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François Paulhus, un passé d'ingénieur collusionneur qui rattrape le politicien

François Paulhus, membre du conseil d'administration de la Commission de la capitale nationale (CCN), devrait démissionner de son poste en raison des allégations à son endroit entendues à la Commission Charbonneau, selon le ministre conservateur John Baird. M. Paulhus, aussi candidat d'Équipe Labeaume de Québec a annoncé qu'il ne briguerait pas les suffrages aux prochaines élections municipales à la suite des révélations faites à la Commission Charbonneau.

 

Un témoin à la Commission Charbonneau a indiqué que M. Paulhus était le responsable chez Genivar ( 01 ) du système de collusion qui avait été mis en place en Outaouais afin de permettre aux firmes d'ingénierie de se partager les contrats de la municipalité de Gatineau, entre les années 2003 et 2008.

La commission Charbonneau a fait tomber une tête chez Équipe Labeaume. Présenté aux audiences comme un participant d'un système de collusion à Gatineau, l'ingénieur et candidat François Paulhus abandonne la course en prévision des élections du 3 novembre 2013. L'ingénieur se défend et le maire Régis Labeaume assure que son parti avait scruté à la loupe le passé de sa recrue.

«Je suis déçu car toutes les références professionnelles qu'on avait sur ce gars-là étaient extraordinaires. Et pour lui, c'était un rêve de faire de la politique», a relaté le maire Régis Labeaume en point de presse.

Mais toute cette collaboration a volé en éclats quelques heures plus tôt quand le nom de François Paulhus, candidat d'Équipe Labeaume dans le district Le Plateau de Québec, est sorti aux audiences de la commission Charbonneau. 

Régis Labeaume a indiqué que la première approche avec Équipe Labeaume avait été effectuée par M. Paulhus et que des discussions ont suivi. Et les vérifications aussi, a martelé le maire. «On a tellement fait d'efforts parce qu'on savait que tout candidat ingénieur serait scruté à la loupe. On pensait avoir fait le tour du jardin», a relaté le maire de Québec en assurant que la décision du retrait de M. Paulhus a été prise d'un commun accord.

«Avec notre politique de tolérance zéro, il était impossible qu'il soit candidat

Témoin à la commission Charbonneau, Marc-André Gélinas ( 02 ), directeur général de la firme de génie-conseil AECOM, a identifié François Paulhus comme responsable, pour la firme de génie-conseil Genivar, d'un réseau de collusion visant le partage des contrats de génie civil de la Ville de Gatineau.

Marc-André Gélinas a commencé son témoignage devant la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction (CEIC) en confirmant l'existence d'un système de collusion mis sur pied en réaction à la loi 106, adoptée en 2002, qui permet d'évaluer les propositions des soumissionnaires sur la base du prix en plus de la qualité du dossier.

Les contrats de génie civil entre 25 000 $ et 500 000 $ étaient visés. Les quatre principales firmes de Gatineau étaient impliquées et avaient droit à un pourcentage prédéterminé des mandats : CIMA +
(40 %), Genivar (27 %), Tecsult devenue AECOM (22 %) et Dessau (11 %).

Ce pourcentage a été imposé à M. Gélinas par Roger Desbois ( 03 ), directeur de Tecsult à Laval et percepteur de ristournes pour le parti PRO des Lavallois, qui a déjà témoigné devant la Commission. En moyenne, 2,4 millions $ étaient ainsi partagés chaque année sur le territoire de Gatineau, selon les calculs du dg local.

Celui-ci a rapidement nommé les responsables de la collusion pour chaque firme : André Mathieu chez CIMA +, François Paulhus et Claude Marquis pour Genivar, Michel Famery et Dave Boulay pour Dessau. Et bien sûr Marc-André Gélinas lui-même.

Toujours selon M. Gélinas, les réunions entre les ingénieurs cités ont d'abord eu lieu dans des lieux publics, sous prétexte de traiter de sujets relatifs à l'Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ), puis dans leurs bureaux respectifs tôt le matin ou le soir pour ne pas éveiller les soupçons. Un code téléphonique a ensuite été mis en place pour régler les détails sans se déplacer. Il référait à des réunions fictives de l'AICQ. 

