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L'implication d'Arthur T. Porter dans l'affaire du Centre universitaire de santé McGill

 

Sujets abordés

Poursuite par l'Université McGill

L'achat d'un immeuble voué à la perdition

Une employée personnelle payée par l'Université

Collusion et corruption SNC/Lavalin

De sa prison au Panama Porter s'explique

 
 

Poursuite par l'Université McGill

 
 

Prêt: L'université a intenté une poursuite en Cour supérieure, dans l'espoir de récupérer le solde d'un prêt de 317 154$ qu'elle a consenti au Dr Porter ainsi que le salaire qu'elle lui a versé par erreur, plusieurs mois après qu'il eut démissionné.

En 2008, quelques années après qu'il eut pris les commandes du CUSM, le Dr Porter a obtenu de McGill un prêt hypothécaire d'un demi-million de dollars à 1 % d'intérêt, garanti par un de ses luxueux appartements du centre-ville de Montréal.

La propriété a été vendue 450 000$ en avril 2012, mais, selon l'Université, Porter doit toujours 285 000$. L'établissement lui a envoyé une demande de paiement à trois de ses adresses courriel ainsi qu'à un de ses avocats en Sierra Leone, sans succès.

Au mois de septembre 2012, dans le cadre d'une enquête sur le Dr Porter, La Presse avait questionné l'Université sur le prêt de 500 000$ qu'il n'avait toujours pas fini de rembourser.

Un porte-parole avait assuré que l'établissement était «en discussion» avec le Dr Porter à ce sujet et que rien n'indiquait qu'il ne paierait pas.

 

 

L'achat d'un immeuble voué à la perdition

 
 

Selon une enquête de The Gazette, sous la direction d'Arthur Porter, le CUSM a acheté «secrètement» en 2010 un immeuble résidentiel du promoteur immobilier Vincent Chiara, au 1750, avenue Cedar.

Le bâtiment de quatre étages devait être transformé en annexe du grand hôpital, mais le CUSM n'a jamais pu obtenir les autorisations nécessaires au changement de zonage, et le centre hospitalier s'est retrouvé avec un immeuble inutilisable.

L'établissement n'a pas voulu dire au quotidien anglophone combien il avait payé lors de la complexe transaction immobilière avec Vincent Chiara

Impliqué dans plusieurs entreprises privées à l'époque où il dirigeait le Centre universitaire de santé McGill (CUSM), Arthur Porter a utilisé les ressources du réseau de la santé pour des transactions d'affaires qui mettaient en jeu des sommes d'argent importantes pour sa famille et pour lui, a appris La Presse.

Cette situation est connue de plusieurs personnes au centre hospitalier.

L'établissement refuse toutefois d'en discuter publiquement. «Selon la politique du CUSM, pour donner de l'information nominative sur un de nos employés, il faut son consentement», a expliqué Richard Fahey, porte-parole du centre.

Le service des communications a même refusé de confirmer à La Presse que les personnes impliquées travaillent bien au CUSM. Il a fallu se tourner vers la téléphoniste de l'établissement pour obtenir des réponses
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Historique de l'affaire
CUSM
Centre Universitaire de santé McGill

Avril 2004

Le Dr Arthur Porter est nommé directeur général du CUSM.

Octobre 2008

L'appel de propositions en mode PPP pour le site Glen est lancé auprès de deux soumissionnaires: le duo SNC-Lavalin/Innisfree et le groupe Obrascon/Decarel.

2009

Un cadre de SNC-Lavalin, Riadh Ben Aïssa, aurait embauché un agent pour aider à l'obtention du contrat du CUSM, selon des révélations de La Presse en octobre 2012.

16 septembre 2009

Les deux groupes soumettent leur proposition technique. Le même jour, le gouvernement modifie les conditions relatives au financement. «Le CUSM et le gouvernement pourront, à leur seule discrétion, accepter une proposition non conforme», stipule le décret du gouvernement.

19 novembre 2009

Les deux consortiums déposent leur proposition financière.

Fin novembre, début décembre 2009

Le Dr Porter avise ses employés dans un courriel que le consortium a été choisi et qu'une annonce du gouvernement est imminente, selon un article de La Presse à l'époque.

