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André DUROCHER un entrepreneur à l'éthique ambiguë

M. André Durocher d'Excavation Panthère inc. (sous la loi de la faillite en 2012) est un entrepreneur de Blainville qui dit avoir lutté contre la collusion tout au long de sa carrière. Il explique comment les contrats publics des municipalités de la Rive-Nord et de Transport Québec ont aussi été graduellement verrouillés par des alliances réunissant entrepreneurs, firmes de génie-conseil et politiciens locaux. Étranglé financièrement, il admet avoir tenté d'organiser un système de collusion sur la Rive-Nord de Montréal!

 

 
 

En résumé

 
 

André Durocher affirme que les marchés de Montréal et de Laval ont longtemps été « fermés » par des entrepreneurs « très agressifs », et qu'il lui était pratiquement impossible d'y soumissionner. Selon lui, d'autres pratiques collusoires se sont graduellement implantées sur la Rive-Nord de Montréal au début des années 2000 ainsi qu'au ministère des Transports du Québec, ce qui a fini par exercer une forte pression financière sur Excavations Panthère.

Sur la Rive-Nord de Montréal, raconte-t-il, des entrepreneurs associés à des firmes de génie-conseil proches des administrations municipales récoltaient l'essentiel des contrats, grâce à divers stratagèmes.

Un entrepreneur n'ayant aucun lien particulier avec une firme de génie-conseil était nettement désavantagé pour obtenir des contrats. Les firmes de génie rechignaient alors à approuver des « extras », les laboratoires qu'elles embauchaient pour vérifier certains aspects des travaux se montraient plus sévères, etc. Qui plus est, des municipalités voulant écarter des entrepreneurs pouvaient facilement annuler des contrats.

Écrasé par les pratiques collusoires de ses rivaux dans le domaine de la construction, André Durocher admet qu'il a tenté d'organiser un système de collusion pour les contrats publics lancés par des municipalités de la Rive-Nord, confirmant du coup une partie des allégations faites à ce sujet par Lino Zambito ( 01 ). Il dit que l'affaire a été un fiasco. Son entreprise a fait faillite peu après.

André Durocher conteste aussi la version de Pierre Papineau ( 02 ) pour le contrat de la rue Chabanel. Il explique que Tony Conte ( 03 ) l'a harcelé de différentes manières pour qu'il ne soumissionne pas. Selon lui, c'est Pierre Papineau qui l'a empêché de soumissionner en lui retirant son cautionnement, condition essentielle pour la validité d'une soumission. Conex obtiendra le contrat.

 

L'affaire des assurance et Conex construction

 
 

M. Durocher a expliqué qu'il s'apprêtait à déposer une soumission de 1,6 million de dollars pour ce contrat, le 3 décembre 2008, lorsque Pierre Papineau, de la firme Comerco Courtage Plus qui assurait ses équipements, a fait irruption dans ses bureaux peu après 6 h le matin.

 

Pierre Papineau

« Il m'a dit: "André, on va se faire casser les deux jambes" », avant d'enchaîner: « Un, tu ne déposes pas [ton appel d'offres pour la rue] Chabanel, deux, je t'enlève ta caution, et trois, je t'enlève tes assurances de tous tes équipements si tu déposes » une soumission.

Selon lui, Pierre Papineau, qui était « agressif et nerveux », a évoqué le nom de Tony Conte de Conex, un entrepreneur aujourd'hui décédé et dont le nom revient très souvent à la commission Charbonneau. André Durocher dit qu'il ne connaissait pas Tony Conte.

André Durocher a affirmé qu'il ne pouvait plus soumissionner pour ce contrat. Pierre Papineau, a-t-il précisé, était reparti de son bureau en emportant avec lui la feuille confirmant que Panthères Excavation avait le cautionnement requis pour le contrat.

Le cautionnement est une garantie qui est offerte au donneur d'ouvrage, la Ville de Montréal dans ce cas-ci. Sans ce document, la soumission d'Excavations Panthère n'aurait même pas été valide.

