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Les collaborateurs du maire de Montréal et la commission Charbonneau
 Selon des témoignages à la Commission Charbonneau
Robert Abdallah, l'ex-directeur général de Montréal
impliqué à son tour dans des activités de collusion et corruption

Sujet abordés

Selon Gérald Tremblay la proximité d'Abdallah avec Accurso méritait un congédiement

Selon Robert Lalonde, président de Génius
Robert Abdallah, aurait reçu un pot-de-vin de 300 000$ de la compagnie Tremca

Selon Robert Abdallah, Gérald Tremblay l'ex-maire de Montréal était au courant de la hausse des coûts et du rapport supposément caché

Un rapport secret connu du comité exécutif de la ville de Montréal depuis 2003

Un témoin à la commission Charbonneau implique Robert Abdallah

Une entreprise de construction recrute un ex-directeur de la Ville, Robert Abdallah

Tremblay averti contre Abdallah en 2003

Lors de son témoignage devant la commission Charbonneau, le 25 avril 2013, l’ex-maire Gérald Tremblay a éclairci les circonstances ayant mené au congédiement de l’ex-directeur général de la Ville de Montréal, Robert Abdallah.....plus de détail ici

Robert Abdallah, un homme saint qui n'a rien à se reprocher selon son interprétation de son passage à la direction de la ville de Montréal

 
 

Selon l'ex-maire de Montréal
Robert Abdallah, congédié pour proximité inéthique avec Tony Accurso

 
 

Gérald Tremblay, l'ex-maire de Montréal, lors de son témoignage le 25 avril 2013 a notamment révélé avoir décidé de mettre fin au contrat de l'ex-directeur général Robert Abdalalh après avoir découvert que celui-ci mangeait fréquemment dans un restaurant avec l'entrepreneur Tony Accurso. L'ex-maire dit avoir trouvé inacceptable que son plus haut fonctionnaire soit aussi près d'un homme d'affaires convoitant le plus important contrat de l'histoire de Montréal, les compteurs d'eau, évalué à 400 millions $.

Frank Zampino ex-président du Comité exécutif et Robert Abdallah, ex-directeur général de la ville de Montréal au grand canyon dans un voyage avec l'entrepreneur Tony Accurso

Le témoin dit ne pas avoir informé son ex-directeur général des véritables motifs derrière son départ pour éviter que celui-ci conteste son congédiement. Par ailleurs, Gérald Tremblay dit qu'il n'a pas été informé à l'époque du départ de Robert Abdalalh que Frank Zampino aussi était près d'Accurso. Le trio Accurso, Zampino et Abdallah a d'ailleurs été à cette époque à Las Vegas où les trois ont été photographiés lors d'un tour d'hélicoptère au-dessus du Grand Canyon.

Zampino ne l'a pas non plus averti au moment de sa démission en mai 2008 de ses amitiés pour Accurso et Rosaire Sauriol. Ni en décembre 2008 quand il lui a annoncé qu'il avait accepté un poste chez la firme de génie Dessau. Tremblay dit avoir tenté de le dissuader, alors que la Ville venait d'octroyer un contrat de 400 millions à un consortium formé des compagnies de Sauriol et Accurso.

Considérant qu'il s'agissait «d'une grave erreur», l'ex-maire dit alors avoir appelé Jean-Pierre Sauriol, président de Dessau, pour lui demander de ne pas embaucher son ancien bras droit. Celui-ci aurait catégoriquement refusé. «J'ai des comptes à rendre à personne», lui aurait-il répondu.

Tremblay dit qu'il aurait annulé le contrat des compteurs d'eau aussitôt s'il avait su pour les amitiés de Zampino en mai ou décembre 2008. Or c'est seulement en septembre 2009, après le dépôt d'un rapport dévastateur du vérificateur général, que le contrat sera annulé.

