Retour à : Plan du site - MétéoPolitique - Société - Spiritualité et Religions - Analyses et Opinions

La députée Catherine Dorion
banalise le geste des femmes voilées

Le message de Noël de la députée solidaire Catherine Dorion sur Facebook en dit long sur son mépris pour ces Québécois « ordinaires » qui avouent leur malaise face au voile islamique ; pour les chroniqueurs qui, dit-elle, ne couvrent ce sujet que pour les clics ; et pour les politiciens qui ne s’expriment là-dessus que pour récolter des votes.

Pourtant bardée de prestigieux diplômes, elle livre sur un ton de cégépienne – ça fait peuple – un discours intellectuellement déficient, dans un français approximatif, mais assaisonné de mots chargés, comme
« curés », « croisade » et « bigoterie ».

Suffit l’amalgame

Elle va même jusqu’à mettre les musulmanes voilées dans le même sac que les gens qui portent des « pins dans le nez », que les chanteuses lesbiennes « qui refusent de s’habiller en p’tite madame » (mépris !) et que les vieux qui ne vont pas assez vite aux caisses, tous réduits à des « choses trop différentes qu’on ne comprend pas ».   Ici pour la suite du texte de Lise Ravary, chroniqueuse.

Deux québécoises répondent à Catherine Dorion

 

Catherine Dorion, députée de la circonscription de Taschereau pour Québec Solidaire

 
 

Lette ouverte à Catherine Dorion, députée
Leila LESBET, citoyenne québécoise
18 décembre 2018

 
 

Dans votre vidéo qui porte sur le voile et que vous adressez « aux nouveaux curés », vous parlez d’une religion qui s’appelle islam.  Mais plus je vous écoutais, plus je découvrais votre ignorance abyssale de cette religion dans les pays où elle est force de loi, et surtout du combat des femmes qui y vivent !

Avec cette vidéo, vous n’apportez rien de nouveau dans ce débat de société légitime et indispensable, si ce n’est de répandre des faussetés qui dénaturent ma religion et celle de mes parents.  Ce n’est pas parce qu’on répète une fausseté qu’elle finit par devenir vérité.

Dans votre vidéo, vous intervenez en tant que députée et non comme auteure.  En tant que députée, vous ne pouvez pas vous permettre de froisser une communauté.  Ici, il s’agit de la communauté musulmane.  Celle-ci, loin d’être monolithique, est traversée par plusieurs courants.

J’ai grandi dans une famille musulmane traditionaliste et pratiquante.  Mon père était autodidacte, ma mère et ma grand-mère illettrées.  Ce sont ces personnes qui m’ont appris l’islam et qui m’ont poussée à le lire, à le comprendre, mais surtout à ne pas m’arrêter à la lecture littérale et encore moins de colporter les faussetés qui sont préjudiciables aux femmes surtout.

Il est vrai que toutes les religions n’offrent aux femmes que des strapontins.  Et c’est aussi dans cette famille que j’ai appris à me servir de l’ijtihad (effort intellectuel qui est issu de la tradition islamique depuis de nombreux siècles) pour lutter contre les dogmes et les blocages dans l’interprétation du Coran.

Le voile fait justement partie de ces erreurs d’interprétation.  Ainsi, le voile que des femmes portent sur la tête et que vous semblez trouver anodin, sachez qu’il n’a aucune existence dans le Coran.

Vous gagneriez à lire sur ce sujet que vous défendez au nom du droit à la différence.  Le voile n’est pas musulman, c’est notre étoile jaune, à nous, femmes musulmanes et non islamistes.  Il est imposé par l’islam dévoyé par l’alliance du politique et du religieux depuis près de 40 ans.  C’est cette vision islamiste qui a fait que j’ai dû quitter mon Algérie pour me réfugier au Québec pour échapper à mon exécution, cette vision fondamentaliste que votre parti semble avoir adoptée en son sein sans même en comprendre les dangers.

Il n’y a aucun rapprochement à faire entre porter un piercing ou une tuque et porter un voile : ne pas les porter n’entraîne pas la mort pour les premiers, alors que déroger à une interprétation fondamentaliste de l’islam, comme c’est le cas pour le voile, peut mener la femme au fouet, à la prison, voire à la mort.

