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Donald Fortin et ses conflits d'intérêts

Matériaux et travail gratuits. Au moins cinq entrepreneurs ont absorbé une partie des coûts de construction de la maison de Donald Fortin, puissant directeur général de l’Inter, un des syndicats représentant des travailleurs dans le domaine de la construction au Québec.

 
 
 

Donald Fortin,
directeur du Conseil provincial International de la Construction

Qui est Donald Fortin ?

Né en 1949, il entreprend sa carrière sur la Côte-Nord et intègre le Local 711 des monteurs d’acier affiliés à l’Inter en 1971.

Il devient agent d’affaires pour le 711 en 1981.

En 1983, de plus en plus impliqué en tant que leader syndical, Donald Fortin devient représentant pour l’Est du Canada de l’Association internationale des travailleurs en ponts, en fer structural, ornemental et d’armature.

Il devient directeur général de l’Inter en 2006.

Vivement opposé au projet de loi 33 visant à abolir le placement syndical, Donald Fortin en fait son principal cheval de bataille en 2012.

L'ex-maison de Donald Fortin, vendue en 2011

Un haut dirigeant syndical de la construction, Donald Fortin, a reçu gratuitement des matériaux et de la main-d’œuvre de la part d’entrepreneurs pour construire sa luxueuse maison de Blainville.

Le bureau d'enquête de l'agence QMI/Quebecor a découvert que, en 2003, au moins cinq entreprises de construction ont offert gracieusement leurs services à Fortin, qui est aujourd’hui directeur général du Conseil provincial (International). Il faisait alors bâtir sa résidence de plus de trois quarts de million de dollars.

Presque tous avaient un point en commun, selon nos sources qui proviennent des milieux de la construction, policier et administratif. L’année précédente, ils avaient travaillé ou soumissionné sur un des plus gros projets de construction industrielle de ces dernières années au Québec, à savoir la phase II de l’aluminerie Alouette.

Or, la centrale syndicale au sein de laquelle Fortin était alors un influent agent d’affaires représentait une bonne partie de la main-d’œuvre sur le chantier.

«En construisant la maison de Donald, les entrepreneurs achetaient la paix syndicale, mais ils faisaient plus que ça. Ils faisaient en sorte que leurs chantiers ne subissent pas de ralentissements parce que Donald avait le pouvoir de faire ralentir les gars», a raconté une source très près du dossier.

«De la magouille», dit une source

La maison du chef syndical, qu’il a vendue 823 000 $ en 2011, était la propriété de la Fiducie d’Alma Blainville, dont deux des trois fiduciaires sont Donald Fortin lui­même et son épouse.

Notre enquête a permis de découvrir que la firme Parmétal fait partie des entreprises qui ont absorbé une partie des coûts de construction de la résidence.

Un matin, les monteurs d’acier de Parmétal, affiliés au local 711 de l’Inter, ne se sont pas présentés sur un chantier où ils devaient travailler, dans l’Est de Montréal.

Inquiet, le chargé de projet a appelé l’entreprise, et les travailleurs ont finalement été localisés sur le site de construction de la maison de Donald Fortin, nous raconte une source chez Parmétal qui a requis l’anonymat.

«Les hommes n’étaient pas payés à l’heure, mais bien à prix fixe. Donc, on a dû absorber le coût des travaux sur la maison de Donald», ajoute-t-elle.

«C’est clairement de la magouille, ce qui s’est fait là», observe notre source.

Étonnant

Une autre entreprise, Grues Fortier, qui est aujourd’hui une filiale de Grues Guay, a aussi fourni gratuitement machinerie et main-d’œuvre afin de monter une partie du toit de la maison de deux étages, dont les murs sont revêtus de pierre.

Les équipements de Grues Fortier ont également été utilisés pour enlever une large pierre dans la cour, là où devait aller le spa, a-t-on pu apprendre.

La construction d’une si luxueuse résidence par Donald Fortin est étonnante, selon certaines personnes à qui nous avons parlé, parce que le directeur général de l’Inter a déclaré faillite en 1995, avec des dettes de 267 000 $ contre un actif de seulement 173 800$.

«Tout le monde trouvait ça bizarre que, après sa faillite, il se retrouve avec une maison d’un million de dollars. C’est assez spécial», a confié quelqu’un chez Grues Fortier.

