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Accepter d'être irresponsable pour consentir à sa propre responsabilité

Les voix officielles ne manquent pas pour nous exhorter à agir de manière responsable.  Des efforts acharnés sont déployés pour nous faire sentir responsables des représentants gouvernementaux que nous sommes censés élire (en répondant à une question à choix multiples que nous n’avons pas le droit de poser).

L’irresponsabilité financière – le surendettement à titre personnel – est vilipendée, tandis que la dette du gouvernement se prolonge vers les étoiles sans penser à un quelconque remboursement.  L’éducation responsable des enfants est considérée comme une grande vertu qui nous oblige à adhérer à des normes de sécurité exagérées qui nous amènent, génération après génération, à élever des idiots congénitaux exagérément dorlotés.

 

 

 
 
 
 

Éviter de réfléchir pour soi tout en confortant les oligarques

 
 

      Les autorités nous poussent à dénoncer les diverses infractions mineures de nos voisins – c’est-à-dire, espionner pour le compte du gouvernement – en ignorant le fait que la surabondance de lois fait en sorte que chaque personne commet en moyenne trois crimes par jour.

Même les compagnies d’assurance se lancent dans ce jeu moralisateur, nous conditionnant à penser qu’agir de façon responsable réduira les primes d’assurance de nos contrats obligatoires ou non – mais ne dites à personne que si votre risque est suffisamment faible, il vaut mieux vous assurer en utilisant vos propres économies plutôt que de les gaspiller pour gonfler les profits des compagnies d’assurance. 

Bref, être responsable, c’est ne pas trop penser, car à y regarder de près, « la responsabilité » se réduit à « faire ce qu’on dit et ne pas poser de questions »

Ce qui est remarquable dans tous ces appels à la responsabilité, c’est que, dans l’ensemble, ils sont l’œuvre de personnes qui, elles-mêmes, vont de joyeusement peu clairvoyantes à parangons de l’irresponsabilité, toutes beaucoup plus soucieuses de renforcer leur propre pouvoir et autorité que de poursuivre une quelconque notion du bien commun.

Que se passerait-il si l’on pouvait soutenir que ces tentatives de moralisation publique sont strictement manipulatrices et qu’elles visent à nous conduire dans un cul-de-sac où nous pouvons facilement nous faire massacrer ou escroquer ? 

Et si oui, qu’est-ce qui constituerait une réponse responsable à une manipulation aussi hypocrite, cynique et égoïste ?

Avant de passer à l’analyse de chacun de ces cas, il faut dire que les sentiments de responsabilité, ainsi que leurs expressions, sont fondamentaux, naturels et instinctifs.  Ils ne sont même pas spécifiques à l’homme mais sont exposés par toutes sortes d’autres animaux sociaux et semi-sociaux. 

Il est naturel pour nous de nous sentir responsables de ceux qui nous sont les plus proches – notre famille et nos proches, nos voisins immédiats, notre tribu.  La coutume de l’hospitalité peut nous faire nous sentir responsables des invités, qu’ils soient les bienvenus ou non.  L’empathie – qui peut être entièrement volontaire et au cas par cas – peut nous obliger à assumer la responsabilité de parfaits étrangers.

D’un autre côté, il est profondément contre-nature pour nous de ressentir un sentiment de responsabilité (si ce mot doit avoir un sens) envers l’entité fictive et statistique de « l’humanité dans son ensemble »  (y compris les cannibales, les violeurs d’enfants, ceux qui n’ont pas un QI mesurable et les oligarques financiers psychopathes).

Les tentatives d’imprégner cette entité d’un sens artificiel de réalité puent le mensonge selon Alfred North Whitehead, qui a analysé le caractère mal placé de la réification, et tout appel à cette entité en utilisant le pronom pluriel à la première personne – « Nous devons… » – est un signe certain de charlatanisme.

L’idée que le concept d’« humanité dans son ensemble » est faux, est un grand affront au libéralisme moderne, tout comme le libéralisme moderne dégoûterait sans doute grandement les Victoriens qui ont adopté le concept du « fardeau de l’homme blanc » de Rudyard Kipling et ont pensé qu’« exterminer toutes les brutes » était une idée magnifique. 

Une pensée attribuée à Friedrich Engels (je n’ai pas pu traquer la citation exacte) est que les idées révolutionnaires naissent comme hérésies et meurent comme dogmes. 

Le libéralisme occidental meurt maintenant qu’il est devenu un dogme, tout comme avant lui le communisme soviétique.

Le communisme peut encore renaître sous forme d’hérésie, parce que sa souche soviétique peut être rejetée comme un cas dégénéré et parce que, comme le capitalisme est en échec pour de plus en plus de gens, le marxisme continue à offrir sa critique la plus puissante et convaincante.

L’exemple négatif de la chute du communisme soviétique met les libéraux occidentaux en transe ; alors que le dogme communiste soviétique s’est effacé avec à peine un gémissement, le dogme libéral occidental se bat avec acharnement. 

C’est parce que les gardiens de la flamme du libéralisme occidental – au gouvernement, dans les universités et ailleurs – ont vu ce qui est arrivé à leurs homologues soviétiques (ils ont été licenciés sans pension et ont fini par s’enkyster dans les poubelles de leurs voisins mieux nantis et aux idées idéologiquement incorrectes). 

Cela les motive dans leur lutte pour prolonger le plus longtemps possible le règne libéral.

 

La fausse notion d’« humanité dans son ensemble » est un élément clé du dogme libéral parce qu’elle sous-tend tous les autres :
 

- libre circulation des personnes, des biens et des capitaux (pas de frontières nationales) ;

- subordination des organes politiques nationaux à des autorités transnationales non élues (pas de relations bilatérales) ;

- dissolution de la souveraineté nationale (tous les gouvernements soumis à un diktat transnational indiscutable)
.

 

Ce sont les éléments de base; puis il y a les détails, comme le remplacement du sexe biologique par le sexe culturel dans un effort de réingénierie de la nature humaine.

