Moteur de recherche en page d'accueil de MétéoPolitique

 

Sujets abordés

«SLĀV» :
par Betty Bonifassi
Chanteuse
17 mai 2018

La première de «SLĀV» au TNM perturbée
Journal Le Devoir et commentaires de
JosPublic
27 juin 2018

Première réaction de la troupe de théâtre Ex Machina
26 juin 2018

Le Festival de jazz défend Robert Lepage et Betty Bonifassi
Metteur en scène et chanteuse
27 juin 2018

«SLĀV» : un spectacle rempli d’humanisme
Samuel Pradier,
spécialiste des communications et du journalisme
Agence QMI
27 juin 2018

Le problème avec «SLĀV» par Aly Ndiaye alias Webster
Historien et "rapper"
29 juin 2018

La musique des noirs!

par Mohamed Lotfi
Animateur radio/télévision
1er juillet 2018

Le Festival International de Jazz de Montréal recule et annule le spectacle
4 juillet 2018

SLĀV: perdre la bataille à défaut de l’avoir menée
par Djemila Benhabib
Chroniqueuse
5 juillet 2018

Position de Robert Lepage concernant SLĀV
Metteur en scène
6 juillet 2018

La patate SLĀV
par
Jean-François Nadeau, historien politologue

9 juillet 2018

Revenons aux nègres blancs d'Amérique
par Michel Hébert
Chroniqueur
8 juillet 2018

Salut, l’extrême
Par Fred Dompierre
Auteur montréalais
12 juillet 2018

 

Retour à : Plan du site - MétéoPolitique- Société  - Fiche: Vision du Monde - Regard

Un scandale créé de toute pièce par des " bobos" du politiquement correct
«SLĀV» de la censure pour avoir fait du théâtre

Aujourd’hui, en 2018, en supprimant le théâtre musical nommé SLĀV de sa programmation, la direction du Festival de Jazz de Montréal insulte la mémoire de tous les gestes posés au Québec pour combattre toutes les censures.  Elle insulte tous ceux et celles qui se sont battus pour les libertés de dire.  La critique est légitime, souhaitable, nécessaire.  La censure… NON!

Ci-dessous le déroulement du scandale et les rôles de chacun des protagonistes et quelques mots du courroucé JosPublic devant l'aplatissement des institutions avalant la folie du politiquement correct.

 

«SLĀV»: par Betty BONIFASSI
Le texte ci-dessous provient du BaronMag 17 mai 2018

 
 
 

Betty Bonifassi en performance en 2017 au Festival International de Jazz de Montréal

 
 

«Mon idée, c'était de mettre en avant la résilience par l'art vocal, en passant par les chants d'esclaves et leur histoire, débute Béatrice Betty Bonifassi. Robert [Lepage] a eu un coup de foudre comme moi pour ces chants-là.  Pendant cinq ans, on s'est vus assez régulièrement pour discuter d'une éventuelle mise en scène des deux albums.»   Ceux-ci, Betty Bonifassi et Lomax, dont le titre reprend le nom de l'ethnomusicologue Alan Lomax, ont pour coeur des chants d'esclaves afro-américains du siècle dernier.

Pour la chanteuse et musicienne, il s'agit de la consécration d'un amour qu'elle porte depuis longtemps à ces pièces. C'est en 1998, en faisant de la recherche pour la pièce Des souris et des hommes de John Steinbeck, qu'elle tombe sur «un enregistrement de Lomax, avec ces chants d'hommes purs - sans rien dedans, pas de musique rien, juste eux. J'ai vraiment été troublée» explique-t-elle.  Si SLĀV devait au départ être strictement une mise en scène de la musique de Mme Bonifassi, le projet a évolué et se situe plutôt à la rencontre du théâtre et de la musique.

Alan Lomaxavec James (Son) Thomas, au Delta Blues Festival, Greenville, Mississippi

Sur scène, ce ne sont que des femmes qui prennent place: la chanteuse qui porte le projet, qui signe également la trame musicale.  Elle est accompagnée d'un choeur de six comédiennes, aussi chanteuses pour l'occasion - dont 4 des Marjo's qui apparaissent sur l' album Lomax.

Difficile pour Betty Bonifassi de nous révéler la forme que prendra le spectacle.  «C'est un objet qui part de la musique, c'est-à-dire qui part de toute la fragilité, la douleur, de la dignité, la résilience que j'ai entendues dans ces chants-là. Le show part de ça.»  Au travers d'une panoplie de chants, qu'ils soient a capella, ou accompagnés de musique acoustique et live, la chanteuse souhaite continuer «à parler de ce dont je sais le mieux parler: la musique, mais au travers d'une histoire incroyablement fantastique et dure à entendre. À mon avis, d'entendre ces histoires-là, ça nous rassemble plus que de ne pas les entendre.»

Rassembler, c'est ce que souhaite faire la Montréalaise avec SLĀV, malgré des voix dénonçant la tenue du spectacle depuis son annonce en novembre 2017.  La critique qui lui est adressée en est une d'appropriation culturelle: est-ce légitime de porter sur scène des chants d'oppression du peuple afro-américain par les blancs lorsqu'ils sont chantés et mis en scène par des blancs?

«Je ne sais pas quoi répondre à ça, à part que mon coeur est entier et que ça fait très longtemps que j'ai envie de faire ça de manière digne et noble par la musique», déclare-t-elle.  J'arrive de la musique, et on ne parle pas d'appropriation culturelle en musique.  Ça fait cinq ans que j'ai fait deux albums sur les chants d'esclaves, et j'ai donné 50% de mes droits d'auteur et de composition au domaine public.»

« J'avais envie de dire dans le spectacle que moi, une petite fille de l'Europe, mes mentors de vie sont de couleur noire.  Et pour ça, je ne demande la permission à personne.  Mon immersion au théâtre avec cette idée, j'ai mis ça dans les mains d'un grand monsieur qui s'appelle Robert Lepage, et qui à mon sens a la plus grande délicatesse qui soit pour prendre ça au sérieux et faire en sorte qu'on heurte le minimum de gens.»

 

 

 

s
 

La première de «SLĀV» au TNM perturbée
Journal Le Devoir et commentaires de
JosPublic
27 juin 2018

 
 

Quelques dizaines de manifestants, majoritairement de la communauté noire de Montréal, se sont rassemblés devant le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) mardi soir le 27 juin 2018 pour demander l’annulation du spectacle SLĀV, dont c’était soir de première.

Ils reprochent notamment au spectacle de Robert Lepage, qui met en scène des chants d’esclaves noirs interprétés par Betty Bonifassi, de n'inclure aucune personne noire ni dans sa production ni dans sa distribution, évacuant du coup selon eux la question raciale.  Après vérification, deux choristes sur six sont noires. (JosPublic: sur scène il y avait 7 personnes. donc il s'agit d'une représentation de 29 % de toute les personnes issues de la minorité visible (pas seulement de peau noire) qui sont 9 % de toute la population du Québec)

Est un musicien et Dj et entrepreneur de 24 ans d'origine française qui habite Montréal depuis peu. Après avoir ressenti un inconfort par rapport à son identité depuis l'adolescence, c'est à l'âge de 22 ans qu'il réussit à s'identifier en tant que transgenre. N'ayant plus de permis de travail canadien il risque la déportation.

« Shut it down ! » annulez la production), ont crié en anglais les manifestants massés sur la rue Sainte-Catherine, en face du théâtre.

