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Mylène Moisan vous invite à participer à la réparation
d'une injustice flagrante de l'Assemblée nationale du Québec

Vendredi soir chez une amie, on prend un verre avant d’aller voir Daniel Lanois au Grand Théâtre de Québec.  J’adore Daniel Lanois, presque autant que Cohen.

— T’écris sur quoi demain?

Yves Michaud

— Qui?

— Yves Michaud

— Le Robin des banques?

 

Texte par Mylène MOISAN
Éditorialiste au journal Le Soleil (région de Québec, QC)

 
 

Exact.  Ce Yves-là, celui qui a fondé en 1995 ce qui deviendra le MÉDAC, Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires, qui existe encore aujourd’hui.  Qui continue à se battre pour les petits épargnants.

Yves Michaud a aussi, au début des années 70, été haut-commissaire à la Coopération au ministère des Affaires intergouvernementales du Québec, puis, de 1979 à 1984, délégué du Québec en France.

Il a été député libéral de 1966 à 1969, est devenu souverainiste après.

Il y a aussi cette «affaire» qui porte son nom depuis presque 17 ans.  Une histoire qui a commencé pendant une entrevue à la radio montréalaise CKAC le 5 décembre 2000, quand Michaud a raconté à Paul Arcand sur la radio 98.5 à Montréal une discussion qu’il avait eue avec le sénateur Léo Kolber, celui-là même qui vient d’être éclaboussé par les Paradise Papers.

 

 

«Je suis allé chez mon coiffeur, il y a à peu près un mois. Il y avait un sénateur libéral [...], il me demande : “Es-tu toujours séparatiste, Yves?” J’ai dit : “Oui, oui, je suis séparatiste comme tu es juif.  Ça a pris à ton peuple 2000 ans pour avoir sa patrie en Israël.”  Et j’ai ajouté : “Moi, que ça prenne 10 ans, 50 ans, 100 ans de plus, ça peut attendre.  ” Alors, il me dit : “Ce n’est pas pareil.”  Ce n’est jamais pareil, pour eux.  Alors, j’ai dit : “Ce n’est pas pareil?  Les Arméniens n’ont pas souffert, les Palestiniens ne souffrent pas, les Rwandais ne souffrent pas. ” Je lui ai dit : “C’est toujours vous autres. Vous êtes le seul peuple au monde qui a souffert dans l’histoire de l’humanité.”»

C’est venu aux oreilles de Lucien Bouchard, alors premier ministre, qui avait déjà une dent contre Michaud.

Il ne le voulait pas comme candidat du Parti québécois (PQ) dans la circonscription de Mercier.

Une semaine plus tard, Yves Michaud prononçait une allocution devant les États généraux de la langue française.  Il a dit ceci :

«

Mes propres concitoyens devraient suivre l’exemple de ce que le chanoine Groulx disait à propos du peuple juif.  Le chanoine Groulx disait et nous invitait, et je le cite : “à posséder, comme les Juifs, leur âpre volonté de survivance, leur invincible esprit de solidarité, leur impérissable armature morale”.  Et l’historien donnait alors l’exemple du peuple juif comme modèle à suivre pour que les Québécois affirment leur propre identité nationale et assument, et assument pleinement, l’héritage de leur histoire, ajoutant que l’antisémitisme était «une attitude antichrétienne et que les chrétiens sont, en un sens, spirituellement des Sémites”.
                                                                                                     
- Yves Michaud
                                          Extrait d'allocution lors des États généraux de la langue française en 2000

»

On est loin de l’appel à la haine.

Et pourtant. 

Le lendemain, cette motion a été soumise aux députés.  «Que l’Assemblée nationale dénonce sans nuance, de façon claire et unanime, les propos inacceptables à l’égard des communautés ethniques, et en particulier, à l’égard de la communauté juive tenus par Yves Michaud à l’occasion des audiences des États généraux sur le français le 13 décembre 2000.»

On n’a pas donné aux députés le verbatim des propos dont il était question, ni à Yves Michaud la possibilité de s’expliquer.

Lucien Bouchard a gagné par K.-O.

Dix ans plus tard, Paul Bégin a écrit une lettre d’excuses à Michaud, signée par 19 autres députés.  Depuis, plus d’une cinquantaine de péquistes ont exprimé des regrets, dont Pauline Marois, Bernard Landry et Jean-Pierre Charbonneau, qui était à l’époque président de l’Assemblée nationale.

Ça ne suffit pas.