L'entrepreneur Tony Accurso et l'ex-directeur général de la ville de Montréal Robert Abdallah
En voyage au Grand Canyon et à Las Vegas à l'époque du contrat des compteurs d'eau

 
 

Selon Robert Lalonde, président de Génius
Robert Abdallah, aurait reçu un pot-de-vin de 300 000$ de la compagnie Tremca

 
 

Le 28 janvier 2013, l'ingénieur Michel Lalonde ( 06 ) a corroboré en grande partie les révélations de l'ex-entrepreneur Lino Zambito, selon qui l'ex-directeur général de Montréal, Robert Abdallah, aurait reçu un pot-de-vin de 300 000$ de la compagnie Tremca.

L'un des propriétaires de l'entreprise de Saint-Jean-sur-Richelieu lui a confirmé lors d'une rencontre qu'il «s'occupait d'Abdallah».

En 2005, Montréal cherchait à régler un problème de déversements des égouts de 250 maisons dans le fleuve Saint-Laurent. Génius, qui s'appelait alors Groupe Séguin, a obtenu cet important mandat de gré à gré, en raison d'une entente avec la Ville.

Montréal évaluait les travaux à 5,5 millions, mais les ingénieurs de Génius arrivaient plutôt à une estimation de 12,8 millions. C'est finalement Infrabec qui a fait l'offre la plus basse, à 10,7 millions.

Lalonde a expliqué que l'appel d'offres laissait aux entrepreneurs le choix de la technique à utiliser pour la réfection des égouts. Lino Zambito a affirmé l'automne dernier que lui voulait couler un tunnel de béton sur place, une méthode plus économique que l'achat de tuyaux préfabriqués.

Michel Lalonde soutient que la firme Tremca, qui fabrique ces tuyaux, a insisté pour que les travaux soient réalisés avec ses produits. L'ingénieur a donc demandé à voir Robert Abdallah, alors directeur général de la Ville. Les deux hommes s'étaient déjà rencontrés grâce à l'entrepreneur Tony Accurso dans un restaurant de Laval.

Lors de la rencontre, Abdallah a semblé hésiter à autoriser le projet en raison de ses coûts élevés. Quand Lalonde l'a informé qu'il comptait obliger Zambito à utiliser des tuyaux préfabriqués, ses hésitations auraient disparu, et il aurait promis que le projet aurait le feu vert.

Une autre rencontre a lieu entre Lalonde, Lino Zambito et un propriétaire de Tremca. Zambito a expliqué que les tuyaux préfabriqués coûtaient 300 000$ de plus. Le représentant Tremca l'a confirmé: «Ça vaut 300 000$. Il faut que je parle à monsieur Abdallah et il faut qu'on s'occupe de lui», lui aurait expliqué Michel ou Éric Caron.

Michel Lalonde dit qu'il a donc «accommodé» Infrabec en autorisant de 250 000$ à 300 000$ d'imprévus dans ce chantier.

 

Selon Robert Abdallah, Gérald Tremblay l'ex-maire de Montréal
était au courant de la hausse des coûts et du rapport supposément caché

 

Nouveau rebondissement dans l’affaire du rapport de 2004 sur le gonflement des soumissions de travaux publics à la Ville de Montréal : l’ancien directeur général de la Ville Robert Abdallah a confié à TVA Nouvelles que tout le comité exécutif de l’époque était au courant que Montréal payait ses travaux de 30 à 40 % plus cher qu'ailleurs au Canada.

Ainsi, les 12 membres du comité exécutif étaient au courant, dont le maire Gérald Tremblay lui-même et son second, Frank Zampino.

Le maire Tremblay assure, et il l’a répété au moment de sa démission, qu’il n’a été mis au courant de l’existence de ce rapport que tout récemment.

Le président du comité exécutif, Michael Applebaum, a démissionné avec fracas de son poste, en brandissant ce rapport sur les coûts prohibitifs des travaux publics et en affirmant que ses collègues auraient tenté de le dissimuler.

Au cours de l'entrevue qu'il a accordée à Jean Lapierre, M. Abdallah a même affirmé que Gérald Tremblay était présent lorsqu'il a informé le comité exécutif qu'il en coûtait de 30 à 40 % plus cher pour effectuer certains travaux sur l'île de Montréal.

