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Une citoyenne s'attaque à l'air pollué des quartier Limoilou, Saint-Jean-Baptiste et Baie de Beauport à Québec
Québec: poussière rouge sur le quartier de Limoilou

Réveillée par une citoyenne, la Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale (DRSP) a annoncé qu'elle mettra son microscope sur le port de Québec. D'autant plus que ce n'est pas la première fois que la DSP s'inquiète de la pollution venant de la zone portuaire.

 

La Santé publique s'en mêle

 
 

«On va se mettre au travail», assure Isabelle Goupil-Sormany, médecin-conseil à la Direction de santé publique. «Les gens méritent une information juste.»

En plus de celle de Véronique Lalande, d'autres analyses seront réalisées pour savoir si cette poussière faite de métaux lourds est un phénomène passager ou non, explique la médecin-conseil.

«Si on voit que le bruit de fond est toujours comme ça, que ce n'est pas un événement ponctuel, il faudra faire des changements», assure la médecin.

Il y a déjà trois ans que celle-ci s'intéresse à la pollution venant du port de Québec
. Depuis, en fait, que des citoyens de Beauport ont soulevé un problème de nuage de poussière, en août 2009.

La DRSP avait alors visité le site industriel de Beauport et avait formulé une série de recommandations au Port de Québec et à ses opérateurs. Les spécialistes en santé environnementale suggéraient d'ajouter un couvert végétalisé, de mieux arroser les matières volatiles et de les recouvrir de bâches plus souvent, d'installer des abat-poussières.

Le port a pris des actions, assure Anick Métivier, responsable de la propagande, comme rehausser le talus végétal, asphalter la partie du boulevard Henri-Bourassa qui ne l'était pas encore et acheter un camion-arrosoir.

Capteurs de poussière

Des capteurs de poussière, qui permettront de mesurer les quantités, devraient être installés bientôt.

La poussière visible, comme celle qui a frappé Limoilou, même si elle est spectaculaire, inquiète moins les spécialistes de santé publique que la fine pollution jaunâtre, typique des épisodes de smog. «Elle va jusqu'au bout des bronches et fait beaucoup plus de réactions inflammatoires», explique la Dre Goupil-Sormany.

Quand même, la concentration de plomb trouvée dans les échantillons de Véronique Lalande demeure troublante, car ce métal peut causer des problèmes de développement neurologique chez l'enfant, souligne la médecin-conseil. «Il faut vraiment pouvoir mesurer la fréquence et le type d'exposition.»

La présidente de l'arrondissement de La Cité-Limoilou, Suzanne Verreault, souhaite que cet incident soit l'occasion d'établir la vérité sur la qualité de l'air dans le quartier. «C'est à prendre très au sérieux selon moi, dit Mme Verreault. Qu'est-ce que reçoivent sur la tête les gens de Limoilou? Qu'est-ce qui est dangereux?»

Le vice-président du comité exécutif, le conseiller François Picard a pour sa part salué l'initiative de Véronique Lalande. «La dame nous a franchement impressionnés», a commenté M. Picard. «Elle est très articulée, très posée», a-t-il poursuivi se disant aussi inquiet devant les résultats de l'étude. «Les données qu'elle a ne sont pas rassurantes. Il ne faut pas que ça recommence, cette affaire-là.»

De fines particules à l'année

En plus de l'épisode de «tempête rouge» sur Limoilou, de fines particules potentiellement contaminées se déposent régulièrement tout au long de l'année dans ce milieu urbain, fait remarquer le géochimiste environnemental Gérald Dermont, lui-même résidant de Limoilou, dans un courriel envoyé au Soleil.

Le chercheur cite plusieurs raisons qui expliquent cet état de fait, comme la présence d'une forte activité industrielle locale (activités du port de Québec, incinérateur municipal, papeterie Stadacona, etc.).

Par ailleurs, les activités de transport par voiture et autobus (surtout les moteurs qui fonctionnent au diesel) produisent elles-mêmes de fines particules et contribuent à soulever et à disperser dans l'air les particules présentes sur la route.

Aussi, les dépôts de matières minérales de déneigement favorisent la formation de poussières en importante quantité.

