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Luc Leclerc, ingénieur retraité de la ville de Montréal et ses conflits d'intérêts
Si la corruption faisait partie de la culture d'entreprise elle faisait aussi partie de la sienne

Le 22 février 2015, nous apprenons que la maison construite pour Luc Leclerc un fonctionnaire corrompu est sur le marché immobilier, mais les contribuables montréalais n’auront rien de ce capital puisqu’il a transféré la propriété à son ex-conjointe.

À vendre pour 1,3 M$ sous le nez de la Ville

Luc LECLERC

Ingénieur à la Direction de la surveillance au Service des infrastructures de la ville de Montréal. Il a avoué, devant la Commission Charbonneau, avoir pratiqué la collusion et la corruption. À cause de l'immunité accordée par la commission pour obtenir sa collaboration il ne sera pas poursuivi sur le contenu de son témoignage. Il était retraité de la Ville au moment de son témoignage donc ne pouvait pas être congédié. Le fonds de pension n'est pas saisissable et il a vendu pour 1$ sa maison à sa conjointe. En février 2015, la maison est en vente au prix de 1 million 300 $.

Accusé non poursuivi pour cause de collaboration avec la Justice

Sentence: Il a remis à la ville de Montréal 90 000$ lors de son témoignage à la Commission Charbonneau. C'est-à-dire, ce qui lui restait d'argent comptant des pots-de-vin reçus qui se chiffrait à environ 500 000$. Il y a eu une entente de remboursement supplémentaire de 72 000 $ à raison de 1000 $ par mois pendant six ans. L'Ordre des ingénieurs du Québec l'a banni pour 10 ans du droit d'utiliser le titre d'ingénieur.

Sujets abordés

Maison à vendre pour 1,3 M$ sous le nez de la Ville

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La corruption faisait partie de la culture d'entreprise

Grâce à son optique pro-entrepreneurs, Luc Leclerc empoche un minimum de 500 000$ 

Entrevue télévisée pour l'émission Enjeux de Radio-Canada Télévision

Le 5 juillet 2014: En plus de devoir composer avec la honte des gestes posés envers la société, Luc Leclerc commencera à payer. En ajout aux 90 000$ comptant qu'il a remis à la commission sur les 500 000$ reçus pour sa corruption, il devra payer à la ville de Montréal, son ex-employeur, la somme de 72 000 $ à raison de 1 000 $ par mois pendant six ans.

Rappelons que dans la foulée des révélations de la commission Charbonneau, la Ville avait déposé en mars 2013 un grief pour tenter de récupérer ce qu’elle considérait comme de l’argent volé aux contribuables montréalais. Elle cherchait à recouvrer 550 000 $ de l’ex-ingénieur. Les parties sont parvenues à une entente qui met un terme aux procédures en cours. « Ces transactions sont dans le meilleur intérêt de la Ville et de ses contribuables tenant compte de toutes les circonstances des litiges, des ressources nécessaires à investir et des inévitables aléas des procès impliqués advenant la continuation des procédures », souligne-t-on.

C’est avec une certaine désinvolture que l’ingénieur retraité de la Ville de Montréal, Luc Leclerc, a expliqué à la commission Charbonneau avoir eu « une sensation de pouvoir » en recevant à répétition des pots-de-vin et des cadeaux en échange d’un service de première qualité aux entrepreneurs. Il a reconnu durant son témoignage de deux jours, avoir été à la solde des entrepreneurs en construction faisant affaires avec la ville de Montréal. Durant son témoignage il n'a exprimé aucun remords et considère au contraire avoir bien servi la Ville de Montréal.

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"La corruption faisait partie de la culture d'entreprise"

 
 

Le fonctionnaire retraité a affirmé que les cadeaux étaient chose courante et que cela ne heurtait personne. Il a décrit ce qu'il a qualifié de «culture d'entreprise», soit une culture de tolérance face à la proximité entre les ingénieurs et les entrepreneurs qui leur offraient des cadeaux.

Ces cadeaux sont arrivés «pour tout le monde» par camion dès Noël 1990, a relaté l'ancien chargé de projets au service de la voirie.

