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La charte des valeurs québécoises déposée par le gouvernement du Parti Québécois
Trois réactions: deux citoyens et une citoyenne

  Le voile de l'obscurantisme
     par une auditrice anonyme
d'Ici Radio-Canada, réponse à Vincent Marissal sur twitter

 Raison et laïcité
     par Daniel Baril

  Du surréalisme à la québécoise ou Comment faire un débat de société sur un document fantôme
     par Paul Cliche

Au moment d'écrire ces lignes, le 08 septembre 2013, aucune charte n'avait été déposée par le gouvernement.  Maintenant que c'est fait et que l'on discute encore de la chose, comment peut-on oublier les intentions missionnaires des religions dans la fabrication de leurs règles tribales. Finalement comment la laïcité est à la base de la démocratie et des droits et libertés.. - JosPublic

 
 
 

Le voile de l'obscurantisme
Par une auditrice anonyme
Émission Samedi et rien d'autre, diffusée le
31 août 2013 sur Ici Radio-Canada Première chaîne, vers 10 h 40, Vincent Marissal commentait dans le volet «Regard sur l'actualité» Réponse à Marissal sur twitter le 1er septembre 2013

 
 

Monsieur Marissal, je vous ai entendu, à l'émission Samedi et rien d'autre, Radio-Canada, affirmer haut et fort que les éducatrices du service de garde et de l'école de vos enfants qui portent le voile ne vous gênent en rien. Si je me permets ce commentaire c'est que vous étiez si fier de nous le dire, sous-entendant qu'agir autrement est faire preuve d'étroitesse d'esprit.

Mais que direz-vous à vos enfants, quand ils vous demanderont pourquoi ces dames, et de plus en plus de petites filles, dans votre quartier, sont couvertes de la tête aux pieds?

Leur direz-vous que ces femmes, contrairement à elles et à leur mère, sont objet de péché, qu'elles doivent camoufler leur corps afin de ne pas provoquer les hommes qui auraient toutes les raisons de ne pas les respecter si elles ne le faisaient pas?

Direz-vous à vos enfants, que par ce camouflage et ce foulard, parfois ces longues robes qui couvrent femmes et petites filles entièrement, ne laissant qu'un petit cercle de visage à l'air libre, cette éducatrice signifie qu'elle a moins de valeur que son mari et ses fils? Direz-vous à vos enfants que dans certains pays du monde, dont vous leur avez sûrement parlé déjà, que les petites filles, parfois au berceau, sont entièrement voilées et que leur éducatrice est la version « légère » pour l'instant, de cette condition des femmes?

Leur direz-vous que ce voile, qui semble banal, affirme que leur éducatrice appartient à une culture religieuse où on applique la charia, où bien souvent on instruit pas les filles, que parfois elles réussissent à aller à l'école mais que ce peut être au péril de leur vie, que les filles et les femmes doivent obéissance à leur père, mari, frère, oncles et cousins, que n'importe quel homme, de n'importe quel âge a plus d'autorité qu'une femme, aussi intelligente et capable soit-elle?

Leur direz-vous que leur éducatrice et sa famille ont décidé de venir vivre au Canada où l'égalité des femmes et des hommes est un incontournable, qu'elle a quitté l'obscurantisme en posant la tête à découvert sur son passeport pour remettre ensuite ici son voile, parce que cette culture religieuse est implacable pour les femmes et les rejoint où qu'elles soient?

Si vous dites à vos enfants qu'un foulard, un voile, une longue robe épaisse et des gants ce ne sont que des vêtements, et que les femmes et les petites filles préfèrent les porter quand le soleil plombe sur le boulevard Henri-Bourassa à 35C, en plein bel été....

...alors que leur mari, père, frère est en short et jouit du soleil sur la peau en toute liberté, c'est que vous aurez décidé de vous voiler les yeux, l'intelligence et le coeur et que la belle leçon de tolérance et d'acceptation que vous vous vantez de donner à vos enfants ne sera, en fait, qu'accepter d'être complice de ces symboles de l'infériorité de certaines femmes dans notre société.

 
 

Raison et laïcité
par Daniel Baril, le 3 septembre 2013

Anthropologue de formation (M. Sc. anthropologie biologique), journaliste et militant laïque de longue date, il commente un texte de Lysiane Gagnon, chroniqueuse dans les journaux Gesca de Power Corporation of Canada, sous l'angle du rationalisme et de la théorie de l'évolution. Il a été pendant 23 ans journaliste à l'hebdomadaire Forum de l'Université de Montréal.

 
 

Laïcité: lettre ouverte à Lysiane Gagnon

Madame Gagnon

Dans votre billet d'aujourd'hui « Laïcité : une idée importée » (!!!) ( 01 ), vous me faites porte-parole du Mouvement laïque depuis 40 ans. Pour votre information, le Mouvement laïque québécois (MLQ) a été fondé en 1981 et j’en ai été tour à tour président, vice-président et porte-parole entre 1982 et 2009. Faites le calcul. Et lorsque que le Mouvement laïc de la langue française (MLF) était actif, j’avais autour de 13-14 ans.

Au-delà de ces chiffres, ma persistance à mener le combat pour la laïcité montrerait, à votre avis, que ceux qui militent pour cette cause ne se sont pas renouvelés. Appliqué à votre propre situation, ce raisonnement nous ferait dire ceci : La Presse est un journal incapable de se renouveler puisqu’il nous donne à lire du Lysiane Gagnon depuis 50 ans.

