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Collecteur de fonds et organisateur d'élections clefs en main

Bernard Trépanier s'empêtre dans ses témoignages, ses conflits d'intérêts et admet devant la Commission Charbonneau qu'il accepte la paternité du système de collusion à Montréal

En 2016 et 2017, malgré ses aveux devant la Commission Charbonneau, il fait tout pour faire déraper son procès grâce à un avocat aussi "x%*x*x(&xxx" que lui.  Bernard Trépanier, un homme d'affaires au large carnet d'adresses était sous-traitant pour Astral et Dessau.  Il est impliqué dans la collusion des octrois de contrats à la ville de Montréal.   C'est un collecteur de fonds et organisateur pour partis politiques.   Il semble que l'homme gardait tellement d'argent comptant dans le coffre fort d'Union Montréal que la porte ne fermait plus.   Au-delà de la caricature, il s'est fait arrêter par l'escouade Marteau pour son implication dans le scandale du Faubourg Contrecoeur à Montréal.   Un ex-Unionniste Benoit Labonté avait dit pendant la campagne électorale municipale de 2009 que tous l'appelaient «Monsieur 3%», car, selon lui, il était allégué que M. Trépanier réclamait un pourcentage du montant des contrats octroyés par la Ville de Montréal

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Commission Charbonneau
Trépanier accepte la paternité du système de collusion
 
 

Lors de son témoignage à la Commission Charbonneau M. Trépanier a relaté la genèse de son implication en politique, sous les conservateurs de Brian Mulroney.   C’est Claude Dumont, principal organisateur de l’ex-premier ministre, qui lui a appris les rudiments du métier.   Il est resté dans l’antichambre bleue jusqu’à l’élection de Kim Campbell, en 1993.

Longueuil, Laval, Saint-Laurent, Boisbriand, Rosemère, Saint-Jérôme, Le Gardeur, Repentigny : Bernard Trépanier a roulé sa bosse comme organisateur politique.   Partout où il est passé, sauf à Saint-Léonard et à Laval, il portait les habits du faux bénévole payé par chèque ou en argent comptant pour ses services.   Les montants étaient minimes, a-t-il dit.   Ses cachets couvraient tout juste ses frais de repas et de déplacement.

L’esprit de la loi de René Lévesque sur le financement des partis politiques a toujours été transgressé dans les petites villes, parole de Bernard Trépanier !

Véritable bête politique, M. Trépanier allait de ville en ville, comme un troubadour de la démocratie municipale, pour prêter main-forte à des candidats.   Dans les patelins reculés, il a été témoin de « petites batailles » entre les bureaux d’ingénieurs, d’avocats et les entrepreneurs locaux.   Chacun présentait et finançait son poulain, dans l’espoir d’accéder aux contrats municipaux de la Ville.

« On faisait du clé en main, a-t-il expliqué.   Les entrepreneurs, les ingénieurs et les avocats locaux s’occupaient d’équipes.   Ils avaient chacun leurs clans. »   L’arrangement convenait à Bernard Trépanier puisqu’il n’avait pas à se préoccuper du financement.  «Moi, je ne voulais pas toucher à ça», s’est-il exclamé.

M. Trépanier n’attendait rien en retour pour ses services.   Son travail d’organisateur est à ranger dans la catégorie du «développement des affaires».  « C’était joindre l’utile à l’agréable.   Ça permettait d’avoir des contacts dans toutes les municipalités », a-t-il expliqué.

Il monnayait ses contacts par l’entremise de sa compagnie de marketing, Bermax.   « Bermax, c’est Bernard au maximum », a-t-il lancé, tout sourire.   Outre Dessau, il comptait parmi ses clients Nepcon, le Groupe SM, Astral, Octane Stratégies et Tecsult.

Il y a deux politiciens pour lesquels Bernard Trépanier a réellement effectué du travail bénévole : Gilles Vaillancourt et Frank Zampino.

M. Trépanier a connu Frank Zampino vers 1989. Il fut de toutes ses campagnes à la mairie de Saint-Léonard, sans rien demander en retour.   « Un chum, c’est un chum. Je n’ai jamais demandé rien à monsieur Zampino.   Je me suis lié d’amitié, a-t-il dit.   C’est une affaire de famille. On allait là pour s’amuser. »

Pour la campagne de 2001, M. Trépanier a pu compter sur l’aide d’un nouvel organisateur qui « mangeait de la politique » : Tony Tomassi, futur ministre libéral. Ironie du sort, les trois hommes sont aujourd’hui accusés de fraude.

C’est au printemps 2004 que Bernard Trépanier est finalement devenu le directeur du financement d’Union Montréal.   « Monsieur 3 % » a posé ses conditions avant d’accepter l’offre.   Il ne signait aucun chèque, il n’effectuait aucun dépôt, il ne siégeait pas à l’exécutif du parti et il n’avait pas d’autres responsabilités que le financement.

Bernard Trépanier a parlé 984 fois au téléphone à Michel Lalonde, de la firme Génius et 1 808 fois à Frank Zampino entre 2004 et 2011.

À son corps défendant, sans presque le réaliser, Bernard Trépanier a accepté la paternité du système de partage des contrats entre les firmes de génie-conseil dans la métropole, en échange de dons illicites qu’il collectait pour Union Montréal.

M. Trépanier a livré une confession pénible et brouillonne à la commission Charbonneau, en affirmant une chose et son contraire sur les sujets litigieux.   La juge France Charbonneau a fait preuve de grande patience devant ses explications parfois cousues de fil blanc.

Monsieur 3 % était « peut-être » l’intermédiaire des firmes de génie-conseil à l’Hôtel de Ville, mais certainement pas le bagman d’
Union Montréal.   « Bagman, c’est un gros mot. Non », a-t-il dit.

M. Trépanier est devenu directeur du financement d’Union Montréal au printemps 2004.   Il a tenté de mettre en place un système de partage des contrats entre les firmes de génie-conseil, sans obtenir de grand succès.

Habitué des élections clés en main, M. Trépanier voulait naïvement retourner l’ascenseur aux firmes qui avaient donné un coup de main à Union Montréal.   « J’essayais de donner de l’ouvrage à ceux qui avaient contribué au parti, a-t-il expliqué.   J’essayais de répartir ça égal. »   En matière de collusion, c’est peut-être le seul reproche qu’on peut lui adresser, croit-il.