Un corridor formé d’une douzaine de policiers permettait aux spectateurs d’entrer à l’intérieur.  Ceux-ci se faisaient huer, ainsi que crier « Raciste ! » et « Shame ! » (honte).  Quelques petits accrochages ont eu lieu entre les manifestants et le public, mais aucune arrestation n’a été faite.

Le rassemblement a été lancé par Lucas Charlie Rose, un artiste de la communauté noire de Montréal.  Il dénonce l’absence de personnes noires dans la production.  M. Rose dénonce aussi le prix des billets, trop élevé pour bon nombre de citoyens de sa communauté.  « On ne peut pas acheter un billet de 60 à 90 $», déplore-t-il.  (JosPublic: ce qui est le cas de toutes les personnes qui ne sont pas de la classe moyenne et qui souhaitent suivre les activités du Festival International de Jazz de Montréal (FIJM) en salle. Pour voir le spectacle Soweto Gospel Choir d'Afrique du Sud à la Place des art il en coûte de 30$ à 105$).

« On demande au minimum une excuse, une prise de conscience, qui démontrerait qu’on comprend ce qui se passe. » (JosPublic: faire des excuses, certainement pas pour le concept d' appropriation culturelle, une ineptie concoctée dans des universités états-uniennes où certains et certaines se servent des mots pour ne pas devoir s'impliquer personnellement et perdre leur privilège de classe dans la lutte contre l'apartheid états-unien.  Où Lucas Charlie Rose a-t-il pris son mandat, de la communauté noire, transgenre, des immigrants illégaux dont il fait maintenant partie? Il semble qu'il se serve des médias pour s'autoproclamer victime, accusateur et juge d'un autre " lynchage party" »

Sinon, pourquoi ne pas redonner une partie des profits du spectacle aux organismes de la communauté ?

(JosPublic: encore une affirmation dans le vide car Mme Betty Bonifassi a déjà renoncé à une partie de ses droits d'autrice pour ce spectacle.  Évidemment le semeur de bordel professionnel Jaggi Singh et ses groupies anti francophones étaient de la partie. Le sympathique raciste s'amusait à citer une phrase d'une chanson de Gilles Vigneault pour terminer en traitant les Québécois, les Québécoises, de racistes.

« C’est un spectacle qui est censé rendre hommage à l’histoire des Noirs, des esclaves », a déclaré Philippe, un participant au rassemblement.  Son amie Christine y est allée d’une comparaison pour illustrer son propos. « Les Québécois francophones n’accepteraient jamais qu’un spectacle sur l’histoire du Québec ne soit organisé et joué que par des anglophones. » (JosPublic: tout-à-fait faux puisque "les belles soeurs " de l'écrivain Michel Tremblay a été monté dans plusieurs langues et joué par des comédiens et comédiennes de toutes couleurs et nationalités. Je me souviens d'une pièce traitant des relations entre anglos et francos de Montréal présentée au Centaur theatre compagny, en anglais, où on entendait la fameuse boutade en chanson: Santa Claus is francophone!)

« Notre réponse est sur scène »

La directrice du TNM, Lorraine Pintal, a refusé de commenter les plaintes des manifestants, se contentant de dire : « Notre réponse est sur scène. »

La controverse entourant SLAV a commencé avec un billet de la dramaturge et militante Marilou Craft s’interrogeant sur l’absence de personnes noires dans La production (ce qui est faux), malgré le thème du spectacle.  Cette dernière était présente au rassemblement du 27 juin 2018, mais a refusé de le commenter, préférant laisser la parole aux organisateurs de la manifestation.

em

 

Ex Machina - Robert LEPAGE - Betty BONIFASSI

En avril 2018, présentation de l'objectif théâtral SLĀV : une odyssée théâtrale à travers les chants d'esclaves telle que présentée sur le site de la compagnie de théâtre Ex Machina.

SLĀV est une incursion dans l’univers des chants d’esclaves. Betty Bonifassi et six choristes livrent une interprétation remarquable des chants, complaintes et berceuses qui unissaient ces êtres humains dépossédés de tout.

SLĀV tisse des liens de manière universelle entre différentes pages d’histoire connues et moins connues – ou volontairement oubliées – qui ont mené́ l’humanité́ à asservir des peuples. Abondamment illustré, le spectacle nous transporte des origines antiques de l’esclavage à la traite négrière, de la ségrégation des noirs américains à leur émancipation, puis à l’incarcération massive et l’esclavagisme moderne.  Des réalités pour lesquelles notre société porte encore aujourd’hui l’odieux et les cicatrices.

En somme, un spectacle musico-théâtral hautement visuel, un hommage à la musique comme outil de résilience et d’émancipation.

Le 26 juin 2018, lu sur twitter un court texte signé par Lepage, Bonifassi et Ex Machina: Oui, l’histoire de l’esclavage sous ses multiples formes appartient d’abord à ceux et celles qui l’ont subi, et à tous ceux qui en ont hérité.

Mais cette histoire a été écrite par les oppresseurs autant que par les opprimés, par des blancs aussi bien que par des noirs.  Et il faut en témoigner, d’abord pour qu’elle soit connue, mais aussi pour éviter qu’elle ne se perpétue.

Le métissage dans toute sa fécondité artistique et culturelle est au cœur de SLĀV, tout autant que l’esclavage.  Avons-nous le droit de toucher à ces sujets ?  Le public en jugera après avoir assisté au spectacle.  De notre point de vue, nous avons surtout, blancs ou noirs, un devoir, celui d’aborder les épisodes les plus sombres de l’histoire pour tenter d’en tirer un peu de lumière.

La musique et le théâtre comptent certainement parmi les moyens les plus nobles de le faire.

Festival

 

 

Le Festival de jazz défend Robert Lepage et Betty Bonifassi

 
 

Le 27 juin 2018, dans un communiqué de presse, le Festival se porte à la défense de Betty Bonifassi et Robert Lepage.  «Avant de leur faire un procès d'intention, nous croyons fermement que nous devons assister au spectacle qu'ils nous proposent», peut-on lire.

«Depuis 39 ans, le Festival International de Jazz de Montréal a pris le mot international au sérieux en mettant de l’avant des musiques de tous les pays.  Et nous sommes extrêmement fiers de ce que le Festival a apporté à Montréal en termes de diversité de sons et de couleurs.  Pendant 39 ans, le Festival a été synonyme de village global où il n'y avait ni race, ni sexe, ni religion et où tous les êtres humains étaient égaux.  Cette année ne fait pas exception», poursuit-on.

 

h
 

«Släv»: un spectacle rempli d’humanisme
Samuel PRADIER, Agence QMI
le 27 juin 2018

 
 

Les manifestants qui ont protesté contre la création de «Släv» par Robert Lepage et Betty Bonifassi, se sont vraisemblablement trompés de cible.  Le spectacle, qui faisait sa première médiatique, mercredi soir le 27 juin 2018, s’est en fait révélé rempli de compassion, d’humanisme et de sincérité.

À mi-chemin entre une pièce de théâtre et un tour de chant, «Släv» est avant tout un hymne à la diversité, à la mixité sociale, aux mélanges des peuples et à l’espoir.

Betty Bonifassi, qui tente de faire vivre ces chants d’esclaves depuis près d’une décennie, commence par raconter la première colonisation des Balkans par les Ottomans, au Xe (10ième) siècle, lorsque les Turcs se sont servi des habitants de leur nouveau territoire comme esclaves.  La soirée s’ouvre d’ailleurs avec des chants bulgares.