«M. Tremblay était là et tous les membres de l'exécutif étaient présents. Tout le monde. Je n'exclus personne. Est-ce qu'on a caché des informations? a questionné Abdallah. Non! Jamais! Ce n'est pas juste odieux (de l'affirmer), je trouve ça invraisemblable.»

L'ingénieur de formation a ajouté qu'il avait même embauché Macogep, une compagnie qui a été mandatée pour surveiller les coûts des contrats octroyés par la Ville. Les vérifications faites par TVA Nouvelles prouvent que la firme a reçu en 2005 un contrat de 500 000 $ qui devait se terminer en 2008.

Macogep aurait permis de cibler 75 contrats dont les coûts dépassaient largement les prix du marché. Les services les plus problématiques étaient ceux des égouts et des aqueducs, selon les sources consultées par TVA Nouvelles.

«Et le comité exécutif, je tiens à vous rappeler, unanimement, il a approuvé et le budget et le contrat à Macogep.

Tous les contrats qui ont été annulés ont été à l'exécutif avec l'explication que ces prix-là étaient selon Macogep, la firme qu'on a engagée, bien en dehors des prix et il fallait annuler.

Donc, automatiquement, il était au courant. Je trouve ça odieux. Je trouve ça odieux! Les preuves sont là», a martelé l'ex-directeur général de la Ville.

 
 

Un rapport secret connu du comité exécutif de la ville de Montréal depuis 2003

 
 

Les nouvelles informations dévoilées par Robert Abdallah élargissent le cercle des élus qui auraient pu être au courant du système en place pour gonfler les prix des contrats à Montréal.

En 2004, le comité exécutif de la Ville de Montréal présidé par Frank Zampino comptait 12 membres, dont les plus grosses pointures du parti de Gérald Tremblay.

L'ex-maire affirmait pourtant encore le soir de sa démission, le 5 novembre 2012, que certains faits n'avaient été portés à son attention que tout récemment.

Sur de nombreux procès-verbaux du comité exécutif de l'époque, on remarque la présence de Robert Abdallah aux réunions et on évoque même à plusieurs reprises le nom de l'entreprise chargée de la surveillance des coûts, Macogep.

«On a caché ça et les gens ne le savaient pas, n'étaient pas au courant? Bien, moi, je vous le dis hors de tout doute, avec des faits, on a été à l'exécutif», a souligné Robert Abdallah.

Le contrat de Macogep s'est terminé au milieu de l'année 2006. Presque au même moment, Robert Abdallah quittait le poste le plus prestigieux disponible à la Ville de Montréal.

Questionné à savoir s'il était devenu dérangeant pour ceux qui avaient mis en place un système de collusion, il a répondu, songeur : «pour plusieurs, pour plusieurs».

Procès-verbal de la séance du comité exécutif du 28 janvier 2004 à 9h
Présences:

M. Gérald Tremblay

maire

M. Frank Zampino

maire de l'arrondissement de Saint-Léonard, président du comité exécutif

Mme Francine Sénécal

conseillère de ville de l'arrondissement de Côte-des-Neiges / Notre-Dame-de-Grâce, Vice-Présidente du comité exécutif

M. Michel Prescott

conseiller de ville de l'arrondissement du Plateau Mont-Royal, Vice-Président

M. Georges Bossé

maire de l'arrondissement de Verdun

M. Claude Dauphin

maire de l'arrondissement de Lachine

Mme Helen Fotopoulos

maire de l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal

M. Robert Libman

maire de l'arrondissement Côte-Saint-Luc / Hampstead / Montréal-Ouest

M. Cosmo Maciocia

maire de l'arrondissement Rivière-des-Prairies / Pointes-aux-Trembles / Montréal-Est

Mme Louise O'Sullivan

 conseillère de ville de l'arrondissement de Ville-Marie

M. Alan DeSousa

maire de l'arrondissement de Saint-Laurent

M. Peter B. Yeomans

maire de l'arrondissement de Dorval / L'Île-Dorval

Procès-verbal de la séance ordinaire du comité exécutif tenue le mercredi 29 mars 2006 à 9h
Présences:

M. Gérald Tremblay

maire

M. Frank Zampino

président du comité exécutif

M. Claude Dauphin

vice-président du comité exécutif

Mme Francine Sénécal

vice-présidente du comité exécutif

Mme Marie-Andrée Beaudoin

membre du comité exécutif

M. Alan DeSousa

membre du comité exécutif

M. Sammy Forcillo

membre du comité exécutif

Mme Helen Fotopoulos

membre du comité exécutif

M. Benoît Labonté

membre du comité exécutif

M. André Lavallée

membre du comité exécutif

M. Cosmo Maciocia

membre du comité exécutif

M. Marcel Tremblay

 

 
 
 

Un témoin à la commission Charbonneau implique Robert Abdallah

 
 

L'ex-entrepreneur en construction Lino Zambito a impliqué l'ancien directeur général de la Ville de Montréal Robert Abdallah, devant la commission Charbonneau.

M. Zambito a soutenu qu'un ingénieur d'une firme privée de Pointe-aux-Trembles lui avait dit qu'il devait acheter des tuyaux d'égout d'une compagnie en particulier et au prix qu'elle exigeait parce que cette entreprise, Tremca ( 01 ), s'était entendue avec M. Abdallah.

Il s'agissait d'un contrat de collecteur d'égout, rue Sherbrooke Est, à Montréal, pour lequel son entreprise, Infrabec ( 02 ), avait été le plus bas soumissionnaire.

S'il avait été le plus bas soumissionnaire, a-t-il expliqué, c'est parce qu'il avait prévu, non pas d'acheter des tuyaux d'égout, mais de les couler sur place en faisant le coffrage.

Quand il a protesté parce que cela lui coûterait plus cher, il s'est fait dire qu'il allait être indemnisé pour le supplément qu'il devait débourser pour faire affaire avec Tremca. Il a donc accepté de réaliser le contrat et a été en partie indemnisé.

«Monsieur Lalonde avait été très clair avec moi. Il a dit si tu veux que le projet se fasse, les tuyaux doivent être achetés chez Tremca, au prix qui a été déterminé. On va te compenser. Et la différence de 300 000 $, de différence de tuyaux, c'est le montant que les gens de Tremca, monsieur Caron, doit remettre à monsieur Abdallah pour que le projet soit octroyé par la Ville de Montréal», a affirmé M. Zambito.

M. Abdallah a quitté ses fonctions de directeur général de la ville de Montréal en juin 2006
pour des raisons dites de confidentialité.

Zambito a expliqué qu'en 2005, alors que son entreprise Infrabec avait décroché un contrat d'aqueduc d'une dizaine de millions $, il a reçu un appel de Michel Lalonde, président du groupe Séguin, une firme d'ingénieurs embauchée par la Ville.

Il était convoqué à une rencontre à laquelle assistaient Michel Caron et Éric Caron, propriétaires de l'entreprise Groupe Tremca. On lui a alors imposé de faire appel à Tremca en tant que sous-traitant pour la fourniture de tuyaux en béton armé.

« J'ai appris que c'était une demande de Robert Abdallah, qui était organisé avec les gens de Tremca », a raconté Zambito.

L'ancien directeur général de la ville de Montréal, Robert Abdallah, aurait touché un important pot-de-vin pour favoriser une entreprise qui voulait être sous-traitante dans un gros contrat municipal.

De la pression

Sous la pression, Infrabec a décidé d'accepter de collaborer avec Tremca pour réaliser le contrat public. «Dans ma tête à moi, c'était très clair qu'il y avait une entente entre Tremca et monsieur Abdallah. Tu embarques ou on doit retourner en appel d'offres », a-t-il décrit.

Finalement, Zambito a facturé non pas 300 000 $, mais bien 500 000 $ en « faux extras » à la ville de Montréal, pour éponger les surplus de coûts.

Pour justifier ces réclamations, il a expliqué que le roc avait été plus difficile à dynamiter que prévu.

La Ville de Montréal sait depuis longtemps qu'elle paie trop cher ses contrats de construction en raison de la concentration des contrats dans un petit groupe d'entrepreneurs, a reconnu l'ex-directeur général, Robert Abdallah.