Le résultat final visé est que l’humanité tout entière, quelle qu’en soit la définition, finisse entassée sur un tapis roulant industriel.  Les nations appauvries du Sud doivent fournir un flux de matières premières humaines de qualité arbitraire qui doit s’écouler vers le Nord et remplacer les populations indigènes qui disparaissent en raison de l’effondrement démographique (les humains ne se reproduisent pas bien en captivité).

Ce matériel humain doit ensuite être transformé en Homo Genericus – sans connaissance de l’histoire ou de la culture autochtone, sans aucun sens de leur identité au-delà d’une « identité de genre » artificielle et d’une hypersensibilité à la couleur de la peau, et tous sont dépendants d’Internet, obéissants, déprimés et sous traitement médical adapté.

Puisque « l’humanité comme un tout » est un faux concept qui ne peut pas être, elle doit être forcée d’exister.  Cet état de fait serait très propice à la conversion de la plupart des ressources naturelles restantes en richesse numérique abstraite thésaurisée par un petit groupe d’oligarques transnationaux.

Notons que le concept de tout pouvoir concentré dans une minuscule clique d’oligarques transnationaux technocratiques, avec leurs enceintes grillagées, leurs bunkers de survie en Nouvelle-Zélande et leurs jets Gulfstream prêts à les transporter en un instant, est précisément orthogonal au concept d’« humanité dans son ensemble ».

Une telle contradiction interne flagrante est un signe indubitable d’un dogme moribond, tout comme le concept de « nomenklatura » – l’élite communiste largement héréditaire de la fin de la période soviétique – était orthogonal au concept d’un État « prolétarien »

L’expérience soviétique a été compromise dès que les animaux de la ferme d’Orwell ont réalisé que certains d’entre eux étaient « plus égaux » que les autres animaux.

 

Note de l'auteur 

Pour ouvrir une parenthèse, la quasi-totalité d'entre eux se débrouillaient très bien à l'époque, avec des logements gratuits, l'éducation et la médecine, de longues vacances dans des stations publiques, une sécurité militaire à toute épreuve et des réalisations impressionnantes dans les sports, la culture et la science.

Mais pourquoi fallait-il détruire tout le système et jeter toute la population dans le dénuement et le désespoir, alors qu'il ne s'agissait que d'abattre quelques cochons orwelliens ?  Les gens se grattent encore la tête sur cette question.

Un autre signe indubitable de l’effondrement naissant du dogme libéral occidental est que le poids écrasant de la mondialisation stagne depuis un moment et est même maintenant en recul, plus de la moitié du monde s’y opposant implacablement, ayant réalisé qu’il est en contradiction avec leurs traditions nationales, leurs intérêts nationaux, leur réalité biologique et leur bon sens.

La Russie a été complètement perdue pour les libéraux.

Là-bas, le libéralisme est devenu le domaine exclusif d’une petite clique pro-occidentale de clowns tristes et sinistres qui en sont réduits à cracher une haine irrationnelle et bouillonnante sur tout ce qui est russe.    Ils sont maintenus à flot par les subventions occidentales et par l’avidité des Russes pour le macabre.   Même les autres nations d’Europe de l’Est, autrefois considérées comme des territoires conquis, réclament leur souveraineté.

À savoir, George Soros, manipulateur impitoyable de la monnaie et extraordinaire oligarque transnational, a été interdit de séjour dans sa Hongrie natale.  L’Ukraine représente le cas le plus spécial de tous, illustrant le fait que le libéralisme et le fascisme sont entièrement compatibles, voire complémentaires, avec les dirigeants ukrainiens qui idolâtrent les gens qui idolâtrent Hitler tout en idolâtrant l’Occident libéral contemporain.  

De l’autre côté de l’océan, les masses désenchantées mais patriotiques se sont trouvé un champion en la personne improbable de Donald Trump, qui est occupé à détruire l’ordre mondial transnational par tous les moyens à sa disposition (tarifs, sanctions, insultes et scandales) provoquant des cris d’angoisse de la « nomenklatura » américaine condamnée (a.k.a. l’« État profond »).

Étant donnée cette situation, quelles sont exactement vos responsabilités personnelles face à tout cela ? Les préliminaires étant maintenant terminés, abordons la deuxième partie de cette réflexion.

 

 
 

Qu'est ce que l'irresponsabilité et qu'est-ce que la responsabilité

 
 

Notre tâche consiste à définir les aspects louables de l’irresponsabilité, et pour ce faire, nous devons d’abord définir l’irresponsabilité elle-même.  Et là, nous découvrons immédiatement plusieurs possibilités.  Il y a l’irresponsabilité par action, être irresponsable en commettant des actes irresponsables. 

Il y a aussi l’irresponsabilité par omission, être irresponsable en n’agissant pas de manière responsable.  Et ne négligeons pas de mentionner l’irresponsabilité volontaire, qui consiste à refuser d’accepter ou de reconnaître ses responsabilités.  Enfin, il y a la méta-irresponsabilité, qui consiste à considérer la question de la responsabilité d’une manière irresponsable, comme dans : « Votre discussion sur la responsabilité devient fatigante ! »

Mais un tel recueil d’irresponsabilité ne semble guère éclairer la question de savoir ce qui est digne d’éloges à ce sujet.  Faisons donc un peu marche arrière.  Tout d’abord, définissons la responsabilité.  Ensuite, nous exposerons ses nombreux aspects déplorables, détestables, répréhensibles.  Et puis, enfin, par une simple négation, nous arriverons à l’irresponsabilité et à ses aspects louables et dignes d’éloges.  Allons-y, jetons-nous à l’eau !

 

 

Pour commencer, la responsabilité n’est pas un trait humain unique, et certains des sentiments de responsabilité les plus puissants, et leurs expressions, sont basés sur l’instinct.  Observez une chatte de gouttière évacuer ses chatons d’une étable en feu, ou le hérisson mâle surmonter son aversion naturelle pour toutes les choses vivantes autres que les choses savoureuses, en particulier les autres hérissons, afin de s’accoupler.

Dans les espèces plus sociales, y compris la nôtre, ce sens inné de la responsabilité envers nos jeunes va au-delà de notre propre progéniture et englobe celle de notre famille, notre bande, notre tribu et notre espèce.

