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Commission Charbonneau
MTQ : des cadeaux pour Guy Hamel, ingénieur, mais pas de sanctions

Guy Hamel, un ex-ingénieur du ministère des Transports (MTQ), a énuméré à la commission Charbonneau, le 16 avril 2014, les nombreux cadeaux qu’il a reçus de la part d’entreprises privées qui faisaient affaire avec le MTQ, alors qu’il siégeait à des comités de sélection du ministère ou y travaillait comme chargé de projets.

Employé.es de l'État

 
 
 

Entré au Ministère des Transports (Québec) (MTQ) dans les années 1970, M. Hamel est devenu chargé de projets à la direction régionale de Montréal en 1976, puis chef d'équipe, avant de prendre sa retraite en 2005.

Devant les commissaires de la Commission Charbonneau, l'ex-fonctionnaire a commencé par admettre avoir accepté en 1990 un voyage d'une semaine en République dominicaine offert par EBC construction, au terme d'un projet de 7 à 10 millions de dollars pour lequel il avait la tâche de recommander l'approbation d'extras pour les travaux. Le chargé de projet d'EBC, Gaétan Lapointe, lui avait dit que le projet avait été « extrêmement rentable » et qu'il avait reçu un « gros bonus ».

«

C'est sûr que quand on se fait dire que ça a été extrêmement rentable, on peut présumer qu'on a été un peu large dans l'acceptation de prix unitaires et d'extras.

                                          Guy Hamel, ing

»

M. Hamel a tenu à préciser qu'il n'avait que le pouvoir de recommander l'acceptation d'extras, que la décision finale revenait à son patron.   Il a cependant reconnu que cela était souvent un « automatisme ».

M. Hamel affirme avoir aussi reçu des appareils de chauffage Convectair d'un entrepreneur en 1994, puis défendu ses intérêts lors des négociations d'extras avec son supérieur pour un contrat de panneaux autoroutiers.   « J'étais comme engagé à lui fournir des avantages... », a admis M. Hamel, qui concède que si son employeur l'avait su, il l'aurait écarté des négociations.   Mais il ne croit pas que cela aurait pu se traduire par son renvoi, malgré ce fait de corruption avéré.

M. Hamel a aussi avoué avoir accepté, en 1990-2000, 15 000 $ en comptant, en trois versements, de l'entreprise DIMS qui avait le contrat pour le pont Charles-de-Gaulle, à l'est de l'île de Montréal.   Il a aidé l'entrepreneur dans la gestion du dossier.   Il affirme avoir pris conscience, après la faillite de l'entreprise, que ses responsables étaient peut-être « un petit peu pégreux ».

Une croisière qui a coûté cher au MTQ

Guy Hamel a aussi admis avoir accepté un voyage d'une semaine dans les Caraïbes de l'entreprise Soter en 2004, en marge d'un contrat pour la réfection de l'autoroute 40 à Montréal dans lequel il agissait comme coordonnateur de projet.

Marc Lussier de Soter lui a donné 5 000 $ pour payer une croisière dans les Caraïbes, et la firme Genivar lui a donné pour ce même voyage 1 500 $ en argent de poche, a-t-il soutenu.   Les remerciements étaient cette fois liés au contrat de réfection de l’autoroute 40, entre l’autoroute 13 et le boulevard des Sources, à Montréal, tandis que Genivar, qui avait fait les plans et devis, et assurait aussi la surveillance du chantier avec Tecsult, lui a donné 1 500 $ pour ses dépenses lors de la croisière.

Ce contrat de 35 millions de dollars à l'origine a finalement coûté près de 44 millions au MTQ.   M. Hamel reconnaît que ses interventions auprès du MTQ en faveur de demandes d'extras de Genivar – faites au nom de Soter - ont permis de gonfler la facture d'un ou deux millions $.

M. Hamel reconnaît aussi avoir remis l'estimation du MTQ à Marc Lussier de Soter pour ce contrat sur l'A-40 afin qu'il puisse préparer son appel d'offres adéquatement.

Coup de pouce d'Hamel aux firmes de génie

M. Hamel a aussi été interrogé sur les comités de sélection constitués au MTQ.  

Il a expliqué y avoir siégé trois ou quatre fois par année à compter du début des années 90, plus particulièrement pour les projets dont il avait préparé les plans et devis.

À l'époque, le concepteur de ces documents techniques siégeait d'office au comité lorsque venait le temps d'évaluer les soumissions pour son projet.

M. Hamel a concédé avoir favorisé plusieurs fois Laboratoire de Béton de Jean-Guy Larocque sur des comités, en remerciement pour trois voyages de golf en Caroline du Sud, toutes dépenses payées, de 1993 à 1995.  

Il a de même favorisé sur des comités la firme CIMA+, dont un représentant était du voyage à Myrtle Beach et en payait une partie.  M. Hamel a aussi expliqué avoir été invité en 1998 par les firmes CIMA+ et Roche, toutes dépenses payées, pour un séjour de ski de trois jours au Massif de Charlevoix.  Deux directeurs territoriaux du MTQ, Pierre-André Dugas (Montérégie-Ouest) et Antoine Robitaille (Estrie), étaient aussi du voyage.   Il admet avoir favorisé CIMA+ dans la foulée de ce voyage.

L'ex-fonctionnaire a aussi affirmé que les principales firmes de génie qui faisaient des affaires avec le ministère invitaient souvent des responsables, dont des directeurs territoriaux, à assister à des parties de hockey du Canadien de Montréal dans des loges. Cette pratique, qui s'est implantée vers 1993-1994, s'est poursuivie jusqu'en 2004-2005, selon lui.

M. Hamel sait que son supérieur Claude Paquet, chef du service à la direction territoriale de Montréal, avait reçu quelques menus cadeaux, mais, à sa connaissance, jamais de l'ampleur de ce qu'il a lui-même reçu.

«

Si d'autres l'ont fait, ils l'ont fait discrètement comme moi.

                                        - Guy Hamel, ingénieur
»

Sans conséquence

Le témoin a indiqué que le ministère n’a jamais adopté de mesures disciplinaires contre lui, même si le premier cadeau qu’il a accepté date de 1990 et que ce n’est qu’en 2005 qu’il a pris sa retraite.

Tout au plus, en 2003, de retour d’une réunion de la Direction territoriale du ministère, son supérieur Claude Paquet lui avait lancé dans un corridor : « calme-toi ».   Néanmoins, M. Hamel avait compris à quoi il faisait allusion.   « J’étais assez perturbé. »

Interrogé par le commissaire Renaud Lachance, qui lui a demandé s’il aurait eu un endroit ou une personne pour se « confesser » s’il avait eu des remords de conscience, le témoin a répondu qu’il n’en connaissait pas, du moins pas pour le faire de façon « protégée ».

M. Hamel a terminé son témoignage par un bref commentaire, disant être « heureux » d’avoir pu se
« libérer ». « Ça a été très lourd à porter. Je ne me voyais pas sur mon lit de mort annoncer ça à mes enfants », a-t-il conclu.

Source: Agence de presse: La Presse canadienne; Radio-Canada pour la Société CBC/Radio-Canada.

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 18 avril 2014

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