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Le procès de Maître Jean Bertrand, un complice de l'ex-maire de Laval est annulé
Il s'en tire par la peau des fesses

Me Jean Bertrand, un avocat véreux complice de Gilles Vaillancourt ex-maire de Laval, s'en tire par la peau des fesses.  Il conseillait les conseillers municipaux pour qu'ils et elles s'incriminent dans le blanchiment d'argent pour le parti Le Pro des Lavallois.   Il était le représentant officiel du parti PRO des Lavallois jusqu'à sa dissolution, à l'automne 2012.  Il a travaillé chez Dunton Rainville jusqu'en 2012, comme avocat-conseil.  Il était accusé de fraude et fait partie des 37 personnes arrêtées par les enquêteurs de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), lors de l'opération Honorer, le 9 mai 2013.  Il invoqua l’arrêt Jordan de la Cour suprême, qui prévoit qu’à l’exception de circonstances exceptionnelles, tout accusé devrait être jugé dans un délai de 30 mois, son procès a été annulé.  En plus il bénéficie du fait que les procureurs de l'État n'ont plus les budgets pour poursuivre toute la panoplie de collusionneurs et corrupteurs qui plombe la réputation des gens d'affaires du Québec.   Avec une attitude hautaine de face à claque, l'homme nous dira qu'il a été blanchi malgré qu'un arrêt de procédure n'a rien à voir avec le blanchiment d'une réputation.   Cependant la lecture des faits ci-dessous nous permettra de mettre un important bémol à ses prétentions.  Maintenant, espérons que le Barreau, son ordre professionnel, aura assez honte pour intervenir.                                                                                                                             - JosPublic

 
 

La lenteur de la justice sourit à maître Jean Bertrand

 
 

Il avait été arrêté par l’UPAC, en mai 2013, avec 35 politiciens, fonctionnaires, ingénieurs, entrepreneurs en construction ou collecteurs de fonds.  On reprochait à Me Bertrand d’avoir alimenté la caisse électorale de ristournes provenant des firmes qui auraient bénéficié de ce stratagème frauduleux dans l’octroi des contrats publics par la Ville, entre 1996 et 2010.

Il invoquait l’arrêt Jordan de la Cour suprême, qui prévoit qu’à l’exception de circonstances exceptionnelles, tout accusé devrait être jugé dans un délai de 30 mois.  Le juge James Brunton a conclu que le dossier moins complexe de Maître Bertrand «n’auraient pas dû être inclus avec les autres coaccusés» par la Couronne.

Dans son cas, un procès aurait été «une question de semaines», tandis que les autres accusés subiront un procès d’une durée de quatre mois en raison de la «preuve monstrueuse» accumulée dans l’enquête, a estimé le magistrat.

Requêtes rejetées

Par ailleurs, le juge Brunton a rejeté des requêtes similaires qu’avaient présentées 11 de ces autres accusés dans cette affaire.

Le juge a conclu que leur dossier est «particulièrement complexe» et que les délais «ne sont pas déraisonnables» dans un système judiciaire «malheureusement» engorgé.

Il s’agit de Claude Asselin, Jocelyn Dufresne, Serge Duplessis, Louis Farley, Alain Filiatrault, Giuliano Giuliani, Guy Jobin, Carl Ladouceur, Daniel Lavallée, Leonardo Moscato et Yves Théberge.

Un interdit de publication nous empêche de rappeler les fonctions occupées et le rôle allégué de ces accusés dans la combine qui a coûté des dizaines de millions de dollars en trop aux contribuables.

En décembre, l’ex-maire Gilles Vaillancourt a plaidé coupable, écopant de six ans d’incarcération, en plus de se voir dépouillé de 8,6 millions $ en produits de la criminalité.

Trois des 37 individus arrêtés sont décédés depuis le début des procédures judiciaires.

 
 
 

PRO des Lavallois

 
 

Me Jean Bertrand, 61 ans en 2013 est un Lavallois de longue date et un vieux routier de la politique municipale.   Il était le responsable du programme de financement du PRO des Lavallois, le parti défunt de l'ex-maire Gilles Vaillancourt ainsi que le trésorier et conseiller juridique du PRO depuis 1984.   Il a été avocat-conseil chez Dunton Rainville. ( 01 )   Dans un communiqué, Dunton Rainville précise que Me Jean Bertrand ne travaille plus comme avocat-conseil depuis 2011 «bien que l’entente de conseil n’ait été officiellement résiliée d’un commun accord qu’au printemps 2012.»