Quels monstres serions-nous si nous n’étions pas poussés à la compassion par la vue d’un enfant sans défense laissé dans un panier au bord d’une autoroute ?  Mais il n’est pas nécessaire de moraliser, car c’est ce que fait la nature pour nous, triant toutes les espèces et variétés d’animaux en deux tas : ceux responsables envers leurs petits, et ceux en voie d’extinction.

Il est clair qu’agir de façon responsable envers nos propres jeunes et, par extension, envers ceux des autres, est une bonne et louable sorte de responsabilité, à laquelle la nature et l’homme doivent donner leur approbation.

Mais pour être si responsable, il faut d’abord produire des jeunes envers qui agir de façon responsable.  Notre responsabilité s’étend-elle alors à la procréation ?   La nature dit « oui » : considérez, encore une fois, le hérisson mâle héroïque, dépassant sa haine naturelle pour tous les êtres non comestibles et bravant le danger d’aiguilles tranchantes pour y risquer son bas-ventre afin de générer quelques bébés hérissons.

Mais nous entendons souvent de nos concitoyens des cris larmoyants : comment il serait irresponsable de faire naitre un enfant dans un monde aussi horrible et misérable, plein d’armes nucléaires prêtes à être lancées, de systèmes financiers instables prêts à imploser, de ressources naturelles épuisées, de dégâts environnementaux, de réchauffement planétaire, de bla-bla-bla.

Et, bien sûr, il y a cette surpopulation ! Peu importe le fait que beaucoup de pays sont plutôt surpeuplés de personnes âgées et sous-peuplés de jeunes. 

La surpopulation chez les personnes âgées est toujours un problème temporaire, parce que peu importe leur nombre, et peu importe l’héroïsme des efforts pour prolonger leur vie.

 
Les personnes âgées ne vivent pas éternellement et, ne se reproduisent pas
 

Sans compter que les pays qui sont actuellement surpeuplés de jeunes (en Afrique subsaharienne et ailleurs) ont une longue histoire de prise en charge de ce problème par les moyens habituels : guerre civile, famine et maladie.   Encore une fois, c’est quelque chose dont la nature s’occupe pour nous, et il n’y a donc pas besoin de s’en faire.

  Le taux de survie des bébés hérissons fluctue avec la disponibilité de larves, d’insectes et de bébés grenouilles, dont les hérissons adultes ne sont nullement responsables.

Est-il donc irresponsable de la part des hérissons de produire une progéniture qui pourrait alors mourir de faim ?  Oui, et c’est louable !  Il n’y a aucune garantie de succès dans ce monde, mais il y a certainement des garanties d’échec, et c’est un échec que de créer la certitude de la fin de votre histoire parce que vous ne passerez pas à la génération suivante.  Et ce serait encore plus irresponsable de votre part que de faire naître des enfants dans un monde cruel.

Parce que si les origines de la responsabilité se trouvent dans notre nature instinctive et englobent ceux qui nous sont les plus proches – notre famille, notre bande, notre tribu… – il semble naturel de penser que nous devrions nous sentir plus responsables envers ceux qui nous sont les plus proches – nos parents et nos enfants.

En retour, il va de soi que nous sommes d’abord et avant tout responsables d’avoir des enfants, sans quoi notre sens des responsabilités envers eux fonctionnerait à vide.

Il va de soi, en outre, que cette responsabilité doit être assumée en priorité absolue, tant que nous sommes jeunes et en bonne santé, au lieu d’attendre qu’il soit trop tard et de laisser l’exercice de la procréation se transformer en une expérience médicale longue, coûteuse et risquée.

Un autre avantage de cette approche est qu’avec un peu de chance, vos enfants auront des grands-parents relativement jeunes et capables à qui vous pourrez rapidement confier la plus grande partie de la responsabilité de leur éducation, vous libérant ainsi du temps pour faire autre chose.

La famille québécoise
d'Achille Fournier et d'Aglaé Dufour

À ce stade, certaines personnes pourraient se lever et dénoncer une approche aussi irresponsable à l’égard de la parentalité, prétendant que la bonne approche consiste d’abord à poursuivre toutes les possibilités d’éducation que le monde a à offrir, puis à travailler avec diligence pour établir une carrière illustre, et seulement après avoir établi un niveau de vie de classe moyenne, donner naissance (ou, pour un petit supplément, adopter) un ou deux enfants précieux (à l’aide des technologies miraculeuses de reproduction) sur lesquels prodiguer argent et attention.

Mais la plupart des gens ignorent ces conseils non sollicités et ont d’abord et avant tout des bébés.  En d’autres termes, près de la moitié de tous les enfants qui naissent actuellement aux États-Unis naissent dans des conditions qui sont techniquement définies comme de la « pauvreté ».  (Cela signifie en réalité que l’État et le gouvernement fédéral doivent payer la nourriture, le logement et les soins médicaux.)

Est-il irresponsable d’avoir des enfants, juste parce que vous êtes en âge de procréer et fertile, que vous n’avez pas les moyens de subvenir financièrement à leurs besoins ? 

Oui, c’est irresponsable, et c’est louable ! 

C’est aussi votre plus grande responsabilité. 

 

               Comment, me demanderez-vous, est-il possible d’être à la fois responsable et irresponsable ?  La responsabilité est une question de contrôle.  Vous ne pouvez être responsable que de ce que vous pouvez contrôler.  Si vous êtes forcé d’assumer la responsabilité de ce que vous ne contrôlez pas, votre responsabilité est de repousser cela aussi fort que possible.

Vous contrôlez votre corps.  Vous pouvez, jusqu’à un certain point, et si vous avez de la chance, contrôler vos enfants. Vous pourriez être en mesure d’exercer un certain contrôle sur les autres autour de vous, surtout une fois que vous aurez établi que vous avez déjà agi de façon responsable envers eux.

Votre domaine de responsabilité et votre domaine de contrôle ont tendance à être égaux et concentriques, et toute asymétrie entre eux est rarement en votre faveur.  Au-delà d’eux se trouvent toutes les choses que vous ne pouvez pas contrôler, pour lesquelles vous pouvez être le plus louablement irresponsable.

