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2013, une année de contraste où un pape mauvais PDG ne voulait pas être pape
et un bon PDG chez Rona songeait à être prêtre!

Ça rénove chez votre quincaillier Rona, sans le dédié Robert Dutton

Le quincaillier Lowe's l'états-unien est hostile à Rona la québécoise. La Caisse de dépôt et placement du Québec est hostile à Lowe's, et les hauts dirigeants des deux compagnies vont faire la passe sur le dos d'un mythique PDG. Une saga où la finance détruit l'économie réelle.

 

Texte par Jean-Philippe DÉCARIE

Sujets abordés

Lowe's un compétiteur de Rona tente de s'établir au Canada

La Caisse de dépôt et placement du Québec s'implique dans Rona

Le mythique PDG de Rona sacrifié par Michael Sabia

Pourquoi étaler sa vie sur la place publique

Sortir Rona de la bourse !
Analyse par François Pouliot

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Lowe's un compétiteur de Rona tente de s'établir au Canada

 
 

C'est en 2005, en plein boom de l'industrie de la construction et de la rénovation à l'échelle continentale que Lowe's (LOW), le géant américain de la quincaillerie, décide de faire une percée au Canada en annonçant l'ouverture de 100 magasins grande surface en 10 ans.

Dans la foulée de l'annonce de cette nouvelle expansion, le nouveau PDG de Lowe's, Robert Niblock, convoque en juillet 2005 les dirigeants de l'industrie canadienne pour leur exposer ses vues.
Robert Dutton, PDG de Rona (T.RON), participe à cette discussion.

«Les échanges étaient banals, ils semblaient mal préparés», se rappelle Robert Dutton. Lui et la direction de Rona décident de lancer l'entreprise dans une offensive d'ouverture de nouveaux magasins pour bloquer l'entrée en scène de Lowe's au Canada.

En 2007, au moment de l'éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis et de la crise du papier commercial, Lowe's n'a toujours pas ouvert un seul magasin.

De 2008 à 2012, le nouveau venu américain va tout de même ouvrir 30 magasins grande surface alors que le marché canadien de la rénovation se contracte sous les effets combinés de la récession de 2009 et du ralentissement des mises en chantier de 2011.

Le désastre de Lowe's

Robert Dutton ( 01 )

«En mai 2011, deux gros actionnaires de Lowe's, dont GE Capital, nous ont signifié leur intérêt envers Rona parce qu'ils étaient convaincus que Lowe's n'aura d'autres choix que de nous vendre les magasins qu'ils avaient ouverts. L'aventure canadienne de Lowe's était un désastre selon eux», relate Robert Dutton.

En juin 2011, Robert Dutton rencontre le vice-président stratégies de Lowe's lors d'une conférence de l'industrie à Bruxelles et il lui explique les difficultés que son groupe rencontre dans son implantation canadienne.

Il demande à Robert Dutton de rencontrer le PDG de Lowe's, le mois suivant à Montréal. Le 26 juillet 2011, Robert Niblock confesse à Robert Dutton que Lowe's a mal perçu le marché canadien et lui demande comment ils peuvent contrer ensemble les aléas du marché. Robert Dutton lui propose alors de racheter les magasins Lowe's et consent à donner au groupe américain une participation minimale dans Rona qui ne pourrait être augmentée.

Les dirigeants de Lowe's et de Rona conviennent de se rencontrer un mois plus tard à Morresville, en Caroline-du-Nord, pour poursuivre la discussion.

«On s'est rencontrés le 12 août 2011. L'atmosphère était tendue et là, les gens de Lowe's nous annoncent qu'ils veulent acheter Rona. On leur avait déjà bien fait comprendre que cette éventualité était hors de question. C'est eux qui avaient des problèmes au Canada, pas nous», souligne Robert Dutton.

Investisseurs torontois

«Avant que Lowe's ne dépose sa première proposition, en décembre 2011, les investisseurs torontois Invesco-Trimark, Manulife et Godman, qui contrôlaient 22% des actions de Rona, leur avaient fait savoir qu'ils appuieraient une offre de leur part sur Rona», précise Robert Dutton.

On connaît la suite. En décembre 2011, Lowe's formule au conseil d'administration de Rona une première lettre d'intention en vue d'une offre d'acquisition, qui a été rapidement écartée, et une seconde en juillet 2012 qui a aussi fait l'objet d'un refus du conseil d'administration de Rona.

Pour calmer ses gros investisseurs actionnaires mécontents, Rona a congédié Robert Dutton puis vient de remanier son conseil d'administration.