Il a raconté qu'à Noël 1990, quelqu'un est entré dans son département et a dit «mettez vos manteaux, on sort dehors». Un premier camion «pick up» est arrivé rempli de cadeaux. «Mon nom est là; je prends le cadeau et mets ça dans la voiture comme les autres», s'est-il souvenu.

La scène de la livraison des cadeaux s'est répétée «deux ou trois fois dans la journée» et «pendant plusieurs jours avant Noël», s'est remémoré le témoin. «C'était la culture d'entreprise. Ça faisait des générations que ça se faisait comme ça», a-t-il raconté.

Et le phénomène s'est répété d'année en année, sans que personne ne sourcille au plan éthique.

Dans l'ascenseur


La situation s'est compliquée quand son département a déménagé de la rue Viger à la rue Duke.

Il passait alors d'un plain pied à un immeuble où il fallait prendre l'ascenseur, ce qui compliquait la vie de ceux qui devaient sortir en manteau et repasser devant tout le monde avec leur cadeau sous le bras.

Lieu de travail de Luc Leclerc - Château Viger

Les employés récompensés devaient donc se rendre eux-mêmes au bureau de l'entrepreneur ou bien ce dernier faisait une «livraison à domicile» à l'employé gratifié, a-t-il raconté.

Lui qui avait précédemment travaillé à la défunte Communauté urbaine de Montréal a admis que là-bas, ça ne fonctionnait pas de telle façon. C'est à la Ville que les cadeaux ont afflué et que le climat de proximité s'est instauré avec les entrepreneurs.

Les pots-de-vin se sont multipliés quand il a déployé son talent pour réclamer des «extras» de la Ville pour des travaux censément réalisés par l'entrepreneur.

Le plus gros pot-de-vin a atteint 25 000 $ et ce fut le cas à quelques reprises. Il a estimé avoir reçu 500 000 $ comptant au total, sans compter les tournois de golf, les bouteilles de vin, les repas à 100 $ par convive au restaurant et les billets de hockey. Les bouteilles de vin, «il n'y en a pas qui n'en donnaient pas; c'était universel».

M. Leclerc déployait ce qu'il a appelé son «service cinq étoiles» pour favoriser les entrepreneurs généreux à son égard. Ce service consistait à utiliser une méthode de calcul plus favorable à l'entrepreneur, comme le fait de payer l'entrepreneur à l'heure, par exemple. Ou bien il veillait à ce que les dossiers se règlent vite au service administratif, afin que l'entrepreneur soit plus rapidement payé par la Ville.

Possible de le coincer?

En réponse à la question du commissaire Renaud Lachance, il a indiqué qu'il aurait «été très difficile» pour un supérieur honnête et rigoureux de le coincer, tant il était devenu habile dans ses manigances.

Du même souffle cependant, il a souligné qu'il ne se cachait pas de jouer au golf avec des entrepreneurs en construction et qu'il avait une entente «tacite» avec les surveillants des travaux, à défaut d'entente ouverte, pour disposer d'une certaine marge de manoeuvre dans ses recommandations de paiements. Il savait aussi, avec son supérieur Gilles Vézina ( 04 ), ce qui pouvait «passer» et ce qui ne pouvait pas passer comme extras.



Il prenait la peine de toujours partir de véritables travaux imprévus réalisés par l'entrepreneur pour gonfler la facture des extras. Sans ces véritables travaux imprévus, «je n'avais pas beaucoup d'espace pour faire place à mon imaginaire», a-t-il lancé. «Je ne peux pas inventer des choses

L'ancien chargé de projets a aussi soutenu que l'adoption du code de conduite à la Ville de Montréal en 2009 a eu un effet dissuasif et les gens se sont auto-disciplinés. Il a pris sa retraite en 2010. La procureure de la Commission, Me Sonia Lebel, lui a toutefois fait admettre que même avant ce code, il était lié par un code de déontologie en tant qu'ingénieur. ( 05 )

Mais il a prétendu que si on lui avait expliqué la portée d'un code, il aurait peut-être pris cela plus au sérieux. «Moi, personnellement, ça m'aurait peut-être fait allumer, fait peur, fait prendre conscience plus rapidement», a-t-il avancé.

