Poussière toxique sur Québec, suite et fin ?

Véronique Lalande

 
 

«Arrimer» le travail

 
 

Véronique Lalande, la citoyenne de Limoilou qui a sonné l'alarme au sujet de la pollution dans l'air de son quartier, va se joindre au comité de surveillance des activités du port de Québec annoncé par le maire Régis Labeaume et la ministre Agnès Maltais. Elle accepte d'en faire partie au nom de son groupe, Initiative citoyenne de vigilance du port de Québec, qu'elle a mis sur pied avec son conjoint dans la foulée des épisodes de poussière rouge et de nickel dans Limoilou.

« On pense qu'en toute bonne foi, on ne pouvait pas refuser. On ne pouvait pas tourner le dos à ça. Il faut au moins qu'on aille voir. [...] On pense que ça peut donner des résultats réels même si le mandat est ambitieux », affirme Mme Lalande.

Sa grande déception demeure le fait qu'Arrimage du Saint-Laurent n'ait pas admis sa responsabilité pour la poussière de nickel après avoir annoncé de nouvelles mesures. « Ils veulent qu'on leur fasse confiance qu'ils vont revoir l'ensemble [de leurs procédures], mais c'est comme un alcoolique qui ne reconnaît pas qu'il a un problème et qui veut que je lui fasse confiance qu'il va changer », déplore-t-elle.

Rappelons que des analyses menées par le ministère de l'Environnement ont confirmé que la poussière de nickel retrouvée en concentrations élevées dans le secteur Limoilou depuis 2010 provient des activités de transbordement de l'entreprise Arrimage du Saint-Laurent, située au port de Québec.

Véronique Lalande, craint pour sa part des dédoublements et des omissions. «Il y a beaucoup de comités, là. Sans vouloir faire de jeu de mots, il faut arrimer tout ça», dit-elle, toujours en attente des «impacts physiques» des mesures annoncées par Arrimage Québec.

Elle se réjouit du poids accordé aux citoyens, mais elle juge le mandat bien large. «On pense que ça reste une structure imparfaite et un projet ambitieux, mais on embarque là-dedans avec bonne fo

Celle-ci fait le parallèle avec le comité de vigilance de l'incinérateur de la Ville de Québec, qui sert de modèle aux gouvernements. Ce comité s'attarde à un seul équipement, de propriété strictement publique, qui évolue dans un cadre réglementaire précis. Son petit cousin, le comité de vigilance sur les activités portuaires, couvre au contraire plusieurs secteurs d'activités, plusieurs entreprises et plusieurs réglementations.

Garder l'oeil sur tout ce beau monde pourrait être difficile, craint Mme Lalande.

Alexandre Turgeon

Alexandre Turgeon, directeur général du Conseil régional de l'environnement de la Capitale-nationale, siège à tous les comités. Comparant les listes des participants, Le Soleil a constaté qu'une demi-douzaine d'organisations se retrouvent ainsi à toutes les tables.

Même si son horaire est plus chargé du fait de toutes ces réunions, M. Turgeon croit néanmoins «plus sain» que les pouvoirs publics examinent les activités portuaires au lieu de se fier seulement au comité de relations avec la communauté de l'APQ.

Ce dernier n'a pas encore pris sa vitesse de croisière, plaide-t-il, et il n'est pas clair encore que tous les sujets peuvent être amenés. «C'est nettement mieux que quand ça n'existait pas», prend-il toutefois la peine de préciser.

Selon M. Turgeon, le comité de la Santé publique est l'un des plus prometteurs car il est ouvert à l'étude d'autres problèmes que ceux rendus publics récemment.

Le porte-parole du Port de Québec, Anick Métivier, insiste pour sa part sur le fait que le comité de relations avec la communauté est le «trait d'union» entre l'organisme fédéral et les citoyens de Québec et estime que les autres comités sont complémentaires, qu'il est possible de les faire vivre simultanément.
 

 
 

Trois comités pour évaluer la pollution issue du Port de Québec

 
 

Trois comités s'attarderont désormais aux problèmes de pollution en provenance du port de Québec alors que le thème était absent de l'écran radar il y a quelques mois à peine. Une demi-douzaine de représentants siègent aux trois endroits.

 

Comité de vigilance sur les activités portuaires

 
 

Suzanne Verreault

Le comité a le mandat de surveillance des activités du port de Québec annoncées par le maire Régis Labeaume et la ministre Agnès Maltais, cependant il n'aura aucun pouvoir politique.