La prochaine étape pourrait être la vente des magasins Rona à l'extérieur du Québec, ce qui donnerait finalement raison à Lowe's d'avoir joué de patience.

Stéphane Gagnon, l'un des marchands propriétaires qui a confirmé au Financial Post que les affiliés augmentaient leur part dans l'actionnariat du groupe, indiquait qu'il allait s'opposer fermement à toute tentative d'OPA du groupe Lowe's.

«

On a mis en place une nouvelle stratégie qui commence déjà à rapporter et là, ce groupe américain qui fait moins bien que nous veut nous acheter et nous gérer alors qu'on est en meilleure santé financière que lui.
Ça n'a pas de bon sens  -
Stéphane Gagnon

»

 

La Caisse de dépôt et placement du Québec s'implique dans Rona

 
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Michael J. Sabia

La Caisse de dépôt, qui s'est longtemps fait reprocher sa trop grande timidité à investir dans les entreprises québécoises, a démontré depuis 2011 - et avec une célérité certaine - sa capacité à épauler financièrement certains fleurons de l'économie québécoise.  Sous le règne des libéraux de Jean Charest, plusieurs ont reproché la trop grande frilosité de la Caisse de dépôt à jouer un rôle de catalyseur de l'activité économique au Québec.

C'est même devenu un enjeu de la dernière campagne électorale alors que péquistes et caquistes ont promis d'exiger une plus grande participation de la Caisse à la protection des sièges sociaux d'entreprises québécoises qui pourraient être menacés par des sociétés étrangères.

Même l'ex-ministre libéral des Finances Raymond Bachand avait souhaité l'orchestration d'une grande mobilisation - impliquant la Caisse de dépôt - pour protéger le groupe Rona d'une possible tentative de prise de contrôle hostile du groupe américain Lowe's.

On connaît l'histoire. La Caisse de dépôt, probablement alertée de l'intérêt manifeste du groupe Lowe's à acquérir Rona, a réalisé au cours des 12 derniers mois l'achat de quelque 6,9 millions d'actions du groupe de quincailliers, des achats qui lui ont donné 15% du contrôle de l'entreprise et qui en ont fait l'actionnaire prépondérant.

La Caisse a couru des risques équivalents pour appuyer CGI dans son projet d'acquisition du groupe britannique Logica en achetant pour 1 milliard d'actions du groupe informatique. Même chose avec Genivar, où la Caisse a investi 180 millions dans la dernière année pour l'épauler dans la réalisation d'une offre publique d'achat (OPA) sur le groupe WSP en Grande-Bretagne.

L'interventionnisme nouvelle vague de la Caisse vient de prendre toutefois une tangente proche de l'activisme corporatif avec sa participation dans Rona.

Constatant que des investisseurs institutionnels importants, tels qu'Invesco avec 10,2% des actions ou les fonds ABC et son bloc de 3%, souhaitaient toujours que Rona s'assoie et discute avec les dirigeants de Lowe's, la Caisse a décidé de jouer elle-même, mais de façon très discrète, à l'actionnaire activiste. C'est le PDG de la Caisse lui-même, Michael Sabia, qui a exigé du conseil d'administration de Rona le départ du PDG, Robert Dutton.

C'est la Caisse qui a orchestré la révolution de palais incomplète, qui a mis en poste le chef de la direction financière Dominique Boies comme PDG intérimaire du groupe.

La Caisse avait probablement des raisons légitimes de vouloir secouer la cage de la haute direction de Rona, notamment celle du cafouillage de gouvernance qui a entouré la divulgation tardive de l'existence d'une proposition de transaction du groupe américain.

Dominique Bois

Durant de longues semaines, le conseil d'administration de Rona n'a pas informé ses actionnaires de l'existence d'une proposition d'acquisition officielle que lui avait formulée Lowe's.

En exigeant le départ du PDG Dutton, la Caisse a voulu donner le signal aux actionnaires mécontents que les choses allaient changer. Ce changement à la direction lui permettait de poursuivre son objectif de protéger le siège social de Rona et les retombées économiques que génère le groupe au Québec.

Mais la Caisse a aussi dérogé à sa ligne de conduite traditionnelle voulant qu'elle n'intervienne pas dans la gouvernance des sociétés dans lesquelles elle investit.

Si cela avait été le cas, la Caisse n'aurait pas attendu 12 ans avant de désinvestir dans Québecor où son investissement colossal de 3,2 milliards $ n'a rien rapporté à ses déposants.