L’erreur a été commise par l’Assemblée nationale, elle doit être corrigée par l’Assemblée nationale. 

Une pétition est en ligne sur le site de l’Assemblée nationale pour demander au gouvernement de «référer le dossier d’Yves Michaud, pour étude, à la commission parlementaire des institutions ou à toute autre commission que l’Assemblée nationale jugera pertinente.»   (Lien pour avoir accès à la pétition)

Voilà une autre belle occasion pour l’actuel président, Jacques Chagnon, de s’élever au-dessus de la mêlée.

Il en a fait une belle démonstration fin octobre 2017, quand il s’est porté à la défense de Guy Ouellette, en dénonçant le précédent créé par l’UPAC par l’arrestation du député Guy Ouellette.

Yves Michaud a été condamné sans procès.

Jacques Chagnon, dans un discours que plusieurs (sauf Pierre Moreau) ont qualifié d’historique, a déploré le doute semé par les policiers en arrêtant le député sans l’accuser.  «Que des accusations soient portées ou que des excuses publiques soient faites. Qu’on accuse ou qu’on s’excuse.»

Michaud a été faussement accusé.

Qu’on s’excuse maintenant.

    Lien pour avoir accès à la pétition

Source: Journal Le Soleil pour Capitales Médias pour Martin Cochon

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 13 novembre 2017

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  L'affaire Yves Michaud

  Un vent de folie sur l’Assemblée Nationale du Québec
par Richard Le Hir

Par Richard Le Hir

  Cela me rappelle ceci...

  Notes d'intervention de Yves Michaud
     à la Commission des États généraux sur la langue française en 2000

 
 
 

Notes d'intervention de Yves Michaud
à la Commission des États généraux sur la langue française en 2000

« … il y a ici tous les éléments d’un grand peuple. 

Il y donc fort à parier qu’il finira par devenir un peuple entièrement français. Mais ce ne sera jamais un peuple nombreux. 

Tout deviendra anglais autour de lui. 

Ce sera une goutte d’eau dans l’océan. »

-   Alexis de Tocqueville

« En définitive, la politique, c’est un rapport de forces.

Les sentiments généreux ne jouent pas beaucoup là-dedans.

Déjà, on peut sentir dans l’attitude de nos concitoyens du reste du pays que le Québec n’est pas aussi menaçant qu’il y a une vingtaine d’années, parce qu’il y a une espèce de déclin qui est inscrit dans son évolution, année après année, et qu’en laissant le temps faire, on finira peut-être pas passer au travers. »

- Claude Ryan

Il y a 31 ans, en novembre 1969, on m’a rebattu les oreilles tant et plus en sur les vertus de l’incitation, de l’attentisme, de la gentillesse, de l’apaisement, de la persuasion, et autre procrastination de même farine, alors que je fus le premier député à démissionner de son parti pour combattre l’infâme loi 63.  La ritournelle recommence.

Ce genre de discours, inspiré de la vulgate coloniale, fédéraliste et assimilatrice nous reproche presque d’exister et nous culpabilise d’être ce que nous sommes.  Il nous invite infailliblement à remettre à des lendemains incertains et toujours de plus en plus lointains des mesures d’urgence qui doivent être prises aujourd’hui.  Les assimilateurs se réjouissent de nous voir tomber dans le piège de la mollesse et de l’indifférence.  Pour eux l’avenir dure longtemps.  Ils espèrent nous avoir à l’usure.  L’histoire bégaie.

Aux craintifs et timorés qui nous repassent le vieux film de l’incitation et rembobinent la cassette usée de la «bonne entente », aux incurables indécis qui entonnent les éternels refrains d’une mendiante et plaintive tolérance à sens unique, il faut rappeler que la minorité anglo-québécoise représentant 8% de la population assimile encore aujourd’hui plus de la moitié des immigrants.

Je suis inquiet, pour ne pas dire angoissé sur l’avenir de notre langue, devant la laborieuse et presque inefficace intégration de la majorité des immigrants au Québec, d’où mes montées infructueuses aux barricades du Parti québécois pour revenir à la loi 101 affaiblie, effilochée, anémiée, « clochardisée» par des jugements de la Cour Suprême du Canada et peut-être aussi , ce qui est plus désolant, par une absence de notre propre volonté collective de préserver et de faire fructifier l’héritage de René Lévesque et de Camille Laurin.

Revenir à l’esprit de la loi 101, oui!, sans peur et indifférent aux reproches des groupes, personnes, coteries, coalitions, partis fédéralisants, qui feront tout pour que nous ne soyons pas maîtres chez nous.

