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Marc Gendron ingénieur et la collusion
Fondateur de Gendron Lefebvre (Tecsult-AECOM)

Le fondateur de la firme de génie Gendron Lefebvre, devenue Tecsult en 1993 a témoigné devant la Commission Charbonneau. L’homme de 82 ans avoue avoir fait de la collusion et avoir posé des actes de corruption. Il corrobore de larges pans du témoignage de Desbois ( 01 ), qui lui aussi travaillait pour Tecsult, en plus d’impliquer directement l’ex-maire de Laval.

Marc Gendron reconnaît avoir collecté, à partir de 1996, des fonds occultes auprès des firmes de génie à la demande expresse de Gilles Vaillancourt ( 02 ). Il a notamment remis 800 000 $ d’argent collecté au frère du maire, suivant sa consigne.

Le détail de ces collectes était donné au maire lors d’un repas annuel que les deux hommes prenaient à Miami durant les Fêtes.

 

Marc Gendron explique avoir été approché par Gilles Vaillancourt en 1996, lors d'une rencontre au Sheraton, pour être collecteur de fonds occultes. L’ex-maire lui aurait alors dit : « les entrepreneurs qui auront des soumissions vont venir te porter un 2 % ».

M. Gendron, qui connaissait M. Vaillancourt depuis les années 70, dit avoir accepté, à condition que sa firme puisse maintenir un volume d'affaires similaire à celui de Dessau, l'autre grosse firme présente à Laval. Des documents présentés plus tard par la commission montreront que les deux firmes avaient à l’époque une part de marché de 28 %.

Marc Gendron dit avoir récolté environ 200 000 $ par année de 1996 à 2003, auprès d’une douzaine d’entrepreneurs. « Quand j’en avais trop, je m’informais à lui [Gilles Vaillancourt], à savoir où je pouvais aller la porter », explique-t-il.

Il dit être allé porter environ 800 000 $ au frère du maire, Guy Vaillancourt, dans les locaux de MD Vaillancourt, et une autre somme de 400 000 $ à l’avocat Robert Talbot ( 03 ). Il a aussi remis quelques milliers de dollars au représentant officiel du PRO des Lavallois, Jean Bertrand ( 04 ), à l’occasion de campagnes électorales. Il dit aussi avoir remis deux ou trois petites sommes au maire, dont une d’au moins 8000 $.

Marc Gendron dit en outre avoir reçu, vers 2000, un paiement de 200 000 $ de l’entrepreneur Tony Accurso ( 05 ), dans le stationnement de son restaurant, L'Onyx.
M. Gendron dit avoir rapidement remis la somme au notaire Jean Gauthier ( 06 ). Selon lui, Tony Accurso « avait une plus grande relation avec M. Vaillancourt que les autres ».

Tony Accurso et Gilles Vaillancourt

«

 Il est arrivé en arrière de sa Cadillac, il ouvre la valise et dit :
il y a 200 000 $ là-dedans
     — 
Marc Gendron

»

L’ingénieur connaissait M. Gauthier à cette époque, puisqu’il lui remettait une ristourne de 2 % pour les contrats d’ingénierie qu’obtenait Gendron Lefebvre. L’ex-ingénieur maintiendra toutefois qu’il n’a jamais fait de collusion avec d’autres firmes de génie, ce qui s’explique par le fait que les contrats étaient tous accordés de gré à gré avant 2002.

Chaque année, aux Fêtes, Marc Gendron faisait rapport au maire de l'état des finances occultes lors d'un déjeuner dans un restaurant de l’Ocean Drive, à Miami. « J'ouvrais mon petit calepin, puis je faisais état, dossier par dossier, de l'argent qui restait dans la caisse », dit-il.

Marc Gendron a d’ailleurs expliqué avoir partagé deux bateaux amarrés à Miami avec le maire au fil du temps. Le premier avait été payé aux deux tiers par Léo Lefrançois, de Poly-Excavation ( 07 ), et au tiers par Marc Gendron. Le second avait été payé 24 000 $, dont 16 000 $ payés par Marc Gendron et Anthony Mergl, de Nepcon ( 08 ). La part du maire a été payée à même la cagnotte gérée par M. Gendron.

Au printemps 2003, Marc Gendron a prévenu le maire Vaillancourt qu’il s’apprêtait à prendre sa retraite. Il a alors proposé que Roger Desbois lui succède comme collecteur de fonds. « Il cherchait quelqu’un, il était méfiant. J’ai osé prononcer Roger, en qui j’avais beaucoup confiance ».

