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Lee Lalli, promoteur immobilier dans le domaine de la collusion

Un promoteur immobilier qui a de bonnes relations avec les politiciens et avec la mafia. Il achète des terrains à prix d'ami auprès des politiciens et les revends à profit. Ça, c'est du commerce!  JosPublic se demande si cette personne d'affaires fait partie du syndicat des commerçants, la Chambre de commerce de Montréal, qui est de plus en plus silencieuse quant à la qualité de ses membres.

Lee Lalli: en entrevue à Radio-Canada, Lee Lalli a déjà reconnu que le parrain de la mafia Vito Rizzuto s’était tourné vers lui lorsqu’il avait dû arbitrer des différends entre certaines personnes. En 2009, selon un rapport de police, il a été menacé à la pointe d’un fusil et sauvagement battu dans les bureaux de Tony Magi.  Il a dû subir une chirurgie de reconstruction faciale, mais a refusé de porter plainte.

 
 
 

Terrains à Côte-des-Neiges

 
 

À l'automne 2003, l'homme d'affaires Lee Lalli, qui a des liens avec des membres de la mafia, met la main sur des terrains autour du vieil orphelinat catholique dans Notre-Dame-de-Grâce. 

Dans les années qui suivent, la valeur des terrains connaît une croissance exponentielle grâce à trois changements de zonage autorisés par l'arrondissement, dirigé à l'époque par Michael Applebaum, l'ex-maire intérimaire de Montréal et surtout ex-maire de l'arrondissement Côte-des-Neiges. ( 01 )

Acheté à 1.85 million $, un de ces terrains, situé au coin du boulevard Décarie et du chemin de la Côte-Saint-Luc, est revendu à 2 millions  et un autre pour 1.5 millions $ en 2007. Aujourd'hui, Lee Lalli affirme que bien avant l'achat, Michael Applebaum lui avait dit qu'il voulait y construire un hôtel de ville en partenariat public-privé.

Le promoteur a-t-il bénéficié d'informations privilégiées?

« J'ai donné jamais aucune information privilégiée à aucune personne sur qu'est-ce que la ville va faire », dit aujourd'hui M. Applebaum. Le projet d'hôtel de ville ne verra jamais le jour, et une résidence pour personnes âgées de 12 étages sera finalement construite sur le terrain.

Le différend Magi-Lalli

Lee Lalli n'était pas le seul à vouloir mettre la main sur les terrains en question. Tony Magi, un proche de la mafia, avait déjà fait une proposition pour les acquérir. Un conflit a éclaté entre les deux hommes. Au point où ils ont été convoqués à La Cantina par le parrain, Vito Rizzuto, jouant le rôle d'arbitre. Magi aurait voulu s'associer avec Lalli pour acheter le terrain, mais Lalli refusait.

Le promoteur immobilier Tony (Antonio) Magi ( 03 )

Selon Alain Gravel, journaliste à Radio-Canada, ce qui est étonnant dans la conversation, c’est de constater que le parrain de la mafia ne voulait pas brusquer les choses de peur de nuire aux relations politiques de M. Lalli.

Voici l’extrait de la conversation d'Alain Gravel avec Lee Lalli au téléphone :

« Vito savait que j’appuyais le maire Gérald Tremblay, et j’ai dit : “Regarde, je suis un homme honnête.” J’ai dit que je ne voulais pas être associé à cet homme (Tony Magi).  Il n’est pas honnête. Les mots exacts de Vito (à Toni Magi) : “Tony, je comprends Lee. Il a de bons contacts politiques. C’est un homme honnête. Il ne veut pas s’associer avec toi. Ça finit là!” »

Ce que l’on comprend de cet extrait, c’est que Vito Rizzuto veut ménager les relations politiques des gens avec qui il entretient des liens.

Cet extrait prend davantage de sens quand on entend Lalli dire qu’il rendait parfois des services à Rizzuto. « À quelques reprises, Vito m’a demandé si je pouvais le rencontrer à la Cantina, parce que certaines personnes devaient de l’argent à d’autres personnes. Il me disait : “Tu connais cette personne, Lee. Va le rencontrer. Il a fourré quelqu’un pour tel montant d’argent. Regarde ça là!” »

Tout ça montre que le crime organisé, ça ne se passe plus seulement dans la rue. Ça se passe de plus en plus souvent dans nos belles tours de bureaux ou dans les restaurants les plus chics en ville grâce aux réseautages les plus élaborés.

