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Extraits d'une conversation téléphonique

 

Extraits d'un texte
Publié par le
journal La Presse
Québec - Canada
le 22 et  23 octobre 2009

BENOIT LABONTÉ SE MET À TABLE
Bernard Trépanier, un homme aussi important qu'obscur.

 
 

« Ça va bien, es-tu après te reposer ? » demande M. Trépanier. « Ça marche », répond Bernard Poulin. M. Trépanier lui indique ensuite qu’il a participé à une réunion avec Frank Zampino, Daniel Gauthier (un urbaniste d’une filiale de Dessau), Martial Fillion (directeur général de la SHDM) et Michel Lalonde (patron du groupe d’ingénieurs Séguin).

« On va te donner un petit mandat, annonce M. Trépanier à Bernard Poulin.  On va te donner un mandat sur la décontamination, même si...  Dessau est là, dans l’urbanisme.   On va donner un contrat indépendant à quelqu’un sur...   Je vais te revenir avec ça, mais je sais que, mon chum a dit :
" Pourquoi on donnerait pas un mandat de même pour couvrir "...  en tout cas, on s’expliquera ça en chemin, mais on a pensé à toi à matin.
 »

« C’est un petit mandat ou un moyen mandat ? » demande Bernard Poulin.   « Bien, un mandat, répond Bernard Trépanier.   Il y a pour 12 millions (de dollars) de terre contaminée. »   « Je comprends où ça va », dit M. Poulin.   « Fait que, on s’organise », réplique M. Trépanier.

Le groupe SM a affirmé à la SHDM que la décontamination pourrait coûter jusqu’à 14 millions $. S’appuyant entre autres sur cette étude, la SHDM a déduit 11 millions de dollars du prix de vente des terrains du Faubourg Contrecoeur à Construction Frank Catania et associés.

Mais, dans son rapport d’enquête publié le printemps 2011, le vérificateur général écrit que la décontamination a pu coûter seulement sept millions $.

Une croisière sur le bateau d’Accurso

À la fin de cet entretien, Bernard Trépanier pose cette question à Bernard Poulin : « T’as parlé à Tony ? » « Oui, oui », répond M. Poulin. « Je vais le voir à soir, conclut M. Trépanier. Je vais lui demander... »

À la même époque, M. Trépanier parlait d’un voyage qui s’organisait, soit une croisière sur le bateau de Tony Accurso, le propriétaire de la firme Simard-Beaudry.

Le yacht, amarré dans les îles Vierges, navigue d’île en île.   Quand il accoste dans les ports, M. Accurso aime faire des marches.   Frank Zampino a voyagé sur ce bateau à au moins deux occasions.

« Frank Minicucci (le secrétaire de Construction Louisbourg, une des firmes de Tony Accurso) a téléphoné pour acheter des Adidas ou je sais pas quoi, pour la marche », indique Bernard Trépanier à Frank Zampino, dans une autre conversation.   « Quand est-ce qu’il a appelé ? » demande M. Zampino. « Il a appelé... j’étais chez Bernard, l’autre après-midi. »

Selon notre enquête, Bernard Poulin a en effet participé à une croisière sur le bateau de Tony Accurso à la fin de 2006 ou au début de 2007.   Le printemps dernier, quand La Presse a pour la première fois posé des questions à M. Trépanier, M. Poulin a lui-même pris l’initiative de prendre contact avec nous. « M. Poulin tient à ce que vous sachiez qu’il n’est jamais allé en croisière avec un élu de la Ville de Montréal », nous a dit sa secrétaire.   Ceci est exact. Mais, selon nos sources, il y est allé avec Rosaire Sauriol, vice-président du groupe Dessau.

Le Groupe SM, de Bernard Poulin, avait formé un consortium avec Construction Frank Catania et associés pour obtenir le contrat des compteurs d’eau de la Ville de Montréal.   Il était alors un concurrent direct de GENIeau, le consortium formé par Simard-Beaudry, une entreprise dirigée par Tony Accurso, et le Groupe d’ingénieurs Dessau.   La Presse a posé des questions à ce sujet au bureau de M. Poulin, cet automne, mais il n’a rien répondu. Il a dit à un de ses amis que ses voyages ne regardaient en rien les journalistes.