La juge France Charbonneau a semblé surprise de constater que des contrats publics puissent tomber si facilement entre les mains des amis du régime.   « Ben oui, c’est comme ça dans tous les partis », a répondu M. Trépanier.

Curieux témoin

M. Trépanier est un curieux témoin qui donne beaucoup de fil à retordre au procureur Denis Gallant.

En l’espace de quelques minutes, il peut jurer qu’il n’y avait pas de collusion dans l’octroi des contrats et expliquer son rôle dans le partage de la tarte entre les firmes de génie-conseil.   « C’était pas toujours l’harmonie », a-t-il dit.

En 2005, M. Trépanier a été mis sur une voie de garage par Michel Lalonde (Génius) et Rosaire Sauriol (Dessau), qui l’avaient convoqué à une rencontre dans un restaurant de Laval.   Michel Lalonde lui aurait dit : « À partir de là, tu ne t’occupes plus de rien au niveau des ingénieurs.   Les gars ont mis assez d’argent, il n’y a rien qui a fonctionné.   Tu ne t’en occupes plus.   Tu ne poses pas de questions d’où ça vient parce que ça pourrait te faire ben mal. »

M. Trépanier a perçu les paroles de Michel Lalonde comme une menace, car le p.-d.g. de Génius avait un bon voisin de bureau en la personne de Nicolo Milioto, l’intermédiaire entre la mafia et les entrepreneurs en construction.    « Monsieur 3 % » est visiblement mal à l’aise de parler de « monsieur Trottoir », un homme qui avait ses entrées auprès du défunt parrain de la mafia, Nicolo Rizzuto.

Des dons en argent

Bernard Trépanier a une dent contre Michel Lalonde, qui s’est décrit lors de son témoignage comme le coordonnateur de la collusion. Sur instructions de Frank Zampino, MM. Trépanier et Lalonde décidaient du partage des contrats majeurs d’infrastructures accordés en consortium.

Cinq autres ingénieurs ont corroboré la version de M. Lalonde. Frank Zampino, Bernard Trépanier et Michel Lalonde entretenaient d’intenses relations.

À un moment où les relations étaient bonnes entre Michel Lalonde et Bernard Trépanier

Le registre des appels téléphoniques de Bernard Trépanier démontre qu’il a parlé 984 fois à M. Lalonde, et 1808 fois à M. Zampino, entre 2004 et 2011.

Selon M. Trépanier, Michel Lalonde est « un menteur » qui a exagéré l’ampleur des paiements en liquide des principales firmes de génie.   Il n’exigeait pas des ristournes de 3 % sur les contrats, insiste-t-il.

Du même souffle, M. Trépanier reconnaît qu’il a demandé 200 000 $ à Dessau et SNC-Lavalin pour la campagne de 2005.   Yves Cadotte, vice-président de SNC-Lavalin, lui a remis 40 000 $.   M. Trépanier a nié toute intervention de sa part pour que M. Cadotte paie une facture de 75 000 $ de Morrow Communications.   M. Cadotte lui a cependant dit qu’on lui avait demandé d’assumer les dépenses électorales d’Union Montréal.

Toujours en 2005, monsieur 3 % s’attendait à des paiements sur quatre ans de 50 000 $ des firmes de génie les plus importantes, et de 100 000 $ ou de 50 000 $ pour les plus petites.   « C’était via des billets pour les cocktails de financement, a-t-il précisé. « J’ai vendu des tables. »

Le procureur Denis Gallant n’a pas avalé ses salades.

Trois patrons des grandes firmes de génie auraient démissionné récemment pour avoir acheté des billets lors des cocktails ?  A-t-il demandé, perplexe.

Du bout des lèvres, Bernard Trépanier a avoué que certaines firmes avaient payé en argent comptant, parce qu’elles n’étaient pas en mesure de produire des chèques.

Le collecteur de fonds entretenait des contacts réguliers avec les principaux membres du cartel des ingénieurs à Montréal. Rosaire Sauriol (Dessau), Bernard Poulin (SM) et Tony Accurso (Simard Beaudry) figurent sur la liste de ses bons amis.

M. Trépanier s’intéressait aussi à Robert Marcil, patron des travaux publics à la Ville. Il lui a parlé 195 fois de 2006 à 2009, entre autres sur les projets à venir ou le résultat des appels d’offres. Il transmettait ensuite ces informations aux firmes de génie-conseil.

Personne ne semble occuper une place plus importante dans le coeur de ce mordu de la politique que Frank Zampino.

M. Trépanier protège visiblement l’ex-président du comité exécutif, qui a ouvert les portes de l’Hôtel de Ville à ses amis et clients du génie-conseil.   Il ne lui a jamais parlé du financement illégal d’Union Montréal, et encore moins du système de partage des contrats, dit-il. De nombreux ingénieurs membres du cartel ont pourtant indiqué que Bernard Trépanier se référait toujours à « Frank» pour obtenir ses instructions.
28 mars 2013 extrait du journal Le Devoir

 
 

Bernard Trépanier victime d'abus selon son avocat
C'est le comble de l'indécence pour
  JosPublic

 
 

6 août 2014: s'il n'en tenait qu'à l'avocat de Bernard Trépanier, surnommé «monsieur 3%», il n'y aurait pas de procès contre son client relativement au scandale du Faubourg Contrecoeur.    Il faudra donc attendre au moins jusqu'en octobre 2014 pour connaître la date du procès des coaccusés. Le temps nécessaire pour que Me Daniel Rock dépose deux requêtes pour abus, avec objectif ultime de faire tomber des procédures judiciaires.

«M. Trépanier amassait des fonds pour le maire Gérald Tremblay).  Ce n'était pas un fonctionnaire, il n'avait aucune imputation de fonctionnaire.   Il peut bien aller sur un bateau, à l'hôtel, ou manger avec qui il veut. J'ai toute la preuve d'abus, il ne me reste qu'à la plaider», a expliqué Me Rock devant la juge Manon Ouimet au palais de justice de Montréal.

La présence des huit coaccusés n'était pas requise lors de cette audience qui visait à fixer la date du procès.   Néanmoins, Bernard Trépanier était assis dans la salle, tiré à quatre épingles dans un complet bleu, et écoutait attentivement la plaidoirie de son avocat.   Frank Zampino, ancien président du comité exécutif de la Ville, et l'entrepreneur Paolo Catania étaient absents.

