Le patron de Bernard Trépanier ne le connaissait pas!

 
 

M. Ouellet a raconté par ailleurs un épisode qui indique qu'il aurait pu avoir des doutes, un temps, sur l'intégrité de Bernard Trépanier ( 02 ). Ainsi, quelques mois après son arrivée en 2004, Me Gilles Hébert l'avait informé que la Sûreté du Québec s'intéressait à M. Trépanier. Il a alors rencontré le maire Tremblay ( 03 ) en compagnie de Me Hébert pour lui exposer la situation, en présence du chef de cabinet Stéphane Forget. Un mois plus tard, Me Hébert, actif dans les campagnes électorales du maire, l'informait qu'il n'y avait finalement pas de problème.

L'ex-directeur général d'Union Montréal n'exclut pas que le départ de M. Trépanier, en 2006, puisse d'une façon ou d'une autre être lié à cela.

Le témoin a assuré devant la Commission qu'il n'entretenait aucun lien avec Bernard Trépanier, l'ancien argentier du parti, qui a travaillé dans son équipe pendant deux ans. «Je ne le connaissais pas du tout», a-t-il fermement déclaré.

Pourtant, M. Ouellet était le directeur de M. Trépanier, responsable à l'époque du financement d'Union Montréal. Mais, lorsque ce dernier a quitté ses fonctions en 2006, il n'aurait même pas prévenu son supérieur.

«Je n'ai jamais eu de lettre officielle de démission. Mon équipe m'a informé qu'il avait décidé de partir. Je n'ai pas posé d'autres questions», a-t-il expliqué.

Mais cette réponse est très loin d'avoir satisfait les commissaires.

«Ce n'est pas une multinationale votre organisation. Vous êtes six, un jour il y en a un qui s'en va et vous ne prenez pas le téléphone pour connaître les raisons», a lancé le commissaire Lachance.

Ce à quoi Christian Ouellet a tout simplement répondu, à la surprise générale, que «l'organisation était plus importante que l'individu».

Pourtant, le téléphone, il l'a visiblement utilisé.

Tout au long de son témoignage, il a tenté de prendre ses distantes avec l'ex-argentier du parti. Après son départ, il a même assuré qu'il ne lui avait jamais reparlé.

Juste avant la pause, le procureur Cainneth Lussiaà Berdou a alors sorti un beau lapin de son chapeau : le registre téléphonique des appels logés entre les deux hommes.

Entre février 2005 et juin 2008, ils se sont contactés à 67 reprises. Le témoin est resté sans mots, perdant littéralement ses moyens.

 
 

Courte biographie de Christian Ouellet

 
 
  • 1973 à 1983 - Attaché politique et directeur des campagnes de recrutement et financement au Parti libéral du Québec (PLQ);

  • 1989 et 1990 - Président bénévole de la Commission d'organisation du Parti Libéral du Québec PLQ;

  • 2011 - Il a piloté la campagne électorale du parti en 2001;

  • 2004 - Devient directeur général du parti du maire Gérald Tremblay/Union Montréal;

  • Février 2008, Christian Ouellet a quitté Union Montréal pour devenir directeur général de la Société du parc Jean-Drapeau (SPJD) une société paramunicipale de la ville de Montréal;

  • Il a aussi travaillé au cabinet de relations publiques National durant 15 ans;

  • Il fut un collaborateur de l'ex-ministre libéral Marc-Yvan Côté, qui a été responsable du développement des affaires chez Roche.

 
 

Directeur général d'Union Montréal payé par Roche

 
 

Pendant quatre ans, le directeur général du parti de Gérald Tremblay était payé à titre de consultant par la firme de génie-conseil Roche, une entreprise qui a reçu plusieurs millions en contrats municipaux à Montréal.  «C'étaient des mandats occasionnels sous forme de per diem», avoue-t-il d'emblée.

Christian Ouellet raconte qu'il travaillait déjà comme consultant pour la firme de génie en 2004 lorsqu'il a été recruté par Gérald Tremblay pour diriger son parti à temps plein. Union Montréal savait qu'il allait lui donner la victoire, dit-il. «Je suis un mercenaire, moi, un organisateur, et on connaît ma notoriété», lance-t-il.

De 2006 à 2008, Roche et les consortiums dont elle fait partie ont obtenu des contrats municipaux à Montréal d'une valeur de plus de 8 millions. Il a été impossible d'obtenir les chiffres de 2004 à 2006 avant de mettre sous presse.

Mais M. Ouellet ne croit pas avoir été en conflit d'intérêts.

«J'ai informé Roche que j'avais accepté l'offre du maire et que, dans les circonstances, je ne pouvais en aucun cas m'occuper de développement des affaires dans l'île de Montréal», se souvient-il.

Jamais il n'a tenté de favoriser un projet de Roche auprès des élus, dit-il, en se décrivant plutôt comme un consultant en communications. Il raconte avoir préparé un plan de communications qu'il a présenté à France Michaud, vice-présidente de Roche chargée du développement des affaires. Mme Michaud a été arrêtée par l'escouade Marteau en 2011. Elle est accusée de corruption dans les affaires municipales à Boisbriand.

Pas astronomique

Ni Roche ni M. Ouellet n'ont voulu dévoiler les honoraires qu'il a reçus de la firme. «Ce ne sont pas des sommes astronomiques», affirme M. Ouellet.

En février 2008, Christian Ouellet a quitté Union Montréal pour devenir directeur général de la Société du parc Jean-Drapeau (SPJD). «Quand il a été nommé là, il nous a avisés. Nous avons mis fin au contrat. Il se peut qu'il y ait eu un peu de chevauchement, des délais administratifs. Mais tous les contrats que nous avons obtenus au parc Jean-Drapeau ont été obtenus à la suite d'appels d'offres. Et ce n'étaient pas de gros contrats», explique Jacques Thivierge, vice-président chez Roche.

M. Ouellet confirme qu'il a brièvement cumulé les deux sources de revenus.

«Je suis entré en fonction [à la SPJD] le 3 mars 2008. Je les ai informés que, pour moi, le mandat était terminé. Et le 31 mai 2008, j'ai présenté ma dernière facture à Roche», dit-il.

La SPJD dit avoir accordé 1,5 million en contrats à des firmes de génie, dont 23% à Roche, sous le règne de M. Ouellet. Elle a licencié ce dernier le 30 mars dernier, mais assure que ses liens avec la firme n'ont rien à voir avec son départ.

L'organisme paramunicipal est aux prises avec des dépassements de coûts dans la réfection du restaurant Hélène-de-Champlain et fait l'objet d'une enquête du vérificateur général.

Au cabinet du maire, l'attachée de presse Martine Painchaud a été avare de commentaires. «Christian Ouellet, en tant que directeur général, se rapportait au conseil de direction du parti et au président du parti. Pas au maire», souligne-t-elle.

L'opposition s'inquiète. «Ce lien de proximité ouvre la porte à énormément de questions, surtout si l'on considère les résultats des enquêtes à Mascouche et à Boisbriand. Quel était l'intérêt de travailler à la fois chez Union Montréal et chez Roche? Gérald Tremblay doit s'expliquer», a dit la mairesse de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles, Chantal Rouleau, au nom de Vision Montréal.

«Vous avez parlé de quoi ?» a questionné le procureur.

«Je n'ai pas de mémoire», s'est contenté d'avancer M. Ouellet.