Dans le dossier Rona, la Caisse a précipité les événements au point où on a demandé au PDG intérimaire Dominique Boies, en poste depuis un an seulement dans une entreprise de commerce de détail, de dévoiler un nouveau plan stratégique aux investisseurs et aux détaillants toujours inquiets du flottement entourant l'avenir du groupe.

Cette conférence de presse tenue dans l'hôtel-boutique W, immeuble adjacent au siège social de la Caisse, n'a rien appris de neuf à personne sauf qu'elle a confirmé les liens étroits qui unissent aujourd'hui Rona à la Caisse de dépôt.

La Caisse joue gros avec Rona. C'est bien que la Caisse veuille participer au sauvetage de cette entreprise québécoise et de son siège social, mais ce n'est pas son rôle ni de sa compétence de vouloir la gérer.

 

Le mythique PDG de Rona sacrifié par Michael Sabia

 
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«

Je ne suis pas amer parce que ça impliquerait du ressentiment et un besoin de vengeance. Je suis simplement triste
                                                               
      - Robert Dutton

»

Robert Dutton, ex-PDG de Rona

Robert Dutton affirme avoir vécu une année d'enfer avant d'être finalement congédié de son poste de PDG de Rona, en novembre 2012. La menace d'une prise de contrôle hostile du géant américain Lowe's l'a progressivement isolé de son conseil d'administration et il estime avoir été sacrifié pour calmer les actionnaires institutionnels mécontents qui s'apprêtaient à lancer une guerre de sollicitations pour renverser la direction en place.

Trois mois après son congédiement, Robert Dutton affirme ne pas cultiver d'amertume à l'endroit de ceux qui ont obtenu sa tête. Dans une longue entrevue qu'il a accordée au journal La Presse/Affaires, l'ex-PDG de Rona nous raconte qu'il a vécu une rupture difficile.

Lui qui a grandi dans la quincaillerie Rona de son père et qui a oeuvré 35 ans à la direction du groupe, dont les 20 dernières à titre de PDG, estime que son congédiement n'a été rien de moins qu'une mise à mort.

«Je n'ai pas perdu une job, j'ai perdu ma vie», confesse-t-il, en précisant que depuis trois mois il a pris le temps de remonter la côte et qu'il songe maintenant à s'engager à fond dans le mentorat, auprès des jeunes entrepreneurs de la relève.

«Je ne cherche à accuser personne, je veux simplement exposer la vérité. Je n'ai pas démissionné comme on aurait voulu que je le déclare officiellement, j'ai été congédié parce qu'il fallait faire un spectacle pour les gros actionnaires», déplore-t-il.

«On s'est servi des résultats financiers du troisième trimestre, qui étaient ordinaires, comme prétexte pour réaliser du changement. Mais Rona était profitable, on n'était pas en péril

«On avait mis 35 millions de côté pour la fermeture de magasins grande surface, j'ai hâte de voir si ces 35 millions vont se retrouver dans la colonne des profits au cours des prochains trimestres», avance Robert Dutton.

Selon lui, la direction de Rona pourrait décider de vendre certains magasins grande surface à Lowe's plutôt que de les fermer comme il était prévu, rendant les provisions de 35 millions inutiles.

Retirer Rona de la bourse et redevenir privé!

Outre le choc d'avoir eu à quitter abruptement l'entreprise dans laquelle il avait tout investi, Robert Dutton est aussi fortement déçu de ne pas avoir obtenu le soutien nécessaire pour défendre son projet de privatiser Rona.

C'est-à-dire sortir l'entreprise de la bourse et de ses aléas et de régler une fois pour toutes les risques d'une offre publique d'acquisition (OPA) hostile.

Dans l'année qui a précédé son congédiement, Robert Dutton s'est trouvé de plus en plus isolé face au comité spécial qui avait été formé par le conseil d'administration pour répondre à la menace américaine du groupe Lowe's.

«Lowe's nous avait déjà approchés en décembre 2011 avec une première offre écrite qui nous avisait qu'elle voulait nous acheter et proposait une fourchette de prix entre 9,50$ et 11,50$. C'était une offre bâclée, inacceptable, qui permettait au PDG de Lowe's de sauver la face pour la mauvaise performance de Lowe's au Canada», relate Robert Dutton.

La proposition gardée secrète est toutefois rejetée le 23 janvier 2012, mais le bruit se met à courir, dans le monde feutré des administrateurs, que Rona pourrait être la cible d'un prédateur.