Outre Betty Bonifassi, six actrices-chanteuses (Myriam Fournier, Sharon James, Estelle Richard, Élisabeth Sirois, Audrée Southière et Kattia Thony), toutes des femmes, donnent vie à différents tableaux qui, non seulement permettent de mieux connaître et comprendre l’esclavagisme, mais nous en montrent aussi les limites.

On découvre notamment que l’esclavage s’est pratiqué à divers moments de l’histoire, et pas seulement avec le peuple noir. Des milliers d’enfants irlandais ont ainsi été volés à leur famille pour servir d’esclaves aux États-Unis. Ils étaient utilisés notamment comme enfants de compagnie pour les enfants de riches familles la journée, et ils rejoignaient leur case, le soir venu.

Robert Lepage a remis en perspective et donné une profondeur au projet de Betty Bonifassi. Il a notamment ouvert une nouvelle dimension au devoir de mémoire pour tous ces peuples qui ont été victimes de l’esclavagisme. Et dans un tableau très touchant, il fait aussi un clin d’œil aux États-Unis d’aujourd’hui, où une femme noire qui fait du jogging, sans son passeport, peut être arrêtée sans raison apparente, juste à cause de sa couleur de peau. L’obscurantisme est toujours présent dans le monde.

Les scènes de jeu manquent encore de finition, mais les parties chantées sont touchantes. La voix de Betty Bonifassi est toujours aussi remplie d’émotions, et les harmonies avec les six autres sont impressionnantes.

Quelques répliques sont aussi marquantes parmi lesquelles: «Pour retracer l’histoire des Noirs au Québec, il faut parfois passer par la généalogie des blancs» ou encore «le blues est né de la rencontre entre les Irlandais et les Afro-américains».

Le spectacle affichait complet, ce mercredi, mais les manifestants ont visiblement rebuté plusieurs personnes puisque de nombreux sièges, voire des rangées complètes, étaient vides.  Comme le dit l’expression, les absents ont toujours tort, car «Släv» est avant tout un spectacle rempli d’amour et d’espoir, tout en démontrant l’absurdité du racisme.

 

d
 

Le problème avec «SLĀV»
Aly NDIAYE alias Webster
Historien et rappeur hip hop
29 juin 2018

 
 

Quand Ex Machina m’a contacté à l’été 2017 afin de discuter du projet SLĀV à propos des chants d’esclaves, j’étais emballé par l’idée d’une pièce de théâtre portant sur l’esclavage.  Je m’imaginais, peut-être avec beaucoup de naïveté, qu’elle permettrait d’ouvrir la discussion et de contribuer à une meilleure compréhension de l’histoire.

J’ai rencontré Robert Lepage et son équipe afin d’échanger au sujet de mes connaissances sur l’esclavage, notamment quant à la forme qu’il prenait ici.  Ils m’ont ensuite, quelques mois plus tard, fait parvenir une première captation du spectacle afin que je révise certaines informations historiques.  Lors de notre première rencontre, ainsi que par courriel après le visionnement, je leur ai souligné l’importance d’embaucher des comédiennes noires pour jouer le rôle des esclaves.

En assistant à l’avant-première le 14 avril 2018, j’étais grandement déçu.  L’aspect théâtral est excellent; j’ai été impressionné par la qualité technique des tableaux.  Cependant, tout au long de la représentation, j’avais un malaise constant devant le manque de diversité sur scène : voir des femmes blanches interpréter des esclaves était pour moi problématique. Il n’y a rien qui ne puisse justifier la non-embauche de chanteuses/comédiennes noires pour ce projet.  Que ça soit à Québec, Montréal, Ottawa ou Toronto, il aurait été facile de trouver des femmes qui puissent jouer ces rôles.

Qu’on le veuille ou pas, la question raciale est au centre même du système esclavagiste états-unien ; elle a été évacuée de la pièce. Nous ne pouvons parler d’esclavage dans les Amériques sans aborder cette question.  Ça fait maintenant plusieurs années que les gens de la communauté noire dénoncent un grand manque de diversité dans l’espace médiatico-culturel québécois.  Maintenant qu’une pièce à propos d’une expérience traumatique vécue par les Noirs en Amérique est mise sur pied, ce sont des Blancs qui doivent avoir la majorité des rôles ?  Voilà ainsi le problème exposé dans son entièreté : un manque de sensibilité flagrant et le pouvoir de s’arroger la trame narrative d’une communauté pour la raconter comme bon nous semble.  Malheureusement, nous ne sommes que trop habitués à cette invisibilité.

Il est temps de comprendre que les membres de nos communautés sont écoeurés de se sentir écartés ou, quand ils sont présents, d’être « exotisés ».  Nous sommes tannés de nous faire dire quoi penser et comment on devrait se sentir par rapport à ces enjeux.  Il est grand temps d’avoir une vraie conversation quant à cette place infime qui nous est réservée dans l’espace public, même quand c’est notre histoire qui est racontée.

 

  Le théâtre montréalais est de moins en moins blanc et homogène, questionnant aujourd’hui l’identité québécoise à partir de son pluralisme mais aussi de ses inconforts avec la diversité culturelle.

 

Une occasion manquée

Je ne suis pas du genre à crier à l’appropriation culturelle à tout va, mais ce projet me laisse un arrière-goût âcre dans la bouche.  Combien pourront profiter de cet héritage de la culture noire mis en scène de manière adroite, mais dont les retombées culturelles ou financières n’effleureront probablement jamais ses membres ?  Combien de personnes noires ont été consultées ou ont collaboré à l’élaboration de cette pièce ?  J’ai été consulté concernant l’aspect historique, mais il aurait fallu que d’autres puissent intervenir afin d’insuffler une dose de sensibilité essentielle à l’acceptation universelle de cette pièce. Il aurait été bien qu’elle puisse servir de pont et que tous puissent s’y reconnaître.  Malheureusement, il me semble que c’est une autre occasion manquée de mettre en avant des artistes afro-québécoises.  Pour une fois, les membres de cette communauté auraient pu se sentir entendus et représentés dans l’espace culturel. C’est dommage, j’y ai cru l’instant d’une conversation.

Marilou Craft a raison de s’indigner, la colère des manifestants est légitime ; nous n’avons que trop souvent banalisé cette absence et il est temps de réagir. Il est trop facile de clamer la liberté d’expression et artistique, il est trop facile de parler de patrimoine humain. On nous dit qu’il faut aller au-delà d’une interprétation « raciale » de cette oeuvre, mais ces chants sont le fruit du racisme.  On nous dit qu’il faut passer à autre chose, mais nous ne partons pas du même point, la population blanche du Québec se voit et se retrouve aisément dans la majeure partie des oeuvres culturelles produites ici, pas nous.

Quand Betty Bonifassi interprète ces chants en concert, il me fait plaisir de l’entendre et de la voir, l’enjeu n’est pas là.  C’est quand vient le temps de mettre en scène et d’interpréter visuellement cette histoire si sensible pour les populations noires, et que celles-ci ne s’y retrouvent pas vraiment, que nous nous sentons (encore une fois) relégués à l’arrière de l’autobus.

Pour ma part, je comprends les intentions derrière cette pièce.  Cependant, célébrer un moyen de résistance et de résilience du peuple noir en faisant fi des enjeux présents (nommément la sous-représentativité en culture) est problématique.  C’est, en quelque sorte, refuser la responsabilité qui incombe à la transmission d’un tel bagage, l’extirper du contexte de sa création pour en faire un simple événement culturel dénué de son sens premier.

Lors de l’avant-première, l’auditoire, blanc, a ovationné la pièce ; les deux seules personnes issues de la diversité à y assister sont restées assises.