Venons-en au contenu de votre billet. À commencer par le titre « une idée importée ». Importée d’où? Des États-Unis? Du Mexique? Des Pays Bas? De Belgique? De Turquie? De France? D’Uruguay? Tous ces pays ont dans leurs lois une forme ou l’autre de laïcité de l’État. À qui appartient la laïcité? À qui appartiennent les principes et les droits humains?

À supposer que la laïcité soit une idéologie importée, quel serait le problème? L’Occident serait en mesure d’exporter l’égalité raciale en Afrique du Sud, d’imposer l’égalité entre hommes et femmes en Afghanistan, de forcer l’adoption de son concept de droits humains en Chine et d’obliger des élections libres au cœur de l’Afrique, mais le Québec ne serait pas légitimé d’aménager la laïcité de l’État parce que d’autres États l’ont fait avant lui. Faudra que vous nous expliquiez cela.

Selon votre savante analyse, le Québec a « découvert le concept de laïcité » avec la crise des accommodements raisonnables. Wow! Moi qui croyais que Fleury Mesplet avait diffusé les idées des Lumières au Canada à la fin du 18e siècle. Je pensais aussi que la séparation de l’État et des Églises figurait dans la Déclaration d’indépendance des Patriotes et que l’Institut canadien, avec les Papineau, Dessaulles, Doutre et Buies, défendait le même principe. Je ne sais pas où j’ai pris de telles idées. Et il est sans doute erroné de penser qu’Adélard Godbout et Télesphore-Damien Bouchard ont affirmé l’indépendance de l’État sur l’Église en accordant le droit de vote aux femmes en 1940.

Je croyais aussi que la Révolution tranquille avait été portée par un courant de laïcisation et que la Charte des droits et libertés reconnaissait, depuis 1975, des principes laïques comme la liberté de conscience et l’égalité des religions. Il faudra décidément que je révise mon histoire du Québec.

Sans cette laïcité de la Révolution tranquille que vous réduisez à rien, vous seriez encore obligée de sortir dans la rue avec un chapeau ou un voile sur la tête et, comme femme, vous n’occuperiez pas le poste que vous occupez maintenant. C’est aussi cela les acquis de la laïcité.

Vous réduisez les revendications concernant la restriction du port de signes religieux de la part des fonctionnaires à une question de xénophobie, comme le font tous les démagogues de ce pays.

Mais le bon peuple, chère Madame, est capable de plus de discernement. Avez-vous déjà vu des gens s’offusquer des tuniques indiennes ou africaines sur la rue? Ce sont pourtant des tenues beaucoup plus ostentatoires et exotiques qu’un simple foulard mais qui ne véhiculent pas le même message.

La laïcité, dites-vous encore, ne serait plus une valeur de gauche tant au Québec qu’en France. Votre « preuve » : Québec solidaire se dissocie du projet de charte du PQ. Vous ignorez sans doute que la position de QS sur la laïcité provoque de profonds déchirements depuis plusieurs années. Vous ignorez que des gauchistes affichés et plusieurs syndicats défendent la proscription des signes religieux par les employés de l’État.

Vous ignorez peut-être qu’en France, la Libre pensée, éternelle alliée du Parti Socialiste, est une ardente défenderesse de la loi de 1905 et se fait le chien de garde de l’intrusion du religieux dans les affaires de l’État.

Et que dire du Parti de la gauche, qui fait de la défense de la laïcité républicaine l’un de ses chevaux de bataille?

Vous soulignez l’instrumentalisation de la laïcité par la droite française mais sans nous dire que la plupart des forces de droite, en France comme ici, soutiennent plutôt des positions comme la vôtre, c’est-à-dire la laïcité « ouverte » aux accommodements religieux, à commencer par votre journal et tous les intégristes religieux.

Votre texte démontre un tel manque de rigueur et de discernement qu’on ne sait pas trop s’il faut en rire ou en pleurer. Ce qui me désole le plus comme journaliste, c’est de lire de telles « analyses » dans l’un des grands quotidiens du pays.

Oui, je sais, on trouve beaucoup pire encore. Mais ce n’est pas pour améliorer ma perception de la profession.

 

 

Du surréalisme à la québécoise
ou
Comment faire un débat de société sur un document fantôme
par Paul Cliche, le 6 septembre 2013

 
 

Connaissez-vous un autre pays que le Québec où un débat de société capital puisse soulever des prises de position aussi passionnées de la part des principaux acteurs politiques suite au lancement dans les médias d’un ballon politique alors même que le principal protagoniste, en l’occurrence le gouvernement, n’a pas encore défini la question en discussion de façon précise et qu’il existe encore moins de texte officiel à se mettre sous la dent? 

C’est pourtant ce qui arrive depuis trois semaines dans le débat qui fait rage autour de l’éventuelle Charte des valeurs québécoises du gouvernement péquiste.

Pendant que la première ministre Pauline Marois et le ministre Bernard Drainville, se plaisant à prolonger le suspense, distillent de l’information à doses homéopathiques, les chefs des deux principales oppositions, libérale comme caquiste, prennent position de façon formelle sur le contenu présumé d’un document fantôme.

Pendant ce temps également les médias sociaux, les éditorialistes, les chroniqueurs, les tribunes d’opinion (etc.) n’en ont que pour cette fameuse charte. Vraiment, c’est du surréalisme à la québécoise à moins que ce soit la fin des vacances qui provoque cette frénésie sociétale ! 

Sources: Paul Cliche, Daniel Baril, une femme anonyme

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 8 août 2013

 

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  Notes & Références encyclopédiques: 

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En toile de fond le fantôme de la Charte des valeurs québécoises....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

Laïcité : une idée importée, chronique de Lysiane Gagnon - Sur La Presse/Gesca, le 3 septembre 2013

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