L'avocat de l'ex-argentier du parti Union Montréal n'a pas mâché ses mots pour dénoncer les procédures de «l'État», allant jusqu'à déclarer que son client est une «victime d'acte criminel». 

Me Rock a fait référence à des conversations téléphoniques divulguées dans les médias en 2009 - un geste illégal, selon lui - et il a lancé une nouvelle salve contre la commission Charbonneau.

«La Commission n'est qu'une inquisition.   Ses droits [à M. Trépanier] ont été bafoués, brimés.   Son avocat n'a pas eu le droit de s'objecter durant son témoignage.   Il y a eu un discours contre mon client, il a été traité injustement, de façon inélégante, incorrecte», a-t-il ajouté, invoquant l'interrogatoire de Me Denis Galland au sujet de ses appels téléphoniques mis en ligne sur le site de la Commission, en mars 2013.

Les procédures devant mener à un procès ont commencé au printemps 2012, quand l'escouade Marteau a procédé à l'arrestation de neuf individus pour divers chefs d'accusation, dont fraude, complot et abus de confiance.   Avec tous les délais demandés jusqu'à aujourd'hui, le procès devant juge seulement pourrait ne pas avoir lieu avant 2016.

 

Trépanier un sous-traitant d'Astral

Média Affichage
Pots-de-vin pour placer des panneaux publicitaires dans les villes
 
 

Un ancien maire de la région de Montréal soutient avoir reçu une offre de pot-de-vin de Bernard Trépanier pour que l'entreprise Astral  puisse décrocher un contrat d'affichage publicitaire dans sa municipalité.

Joint par le journal La Presse, cet homme affirme avoir refusé l'argent comptant que lui proposait M. Trépanier, qui agissait alors comme consultant pour Astral, au tournant des années 2000.   De plus, M. Trépanier lui aurait précisé que cette façon de faire avait cours dans les villes voisines sans encombre. «Trépanier m'a expliqué comment ça fonctionnait, comment on choisissait un site pour l'affichage et qu'il y avait une cote qui allait au maire. Le montant était négociable», a affirmé l'ancien maire, qui a demandé à ne pas être identifié pour ne pas nuire à ses activités commerciales.   «J'étais estomaqué.   Ça s'est terminé là parce que je n'ai pas montré d'intérêt», a-t-il ajouté, en précisant que l'offre était d'environ 5 000$.

Trépanier nie tout

Témoignant devant la commission Charbonneau, Bernard Trépanier a affirmé sous serment ne jamais avoir versé une partie de l'argent obtenu d'Astral à des élus en échange de l'autorisation d'utiliser les terrains municipaux pour y ériger des panneaux publicitaires de grande dimension.   «Je n'ai jamais donné de ristourne à personne», a-t-il soutenu.

Joints par La Presse, deux ex-maires et un maire toujours en poste ont soutenu ne pas avoir reçu d'offre de pot-de-vin de la part de M. Trépanier relativement à des panneaux d'affichage d'Astral.

Bernard Trépanier a empoché 570 000$ d'Astral entre 2002 et 2011.   Astral lui a versé personnellement 208 700$ (incluant une somme forfaitaire de 500$ par mois) et une somme de 361 300$ à son entreprise Bermax.

À cette époque, M. Trépanier travaillait «bénévolement» dans les différentes organisations électorales des municipalités du Grand Montréal; c'était un «hobby», selon lui.

La commission Charbonneau a interrogé M. Trépanier sur ses liens contractuels avec Astral, qui lui versait en échange de ses relations une commission sur les revenus générés par les panneaux implantés. «J'ouvrais la porte. Quand Astral avait identifié un site, ils voulaient aller le présenter à la municipalité. Connaissant le maire, je les introduisais», a-t-il expliqué.

Contrats lucratifs

Les enquêteurs de la Commission ont passé au peigne fin les états financiers de Bermax et ceux de Bernard Trépanier.   Entre 2002 et 2011, M. Trépanier a obtenu 109 850$ pour des contrats de panneaux à Longueuil, 68 000$ à Laval, 52 000$ à Saint-Léonard, 50 000$ à Sherbrooke, 36 700$ pour l'échangeur Turcot et 31 000$ pour le Port de Montréal.

En 2010, les paiements d'Astral à Bernard Trépanier ont cessé.

Loin d'y voir un lien avec la mise sur pied de l'escouade Marteau, M. Trépanier affirme que le développement des panneaux-réclames avait atteint ses limites.   «Le mot chez Astral, c'était qu'on a assez tapissé, on va attendre.   On peut pas seulement faire une ville avec des panneaux.»

Le 16 avril 2013, Astral refusait de commenter.

  Bernard Trépanier au repos en Floride, court reportage sur le réseau de télévision TVA 

 
 

Faux congédiement

 
 

Lorsqu'est venu le temps de discuter de son mystérieux congédiement d'Union Montréal en février 2006, Bernard Trépanier n'a pas été très clair.

Il a raconté avoir été rencontré par le maire Gérald Tremblay qui l'a alors avisé que son poste serait aboli. «On ne m'a pas donné de raison, a-t-il raconté.   J'ai demandé s'il y avait une raison spéciale et il m'a dit qu'on se reverrait.»

Le témoin a par la suite abordé les deux hypothèses avancées plus tôt cette semaine par la commission pour expliquer son congédiement.   Il a admis qu'on lui avait reproché sa relation de proximité avec Frank Zampino, mais a fermement nié avoir tenté d'extorquer un promoteur immobilier pour un million de dollars. Trépanier a d'ailleurs assuré qu'il avait été victime d'une rumeur non fondée.

«Qui avait intérêt à raconter ça?   Qui étaient vos ennemis à Union Montréal?»   lui a demandé Me Gallant.   «Je ne sais pas», a-t-il répondu avant d'ajouter que le cabinet juridique Fasken Martineau pourrait être en cause.

Bernard Trépanier a par ailleurs confirmé le témoignage de Marc Deschamps, le comptable d'Union Montréal, qui avait indiqué que le parti municipal lui avait versé quatre mois de salaire et une prime de 25 000 $ lors de son congédiement.

Il a aussi admis avoir poursuivi son travail de solliciteur jusqu'en 2008.

 
 

Trépanier un sous-traitant de Dessau

 
 

Bernard Trépanier a reçu plus d’un million de Dessau, de SM et de trois entreprises de construction pendant qu’il s’occupait des finances d’Union Montréal.