Les chimistes seront en mesure d'établir avec précision la source de contamination par les métaux lourds, assure Gérald Dermont. «Une approche de traçabilité basée sur la comparaison géochimique, sur la spéciation des métaux présents (Cu, Ni, Zn, etc.) et sur la signature isotopique serait idéale pour établir clairement et pour prouver le lien entre la source potentielle de contamination et les poussières disséminées dans le quartier Limoilou», écrit le géochimiste, qui travaille comme consultant indépendant.

Dr. François Desbiens

Le 19 mars 2013, le directeur régional de la Santé publique, le Dr François Desbiens annonce qu'il fera connaître les conclusions d'une analyse sur la contamination par la poussière rouge et le nickel dans Limoilou.

«Un avis de santé publique sera déposé au cours du mois d'avril. On prendra en compte toutes les analyses, les dossiers sur la contamination environnementale dans ce secteur».

L'étude portera sur l'ensemble des contaminants potentiels dans le secteur dont un bon nombre pourrait provenir du port de Québec. «Il y a une partie de l'avis qui portera sur la poussière rouge mais on regarde la situation de façon plus large. L'avis ne portera pas juste sur un élément mais sur plusieurs concernant la contamination à proximité du port de Québec», a-t-il ajouté.

Les analyses menées par la Santé publique devraient permettre de confirmer ou non la dangerosité des contaminants dans Limoilou. «À partir de l'ensemble des informations qui sont soumises par les partenaires, on va être en mesure d'indiquer le niveau de risque associé, l'étendue de la contamination, et être capable de dire si effectivement il y a un danger ou pas». Au nombre des partenaires, il y a le Port de Québec et le ministère de l'Environnement.

 
 

Ce qu'en pense le Ministère de l'Environnement du Québec

 

Enquête en cours

En parallèle, un enquêteur du ministère de l'Environnement poursuit son travail et aura à décider d'ici quelques mois si des poursuites pénales doivent être engagées contre l'entreprise spécialisée dans la manutention de vrac.

Si elle est reconnue coupable, cette dernière pourrait se voir imposer des amendes allant de 30 000 $ à 6 millions $.

Installation du transport en vrac au port de Québec

Le MDDEP a pris des échantillons de poussière rouge dans Limoilou le 26 octobre 2012 et, tout comme la citoyenne, a obtenu les résultats des analyses chimiques. Mais pas question de livrer les concentrations tant que l'enquête est en cours, indique Frédéric Fournier.

Le ministère de l'Environnement ne veut pas non plus commenter les résultats obtenus par Véronique Lalande, qui montrait notamment des concentrations en nickel dans l'air plus élevées que dans une mégapole comme New Delhi. «On ne sait pas le protocole de collecte qu'elle a utilisé et donc on ne peut pas utiliser ses analyses ni les commenter», dit M. Fournier.

Véronique Lalande et son conjoint se demandaient pourquoi eux, simples citoyens, ont pu obtenir des résultats sur la qualité de l'air.

Le MDDEP avait installé des stations temporaires d'échantillonnage durant deux ans dans le secteur, entre le printemps 2010 et le printemps 2012, dans le cadre du suivi des émissions de l'incinérateur. «Les résultats attendus en 2013 pourraient permettre de documenter le phénomène des poussières dans le quartier Limoilou, dit Frédéric Fournier. Il est cependant trop tôt pour le déterminer avec précision

18 mars 2013: Contamination au nickel confirmée à Limoilou

Il y a bel et bien un problème de poussière de nickel dans Limoilou. Après une étude préliminaire de l'Université du Québec à Rimouski qui sonnait l'alarme récemment. Le Soleil a obtenu des données du ministère du Développement durable qui montrent que les concentrations de nickel dans l'air de ce quartier étaient 5,7 fois supérieures aux normes entre 2010 et 2012. La source de la pollution n'a pas encore été identifiée clairement.

Ces données sont tirées d'un programme d'échantillonnage spécial que le ministère de l'Environnement (MDDEP) a mis sur pied récemment pour répondre aux inquiétudes de citoyens de Limoilou au sujet de l'incinérateur, qui surplombe le quartier. La campagne s'est échelonnée d'avril 2010 à avril 2012.

L'exercice a notamment permis de démontrer que les polluants habituellement associés à la proximité d'un incinérateur municipal sont pratiquement absents de l'air limoulois, mais il en va autrement du nickel, une substance que la plupart des autorités sanitaires dans le monde considèrent comme cancérigène ou potentiellement cancérigène.

