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Marc Gendron ingénieur et la collusion
Fondateur de Gendron Lefebvre (Tecsult-AECOM)

Le fondateur de la firme de génie Gendron Lefebvre, devenue Tecsult en 1993, a témoigné devant la Commission Charbonneau.  L’homme de 82 ans avoue avoir fait de la collusion et avoir posé des actes de corruption.  Il corrobore de larges pans du témoignage de Roger Desbois ( 01 ), qui lui aussi travaillait pour Tecsult, en plus d’impliquer directement l’ex-maire de Laval.

Marc Gendron reconnaît avoir collecté, à partir de 1996, des fonds occultes auprès des firmes de génie à la demande expresse de Gilles Vaillancourt ( 02 ).  Il a notamment remis 800 000 $ d’argent collecté au frère du maire, suivant sa consigne.  Le détail de ces collectes était donné au maire lors d’un repas annuel que les deux hommes prenaient à Miami durant les Fêtes.

Encore plus que devant la Commission Charbonneau, il a déballé ses réalités dans le cadre du procès de l’entrepreneur Tony Accurso, que la Couronne présente comme un acteur-clé du stratagème allégué de partage des contrats à Laval.

 

 
 
 

Collecteur de fonds de l’ex-maire Vaillancourt
Des coffrets bancaires pleins de billets de 1 000$

 
 

Collecteur de fonds de l’ex-maire de Laval Gilles Vaillancourt il amassait tellement d’argent comptant qu’il a dû ouvrir des coffrets dans trois banques différentes pour entreposer son magot.

L'ingénieur à la retraite Marc Gendron a estimé qu’il avait perçu illégalement plus de 1,5 million $ au profit du parti de Vaillancourt, de la part d’entrepreneurs qui obtenaient des contrats publics.

En 2017, âgé de 86 ans, il s’exprimait dans le cadre du procès de l’entrepreneur Tony Accurso, que la Couronne présente comme un acteur-clé du stratagème allégué de partage des contrats à Laval.

Gendron, qui était un des patrons de la firme Tecsult, a dit avoir été mandaté par le maire pour accomplir un rôle occulte à partir de 1996.  Il recevait dans son bureau les entrepreneurs qui venaient payer les pots-de-vin correspondant à 2% des contrats publics qu’ils obtenaient à Laval.  Il plaçait ensuite les billets bien à l’abri.

«J’avais trois coffrets de sûreté.  Un à la Banque Nationale, un à la Banque Royale, un à la CIBC», a-t-il décrit devant le juge James Brunton de la Cour supérieure et 11 membres du jury.

Un des coffres était plus gros.  «Je pouvais y mettre 400 000$ ou 500 000$, c’est sûr.  Les deux autres étaient plus petits», s’est-il souvenu.

«En billets de 1000$, c’était facile à remplir», a-t-il remarqué.

Remis au frère du maire

Marc Gendron a déclaré qu’il remettait la plus grosse part des sommes à Guy Vaillancourt, le frère du maire, directement dans une succursale du magasin de meubles familial MD Vaillancourt.

Il aurait aussi remis 400 000$ à l’avocat de Gilles Vaillancourt.

L’ingénieur retraité a également admis qu’il payait lui-même une ristourne de 2% calculée sur la valeur des contrats d’ingénierie que sa firme obtenait.  Il dit avoir donné au moins 25 000$ par année au notaire Jean Gauthier, un proche de l’ex-maire.

Toutefois, il a affirmé ne pas avoir participé à du partage de contrats d’ingénierie en échange de la ristourne.

«Je pense que [la collusion] c’est arrivé peut-être après moi», a estimé celui qui a confié son rôle de collecteur à son collègue Roger Desbois, à partir de 2003.

«Tous les ingénieurs qui ont ouvert un bureau à Laval ont eu de l’ouvrage. On en a eu selon la grosseur de la compagnie, selon nos capacités», a-t-il ajouté.

200 000$ dans le coffre d’une Cadillac

L’entrepreneur Tony Accurso aurait remis 200 000$ comptant à Marc Gendron, un soir d’automne, au début des années 2000.