Le collecteur de fonds est clair sur un point : son travail d’organisateur politique lui permettait d’accumuler les contacts dans le monde municipal.  Sans être inscrit au registre des lobbyistes, il monnayait son carnet d’adresses auprès des firmes de génie et des entrepreneurs en construction qui cherchaient à obtenir des contrats publics.

Bermax (9118-9662 Québec Inc.) une entreprise propriété de Bernard Trépanier a perçu des honoraires de 900 000 $ de Dessau, 45 000 $ du Groupe SM, 75 000 $ de Nepcon, 12 000 $ de Louisbourg et 35 000 $ d’Inspec-Sol. Total : 1,07 million.

« À quoi ça servait, Bermax ? », a demandé Me Gallant. « Au développement des affaires », a finalement répondu M. Trépanier.

 
 

 L'étau se resserre
Témoignage du 16 avril 2013 devant la Commission Charbonneau

 
 

Lors de son témoignage du 16 avril 2013, l'ex-argentier d'Union Montréal maintient qu'il a vendu des billets pour des activités de financement du parti et reconnaît tout au plus qu'il ajustait le nombre de billets à acheter par firme en fonction des contrats obtenus.

Pourquoi alors, demande Me Houle de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ) des ingénieurs seraient-ils venus s'incriminer en expliquant leur propre rôle dans un système occulte qu'il aurait, selon eux, géré avec Frank Zampino? M. Trépanier n'a pas de réponse, mais soulève que, peut-être, on veut lui mettre des choses qu'il n'a pas faites sur le dos.

Notons que trois des hauts dirigeants de firmes de génie venus témoigner ont démissionné dans la foulée de leur passage devant la commission.

— Échange entre le commissaire Renaud Lachance et Bernard Trépanier :

«

 Ce que vous avez dit, c'est que M. Perreault est un menteur, M. Meunier est un menteur, M. Sauriol est un menteur, M. Lavallée est un menteur, M. Lalonde est un menteur, M. Cadotte est un menteur, mais vous vous n'en êtes pas un. Pourquoi ces six personnes viennent dire ça sur vous [...] pourquoi tous ces gens-là vous en veulent tant? 

                                
Réponse: J'ai aucune idée, je ne peux pas vous dire..

»
 

 

Une longue carrière dans l'illégalité

Il a souvent été un « faux bénévole » lorsqu'il a travaillé comme organisateur politique dans des municipalités de la grande région de Montréal dans les années 90.   Il s'agissait d'élections clé en main, dit-il, où des firmes d'ingénieurs, des cabinets d'avocats et des entrepreneurs locaux « misent » sur des équipes cherchant à obtenir des contrats par la suite;

Il a été payé en argent comptant à Ville Saint-Laurent (pour Bernard Paquet), à Saint-Jérôme (pour Denis Germain et Marc Gascon) et en partie aussi à Boisbriand (pour Georges Dubois).   Il dit avoir aussi travaillé à Rosemère et à Repentigny;

Il a véritablement travaillé comme bénévole pour Frank Zampino à la Ville de Saint-Léonard.   Il dit avoir noué des liens d'amitié avec lui dès 1989, après que son mentor, l'organisateur politique Claude Dumont (PC), les ait mis en contact.   « Un chum, c'est un chum », a dit Trépanier au sujet de Zampino.   Il dit aussi avoir travaillé bénévolement pour l'ex-maire de Laval, Gilles Vaillancourt;

Il n'a jamais fait de financement politique avant d'être embauché par
Union Montréal, en 2004.   Il dit avoir accepté ce poste sous certaines conditions : « Je ne faisais aucun dépôt, je ne signais aucun chèque, je ne siégeais pas à l'exécutif du parti : je ne voulais aucune responsabilité autre.»

Trépanier travaillait pour Dessau : «Monsieur 3 %» a reçu 900 000 $ de la firme de génie-conseil pour du démarchage.

Ils ont donné de l'argent à Bernard Trépanier pour financement illégal d'Union Montréal

Charles Meunier

François Perreault)

Michel Lalonde

Charles Meunier, qui a été ingénieur chez BPR de 1998 à 2010, a raconté qu'il a remis à au moins quatre reprises des sommes variant entre 5 000 $ et 25 000  $ à Bernard Trépanier. Ces sommes constituaient une ristourne pour des contrats que la firme de génie-conseil s'était vu accorder dans le cadre du système de collusion. Il est possible que cette ristourne était fixée à 3 %, a-t-il dit, sans être en mesure de le confirmer. 

Un ex-vice-président de Genivar, François Perreault, a confirmé le même stratagème lors de son témoignage, qui précédait celui de Charles Meunier. L'affaire avait cependant été mise au jour par le témoignage que Michel Lalonde, PDG de Génius, avait offert en janvier 2013. Ce dernier avait expliqué qu'il avait géré ce système de collusion en compagnie de Bernard Trépanier de 2004 à 2009.  

Charles Meunier a effectivement confirmé que c'est Michel Lalonde qui l'appelait pour l'informer des résultats d'un appel d'offres à venir. Si BPR n'était pas désignée pour obtenir le contrat, elle devait présenter une soumission de complaisance, en indiquant le prix donné par Michel Lalonde.

Si elle devait obtenir le contrat, Bernard Trépanier appelait pour réclamer son « dû ». Charles Meunier et lui se donnaient alors rendez-vous.

Charles Meunier a expliqué qu'en 2001, son travail chez PBR consistait à développer des liens avec les candidats de l'Union des citoyens et citoyennes de l'île de Montréal (UCCIM), ancienne dénomination d'Union Montréal.   L'idée était de faire la promotion d'un procédé pour le contrôle en temps réel des égouts en cas d'orage, une spécialité de BPR.

Ayant participé à quelques activités de financement du parti du maire Gérald Tremblay pendant la campagne électorale, à la demande d'un dénommé Bob Church, lié au maire Gérald Tremblay, l'ingénieur croyait bien qu'il avait atteint son but lorsque le parti a remporté l'élection.   Mais il n'en fut rien.

Quelqu'un de BPR, possiblement Yvon Tourigny, dit-il, le met alors en contact avec Bernard Trépanier, qu'il ne connaissait pas.   Ce dernier se met rapidement à lui vendre de plus en plus de billets pour des activités de financement.  Ne pouvant faire de chèques personnels, puisqu'il n'habitait pas Montréal, Charles Meunier les payait avec des chèques signés par d'autres employés de BPR. 