1er décembre 2009

Le gouvernement avise les deux soumissionnaires que leur proposition financière est non conforme, puisqu'elle excède le budget maximum de 1,13 milliard.

13 janvier 2010

Le gouvernement modifie les conditions et augmente le budget maximum à 1,34 milliard.

15 mars 2010

Deux nouvelles soumissions sont déposées.

1er avril 2010

Le comité de sélection choisit le consortium SNC-Lavalin/Innisfree

7 juillet 2010

Le gouvernement approuve officiellement la sélection du consortium SNC-Lavalin/Innisfree.

5 décembre 2011

M. Porter démissionne de son poste au CUSM, quatre mois avant la fin de son mandat. Au cours du mois, des comptables de SNC-Lavalin commencent à recevoir des renseignements sur de mystérieux paiements pour des contrats.

Mars 2012

Le conseil d'administration de SNC annonce que le vice-président Riadh Ben Aïssa a autorisé des paiements douteux totalisant 56 millions US.

1er octobre 2012

22,5 des 56 millions de $ en paiements douteux de Riadh Ben Aïssa, de SNC, auraient servi à l'obtention du projet du CUSM. M. Porter est soupçonné d'avoir joué un rôle dans ces paiements

27 février 2013

Des mandats d'arrestations sont émis à l'égard de Arthur Porter, son ex-bras droit Yanaï Elbaz (mis sous arrêt le jour même à Montréal), Jeremy Morris de la firme Sierra Asset Management, l'ex-dirigeant de SNC-Lavalin en Afrique du Nord actuellement détenu en Suisse Riadh Ben Aïsa et l'ancien PDG de SNC-Lavalin Pierre Duhaime. Ils sont visés par 24 chefs d'accusation, en particulier de fraude, fraude envers le gouvernement, abus de confiance, commissions secrètes et recyclage des produits de la criminalité.

Le 27 mai 2013 - Arrestation du Dr. Arthur Porter. Il avait quitté la Barbade pour prendre l'avion au Panama afin de s'enfuir au Sierra Leone en Afrique où il est ambassadeur et ami du président du pays. Emprisonné à la prison La Joya au Panama il conteste la demande d'extradition du Canada.

Le 23 avril 2015 - Il est transporté dans un centre privé d'oncologie du Panama. Il décède le 30 juin 2015

Le 30 juin 2015 - Il décède en tant que prisonnier de La Joya mais dans un centre d'oncologie à Panama City. L'UPAC délègue des enquêteurs et confirme le décès hors de tout doute.

Un acte notarié consulté par La Presse précise que, le 24 novembre 2011, alors que le Dr Porter était toujours à la tête du CUSM, un avocat de l'établissement lui a fourni un mandat qui permettait à son adjointe, Lynn Panneton, de procéder à des transactions immobilières pour son compte et celui de sa femme.

Après le départ de Porter du CUSM, la secrétaire, toujours au service de l'établissement, a vendu pour lui une propriété et acheté en son nom un condo à Mont-Royal.

Joint par courriel, Me Harris Poulis affirme que le mandat qu'il a fourni ne faisait pas partie de ses fonctions au CUSM mais que cela lui a pris très peu de temps.

«Les services privés étaient l'authentification de signatures sur certains documents. Puisque c'était simplement un exercice d'authentification, aucuns frais n'étaient requis, de la même façon que je ne facturerais pas pour l'authentification d'un passeport», dit-il.

Arthur Porter a quitté ses fonctions de directeur général en décembre 2011.

Peu après, Lynn Panneton, qui travaillait toujours comme assistante administrative à la direction générale du CUSM, a rencontré un notaire montréalais et un promoteur immobilier au nom du Dr Porter et de sa femme.

Le 18 janvier, elle a acheté en leur nom un appartement d'une valeur de 289 000$ à Mont-Royal, selon le registre foncier. Le Dr Porter en est toujours propriétaire, mais la ligne téléphonique est au nom de Mme Panneton. Celle-ci n'a pas rappelé La Presse.

À la fin du mois de mars 2012, Lynn Panneton a vendu pour 450 000$ une autre des propriétés du couple Porter au centre-ville de Montréal et a signé les documents de vente en leur nom.