 

Un Souverain anonyme rappe "Je quitte ma cellule" lors d'une émission de radio produite en prison

m
 

La musique des noirs!
par Mohamed LOTFI
1er juillet 2018

 
 

« Le vivre ensemble se pratique au corps à corps…il ne se revendique pas à cor et à cri ». Rachida Azdouz.  (De son livre Le vivre ensemble n’est pas un rince-bouche).

Est-ce que le racisme systémique existe au Québec et ailleurs ? OUI.  

Est-ce que la manifestation contre Slav de Robert Lepage est une bonne façon de lutter contre le racisme systémique ?  Non.

Les militants de cette noble cause se sont trompés d’adresse. Je vous en propose une autre.  Suivez-moi.

Je quitte ma cellule
  Je traverse les couloirs
    Je salue mes amis
      Je leur dis à plus tard
        Je ne quitte pas Bordeaux
          Du moins pas encore
            Je m’évade dans les mots
              Et la musique des noirs.

J’ai écrit ces paroles, il y a plus de 20 ans!  Je voulais simplement donner un exemple à mes gars de Bordeaux pour qu’ils me proposent des textes.  Ensuite, nous devions choisir celui qui allait mieux les représenter pour introduire les rencontres avec leurs invités.

Mes Souverains ont choisi finalement précisément ce texte pour les représenter.  Ils se sont approprié mes paroles et ils les ont chantées en rap, en reggae, en blues, en rock, en rai et en R&B, souvent en ajoutant leurs propres refrains!  Depuis plus de 20 ans, ce texte a inspiré des centaines d’autres textes, tous signés par les Souverains.  Cette abondance de création a même fait l’objet d’un album.

 

 

Un jour, Nedjim Bouizoul, du groupe Labes, (dans la vidéo ci-dessus) s’est approprié ces paroles en faisant de la musique des noirs, une musique gitane.  Il n’avait pas à demander la validation des noirs, ni celle des gitans, encore moins la mienne.  

Un artiste n’a pas à demander la validation de personne pour exprimer librement une condition humaine du moment que des humains, peu importent leur couleur ou leurs conditions, peuvent s’y identifier et s’y reconnaître.

Pour sa pièce Littoral, Wajdi Mouawad devait-il demander la validation de la communauté libanaise avant d’engager des comédiens québécois d’origine canadienne française pour incarner les personnages de libanais ?

Ces derniers devaient-ils refuser de monter sur scène parce qu’ils ne sont pas libanais d’origine ? Ou parce qu’ils n’ont pas été les témoins directs de la guerre civile au Liban ?

Devais-je refuser de jouer le rôle d’un juif, qu’on m’a proposé, parce que je suis musulman ?  Devais-je refuser de jouer le rôle d’un syrien parce que je ne suis pas un syrien, je n’ai jamais été en Syrie et je n’ai jamais été témoin direct de la guerre en Syrie ?

S’il fallait que seuls les ex détenus du mouroir de Tazmamart expriment leur calvaire et leur déchéance dans des oeuvres littéraires, je n’aurais jamais pu admirer l’oeuvre de Tahar Benjelloun « Cette aveuglante absence de lumière » , le texte le plus touchant et le plus troublant de tout ce que j’ai lu sur Tazmamart.  

Benjelloun n’a jamais été prisonnier à Tazmamart.  Cela ne l’a pas empêché de rendre si bien l’universel sentiment de souffrance et de détresse en se basant sur le témoignage d’un ex de Tazmamart.

Sur le spectacle de Grégory Charles Noir et blanc, qui évoquait lui aussi musicalement l’histoire de l’esclavage, seul Dany Laferrière avait osé écrire dans une chronique dans la Presse « Je ne savais pas que Grégory Charles était noir » parce qu’être noir, comme le disait Aimé Césaire, ce n’est pas seulement une question de couleur, mais de conditions.

Jamais un de mes Souverains ne m’a dit « Tu n’es pas un détenu, tu ne l’as jamais été, tu n’as pas le droit d’écrire notre réalité ».  Jamais un détenu noir ne m’a dit « Tu n’es pas noir. Tu n’y connais rien aux noirs, encore moins à leur musique, tu n’as pas le droit d’écrire sur les noirs ».  

Avec le temps, on ne se demandait même plus qui a écrit ce texte?  Des noirs, des blancs le chantaient parce que « Noirs et blancs dans le même système, derrière des murs café-crèmes ».  Il ne m’appartenait plus.

Une seule fois, un détenu blanc a exprimé son malaise avec ce vers « Et la musique des noirs »

C’est un détenu noir qui a répondu «  Tu aurais aimé entendre quoi à la place ? ET LA MUSIQUE DES BLANCS ? Qui est à l’origine du rap, du reggae, du blues, du rock, du R&B ? ».  Et le détenu blanc a ajouté « Si un noir le dit, je n’ai plus rien à dire ».  Et le détenu noir a mis fin à la petite polémique « Je ne le dis pas parce que je suis noir. Je le dis parce que c’est vrai » et il s’est mis à rapper le reste de la chanson:

Ma vie est un roman
  Ma vie est une chanson
     Qui en est l'auteur ?
        C'est toute la question
           Des questions que je me pose
              En vers et en prose
                Je vous salue humains
                  Et je plaide votre cause !

Dans le contexte de la polémique qui a secoué le Québec dernièrement, je plaide moi aussi la cause des militants contre le racisme systémique en leur posant une seule question:

Avez-vous déjà manifesté contre la surreprésentation des noirs et des autochtones en prison ?  

 

 

Suite 4 juillet 2018 AM

Les militants contre le racisme systémique au Québec font de la politique et développent des stratégies de luttes. Cette fois, ils se sont trompés de stratégie.  On peut tout critiquer, mais on n’appelle pas au boycott d’une oeuvre artistique dont le metteur-en-scène est connu pour son humanisme.  On ne traite pas les gens curieux d’entendre cette oeuvre de racistes.  Et le plus important, on ne peut empêcher personne d’être empathique envers une cause sous prétexte qu’elle appartient d’abord à d’autres.  Laissons l’humanité entière respecter la mémoire de toutes les victimes de l’esclavage.

Et si l’esclavage a frappé particulièrement les populations d’ascendance africaine avec les conséquences qu’on connaît, faut-il rappeler que l’histoire de l’esclavage n’est pas réduite à celle des noirs ?  Quel peuple, quelle nation, quelle ethnie a le monopole de la souffrance ?  Pourquoi un artiste devrait-il valider sa liberté de création par les représentants d’une communauté ou d’une autre ?  À quel degré de représentation l’artiste devrait-il se fier pour mieux valider son oeuvre et pour ne pas être accusé d’appropriation culturelle?  Ce genre de communautarisme n’aurait-il pas pour effet de nourrir, justement, le racisme systémique ?

En parlant de communautarisme, devais-je fermer les yeux comme journaliste et comme artiste sur la déportation massive des jeunes haïtiens  (à la fin des années 90)  sous prétexte que je ne suis pas haïtien? Je n’ai jamais noté une grande mobilisation contre la déportation des jeunes haïtiens du Canada vers Haïti. En quoi les militants contre le racisme systémique les ont t-il défendus réellement ?

Cela étant dit, les autorités politiques et des élus ont la responsabilité d’adopter plus de mesures incitatives à l’intégration des minorités dans tous les domaines.  Celles et ceux qui ont la responsabilité de gérer et d’administrer le vivre-ensemble, ont le devoir de donner à la diversité un sens beaucoup plus large que celui qui sert les agendas politiques.  Mais l’entrée du TNM, un lieu de création libre, n’était pas vraiment la bonne adresse pour faire passer un tel message!