Il surveillera les activités industrielles qui ont cours dans les quartiers Maizerets, Lairet, Vieux-Limoilou et Cap-Blanc. Il aura une vocation consultative et informera la Ville et le gouvernement de la situation dans ces quartiers.

«C'est une bonne nouvelle pour les citoyens du secteur parce qu'enfin ils auront voix au chapitre», a lancé Suzanne Verreault, présidente de l'arrondissement de La Cité-Limoilou et présidente du comité. «Il faut améliorer ces installations-là et il n'y aura pas de retour ou de compromis sur ça», a-t-elle ajouté.

Membres du Comité

Présidente du comité: Suzanne Verreault, présidente de l'arrondissement de La Cité-Limoilou

2 élus de la Ville de Québec

1 fonctionnaire de la Ville de Québec

1 représentant de la Santé publique de la Capitale-nationale

1 représentant du ministère de l'Environnement

1 représentant du secrétariat de la Capitale-nationale

1 représentant de l'Administration portuaire de Québec

1 représentant du comité de relations avec la communauté de l'administration portuaire de Québec

1 représentant du Conseil de quartier Vieux-Limoilou

1 représentant du Conseil de quartier Maizerets

1 représentant du Conseil de quartier Lairet

1 représentant du Conseil de quartier Vieux-Québec-Cap-Blanc-Colline-Parlementaire

1 représentant du Conseil de quartier du Vieux-Moulin

1 représentant de Conseil de quartier Saint Roch

Véronique Lalande, représentante de Initiative citoyenne de vigilance du port de Québec

Alexandre Turgeon représentant du Conseil régional de l'Environnement (CRE) de la Capitale-nationale

Le mandat précise que le comité consultatif doit «vérifier si l'exploitation s'effectue en conformité avec les normes applicables et dans le respect des exigences environnementales et des meilleures pratiques en ce domaine» et faire des recommandations pour assurer une meilleure intégration et atténuer les impacts négatifs des activités portuaires

 

Comité intersectoriel sur la contamination environnementale dans la Cité-Limoilou

 
 

Mis sur pied par la Direction régionale de santé publique de la Capitale-nationale (DRSP) au début d'avril 2013, ce comité s'attarde d'abord à la poussière de nickel brassée au port, mais d'autres sources de contamination pourront être discutées ultérieurement.

Le comité vise la réduction à la source de la pollution et la mise en place de mesures correctives. Au 17 mai 2013, deux rencontres ont déjà eu lieu. Les autorités sanitaires, environnementales, municipales et portuaires sont représentées.

 

L'Administration portuaire de Québec (APQ) possède également son propre comité de relations avec la communauté

 
 

Créé officiellement en mai 2012, ce comité consultatif est une initiative du président-directeur général Mario Girard du Port de Québec, qui voulait «présenter les projets en amont pour voir s'il y a quelque chose qu'on n'a pas pensé et les bonifier».

Une quinzaine d'organisations ont été invitées à la table, dont plusieurs se retrouvent maintenant dans les autres comités.

Mario Girard

Le président, Gaston Déry, président des Amis de la Vallée du Saint-Laurent et vice-président Développement durable chez Roche, a été nommé par la direction du Port, mais il assure qu'il a toute la latitude pour établir l'ordre du jour. Les dossiers de la poussière rouge et du nickel ont d'ailleurs été discutés à la réunion du début d'avril 2013. Arrimage Québec a alors présenté ses premières mesures de contrôle de la poussière.

«Toutes les questions que les gens se posaient ont été répondues», affirme M. Déry.

Celui-ci admet que les participants à ce comité sont tenus à la discrétion sur les développements futurs du Port, mais assure qu'ils ont toute la latitude pour rapporter l'information qui leur est soumise sur les projets en cours ou même litigieux.

 
 

Arrimage Saint-Laurent ou Arrimage Québec rejette la responsabilité

 
 

Le directeur général de la compagnie a dévoilé son plan d'action pour diminuer les émissions de poussière provenant de ses opérations. Si Jean-François Dupuis se dit convaincu que ces huit mesures correspondent en «tous points» aux recommandations de l'organisation gouvernementale, l'homme d'affaires refuse toutefois de reconnaître sa culpabilité dans cette affaire.

