Martin Lapointe le pitbull du développement des affaires et le chihuahua de l'éthique

Après avoir offert des ristournes dans le monde municipal, après avoir blanchi de l'argent par de la fausse facturation pour financer des partis politiques, l'homme est presque surpris que ses complices d'alors le boudent aujourd'hui.   Jadis comparé à un «pit bull» maîtrisant parfaitement les rouages du ministère des Affaires municipales et des Régions, un ex-vice-président de la firme d'ingénierie BRP et un ancien conseiller du groupe Roche, Martin Lapointe, résident de la Malbaie, serait aujourd'hui un homme «fini», «malade», «à bout de souffle» et financièrement vulnérable, selon son avocat payé par le pauvre ingénieur, Me Christian Lajoie, à tel point qu'il ne pourrait payer une amende de 1 000$.  À moins qu'il soit sur l'aide sociale y'a quelqu'un qui rit de nous.

                                                                                                        - JosPublic

Éléments chronologiques

1998 - Il est vice-président chez BPR ingénierie

2000 - Il est conseiller au développement des affaires dans l'Est pour Roche Ingénierie

19 mai 2009 - Il aurait fait faire de fausses factures pour obtenir de l'argent liquide pour faire du financement politique

2013 - Quitte Roche dans le cadre d'un scandale de collusion à Québec

18 mars 2016 - Audience à son procès devant l'Ordre des ingénieurs du Québec

 
 
 

Procès par l'Ordre des ingénieurs du Québec
18 mars 2016 il plaide coupable

 
 

Le dossier de Martin Lapointe était de retour le 18 mars 2016 devant le Conseil de discipline de l'Ordre des ingénieurs, alors que l'homme de 70 ans a, par l'entremise de son avocat, a plaidé coupable à un chef d'avoir manqué à son devoir de «s'abstenir de verser ou de s'engager à verser, directement ou indirectement, tout avantage, ristourne ou commission en vue d'obtenir un contrat ou lors de l'exécution de travaux d'ingénierie».

Selon Me Christian Lajoie, cette décision de plaider coupable aurait été prise «il y a quelques jours».

Le résident de La Malbaie était absent lors de l'audience «pour des raisons de santé», a expliqué Me Lajoie, précisant que son client serait en proie à des crises d'angoisse et qu'il souffrirait d'insomnie, entre autres choses.   Il n'était pas question de l'amener pour qu'il «donne un spectacle en faisant une crise d'épilepsie comme Lise Thibault», a-t-il ajouté.

L'infraction reprochée à Lapointe remonte en 1998, alors qu'un projet d'envergure, soit le redressement d'une portion de la route 138, devait être effectué à Saint-Paul-du-Nord, sur la Côte-Nord (aujourd'hui Longue-Rive).   Celui qui occupait à l'époque un poste de vice-président chez BPR a fait une offre de service à la municipalité, a relaté l'avocat du syndic de l'Ordre des ingénieurs, Me François Maufils.

Il a dit : "Je suis prêt à vous assister gratuitement pour la phase qui va permettre de nous mener aux subventions [du ministère des Affaires municipales pour le volet infrastructures et du ministère des Transports pour le volet routier]. Si on a les subventions, je vous charge [les services consultatifs], sinon mes services sont rendus gratuitement"», a résumé Me Maufils, précisant que les subventions avaient ultimement été obtenues et le contrat de 795 000 $ accordé à BPR.

Amende de 1 000 $

Dans sa plaidoirie sur sanction, l'avocat de l'OIQ, qui réclame l'imposition d'une amende de 1 000 $, a fait valoir que les ingénieurs et les firmes d'ingénieurs devaient agir de façon «loyale».

«Nos pratiques d'affaires ne doivent pas faire en sorte de nous donner un avantage indu», a dit l'avocat, selon qui certains facteurs atténuants doivent en revanche être pris en compte, dont le fait que les règles d'attribution de contrats à l'époque n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui - les villes sont maintenant obligées d'aller en appel d'offres -, que l'ex-ingénieur a plaidé coupable et que le risque de récidive est faible.

Me Maufils a également cité de la jurisprudence, dont les sanctions imposées en 1996 à France Michaud et à Michel Labbé, deux ex-cadres de Roche, qui se sont tous deux vu imposer des amendes de 1 500 $ pour des infractions semblables.

De son côté, l'avocat de Martin Lapointe a plaidé que son client n'avait pas les moyens de payer une amende de 1 000 $, lui qui ne travaillerait plus depuis plusieurs années.   «Ce montant de 1 000 $, ça fait la différence pour lui, est-ce qu'on veut l'acculer à la faillite?» a demandé Me Lajoie, tout en insistant sur le fait que son client avait «déjà payé» dans la mesure où il n'avait «presque plus d'amis».    «On ne peut plus s'associer avec lui [...]. Sa peine, il l'a eue, il est complètement ostracisé», a-t-il dit.

Me Lajoie a également fait valoir que l'infraction a eu lieu il y a près de 20 ans, à une époque où «presque tout le monde faisait ça, même si c'est inexcusable aujourd'hui».

Le Conseil de discipline de l'Ordre des ingénieurs fera connaître sa décision ultérieurement.

 
 

Fausse facturation

 
 

Selon un ancien vice-président de Roche, André Côté, Martin Lapointe connaissait «sur le bout des doigts» les mécanismes de financement du ministère des Affaires municipales, «un must» pour aller chercher des clients au municipal.

Martin Lapointe avait été embauché au début des années 2000 comme conseiller au développement des affaires dans l'Est par l'ex-président et chef de la direction de Roche, Mario Martel, arrêté le 17 mars 2016 par l'Unité permanente anticorruption (UPAC). À l'instar d'André Côté, M. Lapointe aurait quitté ses fonctions dans la foulée d'un scandale de collusion impliquant Roche à Québec en 2013.

Lors de son témoignage à la commission Charbonneau, en mai 2014, M. Côté a raconté que même si Martin Lapointe travaillait en principe sous ses ordres, la situation hiérarchique entre les deux n'était pas si claire. Mais M. Côté reconnaissait la valeur de M. Lapointe grâce à sa «technique du pitbull» pour décrocher des contrats au municipal, a-t-il expliqué.

M. Côté a également affirmé que M. Lapointe avait été impliqué dans le stratagème de fausse facturation de Roche, qui aurait servi à ramasser de l'argent comptant afin de rembourser les employés de la firme pour leurs contributions politiques.   Selon lui, Martin Lapointe aurait participé à ces activités de fausse facturation en passant notamment par des filiales de la firme de génie-conseil.

D'après l'affidavit rédigé par l'UPAC en vue de l'obtention du mandat de perquisition exécuté au siège social de Roche en janvier 2014, un consultant de la firme aurait, le 19 mai 2009, fait parvenir deux fausses factures totalisant 20 000 $ à Kwatröe, de Gaspé, afin de dégager des sommes d'argent liquide.   Le stratagème aurait été mis en place autour d'un contrat de Roche à Rivière-au-Renard pour lequel la firme était associée à Kwatröe.

Le nom du consultant de Roche qui aurait reçu le chèque de la firme de génie-conseil gaspésienne (qui ne se doutait pas que la somme pouvait servir à du financement politique illégal)?   Martin Lapointe.

 

Source: Le Soleil pour Capitales Médias et Martin Cauchon

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 17 août 2016

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