Charles Meunier affirme avoir toujours été mal à l'aise d'être complice de ce stratagème, et particulièrement d'avoir à remettre l'argent en mains propres à Bernard Trépanier.

Dans un cas, il l'a retrouvé dans sa voiture à un point de rencontre à Montréal et a glissé l'enveloppe sous la banquette.   Dans un autre, il dit l'avoir déposé sur une armoire, en prévenant l'argentier d'Union Montréal qu'il se trouvait là. 

Interrogé sur ses relations avec Union Montréal, Charles Meunier dira aussi avoir eu l'impression qu'il s'agissait d'une entité bicéphale, avec Gérald Tremblay et Bob Church d'un côté, et Frank Zampino et Bernard Trépanier de l'autre.

Bernard Trépanier, dit-il, se vantait d'être proche de l'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal.

 
 

Michel Lalonde, président de Génius Conseil
confirme que 3 % de ristourne sur les contrats
était remis au parti politique municipal, Union Montréal

 
 

 

Le 23 janvier 2013, Michel Lalonde, ingénieur et président de Génius Conseil, une firme spécialisée en ingénierie a témoigné devant la Commission Charbonneau à l'effet qu'à partir de 2005, sa firme a versé 3% à l'ancien parti de Gérald Tremblay.

Longtemps proche de Vision Montréal, Génius a tenté de se rapprocher d'Union Montréal après les fusions, le parti de Gérald Tremblay ayant pris la mairie.   À l'automne 2004, Michel Lalonde affirme que le responsable du financement de la formation, Bernard Trépanier lui a demandé une contribution de 100 000$ pour financer l'élection de novembre 2005.  L'homme lui aurait expliqué que c'était la contribution demandée aux petites entreprises, les grandes devant verser 200 000$.

Bernard Trépanier a également proposé d'instaurer le paiement d'un 3% en vue des élections de 2009. Lalonde dit avoir accepté à condition de ne plus avoir à verser de 100 000$.

La genèse d’un surnom

D’un ton calme et détaché, M. Lalonde a édifié tout le Québec en jouant la carte de l'homme d'affaires fair-play, équitable dans sa façon de voler le public.   Sa maîtrise de la langue de bois lui permet de dire que les ristournes qu'il payait étaient des investissements pour l'entreprise.   Son cynisme équivaut à celui de ses représentants à l'Ordre des ingénieurs conseil et de la Fédération des Chambres de commerce du Québec.

À la lumière de son témoignage, le surnom de « monsieur 3 % » allait comme un gant à Bernard Trépanier, le grand argentier d'Union Montréal.  En prévision des futures campagnes électorales, dont celle de 2009, M. Trépanier cherchait à assurer la pérennité du financement illicite du parti.

Le départ de Bernard Trépanier du parti, en 2006, n’a rien changé au stratagème.   M. Lalonde lui versait toujours son 3 %, ce qui suggère que M. Trépanier s’est occupé des finances d’Union Montréal beaucoup plus longtemps que la formation est prête à l’admettre.

La collusion et le financement des partis politiques allaient de pair à Montréal.   Les entrepreneurs ne marchaient pas seuls dans ces stratagèmes.   Les firmes de génie marchaient dans le jeu et se montraient « accommodantes » avec les entrepreneurs qui réclamaient des extras.   Lorsque les entrepreneurs étaient à court d’imagination pour trouver des dépenses imprévues, M. Lalonde n’hésitait pas à leur faire des suggestions.

En revanche, le quart de ces extras était « retiré en argent » liquide afin de financer les partis politiques, a dit M. Lalonde.

Ce système bien huilé n’était pas dépourvu de conséquences pour les contribuables montréalais.   Ils payaient en moyenne « de 25 % à 30 % » plus cher pour l’exécution des travaux publics.   Il n’y avait aucun compromis sur la qualité des ouvrages, assure cependant M. Lalonde.

 
 

Bernard Trépanier, "Monsieur 3%" ou le "Bagman", d'une moralité douteuse!
29 octobre 2012 - SRC

 
 

Le témoignage de Martin Dumont à la commission Charbonneau: voilà qui jette un nouvel éclairage sur le rôle joué par Bernard Trépanier, un ex-argentier du parti Union Montréal qui a été accusé de fraude, de complot et d'abus de confiance dans l'affaire du Faubourg Contrecoeur.     
M. Dumont a notamment révélé qu'il avait vu à l'automne 2004 un coffre-fort bourré d'argent dans les bureaux que M. Trépanier occupait à la permanence du parti, située rue Saint-Jacques à Montréal.

Appelé en renfort par M. Trépanier, qui n'arrivait pas à fermer le coffre-fort, M. Dumont dit avoir été « choqué » et « ébranlé » de constater qu'il était bourré de billets de 50 $, de 100 $ et de 1 000 $.

Le problème s'est résolu lorsque M. Trépanier a retiré quelques billets de banque du coffre-fort de 60 cm par 60 cm pour les mettre dans ses poches.   Peu après, un coffre-fort deux fois plus grand avait été acheté.

Arrestation de Bernard Trépanier par la Sûreté du Québec

Martin Dumont était à l'époque directeur de l'organisation pour 10 arrondissements de l'est et du centre de Montréal pour le parti du maire Tremblay, qui s'appelait alors Union des citoyens et des citoyennes de l'île de Montréal (UCCIM).   Son bureau était situé non loin de celui de M. Trépanier.

Le témoignage de M. Dumont n'a pas permis d'établir d'où provenait l'argent qui se trouvait dans le coffre-fort, ni à quelle fin il devait être utilisé.

M. Dumont avait précédemment dit que M. Trépanier avait l'habitude de fermer les stores de son bureau dès qu'il recevait un invité.   Trépanier aurait été actif sans être rémunéré.

Selon Martin Dumont, Bernard Trépanier a été rémunéré pour ses services de responsable du financement de l'UCCIM entre le moment de son embauche, en 2004, et son départ « officiel », en 2006.

Le témoin a cependant affirmé que M. Trépanier avait continué de remplir ses fonctions, même après qu'il eut cessé de travailler à la permanence du parti, en 2006.

Martin Dumont a soutenu que c'était Bernard Trépanier lui-même qui l'avait informé de cette situation en 2007.   Le témoin était alors devenu chef de cabinet du maire de l'arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles, Cosmo Maciocia.