Jean-François Dupuis, directeur général d'Arrimage Québec ( 01 )

C'est qu'Arrimage St-Laurent (ou l'autre raison sociale Arrimage Québec) est toujours en train de faire des «expertises» sur les rapports du ministère de l'Environnement et de la Santé publique, qui ne sont pas encore complétées. «On prend acte de ces rapports-là. Pour nous, c'est important la qualité de vie des gens dans Limoilou. On prend des mesures immédiatement parce qu'on ne pourrait pas se faire pardonner de ne pas prendre de mesures pendant X années alors que c'est en cours», a expliqué le directeur général.

«

Il aurait fallu dire, en toute transparence.... nous sommes en cours devant la justice pour s'assurer de ne pas payer pour les dommages à la santé que nous avons causés aux gens de Québec. Nous ne faisons pas dans la bienfaisance, notre objectif est de s'enrichir. - JosPublic

»

Commentant brièvement les rapports, M. Dupuis a tout de même affirmé qu'il n'y avait «aucune preuve» que l'un de ses systèmes de transbordement est à l'origine du problème de la poussière de nickel dans Limoilou. «Il n'y a pas de concordance entre les navires, le transbordement des navires et ce que le ministère retrouve dans les capteurs», soutient-il, refusant d'admettre que la poussière de nickel retrouvée dans ce secteur provient de ses installations.

L'entreprise Arrimage du St-Laurent (ASL), que le ministère de l'Environnement tient responsable des taux très élevés de nickel dans Limoilou, a rendu public un plan de plus de 10 millions $ pour réduire ses émissions de poussière. Il faudrait voir combien de nouvel argent est injecté car déjà la compagnie avait commencé à modifier ses installations qui se qualifieront probablement pour une subvention gouvernementale à partir d'un programme quelconque.

Des excuses, telles que conseillées par la firme de communication....

À partir d'une stratégie de communication développée par les firmes de propagande, les excuses sont devenues grotesques et ne comportent pas une once de crédibilité, malgré tout les Dupuis et Chodos persistent et signent: «Si nos opérations ont pu incommoder nos voisins, je m'en excuse personnellement au nom de toute l'organisation. Je vous assure que, désormais, nous raffinerons nos opérations pour devenir un modèle dans notre industrie», a déclaré d'entrée de jeu le dg d'Arrimage Saint-Laurent, Jean-François Dupuis, en conférence de presse.

On parle d'un réseau de 15 canons à eau pour rabattre la poussière - réseau qui avait déjà été présenté lors d'une visite de presse en avril 2013, (dont plusieurs de ces canons étaient défectueux et non réparés sur une longue période), M. Dupuis a annoncé la réfection d'un hangar où l'entreprise charge dans des wagons le nickel fraîchement débarqué des navires. Le transbordement se fera désormais dans un endroit étanche où la pression de l'air est maintenue sous celle de l'extérieur, ce qui signifie que l'air ne pourra qu'entrer dans le bâtiment, et pas en sortir.

Rappelons qu'après enquête, le ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) avait conclu en avril 2013 que l'entreprise qui fait du transbordement dans le port de Québec était la source du nickel qui pollue l'air de Limoilou - à hauteur de 52 nanogrammes par mètre cube d'air (ng/m3) alors que la norme est de 12 ng/m3, d'après des mesures prises par le MDDEFP entre 2010 et 2012. Un avis d'infraction avait alors été envoyé à Arrimage du St-Laurent, assorti d'une liste de correctifs à apporter et de l'obligation de présenter un plan de redressement avant le 3 mai 2013, ce qui fut fait.

Véronique Lalande, citoyenne de Limoilou

Le système étanche est disparu ?

La représentante des citoyens et citoyennes Mme Lalande note un écart entre les mesures que l'entreprise a présentées et celles réclamées par le ministère de l'Environnement. ( 02 )

« Ils devaient faire approuver l'emplacement de leurs capteurs, faire approuver leur méthode d'échantillonnage, communiquer en temps réel les données au ministère. Cette question-là est comme évacuée. À moyen terme, tout devait se faire dans des compartiments étanches. Là, on ajoute des moyens périphériques pour limiter, mais tout ça va se faire quand même à l'air libre », souligne-t-elle.