Un système d'une redoutable efficacité

Marc Gendron a expliqué avoir récolté une cote de 2 % auprès des entrepreneurs qui obtenaient des contrats de la Ville, à la demande du maire.

Le montant à verser par les entrepreneurs était calculé à partir du paiement final fait par la Ville à l'entrepreneur, moins les taxes. Rares étaient ceux qui ne respectaient pas ce pourcentage, voire refusaient de payer, à l'exception de M. Accurso.

M. Gendron a nommé une douzaine d'entreprises ayant participé au système et ses interlocuteurs au sein de ces dernières : Simard-Beaudry (Mario Beaulieu), Louisbourg (Joseph Molluso), Poly-Excavation (Léo puis Marc Lefrançois), Nepcon (Tony Mergl), Jocelyn Dufresne Inc (lui-même), Dufresne Asphalte (Lavallée, père et fils), Sintra (Mario Desrochers), Mergl (Mike Mergl), Asphalte Desjardins (Claude Desjardins), Timberstone (Léonardo Moscato), Demix (ne sait plus), Salvex (Anthony Rizzuto).

M. Gendron a expliqué qu'il recevait de l'information du directeur de l'ingénierie, Claude Deguise, pour faciliter son travail de collecteur.

Tecsult payait son 2 %, mais nie avoir fait de la collusion

Marc Gendron affirme qu'il n'a jamais fait de collusion avec d'autres firmes de génie pour faire main basse sur les contrats publics de Laval. Il a rappelé qu'avant la loi 106, entrée en vigueur au début des années 2000, les municipalités pouvaient accorder leurs contrats de gré à gré.

Il admet cependant que la firme a longtemps versé 2 % des honoraires perçus sur les contrats publics au notaire Jean Gauthier, proche du maire Vaillancourt, pour maintenir ses parts de marché. M. Gendron dit lui avoir lui-même remis de 20 000 $ à 40 000 $ par année avant 1996.

Après cette date, les paiements ont été faits par une autre employée de Tecsult, Chantal Morasse.

Selon Marc Gendron, ces contributions politiques, tout comme celles effectuées aux partis politiques provinciaux, étaient essentiellement versées pour assurer la « visibilité » de la firme.

Gendron, collecteur de fonds pour Vaillancourt

Le fondateur de la firme de génie Gendron Lefebvre, devenue Tecsult en 1993, avait révélé que le maire de Laval Gilles Vaillancourt lui a demandé dès 1996 de récolter des ristournes auprès d'entrepreneurs en construction.

L'homme de 81 ans, malade, qui s'exprime d'une voix enrouée, avait expliqué avoir été approché par l'ex-maire lors d'une rencontre au Sheraton, pour « collecter des argents des entrepreneurs qui obtiennent des contrats par soumissions ».

M. Gendron affirme avoir hésité un peu avant d'accepter, à condition que sa firme puisse, grâce à cet arrangement, maintenir un volume d'affaire similaire à Dessau, l'autre grosse firme présente à Laval. Il estime qu'il n'a pas eu à se plaindre par la suite.

Les deux hommes, qui se connaissaient depuis 1977, se faisaient confiance et avaient d'ailleurs acheté deux yachts ensemble. Le second, d'une valeur de 24 000 $ avait incidemment été payé pour un tiers avec l'argent soutiré aux entrepreneurs, à la suggestion de M. Vaillancourt.

Marc Gendron exercera son rôle de collecteur jusqu'au printemps 2003, soit peu de temps avant sa retraite. Il avertit alors le maire Vaillancourt qu'il doit lui trouver un successeur et lui propose Roger Desbois.

Une carrière de collusion bien remplie

L'ancien patron de Roger Desbois Ingénieur civil de formation, sorti de Polytetchnique en 1965, il fonde dans les années 1960 la firme Gendron-Lefebvre, avec son collègue de classe Claude François Lefebvre.

Leur firme s'implante dès 1965 dans plusieurs des municipalités de l'île Jésus qui, une fois fusionnées quelques années plus tard, formeront Laval. Les contrats de génie y seront alors de facto partagés entre Dessau et sa firme, la première florissant dans l'est, la seconde, dans l'ouest.

Gendron-Lefebvre est acquise par Tecsult en 1993. Claude François Lefebvre quitte l'entreprise en 1996, Marc Gendron en 2005.