Notre situation de minoritaire, voisin de la plus grande puissance assimilatrice du monde, commande courage, volonté et fermeté.

« Entre le fort et le faible ,écrivait Lacordaire, c’est la liberté ( de choix) qui opprime et c’est la loi qui affranchit. » 

Je ne suis pas peu fier lorsqu’il s’agit de préserver l’essentiel de ce qui fait notre nation de me ranger dans le camp de ce que les chroniqueurs de la politique qualifient de «purs et durs », par opposition aux « impurs et mous », velléitaires, frileux et pusillanimes, la plupart vivant en serre chaude dans des milieux relativement protégés contre l’envahissement de l’anglais, et ne mesurant pas dans la vie concrète des Montréalais de langue française la déchéance de leur langue.

Un peuple n’a pas le droit de se faire hara-kiri.  L’action doit être ferme, prompte et vigilante.  Pour jouir d’une tranquillité illusoire , pour ne pas ouvrir la «canne à vers » des débats sur la langue, comme ils disent, les « apaisants » nous préparent un «Munich linguistique ».

Pour avoir la paix ils sacrifient l’honneur ; ils subiront à la fois et la défaite et le déshonneur. 

L’un d’eux déclarait récemment à Chicoutimi, du même souffle, que les Néo-Québécois sont la clef du développement du français mais qu’avant de prendre des mesures radicales « il faut encore donner une chance à l’espoir d’équilibre linguistique pour quelque temps (sic), quitte à faire de nouveau le point dans quelques années…»

Pour « donner une chance à l’espoir d’équilibre », le constat est donc avéré qu’il y a déséquilibre. En somme le cancer progresse, entre parfois en rémission, mais l’on interviendra dans «quelques années» alors qu’il sera dans sa phase terminale.

Réjouissante perspective !

Les attentistes sont les complices inconscients du coup de frein à l’intégration des immigrants.  Certes, certains Néo-Québécois dont le nombre est insuffisant hélas, ont opté pour le Québec d’abord ! et enrichissent de manière brillante et exemplaire la patrie qu’ils ont adoptée.  Au titre de leur contribution au patrimoine commun ils y mettent parfois, voire souvent, plus de ferveur et de générosité que beaucoup de nos concitoyens dits de «souche» mais de souche déracinée, indifférents ou étrangers au devenir de leur propre patrie.  De ce type d’immigrants je souhaiterais qu’il en vint à la tonne.

De la sorte, nous n’aurions pas à dresser le constat déplorable que 57% des jeunes immigrants québécois, malgré l’enseignement qu’ils ont reçu en français à l’élémentaire et au secondaire, s’inscrivent aux université de langue anglaise après avoir exercé leur «libre choix » de fréquenter un cégep de langue anglaise.

Voilà qui est proprement aberrant.  Au reste, en vertu de quelle perversion des mots, de quelle dérive pédagogique, de quelle douteuse modernité assimilatrice, nos collèges d’enseignement général et professionnel ne font-ils plus partie du réseau secondaire de notre système national d’enseignement ?

Il faut savoir raison garder et reconnaître que la première et urgente mesure à prendre, la langue de l’enseignement étant le principal facteur d’intégration des Néo-Québécois, est de modifier la Charte de la langue française pour que l’enseignement du français soit obligatoire jusqu’aux cégeps inclusivement.(Ann.1)

C’est là qu’il faut commencer d’abord et avant tout.  Une société incapable d’assimiler ses immigrants est vouée à plus ou moins long terme à une lente et progressive disparition.  Trouvez-moi un seul exemple d’un pays au monde qui accorde à ses immigrants un autre choix que le système public d’enseignement qu’il s’est donné ?  En vertu de la théorie fumeuse du «libre choix », le Québec accorderait à tous les habitants de la planète, virtuels candidats à l’immigration, le droit de choisir la langue d’enseignement de leurs enfants ?

Bougre ! ils choisiraient l’anglais et en deux ou trois générations et le Québec français passerait l’arme à gauche.  Lord Durham se retournerait d’aise dans sa tombe et ses descendants feraient chanter des Te Deum au parlement Outaouais et l’hymne à la joie couvrirait le Canada tout entier d’une « mare » à l’autre !

Être ou ne pas être.  Assimiler ou être assimilés, voilà la question.  La souveraineté du Québec est impensable sans le soutien, l’apport et la volonté d’un nombre substantiel de Néo-Québécois qui feront route avec nous et contribueront à l’édification d’une société de justice sociale et de liberté.