«Lorsque Lowe's est revenue le 8 juillet avec sa nouvelle proposition d'acquisition au prix de 14,50$ l'action, j'avais l'appui du gouvernement du Québec. Raymond Bachand a débloqué un fonds de 250 millions $ qui a permis à Investissement Québec d'acheter - sous le radar - un bloc de 5% de nos actions», explique l'ex-PDG de Rona.

Le but visé est le contrôle d'un bloc d'actions suffisant pour faire échec à une OPA hostile que pourrait lancer Lowe's après que Rona lui a signifié qu'elle refusait de considérer sa proposition.

 Cette décision a été rendue publique le 31 juillet 2012. Robert Dutton rencontre le président d'Investissement Québec, Jacques Daoust, qui était enthousiaste, il allait réunir des grands investisseurs, dont Jean-Guy Desjardins, de Fierra, et Monique Leroux, de Desjardins, pour racheter Rona. «Même chose à la Banque Nationale. Louis Vachon était parti en grande. Il voulait créer un Maple Hardware, comme le groupe d'investisseurs canadiens Maple qui avait réalisé le rachat de la Bourse de Toronto», explique-t-il.

RONA est une entreprise québécoise et son histoire est profondément ancrée dans celle du Québec. L’idée d’une acquisition par des intérêts américains ne doit pas paraître bien attirante aux yeux de ses dirigeants, de la Caisse de dépôt et placement du Québec et des autres organismes ayant suffisamment d’influence pour intervenir.

Changement de cap

La Caisse de dépôt, qui avait haussé au printemps 2012 de 10 à 12% sa participation dans Rona, en contrôlait maintenant 15% et son PDG, Michael Sabia, avise Robert Dutton le 31 juillet 2012 que la Caisse veut obtenir du rendement sur son investissement.

Louis Vachon, de la Banque Nationale, est devenu moins enthousiaste avec son projet Maple, cela pourrait ostraciser le Québec aux yeux des investisseurs étrangers et le PDG d'Investissement Québec lui aussi ne veut plus entendre parler de Rona. Le Québec est en campagne électorale, plus question de bouger.

«J'ai senti que je n'avais plus d'appuis. Lorsque les gros investisseurs Invesco et Trimark ont brandi la menace de lancer une guerre de sollicitations pour renverser la direction, la panique a gagné le comité spécial du conseil de Rona», évalue Robert Dutton.

Ce comité, présidé par Robert Paré, président du conseil de Rona, ne tient plus au courant de façon systématique Robert Dutton. Lorsqu'on l'invite à des réunions, celles-ci sont déjà commencées lorsqu'il s'y pointe.

«Je pense que la Caisse de dépôt leur a fait comprendre que ça prenait du changement», soupèse Robert Dutton.

Ce qu'il constate lui-même, le 5 novembre 2012, la veille de son congédiement, lorsqu'il rencontre Michael Sabia à la Caisse pour l'aviser que les résultats du troisième trimestre ont été plombés par l'économie et lui expliquer son projet de privatisation de Rona.

Michael Sabia ne voulait pas entendre parler de privatisation. Il m'a dit que ce n'était pas la solution au problème de Rona, que notre problème était notre incapacité à livrer de la performance.

Il nous a comparés à Canadian Tire alors que 40% de nos ventes sont liées aux mises en chantier et à la vente de matériaux de construction, contrairement à Canadien Tire qui, de plus, vend des articles de sport et des pièces d'autos, ce que nous ne faisons pas.

«Michael Sabia m'a dit à trois reprises qu'il avait un plan pour Rona et que le dossier Rona était devenu un dossier personnel pour lui», relate Robert Dutton.

Guerre de sollicitations

Deux jours après cette discussion animée avec le PDG de la Caisse de dépôt, Robert Dutton apprend de la bouche de Robert Paré, président du conseil de Rona, qu'il quitte la direction pour empêcher le déclenchement d'une guerre de sollicitations que veulent initier les investisseurs torontois Invesco et Trimark.

La Caisse de dépôt n'a pas voulu commenter la teneur des échanges qui ont eu cours lors de cette rencontre entre Michael Sabia et Robert Dutton.

«Ce n'est pas dans nos politiques de commenter des discussions privées. Mais jamais la Caisse de dépôt ni Michael Sabia n'ont demandé la démission de Robert Dutton», assure Michèle Boisvert, première vice-présidente affaires publiques de la Caisse de dépôt.