Plusieurs sources nous disent que Gastier, une entreprise qui figure aujourd’hui dans l’empire de Tony Accurso, a aussi participé gratuitement à la construction de la maison. Mais un cadre supérieur de l’entreprise, Sylvain Pelletier, a nié cette information avant de mettre fin abruptement à la conversation téléphonique.

«Je ne dois rien à personne»

Donald Fortin a refusé de nous rencontrer en personne. Voici ce qu'il nous a dit lors d'un bref entretien téléphonique:

Question : Nous aimerions vous poser quelques questions sur la construction de votre maison.

Réponse : J'ai pas de compte à vous rendre là-dessus, moi.

Question : Comment vous avez payé cette maison-là, Monsieur Fortin ?

Réponse : Ce n'est pas de vos affaires.

Question : Qui l'a bâtie ?

Réponse : Moi.

Question : Vous l'avez bâtie avec l'aide de qui ?

Réponse : Moi-même.

Question : Nous voudrions savoir si vous avez payé le plein prix de cette maison-là, ou s'il y a des entrepreneurs qui ont travaillé gratuitement pour vous.

Réponse : J'ai tout payé ce que j'avais à payer. Je ne dois rien à personne.

Question : Est-ce que vous accepteriez de nous fournir les factures?

Réponse : Je n'ai pas de facture. J'ai vendu la maison et j'ai tout détruit mes affaires, je n'en ai plus besoin. Je n'ai aucune facture.

Traitements de faveur

La construction de la maison du directeur général de l’Inter, à laquelle ont participé gratuitement certains entrepreneurs, soulève plusieurs questions, estime Me Donald Riendeau, avocat et conseiller spécialisé en éthique.

«Tout au moins, ça allume une lumière jaune», observe-t-il.

Selon lui, en 2003, il n’était pas rare que des personnes influentes bénéficient de traitements de faveur et de cadeaux, quel que soit leur milieu.

Donald Riendeau, Éthicien

«C’était monnaie courante à une certaine époque. On était dans une éthique de parade, où personne ne se faisait pincer», explique l’expert.

Pourtant, selon lui, les gens en position d’autorité auraient tout intérêt à agir de manière irréprochable.

«Lorsqu’ils ont recours à des travaux pour leur maison ou leur chalet, ils doivent s’élever au-dessus de la masse. Ils doivent agir avec la plus grande transparence et intégrité», prévient Me Riendeau.

Il vantait le projet Alouette

Nos sources nous disent que la plupart des entreprises qui ont fourni gratuitement des services pour la construction de la maison de Donald Fortin ont travaillé ou soumissionné sur le méga-chantier de la phase II de l’aluminerie Alouette.

Le 24 novembre 2009, Fortin avait justement vanté la réussite du projet de l’usine Alouette en commission parlementaire.

«On a une entreprise qui s’appelle Alouette, qui a planifié ses travaux, qui a ordonné son travail, qui a organisé ses choses correctement. On parle de tous les aspects: relations de travail, santé et sécurité, etc., contrats et nous avons réussi à livrer cette usine-là à l’intérieur des délais, trois mois avant l’échéancier, et à l’intérieur des budgets, sans aucun problème majeur», a-t-il affirmé.

Fortin mettait ce projet en opposition avec celui de l’usine Gaspésia, «un projet mal ficelé», selon lui, qui s’est terminé en «fiasco».

Le gouvernement du Québec suspend le syndicaliste Donald Fortin de son poste au conseil d'administration de la Commission de la construction du Québec (CCQ).

La ministre du Travail, Agnès Maltais, a pris cette mesure à la suite des allégations de traitements de faveur évoquées dans des articles du Journal de Montréal et du Journal de Québec. La ministre Maltais souhaite que la lumière soit faite sur ces allégations avant de lui permettre de poursuivre ses activités au sein de l'organisme provincial. La ministre précise que ces allégations contreviennent directement au code d'éthique et de déontologie des membres du conseil d'administration de la CCQ.

« [...] compte tenu de la gravité des allégations mentionnées [dans les articles] et de témoignages dont font état ces articles, je vous informe que vous êtes suspendu dès aujourd'hui de vos fonctions [...] » — Extrait de la lettre adressée à Donald Fortin

M. Fortin siégeait au conseil d'administration de la CCQ à titre de directeur général du Conseil provincial des métiers de la construction du Québec, qui regroupe 45 000 travailleurs répartis dans 28 sections locales à travers le Québec. 

Source: Journal de Québec/QMI pour Quebecor, Radio-Canada pour la Société CBC/Radio-Canada

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 25 avril 2013

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