«Est-ce que ça coûtait plus cher aux Montréalais ? Oui, je le savais», a dit le plus haut fonctionnaire de la Ville de 2003 à 2006.

«Furieux» d'avoir été montré du doigt par l'entrepreneur Lino Zambito, Robert Abdallah est prêt à tout faire pour défendre sa réputation. Il promet de «sortir ses dossiers» et de les montrer aux médias.

Questionné par l'animateur de radio de 98.5 à Montréal, l'ancien directeur général a indiqué qu'il avait constaté durant son mandat une hausse marquée du prix des contrats de construction. Il a alors demandé une analyse de tous les appels d'offres et constaté qu'un nombre restreint d'entrepreneurs en obtenaient la majeure partie. Il dit avoir quitté la Ville avant que cette analyse soit terminée.

Devant la commission Charbonneau, des témoins ont affirmé que la mainmise d'un cartel sur les contrats d'égouts et de trottoirs avait fait gonfler les prix de 30%. Depuis le début de l'année 2012, la Ville de Montréal dit avoir observé une baisse de 20 à 33% du coût des contrats.

L'ex-DG connaît Tremca

Quant aux allégations de Lino Zambito sur le contrat de construction d'un collecteur sous la rue Sherbrooke en 2005, Robert Abdallah a nié avoir imposé l'utilisation des tuyaux en béton armé de la compagnie Tremca. Alors qu'il a déjà dit qu'il n'avait jamais rencontré les dirigeants de cette compagnie, il a reconnu qu'il avait déjà rencontré l'un d'eux. «On me l'a déjà présenté quelque part. "Ça, c'est M. Caron, et ça, c'est M. Abdallah." Mais jamais M. Caron ne m'a appelé pour imposer ses affaires, jamais M. Carton ne m'a offert de l'argent et je n'ai jamais imposé ce que M. Caron fabrique», a-t-il martelé.

Dans son témoignage, Lino Zambito n'a pas dit qu'il avait assisté à l'échange des 300 000$ que M. Abdallah aurait touchés selon lui. C'est un ingénieur du Groupe Séguin, engagé pour évaluer le coût des travaux, qui lui aurait affirmé que la demande provenait de l'ex-directeur général.

«Je mets au défi n'importe qui pouvant témoigner et dire "j'ai rencontré M. Abdallah et je lui ai donné de l'argent», a tonné l'ex-directeur général à la radio.

L'ex-directeur général de Montréal a reconnu qu'il avait déjà reçu des offres «indirectement», mais il assure qu'il a refusé. «J'ai très, très rarement été dîner avec des entrepreneurs. Mais est-ce que je les connais tous ? Oui.» 
 

 

Tremblay averti contre Abdallah en 2003

 
 


«On ne joue pas avec les réputations»
Michèle Ouimet - 26 octobre 2009

Gérald Tremblay affirme que l'ancien haut fonctionnaire André Delisle l'a averti, dès 2003, que l'embauche du directeur général Robert Abdallah soulevait de sérieuses questions. Le maire affirme qu'il en a pris bonne note. La Presse a joint André Delisle. Sa version contredit celle du maire. C'était par ailleurs jour de vote par anticipation, hier. Des milliers de Montréalais se sont ainsi rendus aux urnes, en beaucoup plus grand nombre qu'il y a quatre ans. Quant aux trois principaux candidats à la mairie, ils ont exprimé leur désir d'aborder d'autres thèmes que celui de l'éthique pendant la dernière semaine de la campagne électorale.

C'est le maire Gérald Tremblay qui nous a dit d'appeler André Delisle.

J'ai viré la ville à l'envers pour trouver le numéro de téléphone cellulaire de cet ancien haut fonctionnaire de la Ville de Montréal. Le maire Gérald Tremblay a brandi son nom plusieurs fois pour prouver qu'il avait tout mis en oeuvre pour faire le ménage dans son administration.

Quand j'ai appelé André Delisle, il jouait au golf à Bromont et il n'avait pas encore lu La Presse.

S'il l'avait lue, il aurait compris que le maire se servait de son nom pour prouver qu'il luttait contre la corruption à l'hôtel de ville.