En 2011, une enquête de l'Agence QMI avait découvert que M. Vaillancourt et son parti PRO des Lavallois avaient amassé la somme impressionnante de 1,3 million $, notamment grâce à l'appui financier de généreux patrons de l'industrie de la construction.

Me. Bertrand n’avait pas caché son rôle à l’époque «Il y a juste moi qui fais de la sollicitation, pas le maire ni les autres élus.   Je ne fais aucune promesse, ni aucune pression», avait assuré Me Bertrand.

«Mais si eux(les donateurs), pensent que ça peut leur donner quelque chose de plus, tant mieux.   Moi, je ne leur dirai pas le contraire.

Je ne veux pas vendre moins de billets
(à des soupers de financement)» avait ajouté Me Bertrand, en riant.   Me Bertrand avait aussi affirmé respecter toutes les lois et les règles du financement politique.

Il avait déploré le cynisme croissant du public à l'endroit des élus et du financement politique.   Me Bertrand avait affirmé ­ que lui et le parti ont fait l'objet d'une vérification du Directeur général des élections au moins quatre fois au cours des dernières ­années sans être accusés de quelque ­ infraction que ce soit.

Jean Bertrand côtoyait M. Vaillancourt en tant que représentant des états financiers officiel du PRO des Lavallois, vers 1989.   Il allait à son bureau rarement, et n'avait pas beaucoup de contacts avec le maire.   Il explique qu'il s'est impliqué au PRO des Lavallois dès 1981, pour se faire connaître et obtenir de la clientèle pour sa pratique d'avocat.

Il était au service des conseillers, et non pas du maire.   M. Vaillancourt n'était pas un ami.   Il le voyait lors "d'activités mondaines".   "J'ai eu aucun souper en tête à tête avec M. Vaillancourt.   C'était une relation avec de l'autorité. Je le vouvoyais en privé, comme en public."

Il a participé, vers 1984, à la rédaction des statuts du parti PRO.

L’ancien maire Claude Ulysse Lefebvre lui a donné des «mandats de perception», dans les années 1980.   Ses honoraires étaient en fonction de son succès.

Claude Ulysse Lefebvre

 

40 000$ comptant et des escaliers neufs pour Me Bertrand

 
 

De retour à la barre des témoins le 10 juin 2013, l'ex-agent officiel du PRO des Lavallois, Me Jean Bertrand, a déclaré avoir perçu deux avantages de son bénévolat pour le parti: la rénovation des escaliers menant à son bureau et 40 000$ en argent comptant.

En 2007, Jean Bertrand estime qu'il est temps de ralentir son rythme de travail.   Il devient alors avocat-conseil au cabinet Dunton-Rainville et ne souhaite pas rester l'agent officiel du PRO des Lavallois.

Il rencontre alors le maire de Laval Gilles Vaillancourt et lui demande combien vaut un tel boulot.   Ce dernier lui répond: 100 000$.

«J'ai réglé ça avec M. Gauthier [NDLR : le notaire Jean Gauthier, responsable du financement au PRO des Lavallois], j'ai dit "je vais prendre 40 000$», a-t-il relaté à la commission Charbonneau.

Mais ce n'est pas le seul avantage qu'a tiré Jean Bertrand de sa collaboration avec le parti de l'ex-maire Vaillancourt.   En 2007, Jean Gauthier aurait défrayé les coûts liés à la rénovation des escaliers intérieurs de son bureau d'avocat.

Collecteur de fonds

Jean Bertrand recevait les enveloppes d'argent provenant des firmes d'ingénierie sous les directives du responsable du financement du parti, Me Jean Gauthier.

Il se déplaçait pour aller à la rencontre des entrepreneurs, mais refusait de les recevoir à son bureau.

«Mon bureau, ce n'est pas un point de chute pour l'argent. [...] Moi je ne suis pas un collecteur d'argent», a lancé le témoin.

L'avocat avait soutenu il y a une dizaine de jours que 25 élus municipaux ont servi en toute connaissance de cause de prête-noms pour le parti de l'ex-maire de Laval, Gilles Vaillancourt, incluant le maire actuel par intérim Alexandre Duplessis.

 

 

MISES À JOUR du 10 juin 2013

12h40 - Fin du témoignage de Me Jean Bertrand qui remercie la commission pour son «écoute». Reprise des audiences à 14h.