La pratique d’une telle irresponsabilité louable est loin d’être simple, car être forcé d’accepter la responsabilité de choses sur lesquelles on n’a aucun contrôle est l’une des formes les plus courantes d’oppression, et se débarrasser du joug de l’oppression n’est jamais une tâche facile.

Nous aborderons plus loin dans ce texte la question de savoir en quoi consiste la responsabilité sans contrôle.

 

 

          La grande majorité des gens physiologiquement et psychologiquement normaux veulent être bons et faire le bien. Ils souhaitent se sentir capables d’accomplir des tâches difficiles et complexes de leur plein gré. Ils veulent avoir le sens de l’action, le sentiment que ce qu’ils font est important pour les autres. Ils veulent être reconnus et respectés pour leurs talents et leurs efforts. Ils veulent aussi pouvoir transmettre leur sagesse et leurs compétences, leur perspicacité et leur connaissance du monde aux générations futures.

En vieillissant, ils veulent pouvoir quitter ce monde avec le sentiment qu’ils ont aidé à le construire de leurs propres mains, qu’il est entre de bonnes mains et qu’il existera à jamais. Ils veulent être assurés que les traditions dont ils ont hérité et qu’ils ont transmises, ou celles qu’ils ont contribué à établir, seront respectées, honorées et transmises après leur départ.

Même si tout ce qui précède n’entraîne pas un niveau élevé de confort physique et de luxe, mais implique des épreuves et des privations, un danger personnel considérable, et même si de nombreuses vies sont ainsi abrégées, les gens peuvent rester heureux – satisfaits et épanouis – à condition qu’ils puissent contribuer librement à une cause commune. Quand ils sont privés de toutes ces choses, ils cessent d’être physiologiquement et psychologiquement normaux....(suite après la caricature)

 

Jacques Attali : "Préférez le lundi matin au vendredi soir !" À l'occasion de la 9ème édition des Entretiens de Royaumont, Jacques Attali donne sa vision du travail, et des enjeux de cette thématique pour les années à venir. (2012)

 

(suite...avant la vidéo) Lorsqu’ils sont privés de tout cela, ils perdent le respect d’eux-mêmes et leur intérêt pour leur travail, et essaient de s’en sortir, en ne faisant que le strict minimum.  Certains abandonnent même l’idée d’essayer de faire le strict minimum et ne font que dériver, impuissants et sans espoir.  Ils sont incapables de se convaincre que cela vaut encore la peine pour eux de faire un effort, convaincus que tout serait gaspillé.

Ils commencent à s’habiller misérablement et cessent de se soucier de leurs manières. Ils se désintéressent des autres, et surtout des jeunes générations, estimant qu’ils n’ont rien à leur offrir, et que même s’ils avaient essayé, leurs conseils ne seraient pas suivis et leurs contributions ne seraient pas respectées.

Au fur et à mesure que leur environnement physique et social se transforme hors de toute reconnaissance, ils n’ont plus le sentiment d’appartenir à un endroit quelconque et sont désensibilisés à l’idée d’être pris au piège dans un environnement lamentable, plein de bâtiments utilitaires sans grâce, d’infrastructures délabrées, d’étrangers hostiles ou indifférents.

Il en résulte souvent une angoisse mentale qui les conduit chez les psychiatres, qui leur prescrivent à leur tour des antidépresseurs.  Dans de nombreux cas, soit ces médicaments ne fonctionnent pas, soit ils exacerbent le déséquilibre biochimique qu’ils étaient censés corriger, soit ils causent des déficiences supplémentaires et peuvent les conduire au suicide.

Leur état mental a également une influence négative sur leur système immunitaire, qui en sort affaibli et les rend vulnérables aux infections ou à d’autres dommages, causant des troubles auto-immunes et des réactions allergiques.  Ils projettent sur leur propre corps tout ce qui ne va pas dans le monde qui les entoure et développent des troubles psychosomatiques, en particulier des douleurs chroniques, et surtout dans la partie du corps qui est particulièrement capable d’une douleur auto-générée : la moelle épinière.

Afin de soulager la douleur, beaucoup d’entre eux commencent à faire de l’automédication et tombent dans l’alcoolisme et la dépendance à la drogue.

 

 

Tout cela est parfaitement normal et c’est peut-être exactement comme cela doit être.  La dépression est la façon pour la nature de gérer l’échec.  Il est tout à fait raisonnable de s’attendre chez certains à un tel résultat, quelle que soit la société environnante.  Si quelqu’un est dyslexique, généralement sombre et facilement confus, non coordonné et sujet aux accidents, qu’il a souvent de la difficulté à respirer et qu’il a un tempérament affreux, alors vous devriez vous attendre à ce que le résultat soit un paresseux qui boit trop et ne vit pas longtemps.

Certaines personnes sont tout simplement des produits défectueux – des produits de l’évolution ou, beaucoup plus probablement, de l’élevage – et ce genre de citrons sont destinés à pourrir au fond du réfrigérateur.

Quelque chose de semblable peut se produire au niveau de sociétés entières, qui s’élèvent et retombent, et lorsque cela se produit, le résultat inévitable est un désespoir général, des dépressions et de nombreuses vies brisées.

Certaines sociétés finissent par se rétablir, d’autres se rétrécissent et s’ossifient en pièces de musée, d’autres encore disparaissent en laissant derrière elles des tombes négligées et des ruines envahies de végétation.

Il y a cependant une chose qui est assez courante et très loin de la normale :

- penser que c’est de votre propre faute – que vous êtes en quelque sorte RESPONSABLE de vos propres résultats et de ceux des autres ;

- que la mauvaise main qui vous entoure vous et ceux qui sont liés à vos gènes ou votre environnement, ou que la disparition inévitable de la culture et de la société dont vous faites partie, sont en quelque sorte des problèmes à résoudre pour vous et non des situations fâcheuses dans lesquelles essayer de survivre, du mieux possible.  Idéalement, vous devriez le faire avec une attitude calme et posée, dans une juste perspective fataliste.  De tels sentiments de responsabilité mal placés entraînent des souffrances indicibles qui ne sont absolument pas nécessaires.