Avant de devenir organisateur politique pour l'UCCIM, en 2004, Martin Dumont a aussi été conseiller spécial du maire Tremblay pour les dossiers relatifs à la jeunesse.

Des entrepreneurs dans le camp du non aux défusions

Un peu plus tôt, Martin Dumont avait raconté qu'une quinzaine de personnes, dont des entrepreneurs en construction et des employés de firmes de génie, avaient légalement donné des chèques de 10 000 $ à Bernard Trépanier au printemps 2004.   L'argent avait été versé lors de la période d'enregistrement pour les comités du oui et du non qui devaient être formés en vue de la campagne sur les défusions municipales.   L'UCCIM était alors dans le camp du non.

Selon Martin Dumont, le Directeur général des élections du Québec avait publié une directive qui spécifiait qu'au cours de cette période s'étendant du 22 avril au 20 mai 2004, les dons politiques n'étaient pas plafonnés, et leur provenance n'avait pas à être spécifiée.

Bernard Trépanier avait alors organisé un petit déjeuner à 10 000 $ le couvert, a dit le témoin.  Nicolo Milioto, propriétaire de Mivela Construction, et quelqu'un de chez Garnier Construction ont notamment versé cette somme.

Lors de son témoignage à la commission Charbonneau, Lino Zambito a soutenu qu'Union Montréal percevait 3 % de la valeur des contrats truqués accordés par la Ville entre 2005 et 2009.

L'ingénieur à la retraite Gilles Surprenant a plutôt évoqué qu'une tranche de 3 % était destinée au comité exécutif de la Ville de Montréal.

Un ex-partenaire d'affaires de Paolo Catania, Elio Pagliarulo, a affirmé que l'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino a reçu des pots-de-vin totalisant 555 000 $ dans le cadre de ce scandale financier.

 

Bernard Trépanier, un nom que la grande majorité des Montréalais ignorent, mais qu’une poignée d’hommes d’affaires ne connaît que trop. 

L'ancien chef de l’opposition à l’hôtel de ville, Benoit Labonté, a dit à Radio-Canada qu’il avait déjà parlé de son rôle trouble avec le maire Gérald Tremblay. Au cours d’une longue enquête, La Presse a reçu des extraits de conversations faites au téléphone.

Ils montrent que M. Trépanier agissait en effet comme intermédiaire entre le parti du maire, des dirigeants de la Ville et des firmes qui voulaient, et obtenaient, de lucratifs contrats.   Il huilait les relations, notamment entre Frank Zampino, alors président du comité exécutif, et des hommes d’affaires connus. M. Trépanier allait jusqu’à annoncer à des dirigeants d’entreprise que des contrats allaient leur être attribués.   Celui qui s’est fait connaître pour ses ristournes de 3% était au coeur d’un obscur réseau d’influence.

Nous avons aussi appris qu’un important dirigeant d’une firme d’ingénieurs est allé en croisière sur le luxueux yacht de Tony Accurso, alors que les deux hommes étaient officiellement des concurrents pour obtenir le plus gros contrat de l’histoire de la Ville de Montréal, celui des compteurs d’eau.

Un contrat au groupe SM

À la fin de 2006 ou au début de 2007, Bernard Trépanier a téléphoné à Bernard Poulin, président du groupe d’ingénieurs SM, pour lui annoncer qu’un contrat allait lui être donné. Il portait sur la décontamination du Faubourg Contrecoeur, un vaste terrain que la Ville de Montréal s’apprêtait à vendre à Construction Frank Catania par l’entremise de la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM).

La Presse a obtenu l’étude réalisée par le groupe SM, et commandée par la SHDM.   Cette étude a largement surévalué le niveau de contamination, comme l’a montré le rapport du vérificateur général de la Ville de Montréal.

 
 

Extraits d'une conversation téléphonique

 
 

Extraits d'un texte
Publié par le
journal La Presse
Québec - Canada
le 22 et  23 octobre 2009

BENOIT LABONTÉ SE MET À TABLE
Bernard Trépanier, un homme aussi important qu'obscur.

« Ça va bien, es-tu après te reposer ? » demande M. Trépanier. « Ça marche », répond Bernard Poulin. M. Trépanier lui indique ensuite qu’il a participé à une réunion avec Frank Zampino, Daniel Gauthier (un urbaniste d’une filiale de Dessau), Martial Fillion (directeur général de la SHDM) et Michel Lalonde (patron du groupe d’ingénieurs Séguin).

« On va te donner un petit mandat, annonce M. Trépanier à Bernard Poulin.  On va te donner un mandat sur la décontamination, même si...  Dessau est là, dans l’urbanisme.   On va donner un contrat indépendant à quelqu’un sur...   Je vais te revenir avec ça, mais je sais que, mon chum a dit :
" Pourquoi on donnerait pas un mandat de même pour couvrir "...  en tout cas, on s’expliquera ça en chemin, mais on a pensé à toi à matin.
 »

« C’est un petit mandat ou un moyen mandat ? » demande Bernard Poulin.   « Bien, un mandat, répond Bernard Trépanier.   Il y a pour 12 millions (de dollars) de terre contaminée. »   « Je comprends où ça va », dit M. Poulin.   « Fait que, on s’organise », réplique M. Trépanier.

Le groupe SM a affirmé à la SHDM que la décontamination pourrait coûter jusqu’à 14 millions $. S’appuyant entre autres sur cette étude, la SHDM a déduit 11 millions de dollars du prix de vente des terrains du Faubourg Contrecoeur à Construction Frank Catania et associés.

Mais, dans son rapport d’enquête publié le printemps 2011, le vérificateur général écrit que la décontamination a pu coûter seulement sept millions $.

Une croisière sur le bateau d’Accurso

À la fin de cet entretien, Bernard Trépanier pose cette question à Bernard Poulin : « T’as parlé à Tony ? » « Oui, oui », répond M. Poulin. « Je vais le voir à soir, conclut M. Trépanier. Je vais lui demander... »

À la même époque, M. Trépanier parlait d’un voyage qui s’organisait, soit une croisière sur le bateau de Tony Accurso, le propriétaire de la firme Simard-Beaudry.

Le yacht, amarré dans les îles Vierges, navigue d’île en île.   Quand il accoste dans les ports, M. Accurso aime faire des marches.   Frank Zampino a voyagé sur ce bateau à au moins deux occasions.