La transaction se serait déroulée dans le stationnement d’un bar de Laval appartenant à Accurso.  Il faisait noir.   «On est allés dans le parking, il a ouvert sa valise. Il m’a dit: ‘’prends ça’’. Il y avait deux enveloppes 8 et demi par 14, un pouce et demi d’épais», a raconté Gendron sous serment.

L’ingénieur dit être allé porter les enveloppes le soir même au notaire Jean Gauthier, collecteur de fonds pour le parti de Vaillancourt.

400 000$ étalés dans son bureau

L’avocat de la famille Vaillancourt, Me Robert Talbot, aurait étalé 400 000$ dans son bureau, suite à la réception d’une boîte pleine de liasses d’argent.

Au procès d'Accurso, Marc Gendron a expliqué s’être rendu au bureau de Me Talbot à la demande de Vaillancourt, en 2001, pour lui porter cette impressionnante somme d’argent tirée de la caisse occulte des entrepreneurs.

«Il [Talbot] a tout étalé ça, sur son bureau, sur ses fauteuils, partout.  Ç’a pris peut-être une heure et demie. [...]  La secrétaire a ouvert la porte.  Elle était mal à l’aise de voir cet étalage-là», s’est souvenu Marc Gendron.

Il semble que l’avocat tenait vraiment à avoir l’entièreté de la somme, a affirmé Gendron.

Il rendait des comptes à Vaillancourt

Marc Gendron affirme qu’il rencontrait le maire Vaillancourt une fois par année en Floride, pour faire le point sur la collecte des pots-de-vin.

«On se rencontrait toujours aux Fêtes, à Miami.  Il avait un appartement pas loin de chez nous. On allait déjeuner.  Je lui expliquais chaque dossier, contrat par contrat, par entrepreneur.  Je lui expliquais ce que j’avais accumulé», a-t-il raconté.

Gendron et Vaillancourt ont même été copropriétaires de deux bateaux dans la région de Miami, en Floride.

Lors de l’achat du deuxième bateau, en 1995, Gendron dit avoir payé la part du maire avec 10 000$ en liquide puisés dans la caisse des pots-de-vin des entrepreneurs.

 
 

Versement de 100 000$ en corruption

 
 

14 novembre 2017, toujours en tant que témoin au procès de Tony Accurso, Marc Gendron a expliqué qu’en plus de remettre des enveloppes de comptant à Laval, il l’avait fait notamment à Blainville, Mirabel et Sainte-Thérèse.

Mais il dit avoir versé son plus gros pot-de-vin à Saint-Jérôme, dans le cadre d’un important projet d’infrastructures municipales de 69 millions $.  «J’ai donné 500 000 $ comptant. Ça ne s’est pas fait d’un coup sec. Ça a pris cinq ans», a-t-il raconté.

Marc Gendron dit avoir fait ce paiement à une firme d’avocats qui avait facilité l’octroi du contrat.  «Il y avait une clause, le conseil [municipal] était hésitant un peu, les avocats ont réglé ça.»  L’ingénieur retraité, âgé aujourd’hui de 86 ans, n’a pas mentionné devant le jury sous le règne de quel maire il avait donné son gigantesque pot-de-vin.

Gendron s’est par contre souvenu clairement que les paiements faits par la Ville étaient d’environ 100 000 $ par mois, et qu’il versait son pot-de-vin à mesure que sa firme encaissait cet argent.

Il avait déjà évoqué ses manœuvres dans les Laurentides lors de son témoignage à la commission Charbonneau, mais avec beaucoup moins de détails.

Les enveloppes sur la couronne nord, selon Marc Gendron :

Mirabel et Saint-Hippolyte

«Vous avez fait exécuter des travaux par des entrepreneurs, et versé une ristourne ?», lui a demandé l’avocat de la défense.

«Oui», a répondu Marc Gendron.

Saint-Jérôme

En plus d’un immense pot-de-vin de 500 000 $, Marc Gendron dit avoir donné d’autres ristournes «pour des petits travaux».