«Pas de pattern»

Selon M. Gélinas, les responsables des appels d'offres à la Ville de Gatineau ne se doutaient de rien, car les mandats n'étaient pas distribués à tour de rôle et les offres des firmes dont c'était le tour respectaient la grille tarifaire de l'AICQ. «Il n'y avait pas de pattern», a-t-il précisé. Les comptes étaient faits une fois l'an.

Le réseau collusionnaire a été effectif de 2003 à 2008, avec une pause de quelques mois en 2006 après la dissension de Dessau qui voulait augmenter sa part de marché.

Le réseau est finalement tombé quand AECOM a acquis Tecsult et imposé un code de conduite restrictif. M. Gélinas avait également pris peur après avoir lu un article du Droit d'Ottawa portant sur un système de collusion pour des contrats informatiques au gouvernement fédéral.

François Paulhus a travaillé chez Genivar de 1993 à 2007, dont 10 ans comme directeur associé dans la région d'Ottawa-Gatineau. Depuis 2007, il travaille à son compte pour Paulhus Gestion immobilière. Il est membre du conseil d'administration de la Commission de la capitale nationale (CCN) du Canada. De décembre 2011 à octobre 2012, il a aussi été commissaire à la Commission des champs de bataille nationaux (CCBN).

Interrogé par Le Soleil, M. Paulhus a nié en bloc le témoignage de son ancien concurrent.

«Je n'ai absolument rien à me reprocher là-dedans», avait assuré au Soleil M. Paulhus. Quelques heures plus tard, il confirmait qu'il retirait sa candidature.

Le maire de Québec laisse tomber l'idée de dénicher un ingénieur à tout prix

Avec la candidature de François Paulhus, Régis Labeaume n'avait pas caché avoir trouvé un potentiel successeur à son bras droit François Picard.

Mais maintenant que M. Paulhus quitte la course, éclaboussé par des allégations de collusion dans le passé, l'idée de dénicher un ingénieur à tout prix n'est plus dans la mire.

«Est-ce qu'on va aller chercher un ingénieur? C'est pas sûr», a réagi le maire de Québec. «J'ai l'impression qu'il y aura toujours quelque chose. Alors on va voir. Ça va être compliqué de trouver un ingénieur actuellement», a-t-il poursuivi.

«Il n'est pas question de dire que les ingénieurs sont tous croches», s'est toutefois défendu M. Labeaume. Mais le maire a l'impression qu'aux yeux de la population, les ingénieurs sont tous susceptibles «directement ou indirectement d'avoir participé à quelque chose», dit-il.

«Dans le public, ingénieur est un métier malheureusement mal vu», a déploré M. Labeaume.

Ordre des ingénieurs du Québec: infractions reprochées 9 juin 2014

François Paulhus (ex-membre, radié en 2013 pour non-conformité au Règlement sur la formation continue obligatoire des ingénieurs)

Chef 1 :

Dérogation à l’article 3.02.08 du Code de déontologie des ingénieurs et à l’article 59.2 du Code des professions

Chef 2 :

Dérogation à l’article 3.05.03 du Code de déontologie des ingénieurs

Chef 3 :

Dérogation à l’article 3.02.01 du Code de déontologie des ingénieurs

Chef 4 :

Dérogation à l’article 4.02.03 c) du Code de déontologie des ingénieurs

 

Sources: Commission Charbonneau: Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction, Le Soleil/Gesca pour Power Corporation of Canada

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 6 septembre 2013

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  Vers la Fiche:
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Notes & Références encyclopédiques:

01 À propos de Genivar ingénierie conseil - Sur MétéoPolitique

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02
À propos de Marc-André Gélinas d'AECOM/Tecsult - Sur MétéoPolitique

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03

À propos de Roger Desbois - Sur MétéoPolitique

 
 
 
 

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