« Tony (Accurso), il aime faire de la marche, effectivement, le matin, ajoute M. Zampino, au cours de sa conversation avec M. Trépanier.   Oui, oui, c’est ça.   Il fait une marche dans les montagnes, etc., alors ce serait une bonne idée d’apporter des runnings, si Bernard (Poulin) en a, si tu veux les accompagner...  Oui, c’est ça, on a fait ça, une couple de fois, c’est bien le fun. »

Joint il y a deux semaines, M. Trépanier a dit qu’il n’avait jamais fait ce voyage.   « Il a pu y avoir des annulations, a-t-il dit.   Je ne suis pas allé.   Je ne sais même pas si Rosaire Sauriol (vice-président de Dessau) et Bernard Poulin sont allés.   J’aurais peut-être pu être invité, mais je ne suis pas allé. »

« Le maire, il voit rien »

Dans une autre conversation, Bernard Trépanier et Rosaire Sauriol parlent du maire Gérald Tremblay. En juin 2006, le maire a choisi Claude Léger pour remplacer Robert Abdallah comme directeur général de la Ville (il a dû remettre sa démission cet automne).

 « Marc-André Fabien, le génie (un avocat actif dans Union Montréal, le parti du maire), lui, il dit que la plus belle affaire que le maire a faite, ç’a été de choisir Claude Léger, toute la bébelle, puis que ça allait pour le meilleur des mondes », confie M. Trépanier à M. Sauriol.

«Tant mieux, répond M. Sauriol.   Tant mieux si le maire a choisi un bon gars, c’est parfait, ça. Ha, ha, ha ! »  « Très content », commente M. Trépanier.   « Oui, bien content, ha ! » répète M. Sauriol.   « Tu sais, explique M. Trépanier, le maire, il voit rien.   Il voit rien venir.»   «L’important, renchérit M. Sauriol, c’est que ça soit comme ça, Bernard, tu sais, les affaires de même.»

Dans une autre conversation, Frank Zampino et Bernard Trépanier parlent des transactions de la SHDM, et manifestement du projet du Faubourg Contrecoeur, ce projet résidentiel confié à Construction Frank Catania et associés.

« J’ai mis Claude Léger, puis Martial (Fillion) sur le téléphone, dit Frank Zampino.   On va finir par s’entendre.   Je vais faire une rencontre de l’état-major.   Je vais demander à Claude Léger d’être là, peut-être en début de semaine, je vais demander à Paolo (Catania) de venir, Claude, Martial, Robert Cassius, les avocats, etc.   Moi, j’aime pas laisser traîner les affaires. On va les régler vite. »

(Tout comme Claude Léger, Robert Cassius de Linval, le directeur des affaires corporatives de la Ville, a dû démissionner, après le rapport du vérificateur général sur les compteurs d’eau.   Avant eux, Martial Fillion, ancien chef de cabinet de Gérald Tremblay, a dû démissionner de son poste de directeur général de la SHDM.)

Puis M. Zampino ajoute : « Dans la rencontre que tu fais avec mon frère, demain, moi je sais pas le prix que Antonio "Tony" Magri (un promoteur) paye.   Je trouve que c’est un peu... on n’avait peut-être pas le bon chiffre quand il parlait de 30 $ (le pied carré), il me semble que c’est un peu exagéré, avec les services.   Mais dans le fond, il y a une règle, une règle de trois là-dedans.   Il faut que le message soit passé à Paolo que, minimalement, il faudra que ce soit inférieur à ce que Magri paye. »

« Bien, c’est sûr », opine M. Trépanier.

« Et puis, sans le dire à Magri, on le dira jamais, c’est quoi qu’il paye, on peut lui dire que c’est le même prix, poursuit M. Zampino. Il s’agit juste de voir c’est quoi l’escompte. C’est-tu 20% de moins, c’est-tu 25% de moins... »

Selon notre enquête, Paolo Catania devait revendre une partie des terrains du Faubourg Contrecoeur à d’autres promoteurs, notamment à une société dans laquelle Joe Zampino (frère de Frank) était actif.   Cette transaction n’a finalement pas eu lieu.