Pour sa part, l'ex-PDG de Rona a beau affirmer ne pas être amer, il a un pincement au coeur quand on lui demande quelle sera, selon lui, la suite des évènements pour Rona.

«Je ne veux pas jouer à la belle-mère, mais je pense qu'ils vont vendre les magasins de l'Ouest canadien et ne conserver que les activités québécoises. C'est dommage, on s'est imposés comme le principal acteur de la rénovation au pays et on va sacrifier ça au lieu d'être patients et continuer à bâtir.»

 

Pourquoi étaler sa vie sur la place publique

 
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La publication du témoignage de Robert Dutton entourant les circonstances de son congédiement de la haute direction de Rona a suscité énormément de réactions d'acteurs du monde des affaires québécois qui étaient très largement favorables à l'ex-PDG.

La très grande majorité des gens ont jugé que Robert Dutton avait fait preuve de courage et d'humilité en levant ainsi le voile sur les événements de la dernière année au cours de laquelle Rona a maintes fois fait la manchette des actualités financières.

Quelques voix dissonantes n'ont toutefois pas partagé cette quasi-unanimité et ont vu les choses autrement. Ainsi, un PDG - qui ne remet pas en question le courage de Robert Dutton d'avoir livré son témoignage - se demandait ce que cette sortie allait rapporter à Dutton.

« Qu'est-ce qu'il avait à gagner à rendre publique son histoire? Il est souvent préférable dans de pareilles circonstances de prendre du recul et de laisser passer le temps », estime ce gestionnaire.

Un autre PDG a pour sa part qualifié la sortie de Robert Dutton de suicide professionnel. « Il ne trouvera sûrement pas un nouveau job de PDG. Il vient de se fermer des portes de bien des conseils d'administration », évalue-t-il.

Ces deux opinions peuvent se défendre. Elles reflètent sûrement l'orthodoxie du parfait gestionnaire qu'enseigne et prescrit n'importe quel manuel de sciences de la gestion 101.

Mais dans le cas de Robert Dutton, ces deux opinions ne tiennent pas compte de la réalité de l'homme et du contexte de son congédiement.

L'ex-PDG de Rona et l'entreprise qu'il dirigeait ont toujours été inextricablement liés et Robert Dutton s'est fait une renommée dans le monde administratif québécois pour être l'un des entrepreneurs qui se consacrent le plus au développement de leur entreprise et des gens qui y travaillent quotidiennement.

Qu'est-ce que Robert Dutton avait à gagner à livrer son témoignage? Rien. Absolument rien de tangible ni d'immédiat. Rien d'autre que l'assouvissement de son besoin de livrer sa version de l'histoire et de rendre compte de ce qu'il estimait être la vérité auprès des 30 000 employés qu'il a dirigés durant plus de 20 ans.

L'idée derrière la publication de ce témoignage n'était pas de sanctifier Robert Dutton ou d'en faire un martyr, mais bien de lui donner l'occasion d'expliquer sa version des événements qui ont conduit à son congédiement. Un congédiement qui a totalement pris de court tout le personnel de l'entreprise.

Depuis que Rona a rendu public, en juillet 2012, son refus de donner suite à la proposition d'acquisition de Lowe's, son PDG a été confiné au silence et n'avait jamais pu exposer son point de vue sur la stratégie qu'il aurait aimé mettre de l'avant.

Est-ce que Robert Dutton a par ailleurs commis un suicide professionnel en brisant le silence comme il l'a fait en accordant une entrevue?

Là encore, c'est mal connaître l'individu de penser que Robert Dutton aurait pu être intéressé à diriger une autre entreprise que Rona. Largement indépendant de fortune, il aurait touché le pactole avec son million d'actions si Rona avait été vendue. Ce n'est pas l'argent qui motivait Robert Dutton, c'était Rona.

« Il s'est déjà retiré durant six mois des affaires de la compagnie pour réfléchir à son avenir. Il était tenté par la prêtrise et il se demandait où son action serait la plus utile. Il avait fait son choix, c'était chez Rona », relate Stéphane Gagnon, marchand Rona et ami de Robert Dutton.

Robert Dutton n'avait rien à gagner à nous livrer son témoignage, mais il n'avait plus rien à perdre.

 

Sortir Rona de la bourse !

 
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L'idée d'une privatisation n'était pas en soi mauvaise. Il est en effet beaucoup plus facile de restructurer une entreprise lorsqu'elle est privée que lorsqu'elle est publique. Une société publique doit rapporter trimestriellement, et de mauvais résultats successifs envoient au consommateur le signal qu'elle n'est plus dans le coup. Le message vient souvent amplifier une situation difficile.