 

 

Comment savoir si votre sentiment de responsabilité est déplacé ?

Il y a deux façons de le savoir :

Vous avez des “sentiments” de responsabilité.

Vous êtes responsable de choses qui échappent à votre contrôle. 

En ce qui concerne la première, pour en comprendre le non sens absolu et sombre, il suffit de substituer le mot “sentir” dans une phrase définissant les actions des personnes qui assument leurs responsabilités actuelles et réelles pour en déceler l’absurdité la plus flagrante :

Le pilote sent qu’il est nécessaire de déployer le train d’atterrissage et d’ordonner à l’équipage de se préparer à l’atterrissage avant l’atterrissage de l’avion.

Le policier sent qu’il doit lire les droits de Miranda à la personne arrêtée.

Le Président des États-Unis se sent responsable de la préservation, de la protection et de la défense de la Constitution des États-Unis et juge donc nécessaire de prêter un serment public à cet effet.

Non, non, non et non.

Il n’existe rien de tel qu’un “sentiment de responsabilité”.

La responsabilité est un fardeau que l’on doit porter, volontairement ou non, avec ou sans plainte, avec joie ou en larmes – rien de tout cela n’a d’importance.  Tout ce qui compte, c’est la performance.   Les personnes qui acceptent une responsabilité acceptent ipso facto n’importe quelle punition qui attend ceux qui échoueraient à s’en acquitter.

Et pourtant, combien de fois avez-vous lu ou entendu l’expression “nous devrions tous nous sentir responsables de …” ?  Dès que vous l’entendez, fuyez !  Les personnes qui utilisent cette expression sont celles à qui l’on ne doit confier aucune responsabilité, car les “sentiments” de responsabilité sont symptomatiques de l’irresponsabilité.

En cette année de 100e anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, il semble opportun de rappeler les paroles immortelles de l’empereur d’Autriche-Hongrie, l’empereur Charles Ier, qui a abdiqué de son trône impérial devenu inutile (car son empire n’existait plus) : “Nous partageons tous la culpabilité de la guerre ; donc, nous devrions tous nous sentir responsables de la paix !”  (Vous devriez certainement écouter attentivement chaque fois que quelqu’un qui vient d’être congédié pour un motif valable parle de responsabilité.) 

Cette “guerre qui devait mettre fin à toutes les guerres”, a entraîné… la Seconde Guerre mondiale. Ce n’est pas ironique, c’est encore une fois symptomatique.  Exactement deux décennies plus tard, la Vienne de l'empereur Karl Franz Josef von Habsburg-Lothringen accueillait à bras ouverts l’Anschluss d’Hitler.

Karl Franz Josef von Habsburg-Lothringen

Empereur Charles Ier

Je me demande si quelqu’un parmi les destinataires de l’exhortation passionnée de Charles 1er se sentait responsable de cette “paix” ?

Les guerres sont causées par des gens qui parlent de façon irresponsable de la paix.  Les guerres sont évitées par ceux qui parlent de façon responsable de la guerre et expliquent exactement quel niveau de guerre vous allez subir si vous commencez à agir de façon irresponsable.  La paix est maintenue par la menace de la violence de ceux qui l’exercent de manière responsable. 

Ce fou de Charles Ier n’était pas le seul à nous exhorter tous à nous sentir responsables.  Au cours des dernières décennies, des dizaines de personnes sont venues nous dire “nous devons tous nous sentir responsable” du réchauffement climatique et de la surpopulation.  Et une fois que vous avez été responsabilisé, l’étape suivante consiste à vous convaincre que nous devons tous faire quelque chose, en commençant bien sûr par vous même, pendant qu’ils continuent à procréer et à circuler en jet et en limousine. 

Dans le cas du réchauffement climatique, nous devons tous faire quelque chose pour installer davantage de panneaux solaires et d’éoliennes, sans tenir compte du fait qu’il s’agit d’un gaspillage net d’énergie (si vous comptabilisez correctement tous ces éléments, y compris le coût de renoncement de ne pas les installer et ne pas utiliser l’énergie qu’ils auraient fournie).

La beauté de la lutte contre le réchauffement climatique, c’est que personne ne peut être tenu pour responsable des résultats (ou de l’absence totale de résultats) alors que beaucoup d’opérateurs louches ont l’occasion de mettre en place des infrastructures “d’énergies alternatives” inutiles et nuisibles, puis de s’enfuir avant que leur niveau d’inutilité ne soit dévoilé à chacun.

 

 

Le sentiment de culpabilité associé au sujet de la surpopulation est encore plus ridicule.  Peut-être sert-elle à convaincre les jeunes femmes impressionnables des pays développés de renoncer à fonder une famille à un âge raisonnable, de s’éduquer et de gaspiller leurs années de jeunesse comme esclaves salariées dans les entreprises.

Elle n’a certainement aucun effet sur une femme qui pense que le “contrôle des naissances” signifie se retenir jusqu’à ce qu’elle retourne dans sa hutte en briques de terre, ou sur les maris qui veulent plus de fils pour se battre contre une tribu voisine encore plus nombreuse afin de la hacher menu à la machette.

Oui, avoir des taux de natalité et des taux de mortalité très élevés est une façon stupide de procéder, mais il y a un certain nombre de pays dans ce cas, et qui sommes-nous pour les juger ? (C’est comme si vous mettiez un humidificateur et un déshumidificateur dans votre sous-sol, pour voir lequel gagne. Bien sûr, le seul gagnant serait la compagnie d’électricité.)  Nous pouvons être sûrs que les taux de mortalité finiront par dépasser les taux de natalité et que les pressions démographiques diminueront.

En attendant, laissons tomber.  Parlons plutôt de sous-population : dans certains pays, comme le Japon et l’Italie, les gens ont beaucoup trop peu d’enfants.  Et puis changeons de sujet ; après tout, qu’allez-vous faire à ce sujet, à moins que vous ne soyez italien ou japonais.  Clairement, ce n’est pas votre responsabilité.