Conex a finalement obtenu le contrat avec une soumission de 1,83 million de dollars.

M. Durocher avait précédemment expliqué qu'il avait été inlassablement harcelé au sujet de son contrat dès qu'un employé de sa firme avait mis les mains sur les documents d'appels d'offres à la Ville de Montréal.

Il avait reçu de nombreux appels à ce sujet, auquel il ne répondait pas, et même la visite de deux hommes venus à son bureau dans une Cadillac noire. Ces derniers lui avaient donné un numéro de téléphone en insistant pour qu'il le compose, ce qu'il n'a pas fait.

 
 
 

De l'avantage d'être lié à une firme de génie

 
 

Le témoignage d'André Durocher a aussi permis de jeter un éclairage sur des cas de collusion dans les municipalités de la Rive-Nord de Montréal. Selon lui, ces marchés sont devenus « fermés » après que des entrepreneurs actifs à Montréal, dont Infrabec, eurent entrepris d'y soumissionner vers 2002.

Les marchés de Montréal et de Laval, a-t-il dit, étaient déjà fermés par certains entrepreneurs « très très agressifs ». Selon lui, il recevait des appels dès qu'il allait chercher des documents d'appels d'offres dans ces deux villes. On lui disait alors: « "tu ne soumissionnes pas, tu n'as pas d'affaire là" ».

«

Les gars comme moi, on n’a pas le droit d’aller à Laval et à Montréal
                              
 - André Durocher

»

Corroborant des informations déjà distillées par l'ex-propriétaire d'Infrabec Lino Zambito, André Durocher a raconté que seuls les entrepreneurs qui étaient associés à des firmes de génie-conseil proches de la Ville pouvaient y travailler convenablement.

À Blainville, a-t-il dit, une firme de génie pouvait, par exemple, exiger qu'un entrepreneur utilise des tuyaux de L'Écuyer et fils. Les entrepreneurs qui n'avaient pas d'entente particulière avec cette firme se retrouvaient ainsi exclus d'entrée de jeu.

Il a aussi dit qu'un entrepreneur qui n'était pas associé à une firme de génie-conseil avait automatiquement « le laboratoire sur le dos ». Ce laboratoire, mandaté par les firmes de génie, pouvait ainsi se mettre à exiger des taux de compaction du sol beaucoup plus élevés que prévu, ce qui retardait considérablement l'avancée des travaux.

« Un laboratoire peut te donner de la misère comme il peut donner un bon coup de main », soutient André Durocher.

C'est grâce à de telles ententes, a dit André Durocher, que, depuis 2002, Mascouche est en quelque sorte une municipalité attitrée à Normand Trudel, Blainville, à CJRB et Doncar, Saint-Jérôme, à l'entreprise 4 Saisons et Lachute, à ABC Rive-Nord et CJRB. ( 04 )

M. Durocher a aussi raconté qu'il avait beaucoup de difficultés à exécuter un contrat de 2,7 millions de dollars qu'il avait décroché à Lachute. Il soutient que quand il a obtenu le contrat, un ingénieur de la firme LBHA, Steve Chaumont ( 05 ), l'a appelé pour le mettre en garde.

« Il m'a dit : "André, on vient de recevoir un téléphone. Un, tu n'es pas le bienvenu, et deux, on a reçu l'ordre de te crever à Lachute" », a raconté le témoin. M. Durocher a cependant eu de bons mots pour la firme LBHA, qui ne lui a jamais mis des bâtons dans les roues.

André Durocher dit en outre qu'une firme de génie pouvait s'organiser pour faire annuler un appel d'offres pour repousser un entrepreneur dont elle ne voulait pas. Il dit que cela lui est arrivé dans un projet de la municipalité de Saint-Janvier.