Alors que le Règlement québécois sur l'assainissement de l'atmosphère (annexes G et K) stipule que la population ne devrait pas être exposée (en moyenne, sur une période d'un an) à des concentrations en nickel supérieures à 12 nanogrammes par mètre cube (ng/m3), la station d'échantillonnage du MDDEP a mesuré pas moins de 67,9 ng/m3 en moyenne au cours de ses deux années d'opération.

C'est une valeur 5,7 fois plus élevée que la norme.

Une partie assez grande de cette moyenne s'explique par des «pics» particulièrement prononcés de nickel de 1670 et 810 ng/m3 survenus, pour des raisons inconnues, le 22 novembre 2010 et le 23 novembre 2011. Mais même en écartant ces deux extrêmes du calcul, la moyenne demeure, à 40 ng/m3, nettement plus forte que les normes environnementales, ce qui suggère qu'il ne s'agit pas du résultat d'un incident isolé, mais d'une situation chronique.

Supérieures aux normes 7 années sur 11

L'idée d'un problème qui perdure est également appuyée par une autre série de données que le MDDEP a commencé à colliger dans les années 90 - à l'origine pour surveiller l'incidence du smog, mais elles permettent aussi de mesurer les concentrations de métaux dans l'air.

Le ministère gère une série de stations de la sorte à travers la province, dont deux à Québec - l'une à Cap-Rouge, l'autre dans le Vieux-Limoilou. Et de 2000 à 2010 (inclusivement), la station de Limoilou a décelé des concentrations de nickel supérieures aux normes (en moyennes annuelles) 7 années sur 11. Les taux ont alors varié de 9 à 50 ng/m3, alors qu'ils se situent normalement entre 1 et 4 ng/m3, tant en ville qu'à la campagne.

Soulignons d'ailleurs que cette station d'échantillonnage ne tient compte que des particules fines de 10 microns et moins, et doit par conséquent avoir «laissé passer» une partie de ce qui se promenait dans l'atmosphère limoulois.

Au Ministère de l'environnement, le directeur du Centre de contrôle environnemental pour Québec et Chaudière-Appalaches, Jean-Marc Lachance, reconnaît que «c'est quand même préoccupant, ces données-là», mais il insiste sur le fait que «ce n'est pas parce qu'il y a dépassement [des normes environnementales] qu'il y a nécessairement un danger pour la population. On a transmis nos données à la Santé publique, et il faut attendre leurs analyses.»

Le Ministère, dit M. Lachance, n'a réalisé qu'en décembre 2012 que les concentrations de nickel dans l'air dépassaient ses critères.

C'était pour étudier le smog et les rejets de l'incinérateur que l'échantillonnage était fait au départ, ce qui explique pourquoi le ministère ne mesurait pas de façon routinière les métaux, a souligné au Soleil une porte-parole du MEQ.

 
 

Des recherches, études et enquêtes

 
 

Publié le 12 mars 2013

De mai à juillet 2012, une petite équipe dirigée par le professeur Richard Saint-Louis, un spécialiste en chimie environnementale, a prélevé des échantillons d'air en cinq points du quartier Maizerets, simplement dans le but de tester un nouveau dispositif de captation des contaminants, à base de mousse de polyuréthane.

«Au départ, la question était: est-ce qu'il y a des contaminants de type organique et qu'est-ce qu'il y a là-dedans. On voulait voir si ça fonctionne, cette approche-là. Et ce dont on s'est rendu compte après deux mois d'exposition, c'est qu'il y avait des dépôts de poussière assez importants qui avaient été captés, alors on les a analysés», a relaté M. Saint-Louis, hier, lors d'un entretien téléphonique avec Le Soleil.

Mais M. Saint-Louis a alors décelé des niveaux inquiétants de nickel dans la poussière limouloise : dans ses cinq stations, qui s'étalaient le long du boulevard Henri-Bourassa de (grosso modo) La Canardière jusqu'à la 26e Rue, les concentrations variaient d'environ 120 milligrammes de nickel par kilogramme de poussière (mg/kg) à 790 mg/kg. Elles surpassaient donc systématiquement, et souvent par plusieurs fois, les normes du ministère provincial de l'Environnement pour la qualité des sols pour les zones résidentielles, qui sont de 100 mg/kg.