Lynn Panneton figure toujours sur la liste des employés de l'établissement, mais ses collègues ont indiqué qu'elle n'est pas au travail ces temps-ci.

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Une employée personnelle payée par l'Université

 
 

Or, joint par La Presse, Ari Ben-Menashe a été catégorique: Lynn Panneton a été impliquée directement dans les tentatives du Dr Porter d'obtenir des millions pour sa société africaine en 2010. Selon lui, l'assistante administrative était l'employée personnelle de M. Porter bien plus qu'une employée du centre hospitalier. «Elle était une employée de lui, elle était impliquée, elle le couvrait tout le temps. Je suis allé au bureau là-bas et je l'ai rencontrée quelques fois. Je ne passais pas par elle quand je voulais parler au Dr Porter, mais chaque fois que lui voulait quelque chose, c'est elle qui m'appelait.»

Ari Ben-Menashe

Salaire versé par erreur: parallèlement, l'Université explique dans sa poursuite qu'elle a versé par erreur un salaire à Arthur Porter de mai à septembre, alors qu'il avait démissionné du CUSM depuis décembre 2011. Lorsqu'il dirigeait le centre hospitalier, Porter enseignait aussi à la faculté de médecine.

Ce salaire de 50 000$, moins l'impôt et les retenues à la source, a entraîné des dépôts nets de 30 000$ dans le compte d'Arthur Porter. Un remboursement lui a été demandé en octobre 2012.

Le médecin, qui dirige aujourd'hui plusieurs centres anticancer dans des paradis fiscaux des Caraïbes, a d'abord promis qu'il paierait sous peu, dès qu'il serait de retour en Sierra Leone, son pays natal.

Puis, le 23 octobre, il a envoyé un courriel au vice-principal adjoint responsable des finances à l'Université. «Malheureusement, je ne me suis pas rendu en SL comme je l'avais prévu la semaine dernière», écrit-il en parlant de la Sierra Leone.

Dans le courriel consulté par La Presse, il promet ensuite de faire le paiement bientôt à partir d'une des compagnies africaines de sa famille.

«Le paiement n'a pas été fait et plus aucune communication subséquente n'a été reçue du Dr Porter», écrit l'Université dans sa poursuite.

Joint par téléphone, le service des communications de l'Université McGill n'était pas au courant de la poursuite, intentée le 9 novembre 2012.

Promesses: En octobre 2011, au nom du CUSM, Arthur Porter s'est engagé à garantir toutes les obligations financières d'une société médicale privée envers son ancien bras droit, Yanai Elbaz. Ce dernier venait de quitter le CUSM pour devenir consultant. L'entente, jamais ratifiée officiellement par la société, prévoyait que M. Elbaz recevrait 425 000$ pour trouver des occasions d'affaires à l'étranger. Le consultant poursuit maintenant le CUSM et l'entreprise, qui refusent d'acquitter la facture.

 
 

Collusion et corruption SNC/Lavalin

 
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Rappelons que, le 1er octobre 2012, La Presse a révélé que des dirigeants de SNC-Lavalin étaient soupçonnés d'avoir fait des paiements douteux de 22 millions $ pour mettre la main sur le contrat du Centre universitaire de santé McGill.

La police tente de déterminer le rôle d'Arthur Porter dans cette affaire à titre de directeur général de l'établissement. La police a perquisitionné aux bureaux du centre hospitalier le 18 septembre.

Pierre Duhaime
ex-PDG de SNC-Lavalin accusé de fraude ( 03 )

La Presse a ensuite révélé que l'enquête cible des dirigeants de SNC-Lavalin, soupçonnés d'avoir fait des paiements douteux de 22 millions pour mettre la main sur le contrat de construction du grand hôpital, l'un des plus importants projets gouvernementaux en chantier de l'Amérique du Nord. Le contrat a été accordé en 2010 à un consortium formé de SNC-Lavalin et de la société anglaise Innisfree.

Selon plusieurs sources, la police soupçonne par ailleurs Arthur Porter d'avoir été la «porte d'entrée» de SNC-Lavalin pour obtenir le contrat.