Selon le témoin, Michel Lalonde, du groupe Séguin , l'a notamment menacé d'annuler un appel d'offres qui était réservé à son frère Yves Lalonde, qui venait de démarrer une entreprise avec Joe Borsellino. ( 06 )

M. Durocher dit qu'il a remporté l'appel d'offres, et que celui-ci a bel et bien été annulé.

Au fil des années, André Durocher dit avoir été harcelé, intimidé, et que ses équipements ont été vandalisés. Il soutient que son frère Denis s'est fait frapper au visage par un individu équipé d'un poing américain, ce qui lui a valu trois fractures et un arrêt de travail d'un an.

Il soutient qu'il a dénoncé certaines de ces actions à la police, mais qu'aucune d'entre elles n'a été élucidée.

 

Mis en cause par Lino Zambito

 
 

Lino Zambito ( 00)

André Durocher a par ailleurs fermement nié avoir trempé dans des pratiques collusoires. « Je n'avais pas d'intérêt à embarquer là-dedans.

Ça ne m'intéressait pas
 », a-t-il dit, en précisant que tous les nombreux membres de sa famille actifs dans la compagnie étaient du même avis.

Il soutient en outre n'avoir payé aucune ristourne à quiconque.

« On a été élevé de même. [...] Mes parents [également entrepreneurs] ne payaient pas, moi je n'ai pas payé et mes enfants ne paieront pas non plus. C'est une question de principe », a-t-il affirmé.

Le 4 octobre 2012, l'ex-propriétaire d'Infrabec Lino Zambito avait expliqué à la commission qu'André Durocher et son frère avaient réuni de 15 à 20 entrepreneurs dans un hôtel de Blainville en mai 2008 pour mettre sur pied un système de collusion.

Des représentants d'Infrabec, de Doncar, de Pavage 4 Saisons, de G. Giuliani, de Poly Excavation et de Civex ( 07 ) étaient notamment présents, selon lui.

D'après Lino Zambito, André Durocher et son frère « ont commencé à parler du fait que les entrepreneurs, on devait se tenir puis éviter un peu, sur la couronne Nord, de se déchirer comme on le faisait tout le temps ».

« Puis, M. Durocher a commencé à sortir la liste des appels d'offres qui étaient en cours dans le prochain mois, ce qui était public. Et il a commencé à demander aux entrepreneurs lesquels avaient des intérêts pour tel ou tel projet. [...] Il commençait à dispatcher des jobs pour que chacun ait un contrat », a-t-il poursuivi.

Selon Lino Zambito, le stratagème a fonctionné deux ou trois mois, notamment à Mirabel, à Blainville et à Saint-Jérôme, mais sans plus.

L'ex-propriétaire d'Infrabec a expliqué que l'affaire ne pouvait pas tenir parce que Durocher n'avait pas invité d'importants entrepreneurs, comme ABC Rive-Nord, Asphalte Desjardins et Simard-Beaudry, à se joindre au groupe.

Ces entrepreneurs, a-t-il dit, n'auraient jamais accepté de se « tasser » de certains contrats au profit des membres de ce groupe.

Lino Zambito avait en outre fait valoir qu'il avait trouvé cette démarche fort malhabile, puisqu'elle se déroulait de façon trop ouverte, et devant beaucoup trop de témoins qui ne se connaissaient pas toujours.

 

Durocher d'Excavation Panthère et Transport Québec

 
 

L'avocat du procureur général a aussi fait ressortir qu'Excavation Panthère avait fait l'objet d'une évaluation de rendement négative dans la foulée d'un contrat exécuté en 2009 pour le remplacement de ponceaux dans la région de Lanaudière.

L'évaluation, faite conjointement par le MTQ et la firme chargée de la surveillance du chantier, Dessau-Soprin, a eu comme conséquence qu'Excavation Panthère a été interdit de soumissionner pour d'autres contrats du MTQ.

M. Durocher s'est montré très contrarié par cette situation, en laissant entendre que, justement, il avait été mis à l'écart par Dessau-Soprin. Il dit avoir été placé sur « une liste noire ». Il a d'ailleurs écrit au ministère pour se justifier, mais n'a jamais reçu de réponse.