Début 2003, André Delisle était directeur général par intérim. La Ville se cherchait un nouveau DG pour remplacer Guy Coulombe qui venait de partir.

Lorsque le maire a choisi Robert Abdallah quelques mois plus tard, André Delisle l'a mis en garde contre les méthodes particulières de cet ingénieur qui avait travaillé pendant 27 ans à Hydro-Québec.

- Et que vous a-t-il dit sur ces méthodes particulières? a demandé ma collègue Katia Gagnon au maire

Gérald Tremblay a observé un long silence, puis il a dit que M. Delisle avait décidé de quitter la Ville à cause de l'arrivée de Robert Abdallah.

Lui avez-vous demandé pourquoi?

- Oui.

- Ça vous a alerté?

- La réponse, c'est oui.

- Que vous a dit André Delisle?

- Appelez-le, a répondu le maire.

André Delisle, donc, jouait au golf samedi matin quand je l'ai joint. Je l'ai rappelé vers 17h15, chez lui, à Montréal. Il venait de lire La Presse. Sa version est différente de celle du maire. Voici ce qu'il m'a raconté.

Février 2003.

«Un soir, je rentrais chez moi et Frank Zampino (le directeur du comité exécutif qui a été éclaboussé par le scandale des compteurs d'eau) m'a appelé pour me dire qu'il avait choisi le nouveau directeur général: Robert Abdallah.»

«Je lui ai demandé: «Avez-vous fait votre due diligence (c'est-à-dire toutes les vérifications nécessaires)? « Il m'a répondu: «Oui, oui.»»

«Le lendemain, j'ai été convoqué au bureau du maire. Gérald Tremblay et Frank Zampino étaient présents. Le maire m'a confirmé qu'il avait embauché Robert Abdallah. J'ai de nouveau posé ma question: «Avez-vous fait votre due diligence? « Il m'a répondu: «Oui, tout est beau.»»

«J'ai regardé Gérald Tremblay et je lui ai dit: «Dans ce cas, je démissionne sur-le-champ, il est hors de question que je travaille avec Robert Abdallah! « «Très bien», a dit le maire. Il ne m'a posé aucune question - Frank Zampino, non plus d'ailleurs - , mais son langage non-verbal était éloquent. Il était très surpris et contrarié.»

«Deux ans et demi plus tard, Gérald Tremblay m'a appelé pour me parler de Robert Abdallah. Il m'a dit qu'il faisait une enquête. Je lui ai raconté ce que je savais.»

André Delisle connaissait bien Robert Abdallah. Tous deux ont travaillé pendant de longues années à Hydro-Québec avant de se retrouver à la Ville.

En mai 2006, trois ans après son embauche, Robert Abdallah est parti dans des circonstances obscures. Une démission surprise. En novembre 2008, il a été nommé à la tête d'une filiale de Simard-Beaudry, la société Gastier. Simard-Beaudry appartient à Tony Accurso ( 03 ), l'homme au yacht qui a décroché le controversé contrat des compteurs d'eau.

André Delisle n'a pas voulu me parler des méthodes particulières de Robert Abdallah ni des raisons qui ont motivé son refus catégorique de travailler avec lui.

«On ne joue pas avec les réputations, a-t-il tranché. Je n'avais pas les moyens de vérifier certaines choses. C'est très, très délicat. En plus, je suis avocat. J'ai donné des noms au maire pour qu'il fasse des vérifications.»

J'ai insisté. Pourquoi refusiez-vous de travailler avec Robert Abdallah? Les Montréalais ont le droit de savoir. «S'ils veulent connaître la vérité, que le gouvernement mette sur pied une commission d'enquête, a-t-il répondu. Je ne ferai pas le travail à leur place!»

Le maire jure qu'il travaille d'arrache-pied pour faire le ménage depuis son arrivée au pouvoir en 2001. Mais comment peut-il prétendre être propre quand il accepte la démission d'un de ses fonctionnaires les plus respectés sans lui poser une seule question?