12h35 - Me Jean Bertrand insiste sur la page 14 du rapport du MAMROT. «Si j'avais eu des secrets, je ne pense pas qu'il [Gilles Vaillancourt] m'aurait sacrifié».

12h25 - Questions sur un montant de 30 000$ ajouté par Me Bertrand dans les états financiers du PRO. «C'était un jeu que je me donnais. [...] Je me suis mis un coussin.»   Il avoue avoir ajouté plusieurs montants fictifs.

12h23 - Fin de l'interrogatoire. L'avocat du procureur général du Québec, Me Benoît Boucher commence à contre-interroger le témoin. 

12h20 - Jean Bertrand raconte qu'il a dit la vérité lors de son interrogatoire mené par l'escouade Marteau. Ajoute que Jean Gauthier était nerveux et lui aurait dit qu'il n'avait pas à dire toute la vérité.

12h18 - «On regardait le côté image et le côté politique», indique le témoin.

Maître Jean Bertrand - complice de Gilles Vaillancourt

12h15 - Ce n'était pas la première fois que le PRO des Lavallois était sollicité pour payer les frais d'avocat de M. Vaillancourt.  En 2000, des frais de 40 000$ avaient été déboursés par le parti dans le dossier Serge Ménard.

12h11 - Gilles Vaillancourt téléphone à Me Bertrand et lui demande de le rencontrer dans un Tim Hortons de Chomedey. 

Il lui demande de payer les honoraires de son avocat avec l'argent du parti.  Bertrand refuse.

12h09 - «Le système de prête-noms était une oeuvre collective», dit Me Bertrand.

12h07 - Me Tremblay dépose une lettre envoyée par Me Bertrand au DGE concernant une vérification comptable au PRO des Lavallois.   Plusieurs informations inexactes.

12h03 - Il contacte le Directeur général des élections (DGE) pour lui livrer «ses états d'âmes» et lui demander comment il devait procéder pour la dissolution du parti.

12h02 - En 2012, Jean Bertrand informe le maire Vaillancourt qu'il quitte ses fonctions.   À ce moment, il est convaincu que Gilles Vaillancourt ne sollicitera pas un autre mandat.  Le témoignage de Lino Zambito est «la goutte qui a fait débordé le vase».

12h00 - Été 2011: Me Jean Bertrand affirme avoir fait une importante dépression à la suite du scandale de recherches et secrétariat.

11h57 - Me Simon Tremblay aborde la dissolution du PRO des Lavallois.

11h54 - Le témoin est incapable de répondre à la juge Charbonneau s'il recevait les appels sur son téléphone personnel ou ailleurs.

11h45 - Me Bertrand est catégorique: il n'a jamais pris d'enveloppe d'argent sans la supervision de Me Jean Gauthier.  «J'avais trop peur qu'on m'accuse de prendre de l'argent.»

11h40 - Reprise des audiences.

11h10 - Pause

11h08 - Après 2008, Jean Bertrand affirme ne plus recevoir d'argent de la part des ingénieurs.

11h04 - En 2007 et 2008, Me Bertrand reçoit de l'argent comptant des ingénieurs Yanick Bouchard (Genivar) et Louis Farley (Cima +). Il n'est pas certain s'il a reçu de l'argent de Laval Gagnon (Cima+).

11h00 - En 2006, c'est le «même modus operandi», dit Me Bertrand.  Jean Gauthier lui demande de récupérer des enveloppes, mais jamais à son propre bureau.

10h54 - L'ingénieur Étienne Plante se rend au bureau de Me Bertrand pour lui remettre une enveloppe d'argent pour le PRO des Lavallois. Jean Bertrand refuse de la prendre. La commissaire France Charbonneau lui demande si Me Gauthier lui avait demandé de prendre cette enveloppe, aurait-il dit oui. Me Bertrand répond que oui.

10h53 - «Mon bureau, ce n'est pas un point de chute pour l'argent. [...] Moi je ne suis pas un collecteur d'argent.»

10h50 - 2005: Jean Gauthier demande à Me Bertrand de récupérer une enveloppe d'argent.  Peu de temps après, l'ingénieur Marc Gendron l'appelle et lui remet une enveloppe.

Jean Bertrand n'ouvre pas l'enveloppe, mais est conscient qu'elle doit contenir un montant d'argent.