« Frank Minicucci (le secrétaire de Construction Louisbourg, une des firmes de Tony Accurso) a téléphoné pour acheter des Adidas ou je sais pas quoi, pour la marche », indique Bernard Trépanier à Frank Zampino, dans une autre conversation.   « Quand est-ce qu’il a appelé ? » demande M. Zampino. « Il a appelé... j’étais chez Bernard, l’autre après-midi. »

Selon notre enquête, Bernard Poulin a en effet participé à une croisière sur le bateau de Tony Accurso à la fin de 2006 ou au début de 2007.   Le printemps dernier, quand La Presse a pour la première fois posé des questions à M. Trépanier, M. Poulin a lui-même pris l’initiative de prendre contact avec nous. « M. Poulin tient à ce que vous sachiez qu’il n’est jamais allé en croisière avec un élu de la Ville de Montréal », nous a dit sa secrétaire.   Ceci est exact. Mais, selon nos sources, il y est allé avec Rosaire Sauriol, vice-président du groupe Dessau.

Le Groupe SM, de Bernard Poulin, avait formé un consortium avec Construction Frank Catania et associés pour obtenir le contrat des compteurs d’eau de la Ville de Montréal.   Il était alors un concurrent direct de GENIeau, le consortium formé par Simard-Beaudry, une entreprise dirigée par Tony Accurso, et le Groupe d’ingénieurs Dessau.   La Presse a posé des questions à ce sujet au bureau de M. Poulin, cet automne, mais il n’a rien répondu. Il a dit à un de ses amis que ses voyages ne regardaient en rien les journalistes.

« Tony (Accurso), il aime faire de la marche, effectivement, le matin, ajoute M. Zampino, au cours de sa conversation avec M. Trépanier.   Oui, oui, c’est ça.   Il fait une marche dans les montagnes, etc., alors ce serait une bonne idée d’apporter des runnings, si Bernard (Poulin) en a, si tu veux les accompagner...  Oui, c’est ça, on a fait ça, une couple de fois, c’est bien le fun. »

Joint il y a deux semaines, M. Trépanier a dit qu’il n’avait jamais fait ce voyage.   « Il a pu y avoir des annulations, a-t-il dit.   Je ne suis pas allé.   Je ne sais même pas si Rosaire Sauriol (vice-président de Dessau) et Bernard Poulin sont allés.   J’aurais peut-être pu être invité, mais je ne suis pas allé. »

« Le maire, il voit rien »

Dans une autre conversation, Bernard Trépanier et Rosaire Sauriol parlent du maire Gérald Tremblay. En juin 2006, le maire a choisi Claude Léger pour remplacer Robert Abdallah comme directeur général de la Ville (il a dû remettre sa démission cet automne).

 « Marc-André Fabien, le génie (un avocat actif dans Union Montréal, le parti du maire), lui, il dit que la plus belle affaire que le maire a faite, ç’a été de choisir Claude Léger, toute la bébelle, puis que ça allait pour le meilleur des mondes », confie M. Trépanier à M. Sauriol.

«Tant mieux, répond M. Sauriol.   Tant mieux si le maire a choisi un bon gars, c’est parfait, ça. Ha, ha, ha ! »  « Très content », commente M. Trépanier.   « Oui, bien content, ha ! » répète M. Sauriol.   « Tu sais, explique M. Trépanier, le maire, il voit rien.   Il voit rien venir.»   «L’important, renchérit M. Sauriol, c’est que ça soit comme ça, Bernard, tu sais, les affaires de même.»

Dans une autre conversation, Frank Zampino et Bernard Trépanier parlent des transactions de la SHDM, et manifestement du projet du Faubourg Contrecoeur, ce projet résidentiel confié à Construction Frank Catania et associés.

« J’ai mis Claude Léger, puis Martial (Fillion) sur le téléphone, dit Frank Zampino.   On va finir par s’entendre.   Je vais faire une rencontre de l’état-major.   Je vais demander à Claude Léger d’être là, peut-être en début de semaine, je vais demander à Paolo (Catania) de venir, Claude, Martial, Robert Cassius, les avocats, etc.   Moi, j’aime pas laisser traîner les affaires. On va les régler vite. »

(Tout comme Claude Léger, Robert Cassius de Linval, le directeur des affaires corporatives de la Ville, a dû démissionner, après le rapport du vérificateur général sur les compteurs d’eau.   Avant eux, Martial Fillion, ancien chef de cabinet de Gérald Tremblay, a dû démissionner de son poste de directeur général de la SHDM.)

Puis M. Zampino ajoute : « Dans la rencontre que tu fais avec mon frère, demain, moi je sais pas le prix que Antonio "Tony" Magi (un promoteur) paye.   Je trouve que c’est un peu... on n’avait peut-être pas le bon chiffre quand il parlait de 30 $ (le pied carré), il me semble que c’est un peu exagéré, avec les services.   Mais dans le fond, il y a une règle, une règle de trois là-dedans.   Il faut que le message soit passé à Paolo que, minimalement, il faudra que ce soit inférieur à ce que Magri paye. »

« Bien, c’est sûr », opine M. Trépanier.

« Et puis, sans le dire à Magri, on le dira jamais, c’est quoi qu’il paye, on peut lui dire que c’est le même prix, poursuit M. Zampino. Il s’agit juste de voir c’est quoi l’escompte. C’est-tu 20% de moins, c’est-tu 25% de moins... »

Selon notre enquête, Paolo Catania devait revendre une partie des terrains du Faubourg Contrecoeur à d’autres promoteurs, notamment à une société dans laquelle Joe Zampino (frère de Frank) était actif.   Cette transaction n’a finalement pas eu lieu.

Trépanier nie

Le journaliste du journal La Presse explique: nous avons tenté de joindre Frank Zampino et son frère, mais sans succès.   Nous n’avons pas réussi non plus à parler à Antonio Magri, président de Construction Magri.   Nous avons tenté à de nombreuses reprises d’avoir les commentaires du directeur général d’Union Montréal, Richard Mimeau, mais en vain.   Sa directrice des communications, Geneviève Hinse, a seulement confirmé que M. Trépanier avait été directeur du financement du parti de 2004 à 2006.

« Bien qu’il soit toujours militant de notre parti, M. Trépanier n’occupe plus de poste à Union Montréal depuis 2006 », a indiqué Mme Hinse dans un courriel.   De son côté, Benoit Labonté affirme que M. Trépanier a continué à rester actif après avoir officiellement quitté ses fonctions de directeur du financement. Il était d’ailleurs présent à un cocktail-bénéfice organisé pour Union Montréal, en novembre dernier, qui s’est tenu au Club de golf Métropolitain Anjou, propriété du constructeur Antonio Di Lillo.