«Deux ou trois pour cent, je ne me souviens plus», a-t-il ajouté, précisant avoir remis les enveloppes aux organisateurs d’un parti municipal qu’il n’a pas nommé.

Lachute

«Vous aviez un pourcentage à payer aussi ?»

«Oui», a répondu Marc Gendron.

Blainville

Marc Gendron a reconnu que Tecsult avait fait du financement illégal à Blainville.

«Mais peut-être que c’est M. [Roger] Desbois qui a payé», a-t-il ajouté.

Boisbriand

«Vous avez versé un 3 % à Boisbriand ?» lui a demandé Me Labelle.

«Oui» , a répondu Marc Gendron.

Sainte-Thérèse

«Vous avez dit aux policiers avoir fait quelques versements lors des élections ?», lui a demandé l’avocat de la défense.

«Oui», a répondu le témoin.

 

 
 

Témoignage devant la Commission Charbonneau

 
 

ATTENTION : cette partie provient du témoignage des 22 et 23 mai 2013 devant la Commission Charbonneau. Il y a peu de différence avec ce qui est dit lors du procès de Tony Accurso en 2017.  Alors le webmestre a élagué cette partie. Pour avoir accès aux témoignages complets cliquez ci-dessous:

Marc Gendron explique avoir été approché par Gilles Vaillancourt en 1996, lors d'une rencontre au Sheraton, pour être collecteur de fonds occultes.  L’ex-maire lui aurait alors dit : « les entrepreneurs qui auront des soumissions vont venir te porter un 2 % ».

M. Gendron, qui connaissait M. Vaillancourt depuis les années 70, dit avoir accepté, à condition que sa firme puisse maintenir un volume d'affaires similaire à celui de Dessau, l'autre grosse firme présente à Laval. Des documents présentés plus tard par la commission montreront que les deux firmes avaient à l’époque une part de marché de 28 %.

Marc Gendron dit en outre avoir reçu, vers 2000, un paiement de 200 000 $ de l’entrepreneur Tony Accurso ( 05 ), dans le stationnementde son restaurant, L'Onyx.

M. Gendron dit avoir rapidement remis la somme au notaire Jean Gauthier ( 06 ).   Selon lui, Tony Accurso « avait une plus grande relation avec M. Vaillancourt que les autres ».

Tony Accurso et Gilles Vaillancourt

«

  Il est arrivé en arrière de sa Cadillac, il ouvre la valise et dit :
il y a 200 000 $ là-dedans
     — 
Marc Gendron

»

Chaque année, aux Fêtes, Marc Gendron faisait rapport au maire de l'état des finances occultes lors d'un déjeuner dans un restaurant de l’Ocean Drive, à Miami.  « J'ouvrais mon petit calepin, puis je faisais état, dossier par dossier, de l'argent qui restait dans la caisse », dit-il.

Marc Gendron a d’ailleurs expliqué avoir partagé deux bateaux amarrés à Miami avec le maire au fil du temps.  Le premier avait été payé aux deux tiers par Léo Lefrançois, de Poly-Excavation ( 07 ), et au tiers par Marc Gendron.  Le second avait été payé 24 000 $, dont 16 000 $ payés par Marc Gendron et Anthony Mergl, de Nepcon ( 08 ).  La part du maire a été payée à même la cagnotte gérée par M. Gendron.

Au printemps 2003, Marc Gendron a prévenu le maire Vaillancourt qu’il s’apprêtait à prendre sa retraite.  Il a alors proposé que Roger Desbois lui succède comme collecteur de fonds.  « Il cherchait quelqu’un, il était méfiant. J’ai osé prononcer Roger, en qui j’avais beaucoup confiance ».

Un système d'une redoutable efficacité

Marc Gendron a expliqué avoir récolté une cote de 2 % auprès des entrepreneurs qui obtenaient des contrats de la Ville, à la demande du maire.

Le montant à verser par les entrepreneurs était calculé à partir du paiement final fait par la Ville à l'entrepreneur, moins les taxes.  Rares étaient ceux qui ne respectaient pas ce pourcentage, voire refusaient de payer, à l'exception de M. Accurso.