10h48 - Me Tremblay questionne le témoin sur les enveloppes contenant les contributions des firmes de génie-conseil.

10h45 - À la demande de Me Gauthier, Jean Bertrand rencontre Me Pierre Lambert pour recevoir son deuxième versement de 20 000$.

10h45 - Il a reçu deux versements de 20 000$ en argent comptant: en 2009 et en 2010.

10h40 - «J'ai réglé ça avec M. Gauthier, j'ai dit "je vais prendre 40 000$".»

10h40 - Il demande à Gilles Vaillancourt «combien ça vaut» le travail d'un organisateur de parti. Vaillancourt répond: 100 00$ «du tac au tac».

10h40 - Retour sur l'année 2007. Jean Bertrand est en semi-retraite et ne souhaite pas se remettre à travailler pour le PRO des Lavallois.  Il demande à rencontrer le maire Vaillancourt.

10h35 - Me Bertrand devient avocat-conseil au cabinet Dunton-Rainville, une forme de semi-retraite.  «Je faisais du développement pour eux, je leur amenais des clients.»   Il quitte en 2012.

10h30 - Me Bertrand avait fermé son bureau en mai 2006, il souhaitait ralentir et sentait une fatigue professionnelle.   Il voulait être avocat-conseil, «je voulais ralentir beaucoup.   Mais ce ralentissement, je ne voulais pas le consacrer au parti», dit-il.

10h25 - Le témoin affirme que la rénovation de ses escaliers a été payée par le notaire Jean Gauthier.   Me Tremblay demande si l'argent provenait des fonds de la ville ou du compte personnel de Me Gauthier. «De mémoire, il m'a dit que c'était personnellement.»

10h20 - Deux avantages reçus par Me Bertand pour son «bénévolat» à la Ville de Laval: 40 000$ et la réfection des escaliers qui menaient à son bureau.

10h15 - Me Tremblay résume le témoignage de Me Bertrand.

10h10 - La commission reprend ses audiences publiques. Me Simon Tremblay poursuit l'interrogatoire de l'ancien agent officiel du PRO des Lavallois, Me Jean Bertrand.

 

 
 

1997: première année pour les prête-noms

 
 

En fait, le système de prête-noms a débuté dès l'élection de 1997, explique maître Bertrand.   En 2005, il n’avait pas demandé de prête-noms pour les conseillers municipaux pour le compte de dépenses du PRO des Lavallois. Ils l’ont appelé, en mars 2005, pour avoir quand même leur reçu d’impôts, même s’ils n’avaient pas donné de contribution.

Le maire Vaillancourt a appelé Me Bertrand parce qu'il n’avait pas mis son nom et celui de son épouse sur la liste des contributeurs.  Bertrand lui a alors expliqué que personne n'était sur la liste de prête-noms cette année-là.

Le maire lui a donc dit de "recommencer".  En 2006, le système de prête-noms est donc reparti à nouveau.

Jean Bertrand a donné l'exemple d'un "cas exceptionnel": si un conseiller partait en voyage avec son téléphone cellulaire et revenait avec une facture salée, Bertrand se faisait dire de le rembourser aux frais de la Ville.

Billet d'avion

Bertrand a fait un chèque de 5 200 $ à la femme de Vaillancourt en 2008 pour rembourser un billet d'avion du maire.

La tournée des conseillers municipaux

Il faisait la « tournée des conseillers» pour leur donner l’enveloppe d’argent, pour rembourser les proches (épouses, frères).   «Je leur disais que c’était illégal, et ils le savaient

Il expliquait aux nouveaux conseillers municipaux les activités de prête-noms et leur offrait la possibilité de les rembourser.   «Si vous voulez pas, les gens en font, mais c’est illégal.   Je leur donnais l’argent et puis ils me donnaient des chèques».

Jean Bertrand arrêté par l'Unité permanente anti-corruption

 
«

Il a témoigné qu'il était assuré que personne ne parlerait parce que ces personnes «s’auto-incrimineraient», étant des personnalités publiques

»
 

Selon Bertrand, les gens avaient le choix de suggérer le montant en millier de dollars, et tous savaient que cette action étaient illégale.

«Je leur disais que c'était illégal parce que je voulais qu’ils arrêtent de le faire. J’aurais voulu l’arrêter, et j’ai essayé de différentes manières.»