Gérald Tremblay a précisé que Robert Abdallah lui avait été recommandé par le président d'Hydro, André Caillé ( 04 ). Samedi, il a répété qu'il avait «toujours eu confiance en André Delisle». Si le maire avait tellement confiance en cet homme qui lui a balancé sa démission parce qu'il refusait de travailler avec Robert Abdallah, pourquoi ne lui a-t-il pas posé une seule et toute petite question: Pourquoi?

André Delisle n'était pas un jeune fonctionnaire sans expérience. Il avait été sous-ministre adjoint responsable des budgets à Québec et vice-président aux finances à Hydro-Québec avant d'atterrir à la Ville.

Selon Guy Coulombe, André Delisle a une feuille de route impeccable. «J'étais très satisfait de son travail, m'a-t-il dit. C'est un homme qui a beaucoup d'envergure intellectuelle

Et Guy Coulombe sait juger les hommes. Il a occupé plusieurs postes stratégiques au cours des 40 dernières années: secrétaire du Conseil du Trésor, secrétaire général du Conseil exécutif (il était le patron de tous les fonctionnaires du gouvernement québécois), PDG de la Société générale de financement, PDG d'Hydro-Québec, directeur de la Sûreté du Québec et directeur général de la Ville de Montréal de 1999 à 2002.

Lorsque Guy Coulombe a décidé de partir, la Ville a embauché un consultant pour lui trouver un remplaçant. Trois ou quatre noms ont été proposés, mais aucun n'a été retenu par le maire et Frank Zampino ( 05 ). Guy Coulombe est parti et André Delisle a été nommé par intérim en attendant que la Ville trouve le candidat idéal.

En mars 2003, le nom de Robert Abdallah est arrivé sur le tapis, comme ça, pouf! surgi de nulle part. André Delisle était contre cette nomination, archi contre. Il a mis sa tête sur le billot. Le maire a accepté sa démission sans lui poser l'ombre d'une question.

Si le maire voulait vraiment nettoyer la ville, il aurait dû lui demander: Ah bon, et c'est quoi le problème avec Robert Abdallah?

Non, rien. C'est seulement deux ans et demi plus tard que le maire l'a appelé pour lui demander: Qu'est-ce que tu voulais me dire au juste au sujet de Robert Abdallah?

Guy Coulombe n'en revenait pas. «C'est assez surprenant que Gérald Tremblay n'ait posé aucune question», a-t-il souligné.

Depuis que Benoit Labonté ( 06 ) a déballé les sales secrets de l'administration Tremblay à Radio-Canada, le maire se promène partout pour marteler qu'il fait le ménage et qu'il s'y active depuis 2001, c'est-à-dire depuis que Guy Coulombe l'a averti que la Ville était corrompue et que des enveloppes brunes circulaient dans les couloirs de l'hôtel de ville. Il a même lancé une publicité à la radio où il vante son intégrité.

Sauf qu'encore une fois, les versions divergent.

«Je n'ai pas eu de conversation avec le maire sur la corruption. Si c'était le cas, je m'en souviendrais», a précisé, hier, Guy Coulombe.

Dans le fond, c'est peut-être Benoit Labonté qui a raison lorsqu'il dit que Gérald Tremblay est un faux naïf.

 

 

Sources: La Presse pour Power Corporation of Canada, Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc et le Journal de Montréal pour Quebecor Inc.

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mis à jour le 28 janvier 2013

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Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  Gens d'affaires
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  Politiciens.nes
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  Employés.es de l'État
Ayant un sens de l'éthique en conflit avec l'intérêt de l'ensemble de la population

  Éthique et corruption

Notes & Références encyclopédiques:

01

Propriétaires de la firme Tremca - Dossier sur MétéoPolitique

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02

Les propriétaires d'Infrabec - Dossier sur MétéoPolitique

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03
 

Qui sont Tony Accurso et les entreprises Simard-Beaudry ? Dossier sur MétéoPolitique

 

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04

Qui est André Caillé ? Dossier sur MétéoPolitique

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05

Qui est Frank Zampino ? Dossier sur MétéoPolitique

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06

Qui est Michel Lalonde ? Dossier sur MétéoPolitique

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