Quel intérêt avait Rizzuto à entretenir de bonnes relations avec des gens comme Lalli?  Pourquoi devait-il ménager ses bonnes relations politiques?

Ce conflit aurait duré jusqu'en 2009.  Comme Tony Magi, Lee Lalli admet avoir lui aussi entretenu des liens avec Vito Rizzuto, à qui il rendait parfois service.

« Il m'a demandé d'autres fois de le rencontrer à La Cantina.  C'était parce que des gens devaient de l'argent à d'autres personnes.  Il essaie toujours de régler les choses à l'amiable.  De façon courtoise.  La violence était toujours le dernier recours », raconte Lee Lalli.

Six ans après la transaction sur les terrains de l'orphelinat, Lee Lalli a été victime d'une violente agression commise par des hommes de main de Tony Magi.  Il n'a pas porté plainte à la police.

Aujourd'hui, Michael Applebaum se défend de connaître les liens entre Lalli et la mafia.  Malgré ses dénégations, le maire est bel et bien visé par une enquête de l'Unité permanente anti-corruption (UPAC) concernant cette histoire de zonage, confirment les sources de Radio-Canada.

Dans ce dossier, l'animateur Alain Gravel a été poursuivi par Lee Lalli pour atteinte à la réputation

 
 

Orphelinat Villa Maria

 
 

Le changement de zonage qui a permis au promoteur Lee Lalli de multiplier la valeur de certains terrains aurait été obtenu au moyen d'une fausse signature.

Ancien orphelinat catholique

L'affaire commence en 2002, lorsque la Fondation Villa-Notre-Dame-de-Grâce, un organisme d'aide à l'enfance, accepte une offre d'achat sans condition de l'entrepreneur Lee Lalli pour la vente de ses terrains autour du vieil orphelinat catholique, près de l'autoroute Décarie. Cette offre coiffe celle d'un autre promoteur, associé à Tony Magi, laquelle était conditionnelle à un changement de zonage.

Ce que la Fondation ignore, c'est que Lee Lalli a déjà un acheteur pour une partie des terrains : l'Église des mormons voudrait y construire un temple. Mais pour conclure la vente, M. Lalli a besoin d'un changement de zonage. Il retarde d'un an la transaction devant le notaire en attendant de l'obtenir.

Puisqu'il n'est pas encore propriétaire des terrains, il a besoin d'une procuration de la Fondation pour avoir le droit de demander le changement de zonage.

Or, Radio-Canada a découvert qu'une des deux signatures homologuant la procuration est fausse. Le président de la Fondation de l'époque, Jacques Bélanger, a confirmé que sa signature sur le document avait été contrefaite. De plus, M. Bélanger affirme que la Fondation n'a aucune trace de l'existence de la procuration dans ses archives.

Qui a donc imité la signature de Me Bélanger? Lee Lalli dit tout ignorer de cette histoire. « Si quelqu'un a fait quelque chose de mal, je suis le premier à vous dire qu'il doit aller en prison. [...] Si quelqu'un m'a joué un mauvais tour là, je ne suis pas au courant », dit-il.

Curieusement, personne à l'arrondissement n'a vérifié la validité de la procuration de Lee Lalli. C'est le maire de l'arrondissement, Michael Applebaum, qui a proposé le changement de zonage par l'arrondissement, en août 2003, appuyé par le conseiller Marcel Tremblay, le frère du maire de Montréal de l'époque.

Grâce à ce changement de zonage, M. Lalli a pu revendre le terrain aux mormons, ce qui lui a permis d'empocher en six jours un profit de 200 000 $.

Mais il y a plus. La Fondation d'aide à l'enfance a dû faire appel aux tribunaux pour se faire payer par Lee Lalli. Elle a poursuivi le notaire Jacques Morand, qui retenait l'argent selon les instructions de Lee Lalli. La Fondation n'a été payée que deux ans après l'offre d'achat de M. Lalli.

Le juge dans ce dossier a été cinglant à l'égard du notaire Morand, l'accusant de prendre parti pour Lee Lalli, alors que son rôle était d'être neutre et impartial.

Le notaire Morand est un ami de l'ex-conseiller d'Union Montréal Marcel Tremblay (frère de Gérald Tremblay). Il a aussi agi à l'époque pour des transactions personnelles de Michael Applebaum.

Une enquête est en cours dans cette histoire de zonage sur les terrains autour du vieil orphelinat catholique.