Suite: 4 juillet 2018 PM

Je devais voir Slav de Robert Lepage et Betty Bonnifassi ce soir.  Le Festival du Jazz de Montréal vient de l’annuler!

Je devais assister dernièrement à un colloque sur les libertés individuelles au Maroc.  Deux jours avant son ouverture, les autorités marocaines l’ont interdit.

« Années de malheur où la peur était reine on trempait son courage dans un baquet de haine. Des épines couronnaient le désir dénoncé l’amour avait des gants pour ne pas se blesser.  Tous les matins portaient masques de carême le plaisir se cachait dans un danger suprême.  Ces années me reviennent avec leurs bruits de chaînes avec leurs mornes traînes et leurs laizes de peine.

« Qu’à cela ne vache qu’à cela ne chienne ce fleuve de douleurs apporta la révolte »- Gilbert Langevin.

Suite: 5 juillet 2018 AM

Plus important que la supposée appropriation culturelle qu’une minorité agissante reproche au spectacle Slav, c’est la censure qui devrait faire maintenant l’objet d’un grand débat au Québec.

Cela concerne désormais tous les créateurs et tout acte de création.  On a rappelé, à juste titre, un précédent de résistance à la censure de la Pièce « Les fées ont soif ».  C’était en 1978-1979.

Aujourd’hui, en 2018, en supprimant Slav de sa programmation, la direction du Festival de Jazz de Montréal insulte la mémoire de cette résistance.  Elle insulte tous ceux et celles qui se sont battus pour les libertés de dire.  La critique est légitime, souhaitable, nécessaire.  La censure… NON!

Priver les gens de faire leurs propres opinions, c’est une insulte à l’intelligence.

Robert Lepage a la responsabilité de ne pas trahir cette mémoire de résistance.   Il trouvera les mots et le style pour réparer l’erreur gravissime du FIJM.

Bon courage Robert!

jazz

 

   
 

Le 4 juillet 2018, dans un communiqué repris par l'agence Presse Canadienne, le Festival international de jazz de Montréal (FIJM) annule toutes les représentations de SLĀV en raison de la controverse raciale suscitée par le spectacle mis en scène par Robert Lepage. 

L'organisation du Festival affirme avoir été «ébranlée et fortement touchée par tous les témoignages reçus».  Elle tient à s'excuser auprès des personnes qui ont été blessées, et ajoute que cela n'était pas du tout son intention.

Le musicien afro-américain Moses Sumney s'était retiré du FIJM, mardi, en raison de la présence de SLĀV au sein de la programmation. M. Sumney reproche au spectacle d'être dirigé par un homme blanc (Robert Lepage) et qu'une chanteuse blanche (Betty Bonifassi) y interprète des chansons composées par des esclaves afro-américains.  Le Californien de 28 ans a indiqué sur Twitter qu'il ne pouvait présenter sa musique au Festival en bonne conscience après avoir appris que celui-ci continuait à défendre son événement publiquement.

Extrait de Twitter «Récemment, j'ai été déçu d'apprendre que le Festival de jazz de Montréal réservait plusieurs soirées d'un spectacle appelé SLĀV, dans lequel un groupe composé majoritairement de blancs, et dirigé par un metteur en scène québécois blanc, chante des chants d'esclaves afro-américains, parfois déguisés en esclaves et cueilleurs de coton», a écrit dans un tweet le chanteur californien.

Il ajoute: «Quand j'ai appris que le festival continuait à défendre ce spectacle publiquement, même après des protestations inflexibles - pendant lesquelles l'un des spectateurs (dont la majorité était, bien sûr, des blancs) a giflé une femme de couleur protestant contre le spectacle - je savais que je ne pouvais pas présenter ma musique à ce même festival en toute bonne conscience»

Le Festival de jazz indique que l'inclusion et le rapprochement entre les communautés sont essentiels. L'organisation de l'événement estival précise que la décision d'annuler les futures représentations a été prise de concert avec la tête d'affiche du spectacle, Betty Bonifassi.

e

 

 

SLĀV: perdre la bataille à défaut de l’avoir menée
par Djemila BENHABIB
le 5 juillet 2018

 
 

À Montréal, la programmation du spectacle SLAV vient d’être annulée en raison d’une accusation d’appropriation culturelle, suivie d’une polémique aussi insensée que stupide. 

Le Festival international de jazz de Montréal (FIJM) a cédé. 

Les chants d’esclaves noirs repris dans une perspective universelle et intemporelle sont réduits au silence.

Un grave précédent vient d’être créé.

Le 20 septembre 1979, devant le Palais Montcalm, «une trentaine de manifestants catholiques, chapelets en main», font les cent pas. C'est la première de la pièce Les fées ont soif à Québec. Elle met en scène dans un langage poétique et parfois cru trois archétypes de femme - la statue, la putain et la mère - qui essaient de se libérer de leur carcan

Nous avons soudainement reculé de quarante ans. À cette époque-là, des groupes militants catholiques faisaient le pied de grue devant le même théâtre pour faire annuler la pièce mythique de Denise Boucher, Les fées ont soif. 

Ce n’est donc pas d’aujourd’hui que la censure menace notre société. Seuls les censeurs ont changé de camp.  Désormais, ils prétendent agir au nom des « dominés ».

Le brouhaha a donc gagné.  Seul le bruit de cette polémique continue de polluer notre espace.  Nous en sommes les otages.  Notre époque préfère le tapage des pleureuses aux chants des résistants. 

Dans l’esprit de ces racialistes, Pablo Picasso devrait rougir d’avoir peint Les Femmes d’Alger et Les demoiselles d’Avignon et les Viennois devraient s'excuser, chaque matin, avant d’avaler leur gorgée de café. 

Pour autant, cette annulation est-elle surprenante ou le simple résultat d’une lente dérive qui s’est accélérée au fur et à mesure que l’extrême gauche a imposé les termes du débat avec violence et brutalité?  Autrement dit, cette polémique était-elle prévisible?  Ceux qui sont attentifs aux agissements de ces dogmatiques devinent aisément la réponse.  Les autres, leurs complices, médiatiques, académiques et politiques trouveront toujours (encore) une énième excuse, toujours (encore) une énième justification aux débordements des ces brutes incultes qui n’hésitent pas à menacer et à intimider quiconque échappe à leur doxa.

 

 

Revenons à Slav, le fameux spectacle annulé.

Suffit-il d’avoir du talent pour créer? Suffit-il d’être habité par un souffle puissant, intense, pour envisager une oeuvre plus grande que soi, sans frontières, avec pour seul horizon l’humanité ?  Certainement pas. Faut-il encore savoir défendre sa création contre ceux qui considèrent la culture, le métissage et l'universalisme comme les plus grandes menaces de notre siècle.  Désormais au Québec, il y a des cases raciales.  Chacun est sommé de se nicher dans la sienne.  Car la police des cases sévit lourdement.  Elle se montre même impitoyable.  Bref, elle est intraitable.

A l’heure des âmes souffreteuses pour un oui ou pour un non, des consciences ramollies et des polémiques futiles, le créateur essaye tant bien que mal de se frayer un chemin.  Cependant, l’artiste, l’écrivain, l’intellectuel, le militant, qui se débat ne le fait pas que pour lui.  Il défend une certaine idée de la liberté, de l’art, du monde, de l’homme.  En s'engageant dans le débat, il nous oblige à réfléchir sur notre condition.