Parmi les correctifs «à moyen terme», cependant, figurait la mise en place d'un système «étanche» pour le transbordement du nickel des navires jusqu'aux entrepôts où la cargaison est transportée par camion, et le plan présenté n'en fait nulle mention. Les autres ports du monde, justifie Arrimage Saint-Laurent, procèdent généralement par arrosage pour rabattre les poussières, au lieu de confiner toutes les manipulations dans des endroits clos. Une bonne partie des opérations qui se faisaient à l'air libre continueront donc de se faire à l'air libre.

Selon M. Dupuis, le Ministère de l'Environnent n'a pas fait la preuve que le nickel provenait bien de d'ASL. «Eux-mêmes, au ministère de l'Environnement, avec les documents qu'on leur a envoyés, n'ont pas été en mesure de faire des corrélations entre les navires et ce qui se trouve dans les capteurs [entre les dates d'arrivée des navires et les mesures de qualité de l'air, N.D.L.R.].»

Mise en garde de JosPublic: Attention, ci-dessous...risque de charge émotive!

M. Dupuis dit que son entreprise a décidé de prendre des mesures correctives quand même «parce qu'on fait partie du tissu de Limoilou et de Beauport. Ça fait 100 ans qu'on est ici, et on a à coeur la qualité de vie des gens du secteur».

Il faut toutefois préciser, ici, que l'enquête de l'Environnement a établi que le nickel présent dans l'air de Limoilou se présente très principalement sous forme de pentlandite, un minerai qui est chimiquement instable à l'air libre et qui, par conséquent, est très intimement lié aux activités minières. Vous aurez conclu comme tous qu'il n'y a pas de mine de nickel dans la région...

Au MDDEFP, on se borne à dire que le ministère «a rencontré Arrimage du St-Laurent, qui a présenté son plan d'action. Le MDDEFP prend connaissance du plan et réagira dans les prochains jours. Le dépôt de ce plan démontre la volonté d'ASL de collaborer, ce que salue le MDDEFP».
 

Dans ce dossier, JosPublic s'attendait à trois étapes a) identification de la source de pollution, b) application des méthodes pour faire cesser la pollution c) poursuite devant les tribunaux pour non respect de la loi appropriée. Mais non, c'est trop facile! Les téteux à tous les niveaux de gouvernement magouillent pour éviter aux pollueurs de payer le prix de leurs actions illégales et inconsidérées envers la population. Il n'est pas rassurant de savoir que les pollueurs portent maintenant l'appellation de clients au ministère de l'Environnement, comme les Hells Angels sont maintenant les clients du ministère de la Justice.

Au 17 mai 2013, il est difficile pour
JosPublic d'identifier ce qui se fait de nouveau et de concret pour éviter les nuages de poussière rose et la pollution de l'air au nickel minier sur la ville de Québec.


Commentaire par
JosPublic

L'administration municipale pourra bien balayer la rue plus souvent et planter des arbres comme le recommande la Santé publique, cela n'arrêtera pas la production de la pollution. Faire cesser la pollution ne semble pas dans les priorités de ceux qui en ont la responsabilité. Il devient évident qu'il est plus important de protéger l'image d'Arrimage Saint-Laurent qui persiste à nier toute responsabilité dans l'affaire, et ce, malgré les preuves présentées par le Ministère de l'Environnement. Évidemment l'entreprise se positionne pour éviter de payer en cas de recours collectif des citoyens.

La ville de Québec et la Santé publique tentent de noyer le poisson par la formation de comités consultatifs qui se perdront dans des mandats si large qu'ils dureront sans fin. Il faudra attendre le prochain gros coup de vent, lors d'un déchargement d'un bateau transportant du vrac, pour revivre un nouveau drame qui s'empilera sur l'ancien qui déjà perdure depuis 2000....La santé de la population détériorée au nickel n'est qu'une statistique et tant qu'un des membres des familles propriétaires Dupuis ou Chodos n'en sera malade, l'affaire profitable ne changera pas; c'est vrai qu'ils ne résident pas à Limoilou. En attendant, ci-dessous quelques lien pour compléter votre information pour la suite des choses....

Sources: Le Soleil/Gesca pour Power corporation of Canada, Radio-Canada pour la Société CBC/Radio-Canada, Journal de Québec pour Quebecor

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 18 mai 2013

 

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Notes & Références encyclopédiques:

01
 

Qui sont les propriétaires et administrateurs d'Arrimage Québec et d'Arrimage Saint-Laurent ? Sur MétéoPolitique

 

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02
 

Évaluation par le ministère de l'Environnement du Québec: État de situation sur la présence de nickel dans l’air dans le secteur Limoilou

 

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