« Je me suis battu avec ça. J'ai fait plusieurs contrats de déneigement avec le MTQ, plusieurs contrats de pose de ponceaux, mais quand on veut empêcher un entrepreneur de soumissionner au ministère des Transports, on fait quoi? On sort une liste noire », affirme-t-il.

« Si vous regardez mes antécédents avec le ministère des Transports, je n'ai que des A », a-t-il aussi fait valoir.

Le rapport du MTQ et de Dessau-Soprin conclut que le travail d'Excavation Panthère dans ce dossier a été insatisfaisant au chapitre de la qualité des ressources, de la qualité des communications et de la collaboration, de la qualité du suivi administratif, du respect des échéanciers et du respect des exigences environnementales.

Curieusement, M. Durocher dit n'avoir jamais consulté ce rapport d'évaluation de rendement négatif fait par le ministère. Il a cependant demandé à un ingénieur de Dessau, Francis Boivin, pourquoi il avait eu tant de misère pour ce contrat. « Il a répondu: "ça vient de plus haut que moi" », a relaté le témoin.

Selon André Durocher, ce rapport a pourtant marqué le début de la fin d'Excavation Panthère, puisqu'il n'a pu renouveler des contrats de déneigement qu'il avait jusqu'alors avec le MTQ. Les équipements nécessaires à ces travaux ne lui servaient plus à rien, a-t-il dit.

Excavation Panthère s'est placé sous la protection de la loi sur les faillites en 2011.

L'entrepreneur avait auparavant dit qu'il avait cessé de faire des affaires avec le MTQ parce que deux contrats, « un avec le groupe Séguin et un avec Dessau-Soprin », ne lui avaient pas été payés.

Plus tôt lors du contre-interrogatoire, M. Durocher a soutenu qu'un système de collusion pour l'obtention des contrats du MTQ a commencé à prendre forme après 2002, pour s'atténuer en 2009.

Me Boucher a plutôt fait ressortir qu'Excavation Panthère n'avait obtenu que deux petits contrats totalisant 1,4 million de dollars avec le MTQ entre 1999 et 2002, alors qu'il en a eu sept totalisant 7,45 millions entre 2006 et 2010.

 

Sources : Commission Charbonneau: Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction
Journaux : La Presse/Gesca pour Power Corporation of Canada, Journal de Montréal pour Québecor, Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc.
Agences:  Agence La Presse Canadienne/Canadian Press Enterprises propriété de CTVglobemedia, Torstar et Power Corporation of Canada, Agence QMI pour Québecor.
Internet: Ici Radio-Canada pour la Société CBC/Radio-Canada

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour: 02 août 2013

 

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  Des gens d'affaires
mêlés à des histoires douteuses sur le plan de l'éthique

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  Vers la Fiche:
Corruption et Éthique

Notes & Références encyclopédiques:

01
 

À propos de Lino Zambito de la firme Infrabec (aujourd'hui en faillite) - Sur MétéoPolitique

 
 

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02

À propos de Pierre Papineau de la firme Comerco Courtage - Sur MétéoPolitique

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03

À propos de Tony Conte de la firme Conex- Sur MétéoPolitique

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04
 

Normand Trudel

À propos de Normand Trudel de Transport et Excavation Mascouche à Blainville - ABC-Rive-Nord à Lachute, Construction CJRB de Terrebonne (Christian Blanchet, président). Doncar dirigé par Joseph Giguère à Saint-Jérôme, à l'entreprise 4 Saisons propriété de Daniel Laurin - Sur MétéoPolitique

 

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05

À propos de Steve Chaumont de la firme LBHA - Sur MétéoPolitique

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06
 

À propos de Michel Lalonde (photo à droite) de Genius (ex-Groupe Séguin) et Joe Borsellino de Frama Inc et Garnier construction - Sur MétéoPolitique

 
 

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07
 

À propos de Giuliano Giuliani inc, Marc Lefrançois de Poly Excavation et d'Éric Martin de Civex

 

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