A contrario, en restant en retrait, le créateur ne va pas jusqu’au bout de sa démarche.  S’il se laisse marcher sur les pieds, sa liberté en prend un coup et la nôtre aussi.  S'arrêter en plein milieu du chemin est, donc, risqué.  C’est pourtant cette attitude qu’ont adoptée Betty Bonifassi, Robert Lepage et Lorraine Pintal. 

Certes, ces derniers n’étaient pas prêts à faire face au muret des lamentations autour du théâtre.  Ils n’étaient pas armés pour affronter les trublions de l’extrême gauche.  Ils ont été un peu sinon beaucoup dépassés par leurs jérémiades.  Pour ma part, je considère que Betty Bonifassi et Robert Lepage ont d’abord et avant tout été victimes de leur propre incrédulité, une sorte de sous-estimation de la nuisance des racialistes.  En faisant une mauvaise lecture des événements, ils ont renoncé à défendre ce qu’il y a de plus précieux dans l’acte de créer: la liberté.  Les deux créateurs n’ont pas perdu la bataille des idées en raison de la supériorité de leurs adversaires.  Ils ont renoncé à se battre.  Il n’y a pas eu de bataille.  Les brutes ont gagné par défaut.

Certes, je pourrais blâmer le Festival international de jazz de Montréal (FIJM) pour sa lâcheté.  Depuis quand des pompes à fric constituent des modèles de courage et de probité?  Je pourrais condamner aussi les excités déguisés en indignés.  Mais à quoi bon?  Je n’attends rien de ces extrémistes.

Je les combats depuis plusieurs années déjà.  Je n’ai JAMAIS cédé à leurs pressions, à leur manipulation, à leurs menaces. 

JAMAIS. 

Contre eux, il faut s’armer intellectuellement.  Avoir le courage de ses idées.  Dire et redire, expliquer pourquoi il est essentiel à l’homme d’habiter le monde au-delà de ses origines.  Ce que n’a pas su faire l’équipe du malheureux spectacle malheureusement.  Dommage.  C’est pourtant si simple.

En s'inscrivant dans l’universel, l’homme s’affranchit de ses origines. Il gagne une communauté de destins. C’est-à-dire l’humanité en entier.

 

«

L'esclave de la veille n'est que trop souvent le tyran du lendemain
 Citation extraite de "Le cours de morale" (1804)

                                          
  Charles-Albert Demoustier

»

 

 

Position de Robert LEPAGE concernant SLĀV
metteur en scène
le 6 juillet 2018

 
 
 

« Je m'adresse à vous aujourd'hui par le biais de ce communiqué pour exprimer mon point de vue et expliquer la position que j'ai adoptée quant à ce qu'il faut bien convenir d'appeler l'affaire SLĀV.  

D'emblée, je tiens à préciser que Betty Bonifassi, ses choristes, l'équipe d'Ex Machina et moi-même étions conscients, depuis le début du projet, que le sujet que nous abordions était sensible et qu'il était donc de notre devoir d'agir et de créer ce spectacle de manière respectueuse, réfléchie, informée, honnête et intègre.

Ceci étant dit, il nous est apparu, à mon équipe et moi, que dans l'atmosphère survoltée que notre spectacle avait provoquée, il serait plus sage de garder le silence puisque toute déclaration de notre part n'aurait fait que jeter de l'huile sur le feu. 

Pendant que le spectacle tenait l'affiche et parlait de lui-même, nous ne sentions pas le besoin de rajouter quoi que ce soit, ce qui nous a permis d'être à l'écoute des arguments de ceux qui s'opposaient à la tenue de notre spectacle.

Mais maintenant que SLĀV est officiellement muselé, il nous faut bien trouver un autre moyen de dire.  Je préfère laisser aux détracteurs et aux défenseurs du projet le soin de débattre et définir ce qu'est l' appropriation culturelle car il s'agit là d'un problème éminemment complexe que je n'ai pas la prétention de pouvoir résoudre.

Pour moi, la chose la plus navrante que je note, dans la rue comme dans certains médias, c'est l'affligeant discours d'intolérance. 

Tout ce qui a mené à cette annulation est un coup porté à la liberté d'expression artistique et je considère que mes 40 années d'expérience dans les arts de scène m'autorisent à parler avec légitimité de cet aspect de la question.   Depuis la nuit des temps, la pratique théâtrale repose sur un principe bien simple: jouer à être quelqu'un d'autre.

Jouer à l'autre.  Se glisser dans la peau de l'autre afin d'essayer de le comprendre et, par le fait même, peut-être aussi se comprendre soi-même. 

Ce rituel millénaire exige, le temps d'une représentation, que l'on emprunte à l'autre son allure, sa voix, son accent et même à l'occasion son genre.  À partir du moment où il ne nous est plus permis de nous glisser dans la peau de l'autre, où il nous est interdit de nous reconnaître dans l'autre, le théâtre s'en trouve dénaturé, empêché d'accomplir sa fonction première, et perd sa raison d'être. 

Au fil de ma carrière il m'est souvent arrivé de consacrer des spectacles entiers à la dénonciation d'injustices subies à travers l'histoire par des groupes culturels spécifiques dont aucun des acteurs n'était issu.  Ces spectacles ont été joués partout à travers le monde, devant les publics les plus divers, sans jamais que l'on ne m'accuse d'appropriation culturelle et encore moins de racisme.  Bien au contraire. Ces réalisations ont toujours été bien accueillies et ont fait d'Ex Machina l'une des compagnies de théâtre les plus respectées au monde.

Il est bien évident que tout nouveau spectacle comporte son lot de maladresse, de ratés et de mauvais choix. Mais contrairement à plusieurs autres formes d'expressions artistiques le théâtre n'est pas un art figé.  Le théâtre est un art vivant, qui permet à une oeuvre d'être en constante évolution, en perpétuelle réécriture au contact du public et de ses réactions, et de corriger le tir au fil des représentations. 

Cette évolution n'a pas pu se produire dans le cas de SLĀV puisque le spectacle a été annulé après seulement trois représentations.  S'il n'en tenait qu'à moi, le spectacle tiendrait encore l'affiche car je revendiquerai toujours le droit, au théâtre, de parler de tout et de tous.  Sans exception. Aucune»

patate

 

Betty Bonifassi dans une scène à propos de l'esclavage moderne

 
 

 

 La patate SLĀV
par
Jean-François NADEAU

Historien et politicologue
9 juillet 2018

 
 

Lorsque la pomme de terre partit d’Amérique pour conquérir l’Europe, elle fut froidement reçue par bien des estomacs.

La patate avait, pour les fins palais, un goût difficile à apprivoiser.

C’est ainsi qu’elle servit d’abord à nourrir les animaux puis les pauvres gens, des êtres guère mieux traités que des bêtes. 

Mais la facilité avec laquelle on la cultivait fit en sorte d’infléchir les goûts. 

Même Louis XIV, le Roi-Soleil, finit par prendre l’habitude d’en consommer au petit déjeuner afin d’encourager sa cour à en manger.

En Italie, on lui trouva quelques vagues ressemblances, par la forme et le goût, avec la truffe. 

Ce qui laisse croire que les tubercules consommés ne devaient pas toujours être bien frais.

En italien, cette truffe d’un nouveau genre fut nommée, selon les régions, tartuffol, tartufola, tartofel. 

À la cour du roi de France, les courtisans, toujours empressés de se faire remarquer, se mirent à porter à leur boutonnière des fleurs de tartofels, un peu comme P. E. Trudeau portait des roses à la sienne.