Trépanier nie

Le journaliste du journal La Presse explique: nous avons tenté de joindre Frank Zampino et son frère, mais sans succès.   Nous n’avons pas réussi non plus à parler à Antonio Magri, président de Construction Magri.   Nous avons tenté à de nombreuses reprises d’avoir les commentaires du directeur général d’Union Montréal, Richard Mimeau, mais en vain.   Sa directrice des communications, Geneviève Hinse, a seulement confirmé que M. Trépanier avait été directeur du financement du parti de 2004 à 2006.

« Bien qu’il soit toujours militant de notre parti, M. Trépanier n’occupe plus de poste à Union Montréal depuis 2006 », a indiqué Mme Hinse dans un courriel.   De son côté, Benoit Labonté affirme que M. Trépanier a continué à rester actif après avoir officiellement quitté ses fonctions de directeur du financement. Il était d’ailleurs présent à un cocktail-bénéfice organisé pour Union Montréal, en novembre dernier, qui s’est tenu au Club de golf Métropolitain Anjou, propriété du constructeur Antonio Di Lillo.

« Pendant des années, M. Trépanier a joué un rôle très important d’intermédiaire entre Union Montréal et les entrepreneurs », nous a dit l’un d’eux, en demandant de taire son nom.   Âgé de 71 ans, M. Trépanier nie cette affirmation avec véhémence.   « Je suis un simple citoyen, a-t-il dit à La Presse. J’ai été directeur du financement à Union Montréal jusqu’en 2006, mais mon rôle se limitait à vendre des billets pour des levées de fonds.   C’est tout. »

Il a dit qu’il connaissait bien Frank Zampino, Bernard Poulin, Rosaire Sauriol et Paolo Catania.   « Ce sont des gens que je connais depuis 30 ou 40 ans, a répété M. Trépanier à plusieurs reprises.   Je le connais, Bernard Poulin.  Qui ne connaît pas Bernard Poulin ?   Paolo (Catania), je le connais, c’est sûr, on le connaît.   J’ai connu son père (Frank) quand il était en affaires.   J’ai souvent rencontré Catania, il y a souvent des événements et on rencontre des gens.   J’ai le droit d’être dans un milieu et de rencontrer des gens.   Je suis un citoyen. J’ai été... je suis encore avec Astral Média. »

M. Trépanier affirme qu’il est consultant chez Astral Média Affichage, une entreprise qui place des panneaux publicitaires, depuis une quinzaine d’années.   Pourtant, les employés de l’entreprise joints par La Presse ont dit qu’ils n’ont jamais entendu son nom.

 

Bernard Trépanier fait partie de la bande des Six

Qui sont les crapules cravatées qui ont décidé de spolier le bien public à Montréal
Frank Zampino : le donneur d'ouvrage
Rosaire Sauriol et Tony Accurso: les parrains de la collusion
Michel Lalonde et Robert-J. Marcil: les hommes de main du secteur public et du secteur privé, et finalement le bag man - l'homme du milieu Bernard Trépanier

L'objectif est simple: l'enrichissement financier personnel
L'outil est commode: la démocratie et son système électoral
La manière: la fin justifie les moyens


Commentaire de
 
JosPublic

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet: groupes de personnes ayant un sens de l'éthique en conflit avec l'intérêt de l'ensemble de la population

Sources: Journal La Presse/Gesca pour Power Corporation of Canada; Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc. Le réseau de télévision TVA pour Québecor Inc.; Radio-Canada pour la Société CBC/Radio-Canada

Pour les conversations téléphoniques il est à noter que le journal La Presse a fait disparaître la source sur cyberpresse.ca: http://www.cyberpresse.ca/actualites/elections-municipales/montreal/200910/2 (...)

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage: JosPublic
Mise à jour le 23 octobre 2009