Jean Gauthier lui a remis 600 000 $

Le notaire Jean Gauthier ( 02 ) voyait Jean Bertrand une ou deux fois par année pour des échanges d'argent comptant.  Gauthier a remis près de 600 000 $ en argent comptant à Bertrand provenant des firmes d'ingénierie jusqu'en 2009.

Me Gauthier l’appelait pour lui dire qu’il avait le «remboursement pour les conseillers».   Il recevait l’argent en novembre pour les 21 conseillers municipaux.

«Ça a toujours été le milieu des affaires qui a financé les partis depuis toujours, selon mon expérience, mais selon le DGE aussi.»

Il était conscient que ces méthodes allaient à l’encontre de la Loi sur les élections municipales.   Il précise qu'il n’a jamais voulu remettre en question ce système, ou confronter Me Gauthier à ce sujet.

«Ça venait du patrimoine des ingénieurs.»

 

 

Les conseillers municipaux impliqués dans les prête-noms

 
 

De 1997 à 2010, Me Bertrand aurait donné de l’argent sous-forme de prête-noms aux conseillers municipaux suivants: ( 03 )

Jean-Jacques Beldié

Benoit Fradet,
 aussi vice-président de Shockbeton

Georges Gauthier

Jean-Jacques Lapierre

Michèle Major

Jacques St-Jean
(pour lui et son épouse)

Jocelyne Guertin

Basile Angelopoulos

Yvon Bromley

Sylvie Clermont

Lucie Hill-Laroque

Michèle Destroismaisons

Francine Légaré

Alexandre Duplessis
 (alors conseiller), en juin 2013, maire de Laval sous tutelle du Gouvernement du Québec

André Boileau

Denis Robillard

Claire LeBel

Ginette Grisée

Madeleine Solazzo

Ginette Legault-Bernier

 Normand Girard

et, France Dubreuil et Martine Beaugrand n'auraient jamais été mises au courant du système. Robert Plante n'aurait pas embarqué dans ce stratagème.

Personne n'aurait jamais posé de questions sur la provenance de cet argent.

Selon Jean Bertrand, Vaillancourt était au courant des prête-noms. «Il n'y a pas grand-chose dont il n'était pas au courant», répond-il.

 
 

Contribution des conseillers et proches

 
 

Élections de 2009

En 2009, 40 000$ en prête-noms ont été octroyés pour les 21 conseillers en argent comptant.  M. Bertrand recevait 20 000$ provenant du notaire Jean Gauthier, ajoutés aux dépenses du parti d’environ 50 000 $. «C’est pas beaucoup comme dépenses», précise-t-il.

Selon Bertrand, une campagne électorale sans argent comptant est impossible.

Il disait aux conseillers municipaux impliqués dans ce stratagème de «ne rien faire en campagne électorale», c’est-à-dire de ne pas dépenser cet argent, car ils allaient se faire «disqualifier».   «Acheter un winabago, ou ouvrir des centrales de quartier lors des élections, je les faisais fermer.»

Les conseillers municipaux servaient de prête-noms pour les firmes de génie à Laval.

«Ça c’est mon côté obscur, dit Bertrand.   Les conseillers n’ont jamais payé de leur poche pour les contributions faites au parti, de même que leurs proches.   Certains conseillers n’étaient pas fortunés et faisaient des contributions de 750$ avec leur femme.»

Jean Bertrand explique que des ingénieurs qui ne voulaient pas utiliser de prête-noms donnaient de l'argent comptant, pour faire des dépenses directes dans le parti.   Un maximum de 150 000 $ a été donné en argent comptant au bénéfice du parti pendant l'année électorale de 2009.

En revanche, le prête-noms était utilisé dans une année non-électorale.   Entre 40 000 $ à 60 000$ servaient à rembourser les différents conseillers et leurs proches qui faisaient des contributions officielles au parti.

«En 1995, c’était la culture du temps, ça se faisait dans l’opposition et au provincial aussi.   J’adorais mon travail, j’ai continué de le faire, j’ai suivi la rivière

Il précise qu'il avait un ami, en 1995, qui faisait des activités prête-noms au PQ «en quantité industrielle».

Le cocktail comme source de financement

Ce cocktail pouvait rapporter autour de 140 000 $.   Il souligne qu'il n'y avait pas de prête-noms dans cette activité.