Ces têtes de truffe, croyant avoir de l’élégance en se comportant comme des patates, inspirèrent à Molière son Tartuffe, le personnage hypocrite, imposteur et fourbe que l’on sait.

En 1694, faute de pouvoir compter sur le Théâtre du Nouveau Monde (TNM), le marquis de Frontenac voulut faire jouer à Québec cette pièce.

Né la même année que Molière, habitué comme lui du palais de Versailles, Frontenac était homme de beaucoup d’esprit, mais parfaitement ruiné, soutient Saint-Simon dans ses mémoires.

Sa femme l’était davantage, ce qui ne l’empêchait pas de continuer à se comporter comme une insupportable Divine.

C’est ainsi, dit encore Saint-Simon, qu’on avait pu convaincre Frontenac d’aller vivre à Québec plutôt que de mourir accroché au bras d’une Divine.

Le lieutenant Jacques de Mareuil avait annoncé l’intention de monter Tartuffe.

Il trouva sur son chemin Mgr de Saint-Valliers, décidé à interdire ce théâtre, se croyant autorisé par Dieu à dénoncer quiconque voudrait en parler à sa place.

Un mandement accusatoire est donc lu contre de Mareuil.

Le lieutenant est arrêté et séquestré avant d’être libéré puis renvoyé en France par le premier bateau.

C’est ainsi que les reins du théâtre furent cassés.

Il ne s’en releva que plus d’un siècle plus tard. Et encore, avec difficulté.

Mgr de Saint-Valliers avait gagné, et avec lui la tartufferie, cette hypocrisie de tous les temps qui permet de plaider au premier venu l’étendue de sa fausse vertu.

Ainsi en va-t-il de cette nouvelle guerre culturelle qu’on a vue se déployer autour de SLĀV.

Dans un monde où les identités sont de plus en plus métissées, comment peut-on aujourd’hui se croire les seuls dépositaires et gestionnaires des douleurs d’une portion de l’histoire universelle ?

Les salaires du plus grand nombre restent maigres. Le taux de syndicalisation baisse.

Les banques alimentaires ne fournissent plus. Les prisons débordent.

Un tiers de la population carcérale est composée de gens issus des Premières Nations.

Les écoles se trouvent dans un état pitoyable. L’environnement fout le camp.

Mais on voudrait faire croire que le scandale de l’heure, celui qu’il est urgent de dénoncer, ce sont des chanteurs qui s’efforcent de communiquer sur scène un des grands chants de la douleur humaine.

Ma grand-mère eut-elle tort de chanter le célèbre Old Man River de Paul Robeson lorsqu’elle souffrait de son quotidien ?

Johnny Clegg, un Blanc aussi, ne pouvait pas chanter sa passion d’inspiration zoulou ?

Leonard Cohen pouvait-il chanter Un Canadien errant 

Juifs, gitans, homosexuels et gauchistes doivent-ils être les seuls autorisés à parler des camps d’extermination nazis du fait qu’ils en furent les principales victimes ? 

Répondre oui, ce serait oublier que c’est l’humanité tout entière qui porte sur elle les stigmates et le déshonneur de toutes les formes de barbarie.

Au sujet de SLĀV, le chanteur Moses Sumney a écrit en anglais qu’« il n’existe aucune circonstance où il est acceptable que des Blancs interprètent des chansons d’esclaves noirs. Spécialement si ceux-ci sont habillés en pauvres travailleurs des champs ou en cueilleurs de coton », et sous la direction d’un Blanc de surcroît. 

L’histoire du monde ne se joue pourtant plus à un stade où cette idée tordue de « race » doive permettre de dresser des murs inamovibles entre les humains.

Il est certes difficile au milieu de pareils appels à la censure d’établir un bilan suffisamment nuancé pour qu’on puisse même le croire tel.

En retirant un spectacle parce qu’il déplaît à certains, on a donné beau jeu à des gens qui ont sans doute bon coeur, mais qui n’en sont pas moins d’odieux censeurs. 

Convenons tout de même que, sans aller jusqu’à justifier la censure, ils n’ont certainement pas tout faux.

En 2009, la Commission des champs de bataille, un organisme fédéral, s’était mis dans la tête de souligner à tout prix le 250e anniversaire de la défaite des plaines d’Abraham. 

Au programme, un grand spectacle en plein air, avec figurants en uniformes.

Personne du côté d’Ottawa ne semblait voir ce qu'il pouvait y avoir d’outrageant là-dedans.

Ce fut Pierre Falardeau qui porta un coup mortel à l’affaire, bientôt appuyé par des militants, des associations, des syndicats.

Rejouer les termes du malheur au nom d’une fête, en l’occurrence ici un festival de jazz, oui, cela peut susciter des douleurs.

Ce n’est tout de même pas une raison pour que nos efforts de vivre ensemble fassent soudain patate.

 

 

L’esclavage oublié : celui des Blancs par les Nord-Africains. Est-ce un oubli de la majorité des historiens états-uniens ou est-ce volontaire ?  Enlevé de leur pays pour devenir esclaves: 1 million de blancs et 800 000 noires.  Voici une bien sombre portrait de l'espèce humanoïde si vous en doutiez encore. L'ensemble de SLĀV nous le rappelle.

mono
 

Revenons aux nègres blancs d'Amérique
par Michel HÉBERT
Chroniqueur - 8 juillet 2018

 
 

Cette controverse autour de l’esclavage, qui finit enlisée dans la lâcheté des bootleggers du jazz, ne vaut pas plus qu’une saine rancune.

Oublions-la, sans culpabiliser, pour une fois.  Chérissons plutôt nos propres nègres, les nègres blancs d’Amérique qu’on a si facilement oubliés pour user notre incommensurable capital de sympathie sur la misère des autres, qui arrivent d’ailleurs en exigeant l’exclusivité du malheur...  Ayons du panache!

De toute manière, on le sait, notre propension à compatir ne nous sert pas à grand-chose et n’incite plus personne au respect, bien au contraire; les peuples ne se font pas de cadeau, dit-on. 

Alors cherchons de quoi réfléchir chez nos propres ancêtres qui furent, eux aussi, asservis, opprimés, brutalisés, donnés en pâture à des conquérants.  Abandonnés à l'hiver, évidemment.

 

 

On les voit partout dans nos campagnes; ces champs traversés de murs rocailleux fendent le cœur et rafraîchissent les souvenirs de notre histoire injustement déclassée.  Et elle n’est pas drôle du tout, cette histoire...

Autour de ces murs de roches rudimentaires, on peut voir, avec un petit effort d'imagination, sortir du sol, non pas des fleurs, du maïs ou du soya, mais des doigts écorchés au bout de mains sales, crochies, écornées.  Des mains blanches, salies mais blanches.  Au bout de bras rompus à l’essouchement de ces vallées verdoyantes qui finissent, insignifiantes, dans la mémoire de téléphones soi-disant intelligents.

Pêcheurs de la Gaspésie, bûcherons de la Côte-Nord, mineurs de l’Abitibi, agriculteurs du Kamouraska, scieurs de long du Lac-Saint-Jean, du Témiscamingue et de la Gatineau; ils ont souffert assez pour mériter que quelque chose surgisse de quelque esprit à la mode...  N’est-ce pas de notre époque que de s’épandre sur les malheureux d’hier?

Les nôtres ont bien dû chanter, eux aussi, pour oublier leur triste sort, ces galériens du fleuve et des forêts avaient un imaginaire aussi riche que ceux d’Afrique.  Sont-ils démodés parce que d'ici?