Arthur T. Porter sur les lieux de construction de l'hôpital universitaire de McGill et Riadh Ben Aissa ( 06 ) de SNC/Lavalin, maintenant retenu par la justice Suisse

Directeur général de l'établissement au moment de l'appel d'offres, il a quitté son poste en décembre 2011, à l'époque où des comptables de SNC-Lavalin ont commencé à recevoir des renseignements sur les paiements douteux de 22 millions $. Personne n'a été accusé dans cette affaire et les faits n'ont pas été prouvés en cour.

Depuis les perquisitions, plusieurs médias ont tenté sans succès de parler au Dr Porter, qui mène maintenant sa carrière dans les tropiques. Le médecin, qui était autrefois sur toutes les tribunes, est demeuré muet.

Pour finalement réussir à lui parler, La Presse a dû se rendre à Nassau, aux Bahamas.

Arthur Porter et sa femme y habitent la luxueuse communauté fermée d'Old Fort Bay, complexe résidentiel ultrasécurisé. Le site web de la communauté précise qu'elle possède «la plus belle plage de l'île». On y trouve aussi un système de canaux pour accéder aux maisons en bateau, une marina, un club privé et des parcs. Des patrouilles et un système de caméras en protègent tous les accès 24 heures sur 24.

Surpris et contrarié

Notre équipe a tenté trois fois d'accéder à Old Fort Bay, mais les gardes se sont interposés chaque fois, en insistant sur l'interdiction de faire des photos. Ils nous ont tout de même permis de joindre le Dr Porter au téléphone.

Celui-ci s'est montré surpris et contrarié en apprenant que nous étions à sa porte. «J'aurais préféré que vous appeliez mon bureau», a-t-il lancé, en précisant qu'il était dans une réunion à l'extérieur du pays (M. Porter gère une clinique aux îles Turks et Caicos et sa famille possède des intérêts en Sierra Leone).

Interrogé à savoir s'il a suivi le feuilleton des 22 millions $ de SNC-Lavalin, il s'est fait évasif. «Un petit peu. Mais ma vie, c'est plutôt faire d'autres choses, maintenant», a-t-il laissé tomber.

À chaque nouvelle question, il a demandé de mettre fin à la conversation.

«Je vous appellerai avec plaisir pour en discuter à mon retour. Je dois retourner en réunion. Redonnez le téléphone au garde», a-t-il martelé.
Arthur Porter, W. Bush, Stephen Harper, David Angus, Stephen Harper,  Pierre Duhaime, SNC-Lavalin, Fraude, Arthur Porter, Ari Ben-Menashe, Stephen Harper, Ari Ben-Menashe,

Des liens

En 2009, un cadre de SNC-Lavalin, Riadh Ben Aïssa ( 04 ), aurait embauché un agent pour aider à l'obtention du contrat du CUSM et c'est là que des factures bizarres commencent à apparaître dans la comptabilité de SNC/Lavalin. Ici la porte devrait s'ouvrir sur les liens d'influences. Cela ne signifie pas qu'il y ait corruption mais apparence de collusion.

Les enquêtes de l'UPAC éclairciront probablement ces liens d'influence entre SNC/Lavalin, son président Pierre Duhaime et les autres personnages impliqués de près ou de loin dans le scandale de la construction du CUSM:

Selon l’UPAC et l’émission Enquête de Radio-Canada, Michael Novak a signé des documents approuvant des transferts de fonds de Riad Ben Aissa;

SNC-Lavalin et Riad Ben Aissa ont transféré 22.5 millions de dollars dans un compte bancaire appartenant à Arthur Porter afin d’obtenir le contrat du Centre Universitaire de Santé McGill
( CUSM);

La co-présidente de la campagne à la chefferie du Parti Libéral du Québec de Philippe Couillard, l’ex-ministre Kathleen Weil, s’est dite choquée et affirma que c’était un coup bas d’associer Philippe Couillard à Arthur Porter. (Source: Journal de Montréal et Cogeco);

En mars 2011 soit avant que les scandales n’éclaboussent SNC-Lavalin, Michael Novak a vendu la majorité de ses actions dans SNC-Lavalin et récolta la modique somme de 13 millions de dollars en profit. (Source: Globe & Mail).