 
 

Lee Lalli aide au financement d'Union Montréal

 
 

Lee Lalli est un fervent partisan d'Union Montréal. Il a, entre autres, organisé en 2003 une soirée de financement réunissant des hommes d'affaires au restaurant de la mafia La Cantina, où étaient présents M. Applebaum et l'ex-maire Gérald Tremblay .

Cette soirée s'est déroulée à la même époque que la vente des terrains de l'orphelinat.

Le 28 août 2003, l’Union des citoyens de Montréal (l’ancêtre d’Union Montréal,) a organisé une activité de financement à La Cantina, propriété de Federico Del Peschio. Ce proche du clan Rizzuto a été assassiné dans le stationnement de son établissement, en août 2009.

M. Applebaum accompagnait le maire Gérald Tremblay, son frère Marcel Tremblay et le président du comité exécutif, Frank Zampino ( 03 ), aujourd’hui accusé de fraude pour la vente au rabais des terrains du Faubourg Contrecoeur.
( 02 )

Sa présence à l’activité de financement détonne. En 2003, il siégeait à titre de simple conseiller, et il présidait le Comité consultatif en urbanisme de son arrondissement tout en poursuivant ses activités professionnelles de courtier immobilier.

Restaurant La Cantina

« On m’a demandé d’aller là comme élu. J’y suis allé. Je n’étais pas au courant… Je n’avais pas de doute sur cet établissement », a-t-il expliqué lors d’un entretien au journal Le Devoir.

M. Applebaum n’a aucun souvenir de l’identité de la douzaine de convives présents à La Cantina, ni même des raisons pour lesquelles ils voulaient rencontrer les élus. « Frank [Zampino] les connaissait plus que les autres, a-t-il dit. Il y avait différents hommes d’affaires qui étaient là, mais personne en particulier [dont je me souvienne]. Je ne suis pas très bon avec les noms. »

« Ça fait longtemps », a enchaîné le maire, soulignant qu’il n’est pas très « sociable » de nature.

Joint en soirée, Marcel Tremblay a lui aussi affirmé n’avoir conservé aucun souvenir de l’événement, sinon un détail. « Il y avait des personnes qui étaient d’aucune communauté sauf de la communauté italienne. C’est tout », a affirmé M. Tremblay.

Selon le rapport financier de l’Union des citoyens de Montréal pour 2003, 12 donateurs ont versé 1 000 $ chacun lors de l’événement, tandis qu’un treizième (anonyme) a versé 500 $, pour un total de 12 500 $. Le Devoir n’a pu établir l’identité des gens d’affaires en question.

Déjà à cette époque, il était de notoriété publique que La Cantina était fréquentée par la mafia. Le présumé parrain Vito Rizzuto s’y rendait régulièrement.

Michael Applebaum jure qu’il n’en savait rien. « Je ne savais pas jusqu’à ce que quelqu’un [Del Peschio] soit tué », a-t-il dit. Il se montre hésitant à condamner le manque de jugement d’Union Montréal, même a posteriori. « Je n’ai pas de commentaires sur le passé », a-t-il ajouté.

Deuxième activité de financement 

L'entrepreneur Lee Lalli déclare avoir organisé une deuxième activité de financement après celle de 2003, une activité dont Michael Applebaum devait être la tête d'affiche, en août 2009. Cette soirée aurait rapporté 20 000 $, mais M. Applebaum rétorque qu'il ne s'agissait pas d'une activité de financement.

La première activité, organisée en août 2003, avait eu lieu à La Cantina, qui était connu à l'époque comme le restaurant de la mafia. L'ex-maire Gérald Tremblay et Michael Applebaum étaient présents. Leur parti, Union Montréal, fait état d'une rentrée d'argent officielle de 12 500 $.

Mais lors d'une rencontre à ses bureaux, Lee Lalli affirmait à Radio-Canada que cette activité, qui réunissait des entrepreneurs en construction obtenant des contrats avec la Ville, aurait plutôt rapporté 20 000 $.

Il y avait, selon M. Lalli, « 20 entrepreneurs » qui pouvaient « payer 1 000 $ le couvert » et « travaillaient pour la Ville ».

La deuxième activité de financement que Lee Lalli dit avoir organisée a eu lieu à la fin août 2009, deux mois avant les dernières élections municipales à Montréal. Elle devait se dérouler elle aussi à La Cantina.

Lee Lalli affirme qu'il était écrit « souper de financement » sur le billet et que Michael Applebaum était présent.