Il suffirait de cesser de gommer le passé tel un secret honteux.  Peut-être que nos élites ont peur de redécouvrir les héros du quotidien qu’on a sciemment fait sombrer dans l’oubli au nom d’un idéal politique qui s’avère aujourd’hui avilissant.  Multiculturel et de toutes les couleurs, sauf une...

Nos nègres étaient blancs, ils parlaient français, cruellement pauvres et esclaves de leur pauvreté. C’est évidemment moins risqué de s’intéresser aux esclaves d’ailleurs.  Le Conseil des arts du Canada ne s’offusquera pas d’un retour sur la cruauté et l’injustice vécues hors des frontières du mirifique pays de Trudeau, le yogi d'opérette.

Pour les artistes comme pour les fonctionnaires, les premiers n'étant plus rien sans les seconds, il est beaucoup plus téméraire politiquement de s’intéresser à ceux qu’on a appelés jadis les nègres blancs d’Amérique, les porteurs d'eau, les colonisés.  Les pea soups, les frogs.  Les moins-que-rien, les sous-culturés...

En plus d’être politiquement correct, c’est moins hasardeux de s’intéresser au Mississipi...  Surtout si l'on ne se préoccupe pas de nourrir l'illusion que le Québec est définitivement «racisé»...

 

Famille québécoise francophone esclave de deux monarchies, des seigneurs-propriétaires, de la religion catholique et des rigueurs de l'hiver

salut

 

 

Salut, l’extrême
Par Fred DOMPIERRE
Auteur montréalais - 12 juillet 2018

 
 

Je t’écris ce petit mot pour te dire que je commence à courber un peu. 

Je ploie sous ton poids. 

Tu es lourd, l’extrême. 

Tu es en train de me rendre sourd, toi le révolutionnaire. 

Tu hurles et tu vocifères. Tu pointes, tu accuses, tu juges sans jamais écouter. 

Tu es tellement à tue-tête dans tes récriminations que je n’entends plus ton discours. Tu fais trop de bruit. Ton message ne passe plus. 

Tu m’as mis les oreilles en chapeau de clown, l’extrême.

Tous les jours, tu me souffles dans les bronches avec ton haleine de Khmer rouge. 

Toi, l’éternelle victime qui déchire sa chemise en saignant du cœur. 

Toi, qui te flagelles en exigeant des excuses publiques. 

Toi, l’intimidateur qui ne cesse de m’agonir de tes anathèmes moralisateurs en me traitant de suprémaciste tout en ne voyant pas ton propre désir de suprématie et ton intolérance crasse. Toi, qui prends une société en otage avec ton terrorisme culturel.

Toi, l’extrême. 

Tu es surtout jeune et tribal et moi je suis solitaire et je vais bientôt être vieux. 

Ça n’ira pas entre nous deux. Il y a maintenant une profonde fracture. 

On ne pourra pas grandir ensemble.

Adieu, l’extrême. Je te laisse à ton délire hystérique de petit fasciste de salon. 

Je te laisse à tes rêves d’inquisition et de camps de rééducation sociale.

Tu n’auras pas mon âme.

 

 

Sources: Journal Le Devoir pour SPEQ Le Devoir inc.; - Journal de Québec pour Québecor inc. ; Communiqué de presse de Ex Machina; blogue de Djemila Benhabib.

Choix de photos, collection de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 13 juillet 2018

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  Au "J'accuse" d'Émile Zola et la soif de l'injustice de Christopher Black Il faut ajouter "J'irai cracher sur vos tombes" de Boris Vian

Racisme langagier: nouvelle cuvée de la langue de bois

   Fiche Vision du monde

Notes & Références encyclopédiques:

 
 

Notes & Références encyclopédiques:

nous avons surtout, blancs ou noirs, un devoir celui d'aborder les épisodes les plus sombres de l'histoire...

 

[Devoir de mémoire] – Plus de 400 ans de violence -Le Magazine de L'Afrique, le 5 janvier 2018

 

Retour au texte

d'entendre ces histoires-là, ça nous rassemble plus que de ne pas les entendre...

 
 

Retour au texte

Marilou Craft s'interrogeant sur l'absence de personnes noires dans la production...

 

Diversité culturelle au Théâtre. Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? Par Mario Girard. Journal La Presse, le 29 septembre 2016

 

Retour au texte

Aly Ndiaye alias Webster, historien et rappeur hip hop...

 

Aly Ndiaye alias Webster
 

- À partir du texte portrait sur Contact de l'Université Laval, le 29 juin 2018.

Historien et rappeur qui s'est sortis des ruelles malfamées de Limoilou à Québec grâce à l'appropriation culturelle qu'il fit de la culture des noirs des villes états-uniennes, le "Hip hop".   Le "rap" n'est pas l'expression de la culture de personnes de peau noire dans le monde et pas plus à Limoilou au Québec. Il est l'expression culturelle des personnes de peau noire vivant dans les villes états-uniennes. Le grand rappeur Mc Solaar le reconnaît, lui qui est un français de Paris aux ancêtres sénégalais. Il a reconnu que c'est sous l'inspiration de Grandmaster Mel Mel qu'il se lança dans sa prose combat et non à partir de la musique des personnes de peau noire françaises ou sénégalaises.                 - JosPublic

 

Retour au texte

Les personnes issues de la minorité visible (pas seulement de peau noire) sont environ 9% de toute la population du Québec..

 

Portrait des personnes membres des minorités visibles au Québec et de leur insertion économique.  Analyse par le gouvernement du Québec, en 2013, à partir des données de Statistiques Canada de 2006 - Document Faits saillants

 

Retour au texte

Est-ce un oubli de la majorité des historiens états-uniens ou est-ce volontaire ?....

 
 

L’esclavage oublié : celui des Blancs par les Nord-Africains
- Sur Riposte laïque, le 26 juillet 2010.

Robert C. Davis, l’auteur de Christian Slaves, Muslim Masters, remarque que les historiens américains ont étudié tous les aspects de l’esclavage des Africains par les Blancs mais ont largement ignoré la réduction en esclavage des Blancs par les Nord-Africains.

L’histoire de l’esclavage méditerranéen est, en fait, aussi sombre que les pires descriptions de l’esclavage américain. Le professeur Davis, qui enseigne l’histoire sociale italienne à l’Université d’État de l’Ohio, projette une lumière perçante sur ce coin fascinant mais négligé de l’histoire.

Essayant de chiffrer le nombre de victimes, le professeur Davis conclut : «Entre 1530 et 1780, il y eut presque certainement un million et peut-être bien jusqu’à un million et un quart de chrétiens européens blancs asservis par les musulmans de la côte barbaresque». Cela dépasse considérablement le chiffre généralement accepté de 800.000 Africains transportés dans les colonies d’Amérique du Nord et, plus tard, dans les États-Unis.

Pourquoi y a-t-il si peu d’intérêt pour l’esclavage en Méditerranée alors que l’érudition et la réflexion sur l’esclavage des Noirs ne finit jamais? Comme l’explique le professeur Davis, des esclaves blancs avec des maîtres non-blancs ne cadrent simplement pas avec «le récit maître de l’impérialisme européen». Les schémas de victimisation si chers aux intellectuels requièrent de la méchanceté blanche, pas des souffrances blanches.

Source : Robert C. Davis, Christian Slaves, Muslim Masters: White Slavery in the Mediterranean, the Barbary Coast, and Italy, 1500-1800, Palgrave Macmillan, 2003, 246 pages, 35 dollars US.

 

Retour au texte