 

 

De sa prison au Panama Porter s'explique
Il publiera un livre sur sa relation avec SNC/Lavalin, Philippe Couillard et Jean Charest

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Le 5 octobre 2013 Porter fourbit ses armes

SNC-Lavalin voulait plus, beaucoup plus que le super hôpital anglophone de Montréal.

Si la firme de génie s’est liée avec l’énigmatique Arthur Porter, c’est qu’elle espérait que les contacts politiques du médecin lui donneraient accès à des contrats de milliards de dollars en Afrique, mais aussi… à Ottawa, auprès du gouvernement fédéral, où Porter avait ses entrées.

Voilà en gros la défense que prépare le docteur Porter pour répondre aux graves accusations de corruption, fraude, commissions secrètes et complot dont il est l’objet au Québec. Du fond de sa cellule au Panama, où il conteste toujours la demande d’extradition du Canada à son endroit, l’ancien patron du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) fourbit ses armes.

Avec l’aide du journaliste canadien Jeff Todd, qui lui prête sa plume, Arthur Porter vient de terminer une autobiographie de 300 pages qu’il compte publier au printemps 2014. Les deux partenaires négocient avec deux éditeurs canadiens.

Arthur Porter a offert un aperçu exclusif, mais bref, du livre à La Presse, en plus d’ouvrir ses archives et de ressortir plusieurs documents datant de son passage à Montréal.

Devant un tribunal, il sera difficile pour Porter de nier que SNC-Lavalin a versé 22,5 millions$ dans son compte et celui de son ancien bras droit. La preuve à cet égard, dévoilée en partie dans les mandats de perquisition déposés en cour, est accablante.

Dans son livre à paraître, le célèbre médecin avance toutefois une tentative d’explication : il nie avoir truqué l’appel d’offres pour le CUSM et se présente plutôt comme un consultant embauché par SNC-Lavalin relativement à d’autres projets. Déjà, à l’hiver 2013, lorsque La Presse l’avait interrogé sur ses liens avec la multinationale québécoise, il avait eu une réponse sibylline : « Je n’arrive pas à croire que les gens ne réalisent pas… Je n’étais pas juste un administrateur d’hôpital. Rappelez-vous ce qui a fait de SNC-Lavalin une bonne compagnie à plusieurs égards : à la bonne époque, ils faisaient des affaires partout dans le monde », avait dit le médecin globe-trotter.

Un consultant

« Il était un consultant pour SNC-Lavalin, assure son biographe. Arthur était très impliqué avec les échelons supérieurs de la compagnie. »

Selon l’enquête de l’UPAC, c’est en 2010, peu après la signature du contrat du CUSM avec SNC-Lavalin, que la firme de génie a commencé ses paiements à Porter.

« Il n’était pas consultant officiel avant la signature du contrat de l’hôpital. Ils voulaient qu’il le soit, mais Arthur a dit qu’il ne serait pas sur leur liste de paye avant la fin du processus d’octroi du contrat », poursuit M. Todd.

Pour appuyer ses dires, Arthur Porter a envoyé par courriel à La Presse un document daté de décembre 2010 ayant pour titre TAPV Briefing Note, qui détaille un projet de SNC-Lavalin visant à mettre la main sur le gigantesque contrat de remplacement des blindés de l’armée canadienne. Le contrat était estimé à 1,2 milliard$ pour un parc de 500 véhicules, avec un contrat séparé d’une somme non précisée pour l’entretien. L’acronyme TAPV faisait référence à un nouveau véhicule de patrouille (Tactical Armoured Patrol Vehicule).

« Nous cherchons activement un endroit au Canada pour assembler le véhicule », précise le document, qui souligne que le partenaire américain de SNC-Lavalin pour ce projet bénéficie « d’une solide présence canadienne grâce à notre réputation de bon fournisseur de la Défense et notre expérience dans des soumissions majeures auprès de sociétés de la Couronne ».

Par courriel, Arthur Porter a expliqué à La Presse que des hauts dirigeants de SNC-Lavalin espéraient commercialiser ensuite leur véhicule blindé auprès de forces armées étrangères. Ils entrevoyaient un immense marché sur la scène mondiale, mais pour ce faire, il fallait d’abord gagner le contrat à Ottawa.