Parlez-en à Blackberry.

C'est d'ailleurs une bonne chose que le Cirque du Soleil soit du domaine privé. Les effets de résultats faibles seraient encore pires pour cette entreprise que pour un quincaillier.

Encore faut-il cependant, si l'on souhaite privatiser, que l'on ait un plan de match pour relancer l'entreprise une fois cette privatisation effectuée. Et un plan de match pour du rendement à court terme.

Le véritable problème avec le projet de privatisation de monsieur Dutton se trouvait sans doute là. L'offre de Lowe's était à 14,50$. Avant l'offre, le titre de Rona se négociait dans les 10$. Il aurait fallu que Québec inc. surenchérisse sur cette offre pour espérer l'emporter. Et il est fort probable que Lowe's, avantagée par des synergies de pouvoir d'achat et de coûts, serait revenue à la charge. Bref, les enchères auraient grimpé et Québec inc. se serait retrouvé avec une entreprise payée à haut prix qui n'aurait pas eu la rentabilité nécessaire pour soutenir longuement sa valeur. Dit autrement, le risque de perte sur l'investissement sur un horizon moyen terme devenait assez élevé.

Ce qui nous fait dire que Rona n'avait pas de plan de match permettant de générer du rendement à court terme?

La suite des choses permet de voir que Rona étudie actuellement la rentabilité de toutes ses unités sans savoir exactement ce que donnera l'exercice. Et la confidence de monsieur Dutton, qui dit redouter que Rona ne vende les magasins de l'Ouest canadien pour ne conserver que les activités québécoises. « C'est dommage, on s'est imposés comme le principal acteur de la rénovation au pays et on va sacrifier ça au lieu d'être patients et continuer à bâtir », croit-il.

Pour s'avancer ainsi, c'est probablement que monsieur Dutton avait déjà réfléchi à l'après-privatisation. Et en arrivait à la conclusion que l'avenue la plus rapide pour redresser la valeur de Rona serait de fermer ou vendre tout ce qui ajoutait des pertes à l'entreprise. Ce à quoi il se refusait.

Rester à la bourse ou se retirer?

Le plan de match qu'il avait à l'esprit était donc probablement de continuer à batailler même dans les plus faibles marchés, en faisant évoluer le modèle d'affaires vers de plus petits formats.

Une idée pas mauvaise. Lowe's bat fortement de l'aile au Canada anglais et son incursion ici est vraisemblablement en péril à terme si Rona demeure un joueur actif sur tout le territoire national. Il y a tout simplement un joueur de trop dans le secteur des matériaux de construction.

Malheureusement, les dernières années de piétinement ont rendu plusieurs actionnaires de Rona impatients, Invesco et la Caisse de dépôt au premier chef. Et bouter Lowe's hors les frontières pourrait pendre encore pas mal de temps.

Transformer Rona en autre chose que ce qu'elle est actuellement demanderait tout autant de temps.

C'est pourquoi le plan Dutton avait peu de chances de succès.

C'est probablement aussi pourquoi, comme le rapporte le Globe and Mail, deux chefs de direction potentiels ont préféré décliner depuis le lancement du concours de recrutement.

La tâche est ardue et le capital plus impatient qu'on ne le dit.

RONA

Réseau: 800 magasins

Revenus annualisés: 4,87 milliards CA

Croissance annualisée: +1,7%

Marge bénéficiaire nette: - 2,4%

Valeur boursière: 1,3 milliard CA

LOWE'S

Réseau: 1745 grandes surfaces de tailles diverses au Canada (31 au Canada) 

Revenus annualisés: 51,1 milliards US

Croissance annualisée: +4,1% 

Marge bénéficiaire nette: +3,9% 

Valeur boursière: 40,2 milliards US

Sources: Financial Post pour Sun Time Media USA, Bloomberg pour Michael Bloomberg, Domicile Experts pour Philippe Ryan, site internet de Rona et Lowe's, La Presse pour Power Corporation of Canada

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication :24 février 2013

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   Les gens du gaz & pétrole ont pris le contrôle de la Caisse de dépôt et placement du Québec

  Caisse de dépôt

Économie et Finance

Notes & Références encyclopédiques:

01
 

Histoire de Robert Dutton et RONA par Laurence Prud’homme, Jacqueline Cardinal et Laurent Lapierre HEC - Sur MétéoPolitique

PDF 9 pages

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