Une autre façon de décrire le “sentiment de responsabilité” est d’utiliser le mot “culpabilité”. Malheureusement, le mot “culpabilité” est autant un mot menteur que le mot “responsabilité”, parce qu’il se rapporte à la fois au sentiment général de culpabilité et aux allégations précises, prouvées ou non, de culpabilité.

Dans le système juridique américain, commettre un crime mais être déclaré non coupable devant un tribunal est exactement la même chose que ne pas commettre un crime du tout, et c’est à peu près aussi éloigné que l’on peut l’imaginer de se sentir coupable.  À un extrême, l’embauche d’avocats de la défense coûteux permet aux riches de manipuler le système à leur avantage et de s’en tirer à bon compte.

 A l’autre extrême, faire culpabiliser les gens est un bon moyen de les manipuler et de les soumettre. 

Cela fonctionne avec les humains comme avec les chiens : il suffit de froncer les sourcils et de dire “mauvais chien” d’une voix sévère, et le pauvre petit chiot aura l’air coupable et agira de façon soumise.  Un enfant peut parfois demander, pour savoir, s’il doit se sentir coupable ou non, la question de la culpabilité réelle de l’enfant étant plutôt hors sujet. 

Cette astuce psychologique peut s’étendre jusqu’à faire en sorte que les gens se sentent “responsables” de toutes sortes de choses.  Au travail, nous nous sentons respectés et habilités lorsque nous sommes mis en “position de responsabilité”, bien que cela signifie généralement plus de travail pour le même salaire et le risque d’être tenu pour responsable d’erreurs plus graves et plus conséquentes.

Cela est contraire à la raison.  Dans l’économie américaine, qui est une économie capitaliste d’un sous-type systémique corrompu, la seule responsabilité d’une entreprise est de maximiser la valeur pour ses actionnaires.  Les seuls à en bénéficier sont évidemment les actionnaires, ainsi que les PDG, qui sont payés, en moyenne, 271 fois plus que l’employé moyen.

Récemment, certaines des meilleures façons de maximiser la valeur pour les actionnaires ont consisté à s’endetter (à de faibles taux d’intérêt) pour acheter des actions de la société et à profiter de l’exonération fiscale accordée par Trump pour rapatrier les bénéfices et les utiliser pour … acheter les propres actions de l’entreprise.

Quant aux employés, ils peuvent être licenciés en masse sans préavis, sans motif valable. Des systèmes de production entiers peuvent être déplacés à l’étranger ou remplacés par des robots.

Les entreprises n’ont aucune loyauté envers leurs employés, et l’idée que les employés devraient éprouver de la loyauté envers une entreprise, ou avoir un “sentiment de responsabilité” pour maximiser sa valeur actionnariale et obtenir une prime pour son PDG, semble scandaleusement absurde.

Les augmentations et les promotions sont agréables, surtout parce qu’elles facilitent la recherche d’un nouvel emploi.  La meilleure façon de demander une augmentation ou une promotion est d’avoir une ou deux autres offres d’emploi dans votre poche, parce que la seule vraie raison de vous accorder une augmentation ou une promotion est le maintien en poste des employés.

Vous voyez, cela coûte de l’argent de recruter, et tant qu’il en coûte moins cher de vous garder que de recruter une nouvelle personne, alors vous devriez obtenir autant que possible sur cette différence dans le cadre de votre chèque de paie.

Si vous êtes forcé d’opérer au sein d’un système dont l’essence même est la personne morale (et, soyez assuré que ce sont les entreprises qui sont les citoyens de première classe, et non le peuple et pas non plus le peuple d’un pays en particulier), alors il est logique d’opposer une certaine forme de personne morale personnelle : vous êtes votre propre actionnaire unique, et votre tâche est de maximiser votre valeur, celle de tous les autres étant damnée.

L’objectif commun est d’accumuler le montant dont vous avez besoin pour ne plus avoir à user vos jours comme employé.  Le terme brutal pour cette somme princière communément utilisée par ceux qui travaillent dans la finance est l’“argent je-t-emmerde”.  Oui, toute cette installation pue l’égoïsme destructeur d’âme, mais c’est ce avec quoi il faut travailler.  Si vous ne le faites pas et que vous persistez dans votre “sentiment de responsabilité”, alors vous jouez perdant. 

Perdre n’a jamais fait plaisir à personne, mais il y a un aspect négatif supplémentaire au “sentiment de responsabilité”.  L’exercice de la responsabilité exige l’exercice d’un contrôle sur la situation qui vous est confiée.

Mais le plus souvent, les responsabilités qui accompagnent un emploi ne sont pas entièrement contrôlées, et le fait d’être responsable de choses qui échappent à votre contrôle cause du stress.  Alors que les opérateurs avisés cherchent toujours des moyens de faire porter le blâme aux autres pour leurs erreurs tout en s’attribuant le mérite des succès des autres, les bienfaiteurs innocents ont tendance à souffrir et finalement à succomber aux effets débilitants du stress chronique.

La responsabilité peut toujours être assumée – toujours comme une patate chaude – mais les bonnes façons de le faire n’ont rien à voir avec les “sentiments” qu’elle suscite. 

La bonne façon d’envisager la responsabilité est de l’envisager dans le cadre d’une triade : droits-responsabilités-contrôle.  Aucun de ces éléments ne peut exister isolément.  Supposons, par exemple, que vous ayez un permis de conduire un autobus, ce qui vous donne le droit d’accepter la responsabilité de conduire des passagers.  Et supposons que le bus tombe d’un pont et que des passagers se noient.  Êtes-vous responsable ?

Eh bien, non, parce que votre collègue était au volant au moment de l’accident, vous n’aviez aucun contrôle. Mais si vous étiez au volant, vous auriez donc échoué à agir de manière responsable malgré votre contrôle sur les faits et vous auriez été privé de votre droit de conduire un autobus. 

La triade des responsabilités est claire et fonctionnelle dans toutes les professions qui comportent un risque important et qui fonctionnent réellement : les pilotes de ligne, les capitaines de navire, les chirurgiens, les ingénieurs civils et bien d’autres professionnels titulaires d’une licence respectent ces paramètres.

