Retour à :  Plan du site - MétéoPolitique - Société - Vision du monde - Analyses & Opinions - Gaétan Breton

PAROLES, PAROLES, PAROLES  (Dalida)
"
l'homo fabulator"  -  "l'humain fabulateur"

Un texte de Gaétan BRETON

Pour moi, ‘homo fabulator’ est le titre d’un livre de Jean Molino et Raphael Lafhail-Molino portant en sous-titre : théorie et analyse du récit.

Dans mes travaux en administration et en comptabilité, j’en suis à écrire que les institutions sociales, groupe dont l’entreprise fait partie, n’ont pas de réalité tangible.

D’ailleurs on les appelle des personnes morales.

On peut voir l’usine de GM, le siège social de GM, le président de GM, mais GM qui possède des droits et des pouvoirs, n’a d’existence tangible qu’à travers les histoires que nous nous racontons et qui mènent à un consensus social sur ces existences.

Prenons un exemple : la comptabilité. On parle de mesurer le profit. 

Cependant, je nous vois mal sortir avec notre gallon pour mesurer le profit. Le profit n’existe qu’à travers la mesure qui en est faite.

Donc, parler de mesurer le profit est abusif et croire que ce qu’on a mesuré a un répondant dans la réalité extérieure objective (qui n’existe pas) est totalement abusif. Le problème est qu’on s’abuse soi-même.

Toutes nos institutions sociales sont faites d’un matériau qui s’appelle le discours. Ce discours flotte au-dessus (mettons) de la ‘réalité’. C’est du moins la vision de Baudrillard.  Il appelle ce phénomène l’hyper-réalité.  C’est sûr que Baudrillard finit par se référer à la réalité. 

Dans cet ordre de pensée, par exemple, les cotes de la bourse sont censées refléter la valeur actuelle des profits futurs de l’entreprise. Mais, elles se mettent à suivre toute une série de mouvements d’humeur qui n’ont rien à voir avec ce qui se passe dans l’entreprise.  La représentation (la cote) se détache du référent (la capacité de l’entreprise à produire de la valeur), et se met à flotter librement dans l’espace discursif-narratif qui nous enveloppe et détermine la forme de ce que nous prétendons être le monde sous nos pas.

Le problème est que la représentation remplace le référent qui disparaît peu à peu.  La preuve c’est que cette représentation, qui ne représente en définitive qu’elle-même, est devenue la seule référence qu’on nous donne tous les jours aux nouvelles comme étant l’état de l’économie. 

Ce concept s’apparente à ce que Boje appelle le ‘grand narrative’ qui est une autre façon de nommer l’idéologie dominante.  En fait (est-ce que les faits existent?) il y aurait une grande structure qui serait le récit englobant et dominant à un moment donné dans l’histoire, comme une version renouvelée du mythe de fondation.  Il y aurait aussi toute une panoplie, pour ne pas dire une pléthore de sous-histoires qui structurent notre interprétation du monde et qui déterminent comment nous le construisons.  En administration et en comptabilité, nous trouvons une grande réticence à discuter de la manipulation et du mensonge.  Mais le mensonge est partout et comme disait Philinte à Alceste, et heureusement qu’il en est ainsi.

 

Il est bien des endroits où la pleine franchise

Deviendroit ridicule et seroit peu permise

Et parfois, n’en déplaise à votre austère honneur,

Il est bon de cacher ce qu’on a dans le cœur.

Seroit-il à propos et de la bienséance

De dire à mille gens tout ce que d’eux on pense?

Et quand on a quelqu’un qu’on hait ou qui déplaît,

Lui doit-on déclarer la chose comme elle est?

                                                          extrait du Misanthrope de Molière

 

C’est ce que Goffman appelle : la mise en scène de la vie quotidienne. Nous nous arrangeons du mieux que nous le pouvons avant de sortir, nous mettons les vêtements que nous croyons nous avantager le plus, etc. Les femmes se maquillent et parfois aussi les hommes (qui se teignent de plus en plus les cheveux). Est-ce mentir au sens ‘méchant’ du terme? Quand je vois à la télévision des parents qui mentent effrontément à leurs enfants en leur disant qu’il ne faut pas mentir et qu’eux ne le font pas, j’hésite entre le rire et le désespoir.

Arrêtons ça ici pour l’instant. Pour continuer dans Molière.

 

Brisons, Monsieur, un pareil entretien

Il pousserait trop loin votre esprit et le mien

Et j’aurais déjà pris ce congé qu’il faut prendre

Si mon ordi encore ne m’obligeait d’attendre

 

Notes & Références encyclopédiques:

Référence du titre du texte...

 

Paroles, Paroles, Paroles, version très populaire au Québec chantée par Dalida
Un texte de Matteo CHIOSSO, Del re GIANCARLO et une Musique de Giovanni FERRIO, en 1972

 
 

Retour au texte

Pour moi, "homo fabulator" est le titre d'un livre...
 

Raphaël Lafhail-Molino, Homo fabulator. Théorie et analyse du récit (Montréal/Arles, Leméac/Actes Sud, 2003).

 
 

Retour au texte

C'est ce que Goffman appelle: la mise en scène...
 

 

Retour au texte

omme fabulateur - fabrication d'une fausse réalité - vivre dans l'apparence, fabulation, vie quotidienne, mise en scène

Source:  Gaétan BRETON

Choix de photos, collection de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 20 novembre 2019

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  Sauvez les pauvres,
aidez l'entreprise

  La dette: un épouvantail à citoyen!

 Tokyo:
Encore des préjugés de partis

Retour à : Plan du site - MétéoPolitique - Société - Vision du monde - Analyses - Gaétan Breton - Haut de page