Il a éliminé les dons anonymes autour de 1998.   Les dons anonymes représentent 20% maximum des revenus du parti.   «S’il y a quelque chose que je pouvais contrôler, je le contrôlais, mais personnellement, je ne croyais pas à ces dons-là, contre la volonté de M. Vaillancourt. »

Concernant l’envoi de billets pour le cocktail, il n’avait pas de limites.   «Le DGE a fait une seule vérification en 30 ans, en 2009, mais une bonne», lance-t-il.

Bertrand n'avait pas de contrôle sur cette source de financement à son arrivée au parti.   Il a commencé a en avoir vers 1998-99.   Un billet pour le cocktail pouvait coûter entre 150 à 250$.

«Je voulais que tout le monde sache qu'il y avait un événement de financement qui marchait fort, même les adversaires.»

700 personnes étaient invitées à ce cocktail gracieusement.   Certains membres et travailleurs du PRO ne payaient pas, une manière d'avoir «un contact avec les électeurs».

«Je peux donner des billets à qui je veux, la loi ne m'en empêchait pas.   J'ai déjà eu une princesse du Gabon à l'entrée.»

Dans son envoi officiel, il n'a jamais envoyé des billets à des non-Lavallois, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y avait pas de non-Lavallois présents au cocktail.

 
 

Remboursement de dépenses de «recherches et secrétariat»

Bertrand explique que selon la Loi Doré, une loi du PQ introduite en 1984, il n’y avait pas de balises pour le remboursement des dépenses.   «C’est comme une allocation des partis.   De 1984 à 2001, on faisait des demandes de remboursements mensuels.   Un fonctionnaire qui essaie de faire des remboursements essaie de mettre des balises.»

«Les dépenses non-remboursables, on essayait d’en faire le moins possible».   Par exemple, pour la nourriture et les boissons alcoolisées, jamais il ne produisait de factures pour cela.   Il essayait de ne faire dépenser que ce qui était remboursable.

«Il fallait dépenser le budget annuel de la Ville pour être remboursé, et chaque année, il augmentait.»

Autres dépenses du parti PRO remboursées totalement: les outils promotionnels.   La Ville lui interdisait de prendre son logo.   Timbres, accroche-porte, crayons.   « Une panoplie de dépenses étaient remboursées en fonction du budget donné.»

Toutes autres activités servaient à augmenter le budget électoral.

«Au niveau du municipal, on connaît la date de l’élection quatre ans d’avance.   Un parti doit se faire connaître, pour se faire montrer comme une alternative au parti politique en place.   Il y a une pression énorme sur le représentant officiel pour aller chercher du financement le plus possible.»

«Il n'y a pas de système égalitaire au niveau municipal», dit Bertrand.  

«Je me mettais un coussin, pour être sûr, parce qu’il n’y avait pas de plafond à respecter.   250 000 $ à 260 000 $ comme coussin en période électorale.   Si on dépasse le plafond, on est pénalisés.»

Ils louaient les panneaux électoraux 10x20.  «C’est plus que 500 $».

«Un crayon promotionnel, des sacs écologiques, on en a distribué une soixantaine de mille.   C’était des outils pour les conseillers pour parler avec les gens.   Il fallait faire du porte-à-porte.   Le conseiller parlait avec les citoyens et allait mettre un accroche-porte.»

«Le contact avec les citoyens»

Le PRO des Lavallois avait 28 000 cartes de membres.

Bertrand dit que les conseillers devaient avoir 1 000 membres dans leur district.   Selon lui, le PRO «était quand même très démocratique».

Le PRO était axé sur le contact direct avec le citoyen, selon lui.   «On allait mettre des affiches sur les terrains privés seulement.   Un poteau public, ça vote pas. C'était axé sur le contact avec les gens directement, pas juste une fois par 4 ans."

Cautionner le parti de manière illimitée

"Si un entrepreneur cautionnait pour 100 000 $ dans le parti, il avait une bonne cote."

Bertrand empruntait à la banque et finançait le parti, comme une marge de crédit, de manière illimitée dans les années 1980.   "Aujourd'hui, la limite est fixée à 10 000 $", rappelle Jean Bertrand.

«Je n'ai jamais demandé d'argent comptant à M. Vaillancourt.   Je ne lui ai jamais donné d'argent comptant», soutient Bertrand.

Il collectait les chèques pour le parti, lorsqu'il est arrivé dans les années 1980.