Cette activité de financement n'a pas eu lieu finalement à La Cantina, puisque six jours auparavant, son copropriétaire, l'ex-trafiquant de drogue Federico Del Pecchio, un bon ami de Lee Lalli, était assassiné derrière l'établissement.

L'activité a plutôt eu lieu chez Marathon, l'entreprise de M. Lalli. Ce dernier a déclaré au quotidien The Gazette que des chèques ont été donnés par la vingtaine de convives, à 1 000 $ le couvert. Michael Applebaum dit qu'il y a prononcé un discours, mais que ce n'était pas une activité de financement.

« Si lui [M. Lalli] a décidé de faire une levée de fonds ou s'il a décidé de demander [à] des gens de donner des chèques, c'est fait en respectant les règles du Directeur général des élections. Mais ce n'était pas une activité organisée pour une levée de fonds », explique M. Applebaum.

Union Montréal n'a aucun rapport de l'activité de financement chez Marathon en 2009, et somme M. Lalli de prouver ses affirmations.

Michael Applebaum

Sources: Commission Charbonneau: Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction, La Presse/Gesca pour Power Corporation of Canada, Radio-Canada pour la Société CBC/Radio-Canada

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 10 septembre 2018

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet: groupes de personnes ayant un sens de l'éthique en conflit avec l'intérêt de l'ensemble de la population

  Gens d'affaires
Ayant un sens de l'éthique en conflit avec l'intérêt de l'ensemble de la population

  Politiciens.nes
Ayant un sens de l'éthique en conflit avec l'intérêt de l'ensemble de la population

  Employés.es de l'État
Ayant un sens de l'éthique en conflit avec l'intérêt de l'ensemble de la population

  Éthique et corruption

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 

À propos de Michael Applebaum, ex-maire de l'arrondissement Côte-des-Neiges et ex-maire intérimaire de Montréal - Sur MétéoPolitique

 

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02

 

À propos de Gérald Tremblay, ex-maire de Montréal, son frère Marcel Tremblay et le président du comité exécutif, Frank Zampino, aujourd’hui accusé de fraude pour la vente au rabais des terrains du Faubourg Contrecoeur- Sur MétéoPolitique

 

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03

 

À propos de Tony Magi, promoteur immobilier - Sur MétéoPolitique

 

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Dans ce dossier, l'animateur Alain Gravel a été poursuivi....

 

Poursuite en diffamation

Lee Lalli
Demandeur c.
Alain Gravel et CBC/Radio-Canada - Défendeurs
Devant le juge Lukasz Granosik

Décision complète en pdf

Dès 2008, Gravel s’intéresse à la corruption et à la collusion qu’on devine présentes dans l’industrie de la construction au Québec. Plus particulièrement, en 2012, Gravel enquête sur le financement et la construction de l’immeuble situé au 1 000 de la Commune à Montréal, qui intriguent.

En travaillant sur ce dossier, il découvre des informations concernant l’implication de la mafia et des Hell’s Angels dans la construction et location de cet immeuble.

CONCLUSION

Il semble donc que Lalli a gravité dans l’orbite des activités de la mafia montréalaise en début des années 2000.  Il est indéniable qu’il a participé à des transactions immobilières avec Tony Magi, qu’il a été convoqué par le parrain de la mafia Vito Rizzuto afin d’aplanir certaines difficultés et qu’il a fréquenté ce dernier à La Cantina, un restaurant du monde interlope. Il est enfin incontestable qu’il a fait un profit considérable sur des transactions immobilières, qu’il était proche des pouvoirs municipaux tant politiques qu’administratifs et que des modifications de zonage visant les terrains qui lui appartenaient ont eu lieu.

Bref, tous les faits rapportés par les défendeurs sont exacts pour l’essentiel. C’est plutôt leur qualification que Lalli dispute et non pas réellement leur véracité.

Or, l’intérêt public s’impose dans les circonstances car le reportage de Gravel concerne l’administration municipale et les changements de zonage en lien avec l’explosion des prix et justifie la diffusion de cette information.  La seule faute commise par Gravel n’a aucun impact et ne crée aucun dommage.  De surcroît, Lalli ne réussit pas à démontrer avoir subi des dommages concrets, au-delà de l’atteinte à son estime de soi et à son amour propre.  Enfin, les expertises étaient utiles mais le manque d’indépendance de l’expert en défense ne mérite pas que ses coûts et honoraires soient assumés par Lalli.

PAR CES MOTIFS, LE TRIBUNAL :

REJETTE la demande;

AVEC FRAIS de justice, sauf pour les frais de l’expert Tourangeau.

 

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