D’autre part, dans les projets où l’échec est fréquent, la triade peut souvent être utilisée pour analyser comment ils échouent.  Par exemple, les bureaucraties gouvernementales, qui sont souvent dysfonctionnelles, ont tendance à attirer le genre de personnes qui essaient sans cesse de s’assurer des droits et des mesures de contrôle que personne ne leur a jamais accordés et, d’autre part, à trouver des moyens de se soustraire aux responsabilités qui leur sont explicitement attribuées.

Parmi les fonctionnaires qui subissent la “promenade du suspect” [scénariser et médiatiser l’arrestation d’un suspect, NdT], les accusations portées contre eux sont pour la plupart de deux sortes : abus / mauvais usage / utilisation abusive / excès de pouvoir (questions de droits), et négligence / manquement au devoir (questions de responsabilité).  En ce qui concerne les questions de contrôle, ou l’absence de contrôle, elles constituent souvent des excuses pratiques pour éviter de faire cette “promenade du suspect”.

 

 

Mettons de côté l’officialité avec toutes ses complexités techniques et bureaucratiques, revenons à la compréhension fondamentale que la responsabilité est naturelle et instinctive – elle fait partie de l’instinct social et surtout de l’instinct maternel – et elle n’est même pas spécifique aux humains.

Il est naturel pour nous d’assumer la responsabilité de nos proches : notre progéniture, nos frères et sœurs et nos parents ; notre bande et notre tribu ; notre nation (avec un “n” minuscule : nation 
Micmac, nation Blackfoot, etc.).

Il n’est pas du tout instinctif ou naturel que nous prenions spontanément la responsabilité d’étrangers, et c’est pourquoi les gouvernements interviennent pour assurer cette aide.  La première étape pour eux, comme d’habitude, est de codifier les responsabilités naturelles, en les transformant en exigences légales.

Par exemple, la Constitution de la Fédération de Russie contient ce qui suit :

38.1 : La maternité et l’enfance, la famille, sont défendues par le gouvernement fédéral.

38.2 : La garde des enfants, leur éducation sont à part égale le droit et la responsabilité des parents.

38.3 : Les enfants valides de plus de 18 ans doivent s’occuper de leurs parents handicapés

D’autres pays ont des dispositions similaires au niveau fédéral.

En Chine, “le projet de loi sur la protection des droits et des intérêts des personnes âgées stipule que les enfants doivent prendre soin des “besoins spirituels” de leurs parents ainsi que de leurs besoins physiques, qui sont déjà protégés par la loi”.

l’Inde a récemment adopté cette loi :  Maintenant, même la belle-fille et le gendre des personnes âgées seraient responsables de s’occuper d’eux. En modifiant la loi sur l’entretien et le bien-être des parents et des personnes âgées, le gouvernement a élargi le champ d’application de la sécurité sociale pour les personnes âgées en rendant les parents éloignés responsables de leur entretien, en augmentant l’amende et la durée d’emprisonnement pour abandon de parents et en supprimant le plafond financier de 10 000 roupies (monnaie de l'Inde) pour l’entretien des parents (193 409$ CAD en dollar canadien).

Ainsi, pour quelque trois milliards d’habitants de la planète, notre tendance naturelle à être responsable de ceux qui nous sont les plus proches – notre famille et nos proches – est inscrite dans la loi fédérale.  Mais il s’avère que c’est insuffisant pour qu’un pays survive et prospère, surtout en période de grands bouleversements sociaux – les paysans qui s’installent dans les villes et deviennent des travailleurs industriels, de nombreuses personnes travaillant à l’étranger, une population vieillissante qui comprend de nombreuses personnes sans enfants, des familles sans soutien de famille, etc.

Forcer les gens à prendre la responsabilité de parfaits inconnus – peut-être en les rendant “responsables” – n’est pas un bon plan ; il n’y a tout simplement pas assez de petits chiots tristes qu’on peut intimider et soumettre.  L’alternative est de forcer le gouvernement à prendre les choses en main.

 

Voici la clause correspondante de la Constitution russe :

7.1 La Fédération de Russie est un gouvernement social.  Ses politiques visent à créer des conditions propices à une existence digne et au libre développement de ses citoyens. 

 

Qu’est-ce qu’un “gouvernement social” ? vous vous demandez peut-être.  Sa définition juridique est la suivante :

Le gouvernement social caractérise l’État souverain moderne comme une organisation qui assume la responsabilité de veiller à l’équité sociale, au bien-être et à l’aide sociale de ses citoyens, à leur sûreté et à leur sécurité.

D’autres dispositions de la Constitution confient expressément au gouvernement fédéral russe la responsabilité de fournir un logement, une alimentation, des soins médicaux, une éducation et la sécurité à tous les citoyens qui en ont besoin. 

Le gouvernement n’est peut-être pas partout et toujours à la hauteur de ses responsabilités (il n’est, après tout, qu’un gouvernement), mais les exigences légales existent, et elles donnent aux gens le droit d’exiger que leurs besoins fondamentaux soient satisfaits.

Ce n’est pas le cas aux États-Unis.  La Constitution y mentionne deux fois le “bien-être général”, une fois dans le préambule et une fois lorsque le droit du gouvernement fédéral de prélever des impôts est prévu.  Ce que cela veut dire n’est discuté nulle part, et alors tout le concept est largement nié par le dixième amendement, qui se lit comme suit :

Les pouvoirs non délégués aux États-Unis par la Constitution, ni interdits par celle-ci aux États, sont réservés aux États, respectivement, ou au peuple.

Cela a été interprété comme signifiant que, bien que la Constitution n’empêche pas le gouvernement fédéral de dépenser de l’argent pour le “bien-être général”, elle l’empêche de déterminer ce que pourrait être le “bien-être général”, ou comment il doit être assuré.

De telles décisions sont laissées à la discrétion des États seuls ou du “ peuple” (c’est-à-dire des propriétaires de biens et d’entreprises, et certainement pas des citoyens dans leur ensemble, comme Gilens et Page l’ont montré de manière concluante en 2014.