M. Gendron n'a pas été arrêté par l'UPAC, mais il est nommé dans le mandat d'arrestation comme co-conspirateur, comme M. Desbois

Dernière journée de témoignage: 2 % au frère du maire de Laval

La Commission a entendu que la majeure partie de l'argent collecté grâce au 2 % à Laval était livrée directement au frère de Gilles Vaillancourt, selon l'ancien collecteur, Marc Gendron. L'ex-ingénieur affirme avoir fait un rapport annuel à l'ex-maire des montants remis par chacun des entrepreneurs en construction.

Ancien haut dirigeant de la firme de génie Tecsult, Marc Gendron a terminé ce matin son témoignage à la commission Charbonneau. L'homme de 81 ans a indiqué que le système de ristourne à 2 % implanté à Laval a rapporté 200 000 $ par an. Il évalue avoir ainsi collecté pour 1,5 million de 1996 à 2003.

Le plus important versement d'un entrepreneur est provenu de l'homme d'affaires Tony Accurso. L'ancien propriétaire des entreprises de construction Simard-Beaudry et Louisbourg lui avait donné rendez-vous dans un restaurant de Laval, un soir de novembre 2000. «Je l'ai suivi dans le parking. Il faisait noir. On s'est mis en arrière de sa Cadillac et il m'a donné une valise : 'il y a 200 000 $ dans ça'», a relaté Marc Gendron. Le témoin a dit avoir rapidement livré cet argent au notaire Jean Gauthier puisqu'il quittait le lendemain de cette rencontre pour la Floride.

En temps normal, Marc Gendron cachait l'argent dans des coffrets de sécurité de deux banques qui avaient des locaux dans le même édifice que sa firme de génie, Tecsult. Lorsque les coffrets débordaient, il demandait à Gilles Vaillancourt à qui il devait remettre l'argent.

Le témoin a affirmé avoir livré la majorité de l'argent à Guy Vaillancourt, frère de l'ex-maire, soit entre 700 000 $ et 800 000 $. Les livraisons ont eu lieu dans les locaux de M.D. Vaillancourt, à Laval. Marc Gendron déposait une enveloppe brune remplie de billets d'argent sur son bureau puis partait. Une livraison de 400 000 $ a également été faite à un avocat, Robert Talbot.

Marc Gendron dit avoir déjà remis «à 2 ou 3 reprises» des montants de 8000 $ à 10 000 $ directement à Gilles Vaillancourt, dans son bureau de l'hôtel de ville.

Le témoin a dit ne jamais s'être informé sur l'utilisation de l'argent. Il ne peut ainsi dire si l'argent allait bien au parti PRO des Lavallois ou si des personnes l'empochaient.

Chose certaine, Gilles Vaillancourt faisait un suivi serré du système de ristourne. Chaque année, Marc Gendron devait lui faire rapport sur le paiement du 2 %. Ces rencontres avaient lieu dans un restaurant de Miami, où les deux hommes passaient l'hiver. «J'ouvrais mon petit calepin et je faisais état dossier par dossier de l'argent qui restait dans la caisse. Ça prenait deux ou trois heures», a-t-il relaté.

L'ex-maire ne prenait pas de notes, mais posait des questions sur les difficultés rencontrées, a précisé le témoin.

Marc Gendron a aussi révélé avoir acheté un bateau de 24 000 $ en Floride pour Gilles Vaillancourt. L'embarcation n'a jamais été au nom de l'ex-maire puisque les propriétaires officiels étaient Marc Gendron et l'entrepreneur Anthony Mergl. Les deux avaient mis chacun 8000 $. Pour le dernier 8000 $, Gilles Vaillancourt avait demandé à son collecteur de prendre l'argent dans les coffrets où il cachait sa collecte du 2 %.

Marc Gendron a également reconnu que Tecsult payait son 2 %, paiement fait au notaire Jean Gauthier. «C'était la norme», a-t-il dit. D'autres municipalités exigeaient une telle ristourne -parfois plus importante-, mais la Commission ne lui a pas demandé de détailler lesquelles.

Le témoin a aussi reconnu avoir fait des contributions pour les partis provinciaux tout en étant remboursé par sa firme. Il a ainsi donné de 1997 à 2003 15 650 $ au Parti québécois, 5750 $ au Parti libéral du Québec et 1000 $ à l'Action démocratique du Québec. Il a assuré que ces contributions étaient rentables. «Définitivement, on a eu des retombées, des contrats», a-t-il dit.