M. Leclerc a aussi affirmé qu'à cause des compressions budgétaires au fil des ans à la Ville de Montréal,
le personnel de son service avait été considérablement réduit depuis 1990, ce qui a ouvert la voie aux profiteurs.

Lui-même se retrouvait constamment face aux mêmes entrepreneurs et il s'est créé des liens, dans un contexte où il y avait peu de surveillance. «On était plus vulnérable, parce qu'on était moins nombreux et qu'on avait moins de ressources», a-t-il opiné.

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Il cède sa maison à son ex-épouse pour éviter.....?

 
 

Résidence de Luc Leclerc

Il aurait remboursé une hypothèque de 447 000$, contractée en 2003, en un seul paiement.

Décidément, le fait de se départir de sa maison pour une bouchée de pain est à la mode chez les ex-employés de la ville de Montréal nommés devant la commission Charbonneau, qui enquête sur l'octroi des contrats publics dans l'industrie de la construction.

L'acte de cession a été enregistré par Leclerc quelques semaines seulement avant que Surprenant ( 02 ) vende sa propre maison de Greenfield Park à sa fille pour 1$, le 19 septembre 2012.

Les deux hommes sont des « amis », selon Surprenant, et ils ont effectué ensemble de nombreux voyages de golf dans le sud, au fil des années.

Éviter de rembourser ?

Devant la commission, Gilles Surprenant s'est défendu d'avoir donné sa résidence pour échapper à d'éventuelles réclamations d'argent.

« Est-ce que vous voyez là-dedans une façon de ne pas vous la faire saisir et d'avoir à éviter de rembourser la ville de Montréal? », a demandé Me Michel Dorval, avocat d'Union Montréal, le parti du maire Gérald Tremblay.

« Je n'ai pas pensé à ça. Moi quand j'ai su que je venais ici, on m'a parlé d'immunité complète », a répondu celui qui a reconnu avoir touché plus de 700 000 $ en pots de vin en échange de sa complicité pour gonfler artificiellement l'estimation des projets d'aqueduc de la Ville.

« Sauf qu'évidemment je ne suis pas avocat, je ne suis pas comptable. Je n'étais pas certain de mes affaires. Alors j'ai vendu la maison à ma fille et puis ça sera leur héritage », a-t-il ajouté, sur un ton nerveux.

En fait, même si les deux ex-fonctionnaires se sont départi de leurs résidences principales, ils ne sont pas à l'abri de saisies. « Tout créancier a le droit de saisir les biens de son débiteur, mais aussi ceux qui sont dans les mains d'un tiers, surtout lorsqu'ils ont été vendus pour une somme dérisoire », avait expliqué un avocat spécialisé en droit immobilier, la semaine dernière, après qu'on ait appris la transaction de Gilles Surprenant.

La maison de Luc Leclerc a été au centre des conversations lors de l'interrogatoire de Gilles Surprenant.

Le témoin a affirmé qu'elle était située sur la même rue que les demeures de Frank et Paolo Catania, respectivement fondateur et actuel président de la firme Construction F. Catania.

« Si je me souviens bien, il y avait la maison de Frank, il y avait la maison de monsieur Paolo juste à côté et ensuite il y avait la maison de monsieur Leclerc », a-t-il dit.« C’était une belle maison, là, qui «fittait» bien dans le décor », a détaillé Surprenant.

« Savez-vous qui a défrayé les coûts de sa maison, à monsieur Leclerc ? (…) Qui avait peut-être fait son solage? », lui a demandé Me Denis Gallant, procureur de la commission.

L'ingénieur n'a pu fournir de réponse. Il a par contre assuré qu'en fonction de son salaire d'ingénieur à la Ville, il ne voyait pas comment il aurait pu se procurer « une maison comme celle-là ».

Paolo Catania ( 01 ) a été arrêté en mai 2012, alors que son père Frank a été présenté comme celui qui avait corrompu pour la première fois Gilles Surprenant.