Un bon réseau

Arthur Porter était bien branché à Ottawa à l’époque. Il avait été nommé membre à vie du Conseil privé de la reine pour le Canada et le premier ministre Harper l’avait promu président du Comité civil de surveillance des services secrets canadiens ( 02 ). Porter fréquentait aussi le sénateur conservateur David Angus, qui présidait le conseil d’administration de son centre hospitalier.

Mais selon Jeff Todd, Porter a refusé de faire des représentations auprès du gouvernement fédéral, car « le conflit d’intérêts aurait été évident ».

Le médecin a plutôt offert son aide pour dénicher des contrats d’infrastructures ou régler des problèmes ailleurs dans le monde, dit-il. Il promet que les lecteurs du livre en apprendront plus sur ce qu’on attendait de lui.

« C’était surtout pour la Libye et la Sierra Leone. Il connaissait personnellement le président de la Sierra Leone, son pays natal. D’ailleurs, il avait un passeport diplomatique de ce pays. Et il avait beaucoup à voir avec la Libye. Il avait rencontré Kadhafi auparavant dans des sommets en Afrique », résume Jeff Todd.

Porter est aussi connu pour ses liens avec d’autres hommes politiques, dont le premier ministre des Bahamas et l’ex-président des États-Unis George W. Bush. Il prétend que son père a déjà été le colocataire de Robert Mugabe, président du Zimbabwe, pendant leur jeunesse, des contacts potentiellement alléchants pour des hommes d’affaires comme Riadh Ben Aissa et Pierre Duhaime, ses coaccusés dans le scandale du CUSM.

« Arthur dit que c’est mieux de connaître le roi qu’être le roi. Il a fait de la politique son business », affirme Jeff Todd.

Chez SNC-Lavalin, la porte-parole Leslie Quinton n’était pas en mesure de confirmer ces allégations puisque les interlocuteurs de Porter ont quitté l'entreprise.

« Nul ne peut exclure que le Dr Porter ait pu avoir des discussions avec certains membres de notre personnel, actuel ou ancien, par rapport aux projets auxquels vos questions se rapportent. Mais il est important de préciser que si tel était le cas, ces faits n’ont pas été rapportés aux organes compétents de la société à ce jour depuis le début de nos investigations. Toutefois, nous continuons toujours nos vérifications internes », a-t-elle déclaré.

Depuis l’éclatement du scandale, l’entreprise a remplacé un bon nombre de ses dirigeants et adopté plusieurs nouvelles mesures en matière d’éthique.

Informé des allégations d’Arthur Porter, l’ex-PDG de SNC-Lavalin, Pierre Duhaime, a fait savoir par la voix de son avocat qu’il n’avait aucun commentaire.

Un chapitre sur Philippe Couillard 

Jeff Todd et Arthur Porter affirment qu’un chapitre complet du livre parle de l’ex-ministre Philippe Couillard et de l’ex-premier ministre Jean Charest, mais ils refusent d’en donner la teneur. Ce qu’ils laissent entrevoir pour l’instant est plutôt inoffensif. « Arthur parle de Couillard, de leur relation d’affaires et comment ce fut présenté dans les médias, de leurs négociations pour le méga-hôpital. Il parle de l’opinion de Couillard sur plusieurs sujets et de sa réaction aux événements. Mais il parle beaucoup de Jean Charest aussi », affirme Jeff Todd
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Sources: Conseil privé et Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité du gouvernement du Canada, l'Association canadienne des institutions de santé universitaires (ACISU)
Journaux:
The Montreal Gazette et The National Post pour Paul Victor Godfrey, The Guardian pour le Scott Trust

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 10 décembre 2012

 

Notes & Références encyclopédiques:

02

 

Conseil privé de la reine pour le Canada et le premier ministre Harper l’avait promu président du Comité civil de surveillance des services secrets canadiens.

 

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03

 

En attente de procès Pierre Duhaime ex-PDG de SNC/Lavalin, mis sous arrêt par l'UPAC

 

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04

À propos de Riadh Ben Aïssa, un cadre de SNC/Lavalin - Sur MétéoPolitique

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06

Qui est Riadh Ben Aissa ? - Sur Radio-Canada, le 1er mai 2012

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