Cette interprétation donne carte blanche aux municipalités américaines pour adopter des lois contre le fait de dormir sur le domaine public et de nourrir les sans-abri, ou pour dépenser des sommes considérables en envoyant régulièrement des policiers pour confisquer les maigres biens des sans-abri.

Il faut aussi constater qu'il se trouve parmi eux de nombreux vétérans militaires qui, ayant participé au massacre insensé de centaines de milliers de civils en Irak et en Afghanistan, subissent des dommages psychologiques, nécessitent une sédation constante et ne sont donc plus en mesure de travailler. 

“Gouvernement social” en effet !

Pour en revenir à la vue d’ensemble, il peut être difficile pour vous de dire si vous vous trouvez dans une société où vous pouvez “être bon et faire le bien” ou si vous vous sentez “responsable” comme un triste petit chiot et si vous êtes plutôt pris au piège d’une chute sans fin qui va frustrer tous vos efforts. Malgré toutes leurs omissions et inexactitudes, les statistiques officielles peuvent nous donner une idée de la situation de chaque société dans cette progression. 

Prenons l’exemple des États-Unis. Là-bas, en 2017, plus de personnes sont mortes d’overdoses de drogues que d’armes à feu, d’accidents de voiture et de suicides réunis.

L’armée américaine perd maintenant plus de personnes par suicide que dans les combats.

Il y a 114 904 785 personnes en âge de travailler aux États-Unis qui ne travaillent pas, ce qui nous donne un taux de chômage réel parmi les personnes en âge de travailler de 45%.  (Le nombre total de chômeurs, plus tous les travailleurs marginalement actifs et le nombre total de personnes employées à temps partiel pour des raisons économiques est de 7,5% sur 252 063 800 adultes soit 18 904 785 personnes, c'est-à-dire que plus de 96 000 000 de personnes en âge de travailler sont considérées comme “inactives”).

Aux États-Unis, plus de la moitié des enfants naissent dans des ménages qui vivent en dessous du seuil de pauvreté officiel. Près de la moitié des Américains reçoivent une aide gouvernementale.

Si vous êtes un participant involontaire à la chute de votre société, le meilleur conseil en ce qui concerne la prise de responsabilité est probablement de laisser votre côté instinctif prendre la relève et vous guider.

Vous vous sentez naturellement responsable de ceux qui vous entourent – en particulier de votre famille immédiate ; qu’il en soit ainsi.

Pour le reste, n’acceptez pas de responsabilité inutilement, et si c’est le cas, assurez-vous d’en avoir le contrôle.  Et pour ce qui est de “se sentir responsable” de choses qui échappent à votre contrôle …

 

 

Source:   Dmitry Orlov: (en russe :  Дмитрий Орлов ), né en 1962, est un ingénieur et écrivain russo-américain. Ses écrits ont pour sujet le déclin et l'effondrement économique, écologique et politique potentiel aux États-Unis.  Auteur d'un livre qui présente un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie », c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations. Le texte est traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Catherine pour le Saker Francophone

Choix de photos, collection de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 31 décembre 2018

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Franco BERARDI

  Si on renonce à la compréhension, on renonce à tout

Yves MICHAUD

Pour un nouveau matin du monde

  Dossier Vision du monde

Notes & Références encyclopédiques:

 
 

Notes & Références encyclopédiques:

près de la moitié de tous les enfants qui naissent actuellement (2018) aux États-Unis...

 

Les États-Unis sont le premier pauvre pays riche
Comment l’effondrement des États-Unis crée une nouvelle sorte de pauvreté.

Examinons les statistiques suivantes.

L'états-unien moyen ne peut pas réunir 500 dollars en cas d’urgence.  Un tiers des Américains n’ont pas les moyens de se nourrir, de se loger et de se soigner. Les soins de santé pour une famille coûtent maintenant 28 000 dollars, soit environ la moitié du revenu médian de 60 000 dollars.  À elles seules, bien sûr, les statistiques ne disent pas grand-chose. Mais prises ensemble ces données en disent long. L’histoire qu’elles commencent à raconter est la suivante.  Les États-Unis, semble-t-il, sont en train de devenir quelque chose comme le premier pauvre pays riche du monde. Et c’est le genre de sujet que nous ne saisissons pas bien. Après tout, l’autoritarisme et l’extrémisme ne surgissent pas dans des sociétés prospères, mais dans des sociétés en difficulté, qui s’appauvrissent de plus en plus, comme l’Amérique d’aujourd’hui. - Magazine Afrique Asie. Texte dele:

 

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De telles décisions sont laissées à la discrétion des États seuls ou du "peuple"....

 

Gilens et Page [2014] l’ont montré de manière concluante).  Testing Theories of American Politics: Elites, Interest Groups, and Average Citizens

Martin Gilens and Benjamin I. Page

Each of four theoretical traditions in the study of American politics—which can be characterized as theories of Majoritarian Electoral Democracy, Economic-Elite Domination, and two types of interest-group pluralism, Majoritarian Pluralism and Biased Pluralism—offers different predictions about which sets of actors have how much influence over public policy: average citizens; economic elites; and organized interest groups, mass-based or business-oriented. A great deal of empirical research speaks to the policy influence of one or another set of actors, but until recently it has not been possible to test these contrasting theoretical predictions against each other within a single statistical model. We report on an effort to do so, using a unique data set that includes measures of the key variables for 1,779 policy issues. Multivariate analysis indicates that economic elites and organized groups representing business interests have substantial independent impacts on U.S. government policy, while average citizens and mass-based interest groups have little or no independent influence. The results provide substantial support for theories of Economic-Elite Domination.

 

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personnes en âge de travailler aux États-Unis qui ne travaillent pas...

 

 

Au 31 décembre 2018, il y a 114 904 785 personnes sans travail. The unemployment rate represents the number of unemployed as a percentage of the labor force.

Labor force data are restricted to people 16 years of age and older, who currently reside in 1 of the 50 states or the District of Columbia, who do not reside in institutions (e.g., penal and mental facilities, homes for the aged), and who are not on active duty in the Armed Forces.

U.S. Bureau of Labor - Fédéral Reserve bank of St.Louis Economic Research (FRED économic data) 31 décembre 2018

 

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