 

Des fonds publics pour les dépenses personnelles de Jean Bertrand
L
e représentant officiel du parti de Gilles Vaillancourt s'est fait rembourser jusqu'à sa carte Costco

 
 

En septembre 2011, le Devoir publie que le représentant officiel du Parti PRO des Lavallois, l'avocat Jean Bertrand, profite de façon personnelle des deniers publics réservés aux élus.   Au cours des sept dernières années, les contribuables lavallois ont payé les services de téléphonie cellulaire privée de M. Bertrand, des cartes d'affaires, une portion de son bureau d'avocat et même son abonnement annuel à Costco qu'il partage avec sa conjointe.

Le Devoir a épluché les factures présentées par le PRO, entre janvier 2005 et 2011, afin d'obtenir un remboursement de la part de la Ville de Laval en vertu des dispositions législatives permettant de soutenir financièrement le travail de recherche et de secrétariat des conseillers municipaux.

Selon les documents consultés, deux numéros de téléphone sont facturés au PRO qui, par la suite, en réclame le remboursement à la Ville de Laval. L'un des numéros correspond à la permanence du parti politique de Gilles Vaillancourt.

L'autre est le cellulaire de Jean Bertrand.   Les factures mensuelles s'élèvent, en général, entre 70 et 100$. M. Bertrand a ainsi obtenu des remboursements d'au moins 5 000 $.   Lorsque Le Devoir l'a joint à ce numéro, à la mi-juillet 2011, M. Bertrand s'est enflammé: «Je ne veux plus que vous me téléphoniez sur mon téléphone privé. Je ne veux plus discuter avec vous

Depuis 1984, Jean Bertrand est le représentant officiel du PRO des Lavallois.   En 2006, il est devenu avocat-conseil chez Dunton-Rainville.   Ce cabinet d'avocats reçoit de très nombreux mandats de la part de Laval (d'une valeur de plus de 10 millions depuis cinq ans).

Auparavant, Me Bertrand avait sa place d'affaires dans les mêmes locaux que le PRO des Lavallois, un édifice lui appartenant, rue du Pont-Viau.   Le porte-parole du parti, Pascal Saint-Denis, assure que cela ne constituait pas un problème, et ce, même si les taxes municipales et scolaires ainsi que les assurances ont été payées par le PRO et remboursées par le budget de Laval dévolu à la recherche et au secrétariat.

Aussi, le PRO a fait imprimer 500 cartes d'affaires pour Me Bertrand, en 2009.   Selon M. Saint-Denis, il s'agit essentiellement d'un outil politique alors que Laval était en campagne électorale.

Dans la longue liasse de factures, on retrouve également, année après année, le renouvellement de la carte de membre des magasins Costco.   En juin 2010, cela a constitué un débours de 56,44 $, qui a été payé à même les coffres de la municipalité.

Pascal Saint-Denis soutient que la carte Costco est celle du PRO.   Or la facture indique bien que les détenteurs sont Jean Bertrand et Ginette Lessard, la conjointe de ce dernier.   De plus, pourquoi le PRO utiliserait une carte personnelle Costco pour faire des achats (extrêmement rares, par ailleurs), alors que le magasin offre une carte destinée aux entreprises?   M. Saint-Denis maintient sa version des faits.

Quant au principal intéressé, il a refusé de parler directement au Devoir.   En juillet 2011, il avait toutefois déclaré n'avoir «jamais pris un sou noir». «La politique, c'est ma passion», avait-il lancé comme explication.

Sources: Le Courrier de Laval pour Transcontinental Inc. Journal de Montréal et Hebdo Régionaux Laval pour Quebecor, La Presse/Gesca pour Power Corporation of Canada, Radio-Canada pour la Société CBC/Radio-Canada, Le Devoir pour SPEQ Le Devoir inc.

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 18 février 2017

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Notes & Références encyclopédiques:

01

Laval : 25 M $ de contrats à Dunton Rainville - Sur Droit Inc.

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02
 

Jean Gauthier est aujourd’hui à la retraite. Il a travaillé comme notaire de 1963 à 2007. Selon deux sources politiques de Laval, Jean Gauthier était «un ami et proche du maire Gilles Vaillancourt». Il est connu comme un grand conseiller du maire qui est resté très discret dans les coulisses du pouvoir à Laval. Il s’occupait avec l'avocat Jean Bertrand des campagnes de financement du parti PRO des Lavallois depuis 1985.

 

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03

Membres du conseil municipal de Laval en 2013 - Site de la ville de Laval (Note la liste n'est plus en ligne)

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