« Pendant des années, M. Trépanier a joué un rôle très important d’intermédiaire entre Union Montréal et les entrepreneurs », nous a dit l’un d’eux, en demandant de taire son nom.   Âgé de 71 ans, M. Trépanier nie cette affirmation avec véhémence.   « Je suis un simple citoyen, a-t-il dit à La Presse. J’ai été directeur du financement à Union Montréal jusqu’en 2006, mais mon rôle se limitait à vendre des billets pour des levées de fonds.   C’est tout. »

Il a dit qu’il connaissait bien Frank Zampino, Bernard Poulin, Rosaire Sauriol et Paolo Catania.   « Ce sont des gens que je connais depuis 30 ou 40 ans, a répété M. Trépanier à plusieurs reprises.   Je le connais, Bernard Poulin.  Qui ne connaît pas Bernard Poulin ?   Paolo (Catania), je le connais, c’est sûr, on le connaît.   J’ai connu son père (Frank) quand il était en affaires.   J’ai souvent rencontré Catania, il y a souvent des événements et on rencontre des gens.   J’ai le droit d’être dans un milieu et de rencontrer des gens.   Je suis un citoyen. J’ai été... je suis encore avec Astral Média. »

M. Trépanier affirme qu’il est consultant chez Astral Média Affichage, une entreprise qui place des panneaux publicitaires, depuis une quinzaine d’années.   Pourtant, les employés de l’entreprise joints par La Presse ont dit qu’ils n’ont jamais entendu son nom.

 

Bernard Trépanier fait partie de la bande des Six

Qui sont les crapules cravatées qui ont décidé de spolier le bien public à Montréal
Frank Zampino : le donneur d'ouvrage
Rosaire Sauriol et Tony Accurso: les parrains de la collusion
Michel Lalonde et Robert-J. Marcil: les hommes de main du secteur public et du secteur privé, et finalement le bag man - l'homme du milieu Bernard Trépanier

L'objectif est simple: l'enrichissement financier personnel
L'outil est commode: la démocratie et son système électoral
La manière: la fin justifie les moyens


Commentaire de
 
JosPublic

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet: groupes de personnes ayant un sens de l'éthique en conflit avec l'intérêt de l'ensemble de la population

Sources: Journal La Presse/Gesca pour Power Corporation of Canada; Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc. Le réseau de télévision TVA pour Québecor Inc.; Radio-Canada pour la Société CBC/Radio-Canada

Pour les conversations téléphoniques il est à noter que le journal La Presse a fait disparaître la source sur cyberpresse.ca: http://www.cyberpresse.ca/actualites/elections-municipales/montreal/200910/2 (...) Mais on peut retrouver le texte original ici: "Benoit Labonté se met à table: à propos de monsieur 3 %"

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage: JosPublic
Mise à jour le 26 février 2017

Notes & Références encyclopédiques:

01
 

Qui est Benoit Labonté ? Sur MétéoPolitique

 
 

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02

Qui est Martin Dumont ? Sur MétéoPolitique

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03

Qu'est-ce que la commission Charbonneau ? Sur MétéoPolitique

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04

Qu'est-ce que l'affaire du Faubourg Contrecoeur ? Sur MétéoPolitique

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05
 

Nicolo Milioto, propriétaire de Mivela Construction Inc et quelqu'un de chez Garnier Construction sur MétéoPolitique

 

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06

Qui est Lino Zambito ? Sur MétéoPolitique

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07
 

Qui est Gilles Surprenant ? Sur MétéoPolitique

 
 

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08
 

Qui sont Paolo Catania sur MétéoPolitique et Elio Pagliarulo  par le journal Le Devoir?

 

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09

Qui est Frank Zampino ? Sur MétéoPolitique

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10
 

Qui est Tony Accurso ? Sur MétéoPolitique

 
 

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11

Qui est Bernard Poulin ? Sur MétéoPolitique

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12
 

Qu'est-ce que la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM)? Sur Wikipédia

 

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13

Qu'est-ce que la firme Dessau ? Sur MétéoPolitique

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14

Qui est Martial Fillion ? Sur MétéoPolitique

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15

Qu'est-ce que Construction Louisbourg ? Sur MétéoPolitique

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16
 

Qui est Claude Léger ? Sur MétéoPolitique

 
 

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17

Qui est Robert Abdallah ? Sur MétéoPolitique

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18

Qui est Robert Cassius ? Sur MétéoPolitique

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19
 

Qui est Richard Mimeau ? Sur MétéoPolitique

 
 

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20

À propos de Charles Meunier ex-de BPR ingénierie - Sur MétéoPolitique

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21

À propos de François Perreault ex-du Groupe Genivar - Sur MétéoPolitique

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22

 

À propos de Michel Lalonde, président et propriétaire de Génius Conseil - Sur MétéoPolitique

 

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23

 

Qui est Claude Dumont: Aujourd'hui décédé, ce fut le principal organisateur de l’ex-premier ministre canadien du Parti Progressiste conservateur Brian Mulroney. On le retrouve aussi en tant qu'organisateur politique pour remplacer Lucien Paiement maire de Laval de 1973 à 1981 par l'avocat Claude Ulysse Lefebvre. C'était le début des élections clefs en main. - Journal Le Devoir - 26 novembre 2012

 

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24

 

À propos de Tony Tomassi - Sur MétéoPolitique

 
 

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25

À propos de Rosaire Sauriol de la firme d'ingénierie Dessau - Sur Wikipédia

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26

 

À propos de Gérald Tremblay, ex-maire de Montréal et responsable politique d'Union Montréal - Sur MétéoPolitique

 
 

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27

 
 

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28

 

Quatre donateurs du PLQ épinglés. La famille Di Lillo est propriétaire, par l'entremise d'une fiducie, du Club de golf Métropolitain d'Anjou, où s'est tenue l'activité de financement du Parti libéral.  L'entrepreneur Raffaele Di Lillo, à l'époque président de Di Lillo Constructions ltée, aurait aidé deux donateurs libéraux à donner 500$ chacun, «autrement qu'à même [leurs] propres biens», selon le constat d'infraction. - Sur La Presse 22 avril 2013

 

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