Retour à :Plan site -   MétéoPolitique - Finance - Corruption & éthique - Gens d'affaires

Témoignage devant la Commission Charbonneau
Michel Leclerc vide son sac en se donnant le beau rôle

 
 
 

Témoignage devant la Commission Charbonneau
20 novembre 2012

La collusion a fleuri au temps du maire Pierre Bourque

 
 

Michel Leclerc, de Terramex, a confirmé l’existence d’un cartel des égouts, mais également dans les travaux d’asphaltage et de trottoirs.

Comme Lino Zambito, mais avec plus de précision, il a également mentionné que des entreprises avaient la mainmise sur des territoires déterminés.

C’est en 1998 que M. Leclerc dit avoir plongé dans le système de collusion. Dès lors, il a versé une ristourne de 3 % de la valeur des contrats qu’il obtenait.

Cet argent (toujours comptant) était destiné à « la politique » sans toutefois qu’il puisse préciser si le bénéficiaire était un élu ou un parti politique.

M. Leclerc est le quatrième témoin à faire un lien entre les contrats de la Ville de Montréal et un pourcentage de ceux-ci versé à la politique.

Michel Leclerc a été initié à la collusion par l’entremise de l’entrepreneur Nicolo Milioto de Mivela Construction.  M. Milioto a été décrit devant la commission Charbonneau comme le « middle man » avec la mafia.

En 1997, l’entrepreneur Giuseppe (Joe) Borsellino, de Garnier Construction, avait tenté de l’intimider.

 M. Borsellino lui aurait demandé de « se tasser » et de lui céder un contrat qu’il venait d’obtenir.  En échange, M. Borsellino lui aurait offert 50 000 $. 

Par la suite, M. Leclerc, qui avait refusé, se fait intercepter en voiture par M. Borsellino et un autre individu qu’il ne peut identifier.

Michel Leclerc demeure toutefois inébranlable. Mal lui en prend, car son entreprise est la cible d’un appel à la bombe et de l’équipement est vandalisé.

Pierre Bourque

Nicolo Milioto

Joe Borsellino

 
 

Plongeon dans la collusion

 
 

Lors d’un autre contrat (place Jacques-Cartier, en juin 1997), Michel Leclerc se souvient que M. Borsellino est venu le rencontrer pour le sommer de réfléchir.  M. Leclerc a décidé alors de préparer la soumission depuis son domicile.

Son associé, Luc Bédard, a travaillé à ses côtés toute la fin de semaine. Pendant ce temps, Joe Borsellino cherchait à le rencontrer et s’est même rendu à la résidence de M. Bédard, interrompant une fête d’enfants.

Mais si Michel Leclerc tient tête à M. Borsellino, il en va autrement lorsque M. Milioto lui rend visite en 1998.  Ce dernier lui explique que les trottoirs à Montréal, c’est un domaine qui lui appartient.  « Ils ont des moyens. C’est un système et il faut se plier à ça », a raconté M. Leclerc.

À partir de ce moment, M. Leclerc travaillera en sous-traitance avec Mivela Construction. Terramex se spécialisait dans les bordures de granit.

Terramex a également déposé des soumissions de complaisance à titre d’entrepreneur général, et ce, à la demande de M. Milioto.

M. Leclerc a expliqué avoir agi ainsi contre la promesse d’obtenir des contrats en sous-traitance.  ll a également raconté des événements où il a dû donner des pots-de-vin à des fonctionnaires de Montréal, dont l’ingénieur Guy Girard, pour obtenir le paiement des travaux effectués.

Par ailleurs, M. Leclerc a relaté la tenue d’une rencontre dans les bureaux de M. Milioto avec plusieurs entrepreneurs qui cherchaient à mettre en place un cartel dans l’aménagement des parcs.

Une deuxième réunion a lieu trois mois plus tard et on y détermine une cote de 1,5 % qui sera versée à Francesco Capello, d’Excavation Super.  L’aventure n’a duré que deux ou trois ans compte tenu du trop grand nombre de joueurs dans ce champ d’activité, croit M. Leclerc.

Ce dernier a tenté de se donner le beau rôle lorsqu’il a été question de marge de profits.  En effet, M. Leclerc a soutenu avoir présenté des soumissions avec une marge bénéficiaire se situant entre 12 et 15 % (à laquelle il faut toutefois ajouter la ristourne politique de 3 %).  Or, les autres entrepreneurs n’hésitaient pas à s’accorder des profits de 30 %.

 
 

Des cotes de profits énormes.

 
 

Devant un tableau préparé par la commission Charbonneau, il a confirmé que 44 des 65 contrats, surtout dans le domaine de l'aménagement urbain, avaient fait l'objet de collusion, permettant aux entrepreneurs de s'en mettre plein les poches avec l’argent des contribuables.

Parce qu'elles s'étaient entendues entre eux, les sept ou huit firmes membres des cartels des parcs et des trottoirs réussissaient à décrocher des contrats publics pour 30 % de plus que leur valeur réelle, a raconté M. Leclerc.

En retour, les entrepreneurs devaient remettre des commissions de 1,5 % ou 3% à leurs pairs chargés d'entretenir le système. Parfois, les propriétaires d'entreprises faisaient d’énormes profits uniquement en sous-traitant à un autre membre du cartel l'entièreté du contrat qu'ils venaient de décrocher.

Ainsi, en 2008, Mivela Construction a décroché le contrat de réaménagement de la place Normand-Béthume, au Centre-Ville de Montréal, pour 3,3 millions $.  La firme avait averti les autres de ne pas soumettre de prix plus bas.

Son propriétaire, Nicolo Milioto, a ensuite sous-traité le contrat pour 2,6 millions $ à Terramex, un chiffre beaucoup plus près de la valeur réelle des travaux.

Il a ainsi mis 700 000 $ dans ses poches «pour brasser des papiers», selon l'expression employée par la procureure Sonia Lebel.  «700 000 $, c'est une belle marge de profit, ça», a-t-elle remarqué.

«Oui, mais il y a la politique à payer», a répondu Michel Leclerc, en référence à la commission de 3 % qui aurait été versée au parti Union Montréal de Gérald Tremblay.

Michel Leclerc a également raconté, mardi, que son associé Luc Bédard s'était plaint au vérificateur général de la Ville, Jacques Bergeron, en 2008 et 2009.

Terramex voulait sonner l'alarme quant aux écarts importants entre le prix des contrats octroyés par la Ville et leur valeur réelle.  «Le but de dénoncer était d'arrêter le système. On pensait que ça allait donner quelque chose», a-t-il raconté.

Or, selon M. Leclerc, le vérificateur n'a jamais donné suite aux deux plaintes formulées par son entreprise.

Pourtant, le stratagème de collusion était largement connu, a raconté le témoin, à tel point que la firme Be-Con, de Québec, l'a déjà approché pour participer au cartel des trottoirs.  Le propriétaire de l'entreprise lui avait alors demandé
25 000 $ pour «se tasser», ce que Leclerc a refusé.

 

Sources:  Journal Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc et la Société de la couronne canadienne CBC/Radio-Canada

Choix de photos, collection de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le  22 novembre 2012

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  Extraits du Rapport de la Commission Charbonneau à partir du témoignage de Michel Leclerc

 Michel Leclerc,
un éthique étriqué

  Des gens d'affaires
mêlés à des histoires douteuses sur le plan de l'éthique

  Politiciens et politiciennes
Ayant un sens de l'éthique en conflit avec l'intérêt de l'ensemble de la population