, fabrication de faux, emploi de documents contrefaits, fraude de plus de 5000 dollars, recyclage des produits de la criminalité, gangstérisme et complot.


Une cinquantaine de mandats de perquisition ont été exécutés par Revenu Québec et la SQ dans des résidences, entreprises, entrepôts et véhicules situés à Montréal et dans la couronne nord, notamment à Boisbriand, Saint- Eustache et Saint-Joseph-du-Lac, ainsi qu’en Montérégie et en Mauricie.

« Il s’agit de fraudes fiscales dans le domaine de la construction, a indiqué Ronald Mcinnis, porte-parole de la Sûreté du Québec. Les personnes en lien avec ces perquisitions sont soupçonnées d’avoir ouvert des compagnies coquilles afin d’obtenir des liquidités à l’aide de fausses factures, ils avaient ainsi des exemptions d’impôts à l’aide desquelles ils payaient des employés sous la table. »

Fraude bancaire

Dans le cadre de cette enquête, les policiers ont aussi mis à jour une fraude de 370 000$ à l’endroit d’une banque de Longueuil. « Toujours au nom de la compagnie coquille, les suspects ont ouvert une marge de crédit dans l’institution bancaire. Ils ont utilisé l’argent sans jamais le rembourser » , a affirmé M. Mcinnis.

 
 

La commission Charbonneau se penche sur le cas

 
 

Bernard Bellavance

Le 4 décembre 2013, la commission Charbonneau a décortiqué un cas concret dans lequel une entreprise a servi de façade à Normand Dubois, la présumée tête dirigeante d'un réseau de fausse facturation dans l'industrie de la construction.

Le témoignage de l'entrepreneur Bernard Bellavance a démontré comment il avait été dupé par le Normand Dubois et le comptable Clément Desrochers. L'entreprise de M. Bellavance, Construction du Riche-Lieu était une coquille vide dont le seul véritable actif était sa licence de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ).

 

Ci-dessus : une des résidences de Normand Dubois

Sources: La Presse/Gesca pour Power Corporation of Canada, QMI pour Québecor Inc., Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc.

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 10 février 2014

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  Vers la Fiche:
Corruption et Éthique

 

Notes & Références encyclopédiques:

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À propos de Jocelyn Dupuis ex-Directeur général FTQ-construction et Louis-Pierre Lafortune Vice-Président ventes et relations de travail Grues Guay. - Sur MétéoPolitique

 

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