M. Gendron a nommé une douzaine d'entreprises ayant participé au système et ses interlocuteurs au sein de ces dernières : Simard-Beaudry (Mario Beaulieu), Louisbourg Joseph Molluso), Poly-Excavation (Léo puis Marc Lefrançois), Nepcon ( Tony Mergl), Jocelyn Dufresne Inc (lui-même), Dufresne Asphalte (Lavallée, père et fils), Sintra (Mario Desrochers), Mergl ( Mike Mergl), Asphalte Desjardins ( Claude Desjardins), Timberstone (Léonardo Moscato), Demix (ne sait plus), Salvex (Anthony Rizzuto).

M. Gendron a expliqué qu'il recevait de l'information du directeur de l'ingénierie, Claude Deguise, pour faciliter son travail de collecteur.

Gendron, collecteur de fonds pour Vaillancourt

Les deux hommes, qui se connaissaient depuis 1977, se faisaient confiance et avaient d'ailleurs acheté deux yachts ensemble. Le second, d'une valeur de 24 000 $ avait incidemment été payé pour un tiers avec l'argent soutiré aux entrepreneurs, à la suggestion de M. Vaillancourt.

Marc Gendron exercera son rôle de collecteur jusqu'au printemps 2003, soit peu de temps avant sa retraite. Il avertit alors le maire Vaillancourt qu'il doit lui trouver un successeur et lui propose Roger Desbois.

Une carrière de collusion bien remplie

L'ancien patron de Roger Desbois Ingénieur civil de formation, sorti de Polytechnique en 1965, il fonde dans les années 1960 la firme Gendron-Lefebvre, avec son collègue de classe Claude François Lefebvre.

Leur firme s'implante dès 1965 dans plusieurs des municipalités de l'île Jésus qui, une fois fusionnées quelques années plus tard, formeront Laval.  Les contrats de génie y seront alors de facto partagés entre Dessau et sa firme, la première florissant dans l'est, la seconde, dans l'ouest.

Gendron-Lefebvre est acquise par Tecsult en 1993.  Claude François Lefebvre quitte l'entreprise en 1996, Marc Gendron en 2005.

M. Gendron n'a pas été arrêté par l'UPAC, mais il est nommé dans le mandat d'arrestation comme co-conspirateur, comme M. Desbois
 

 

Dernière journée de témoignage: 2 % au frère du maire de Laval

 
 

La Commission a entendu que la majeure partie de l'argent collecté grâce au 2 % à Laval était livrée directement au frère de Gilles Vaillancourt, selon l'ancien collecteur, Marc Gendron.  L'ex-ingénieur affirme avoir fait un rapport annuel à l'ex-maire des montants remis par chacun des entrepreneurs en construction.

Le témoin a affirmé avoir livré la majorité de l'argent à Guy Vaillancourt, frère de l'ex-maire, soit entre 700 000 $ et 800 000 $.  Les livraisons ont eu lieu dans les locaux de M.D. Vaillancourt, à Laval.  Marc Gendron déposait une enveloppe brune remplie de billets d'argent sur son bureau puis partait.  Une livraison de 400 000 $ a également été faite à un avocat, Robert Talbot.

Marc Gendron dit avoir déjà remis «à 2 ou 3 reprises» des montants de 8000 $ à 10 000 $ directement à Gilles Vaillancourt, dans son bureau de l'hôtel de ville.

Le témoin a dit ne jamais s'être informé sur l'utilisation de l'argent.  Il ne peut ainsi dire si l'argent allait bien au parti PRO des Lavallois ou si des personnes l'empochaient.

L'homme de 81 a dit ignorer si quelqu'un collectait le 2 % avant lui, bien qu'il ait été vaguement au courant qu'un partage des contrats entre les entrepreneurs en construction était en place avant 1996.

Le témoin dit ne pas avoir assisté personnellement à la rencontre, mais en avoir été informé par Daniel Ducroix dès le lendemain.

 

Sources: Commission Charbonneau: Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction, Sympatico actualités pour Bell Canada/BCE Inc, Ici Radio-Canada pour la Société CBC/Radio-Canada

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 19 janvier 2018

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