Hier, Marc Gendron a révélé hier que la ristourne de 2 % imposée sur les contrats accordés aux entreprises de construction de Laval était en place au moins depuis 1996.

Ce deuxième ancien haut dirigeant de Tecsult est venu confirmer hier devant la commission Charbonneau la participation de la firme de génie au système de collusion et corruption de Laval. Marc Gendron dit avoir été convoqué par Gilles Vaillancourt en 1996 à un repas à l'hôtel Sheraton lors duquel l'ex-maire lui a fait une proposition étonnante. «Il m'a demandé de collecter l'argent des entrepreneurs qui obtiennent des contrats par soumission. Il m'a dit 'les entrepreneurs vont venir te porter un 2 %'», a relaté le témoin.

À l'époque, Vaillancourt et Gendron se connaissaient déjà depuis 25 ans, les deux ayant noué une amitié autour de leur passion commune pour les bateaux. Avant d'accepter la proposition de l'ex-maire, l'ingénieur dit avoir demandé en échange l'assurance que Tecsult maintiendrait sa part de marché alors que la concurrence se faisait de plus en plus féroce à Laval.

Après avoir conclu cette entente tacite, Marc Gendron dit avoir accepté de servir de collecteur pour le PRO des Lavallois, rôle qu'il a joué jusqu'en 2003. Il dit alors avoir passé le flambeau à son collègue Roger Desbois, qui a témoigné tout juste avant lui devant la Commission. L'homme de 81 a dit ignorer si quelqu'un collectait le 2 % avant lui, bien qu'il ait été vaguement au courant qu'un partage des contrats entre les entrepreneurs en construction était en place avant 1996.

Le témoin dit ne pas avoir assisté personnellement à la rencontre, mais en avoir été informé par Daniel Ducroix dès le lendemain.

En temps normal, Marc Gendron cachait l'argent dans des coffrets de sécurité de deux banques qui avaient des locaux dans le même édifice que sa firme de génie, Tecsult. Lorsque les coffrets débordaient, il demandait à Gilles Vaillancourt à qui il devait remettre l'argent.

Le témoin a affirmé avoir livré la majorité de l'argent à Guy Vaillancourt, frère de l'ex-maire, soit entre 700 000 $ et 800 000 $. Les livraisons ont eu lieu dans les locaux de M.D. Vaillancourt, à Laval. Marc Gendron déposait une enveloppe brune remplie de billets d'argent sur son bureau puis partait. Une livraison de 400 000 $ a également été faite à un avocat, Robert Talbot.

Le témoin a aussi reconnu avoir fait des contributions pour les partis provinciaux tout en étant remboursé par sa firme. Il a ainsi donné de 1997 à 2003 15 650 $ au Parti québécois, 5750 $ au Parti libéral du Québec et 1000 $ à l'Action démocratique du Québec. Il a assuré que ces contributions étaient rentables. «Définitivement, on a eu des retombées, des contrats», a-t-il dit.

 

Sources: Commission Charbonneau: Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction, Sympatico actualités pour Bell Canada/BCE Inc, Ici Radio-Canada pour la Société CBC/Radio-Canada

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : juin 2013

 

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 
 
 
 

À propos de Roger Desbois, ingénieur chez Tecsult anciennement Gendron & Lefebvre - Sur MétéoPolitique

 
 
 
 
 
 

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02

À propos de Gilles Vaillancourt, ex-maire de ville de Laval - Sur MétéoPolitique

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03

 

À propos de l’avocat Robert Talbot, un des accusés par l'UPAC dans le dossier de la ville de Laval - Sur MétéoPolitique

 

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04

 
 
 
 

À propos de l'avocat Jean Bertrand, représentant officiel du parti politique le PRO des Laval - Sur MétéoPolitique

 
 
 
 
 
 

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05

 

À propos de Tony Accurso, propriétaire d'une quarantaine d'entreprises de l'industrie de la construction - Sur MétéoPolitique

 

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06

 

À propos du notaire Jean Gauthier, collecteur de fonds pour Gilles Vaillancourt - Sur MétéoPolitique

 

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07

 

À propos de Léo Lefrançois et de son fils, de Poly-Excavation - Sur MétéoPolitique

 

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08

 
 
 
 

À propos d'Anthony Mergl, de Nepcon - Sur MétéoPolitique

 
 
 
 

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