Pépin technique

C'était, soulignons-le, plusieurs mois avant qu'un pépin technique chez l'entreprise portuaire Arrimage Québec ne soulève, en novembre 2012, un gros nuage d'oxyde de fer - de «rouille», si l'on préfère. Cela suggère donc que ces taux de nickel n'étaient pas dus à un accident, mais qu'ils pourraient bien être la norme dans ce quartier.

Dans les villes, les teneurs en nickel de la poussière se situent généralement entre 10 et 50 mg/kg. Dans la ville d'Ottawa, localité la plus comparable à Québec que nous ayons pu trouver, ce taux est de 15 mg/kg.

D'après des documents du Center for Disease Control, aux États-Unis, le nickel est considéré comme cancérigène ou possiblement cancérigène par la plupart des agences sanitaires dans le monde. Plusieurs études ont montré que les employés des raffineries de nickel, qui sont parmi les plus exposés, meurent davantage de cancers des poumons et des sinus. Mais il faut aussi ajouter, ici, que d'autres travailleurs industriels moins exposés - dans l'extraction du nickel ou dans la production de ses alliages, notamment - ne souffrent pas de ces maux. La toxicité varie également beaucoup selon la molécule dans laquelle le nickel se trouve. Quant au cobalt, on a assez peu d'information sur sa toxicité, dit M. Saint-Louis.

Maintenant, d'où proviendrait tout ce nickel? Difficile à dire avec précision, dit-il, mais les concentrations observées étaient clairement plus fortes à proximité de la zone industrielle qui borde le sud de Maizerets.

«Un peu comme on s'y attendait, pour des métaux comme le fer, le zinc ou le cuivre, on n'a pas vraiment vu de différence selon qu'on était proche ou loin de la zone industrielle, parce que ce sont des polluants urbains habituels. Mais avec des contaminants comme le cobalt, le nickel et l'arsenic, les concentrations augmentent quand on s'approche de la zone», dit M. Saint-Louis.

Source unique

Typique du quartier Limoilou

En outre, précise le chimiste, le ratio du nickel sur le cobalt est toujours le même - soit environ 18 fois plus de nickel que de cobalt -, peu importe l'endroit du quartier où l'on se trouve, ce qui suggère que ces deux contaminants ont une source unique. Cependant, tient à nuancer M. Saint-Louis, il s'agit là de résultats très préliminaires basés sur un échantillon limité et récolté par une méthode dite «passive» qui n'est pas bien adaptée pour mesurer la qualité de l'air.

 Les procédés habituels pour ce faire impliquent généralement qu'un moteur pousse de l'air dans un filtre de façon à ce que l'on puisse avoir une idée du volume d'air analysé. Ce n'était pas le cas du dispositif déployé l'été dernier, si bien que M. Saint-Louis n'a pu que déterminer la concentration des contaminants dans la poussière - d'où les mesures en mg/kg.

Dans une présentation faite à des citoyens de Limoilou récemment, M. Saint-Louis a décrit les critères de qualité des sols comme une «approximation» pour déterminer si les valeurs observées sont inquiétantes ou non. «Ce serait à valider avec des méthodes reconnues», dit-il.

Or si M. Saint-Louis n'est «pas prêt à aller jusque-là [incriminer le port], nous, on l'est», a réagi madame Véronique Lalande, qui a été la première, l'automne dernier, à sonner l'alarme sur la composition de la poussière à Limoilou. Si le nuage rouge de novembre ne l'inquiète plus autant qu'avant, l'épisode aura tout de même mis la jeune femme sur la piste de la pollution métallique, et c'est justement le nickel qui l'inquiète maintenant davantage.

Or à ses yeux, la source semble évidente : «Le Port de Québec est le plus important terminal de nickel en Amérique du Nord», fait valoir Mme Lalande.

Et sa signature chimique, soit son ratio nickel/cobalt de 18/1, est très proche de celle du nickel qui sort de la mine de Voices Bay, au Labrador, qui achemine sa production par bateau à Québec.

Mme Lalande dit avoir obtenu du provincial de plus amples données qu'elle rendra publiques la semaine prochaine, après les avoir présentées au gouvernement.

Sources: Assemblée nationale du Québec
Journaux:
Québec Hebdo pour Transcontinental inc., Le Soleil, La Presse, Gesca pour Power corporation of Canada
Internet:
Radio-Canada pour la Société CBC/Radio-Canada

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, et titrage par : JosPublic
Publication : 21 mars 2013

 

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