 

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Grâce à son optique pro-entrepreneurs,
Luc Leclerc empoche un minimum de 500 000$
 

 
 

Luc Leclerc dit avoir commencé à recevoir des pots-de-vin dès le milieu des années 1990. Il a notamment accepté de se rendre en République dominicaine avec l'entrepreneur Paolo Catania . Son collègue Gilles Surprenant les accompagnait lors de ce voyage dont toutes les dépenses ont été remboursées par la compagnie Construction F. Catania.

Dès le début de son embauche, Luc Leclerc dit s'être fait payer des parties de golf, des billets de hockey, des cadeaux de Noël, des bouteilles de vin et des entrepreneurs ont fait gratuitement des travaux sur sa maison.

Luc Leclerc lors d'un voyage
payé par Lino Zambito

Luc Leclerc s'est dit incapable de calculer combien il a reçu. Il a toutefois regardé les dépenses qu'il a faites grâce à ces pots-de-vin et estime ainsi avoir reçu 500 000$.  

Dans son témoignage, Lino Zambito ( 03 ) a dit qu'il avait versé plus de 200 000$ à Luc Leclerc, en plus de lui payer un voyage au Mexique.

De gauche à droite, Gilles Surprenant, Lino Zambito, Luc Leclerc et Tim Argento, lors d'un voyage au Mexique dans un complexe hôtelier dont le père de M. Zambito, Giuseppe, est actionnaire.

Le nom de l’ingénieur Luc Leclerc arrive par le témoignage de Lino Zambito

En tant que responsable des chantiers, M. Leclerc était responsable des contingences liées à l’exécution d’un chantier ainsi qu’aux extras.

De faux extras établis par M. Leclerc étaient réclamés à la Ville. Du coup, MM. Leclerc et Zambito se partageaient le magot : 25 % du montant pour M. Leclerc alors que l’entrepreneur conservait 75 %.

Cette façon de faire a fait en sorte que M. Zambito a donné au fil du temps plus de 200 000 $ à Luc Leclerc.

De plus M. Zambito a payé un voyage de golf au Mexique à MM. Surprenant et Leclerc dans un complexe hôtelier dont son père, Giuseppe, est actionnaire. Des photos ont été déposées en preuve devant la commission. M. Zambito a affirmé avoir été fortement sollicité par les deux hommes pour ce séjour au soleil.

Outre les deux ingénieurs, le stratagème de corruption impliquait d’autres fonctionnaires, dont François Thériault, qui réclamait 15 % sur de faux extras, le surveillant de chantier Michel Paquette, qui créait des extras de toutes pièces, ainsi qu’Yves Themens, qui transmettait à M. Zambito la liste confidentielle des entrepreneurs venus acheter les documents d’appels d’offres contre quelques parties de golf.

Le système a prospéré jusqu’en 2009. « Quand le gouvernement a mis sur pied l’escouade Marteau, ç’a poussé beaucoup de fonctionnaires à prendre leur retraite », a commenté M. Zambito.

Durant son témoignage l'ingénieur
n'a exprimé aucun remords et considère au contraire avoir bien servi la Ville de Montréal.

 

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Sources: Commission Charbonneau: Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction; La Presse/Gesca et Agence La Presse Canadienne / Canadian Press Enterprises propriété de CTVglobemedia, Torstar et Power Corporation of Canada pour Power Corporation of Canada; Journal Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc. Journal de Montréal/QMI pour Québecor; Ici Radio-Canada pour la Société CBC/Radio-Canada

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour:23 février 2015

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Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

 Personnes condamnées pour abus de bien public

Politiciens et politiciennes en conflits d'intérêts

 Certains cadres en conflits d'intérêts à la ville de Montréal

Gens d'affaires en conflits d'intérêts

Notes & Références encyclopédiques:

01

Qui est Paolo Catania ? Sur MétéoPolitique

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02

Qui est Gilles Surprenant ? Sur MétéoPolitique

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03

Qui est Lino Zambito ? Sur MétéoPolitique

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04

Qui est Gilles Vézina ? Le dossier est en construction

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05

 

Le code de déontologie des ingénieurs du Québec
Le code de déontologie de l'Ordre des ingénieurs du Québec

 

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