C’est sur des communautés humaines comme la nôtre, incrustées dans une même histoire et une volonté de vivre un même destin collectif, enrichies de l’apport précieux de nouveaux citoyens, de toutes races, confession, couleur, que se créent les nations, lieu privilégié et irremplaçable d’une solidarité d’hommes et de femmes qui partagent un certain nombre de valeurs, parlent une langue commune et participent à la culture d’un ensemble collectif.  Des immigrants, oui ! nous en voulons !  En repoussant à l’extrême, s’il le faut, notre capacité d’accueil.

Des immigrants qui seront non seulement des ayants droit mais aussi des ayants devoir à l’égard de l’une des sociétés les plus généreuses du monde qui les reçoit à bras et portefeuilles ouverts.  Des ayants devoir, c’est-à-dire comprenant et parlant notre langue, ouverts à notre culture, à notre façon de travailler, d’entreprendre, d’interpréter le monde en français et de nous accompagner sur le chemin qui mène à la maîtrise de tous les outils de notre développement. ( Annexe 2. Tableau vote ethnique)

Cela est vrai pour l’intégration des immigrants.  Cela est vrai également pour la préservation du caractère français de la métropole du Québec.  Si le Montréal français venait à mourir, le Québec tout entier entrerait alors dans un processus inexorable de « louisianisation »

Si nous perdons pied à Montréal, ce sera le début de la descente aux enfers du bilinguisme institutionnel, tant il est vrai que la bilinguisation sur le continent américain équivaut à tous fins utiles à parler anglais. Dans un rapport inégal de forces, la langue minoritaire cède toujours le pas à la langue dominante. L’exemple est criant de villes bilingues de l’ouest de Montréal dans lesquelles les Québécois de langue française ont toute la peine du monde à se faire servir dans leur langue.

Au congrès plénier de 1996 du Parti québécois, de hautes autorités de cette formation politique à laquelle j’adhère, et non des moindres, ont déclaré qu’elles ne pourraient plus se regarder dans le miroir si le Gouvernement rappelait la loi 86, (stupide sous certains aspects) dont l’abolition avait été réclamée à cor et à cri par l’opposition péquiste de l’Assemblée nationale.   René Lévesque, disaient-elles, aurait été dans le camp des non abolitionnistes.  Cela n’est pas juste et contraire à l’affirmation sans ambiguïté du fondateur du Parti québécois concernant l’affichage public au Québec* :

«Il est important que le visage du Québec soit d’abord français, écrivait René Lévesque, ne serait-ce que pour ne pas ressusciter aux yeux des nouveaux venus l’ambiguïté qui prévalait autrefois quant au caractère de notre société, ambiguïté qui nous a valu des crises déchirantes.  À sa manière, en effet, chaque affiche bilingue dit à l’immigrant ": Il y a deux langues ici, l’anglais et le français : on choisit celle qu’on veut. »   Elle dit à l’anglophone : «Pas besoin d’apprendre le français, tout est traduit. Ce n’est pas là le message que nous voulons faire passer.  Il nous apparaît vital que tous prennent conscience du caractère français de notre société.  Or, en dehors de l’affichage, ce caractère n’est pas toujours évident».

*Lettre de René Lévesque du 5 novembre 1982 à Eric Maldoff, président d’Alliance-Québec.  Politique linguistique du Québec par Michel Plourde. Page 61).  Le français au Québec, 400 d’histoire de vie. Page 296.  Conseil de la langue française. Les Publications du Québec.

Conclusion

Chapitre V1 – L’avenir du français et de la culture québécoise. Le Québec, un nouveau pays pour un nouveau siècle. Parti Québécois. (Page 4)

« Le Québec devra compter au cours des prochaines décennies sur l’arrivée de dizaine de milliers d’immigrants chaque année et leur intégration à la majorité francophone afin de permettre à sa population de croître de manière équilibrée. La présence d’une masse critique de francophones dans la région montréalaise, là où s’installent près de 90% des immigrants, est particulièrement importante pour l’intégration de ces derniers en français dans la société québécoise. »

Définition de Intégration: Opération par laquelle un individu ou un groupe s’incorpore à une collectivité, à un milieu. Intégration politique, sociale, raciale (s’oppose à ségrégation) . Hom : assimilation. – Dictionnaire Le Grand Robert - Retour au texte

Montréal, le 13 décembre 2000

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