Dans les pays où l’islamisme s’est imposé, les femmes prennent le risque d’une agression chaque jour non pour une faute commise, mais tout simplement parce qu’elles sont femmes. 

Ces femmes, je les admire pour ce qu’elles osent entreprendre dans un pays où le 911 n’existe pas.  Pourriez-vous les regarder dans les yeux et leur dire que le voile que vous défendez au Québec a une autre connotation, qu’il est le symbole du libre choix ?

Ma mère qui le portait par tradition imposée l’a toujours haï.  Nous, les filles de l’indépendance, nous ne l’avons jamais porté.

C’était une époque où les hommes de ma société étaient plus attachés à la modernité et au progrès qu’aux cheveux de la femme, devenus source de perversion.

Une femme tête nue brandissant son voile sur un bâton

Chaque geste que vous poserez ici pour rendre l’islam politique acceptable fera reculer le combat de ces femmes et fera la joie des islamistes qui imposent ce voile dans les pays musulmans.  Si vous étiez mère de deux filles comme je le suis, trouveriez-vous normal qu’elles doivent se cacher les cheveux pour qu’elles ne souillent pas la pensée des garçons qu’elles côtoient ?  En fait, le voile n’est pas une question de modestie et de pudeur, mais bien un moyen de contrôle du corps de la femme.

Il était de tradition chez la gauche de porter la cause des opprimées où qu’elle soit.  Aujourd’hui, nous constatons que cet idéal est remplacé par le relativisme culturel, qui, pour nous, les musulmanes, est la plus haute forme de mépris, puisque ici, nous sommes invisibles et inaudibles si nous ne sommes pas voilées.

Prenez le temps de lire...

...pour ne citer que ces quelques réformistes, qui sont de plus en plus nombreuses et nombreux et qui font face à l’islam politique commandité à coups de pétrodollars et relayé par la gauche communautariste.

Les religions nous ont assez asservies, et votre rôle de députée n’est point de nous y emprisonner.  Votre rôle ne devrait-il pas consister à nous aider à nous affranchir de cette déviance sociale ?

 

"Vraiment, tu me fâches, Catherine Dorion"
Sur le blogue de Léolane KEMMER
Mardi, 18 décembre 2018

 
 

Je sais que je vais avoir l’air de m’acharner, Catherine, mais suite à la publication de ta dernière vidéo, je suis encore plus fâchée après toi, que je ne l’étais la semaine dernière.  On me dira bien d’en revenir de tes frasques, d’arrêter de te donner de l’importance, mais je l'avais bien dit: au-delà des artifices, j’écoute attentivement ce que tu dis et ne pas répondre aux propos que tu as tenus reviendrait à être complice de l’entreprise de désinformation que tu mènes avec beaucoup de créativité.   

Commençons, si tu le veux bien, avec la première chose qui m’a sauté aux oreilles : à quel moment est-ce redevenu correct de faire abstraction de l’importante différence qu’il y a entre les musulmans et les islamistes? (une réponse ici)        

Mélanger les musulmans et les islamistes revient au même que de confondre les Québécois non croyants ou modérés, avec les prêtres coupables de crimes pédophiles.  C’est frauduleux et injuste et, le plus curieux, c’est que chez Québec solidaire, vous étiez pourtant les chefs de file pour défendre, avec raison, l’indubitable différence qu’il y a entre les deux.         

Or, nier aujourd'hui cette différence fondamentale n’est pas faire preuve ouverture d’esprit ou d’altruisme. C’est une fumisterie pour les Québécois autant que pour tous ceux qui sont arrivés ici dans l’espoir de vivre libres et protégés de ceux qui les ont forcés à fuir.  Je me questionne beaucoup sur ce qui peut bien se tramer dans la tête de quelqu’un qui souhaite accueillir à la fois les réfugiés ET ceux qui les oppressent et les persécutent.         

Nous ne sommes peut-être pas les « héros de la rationalité », comme tu dis, mais dès le moment où nous avons décidé de séparer l’Église de l’État, nous avons fait un immense bond en avant dans la rationalité et la justice sociale.         

C’est drôle, tu nous parles comme si nous étions les derniers demeurés d’une classe de maternelle, alors qu’en réalité, ne serait-ce que par notre entêtement à choisir la laïcité, nous sommes socialement en avance sur notre époque qui se laisse de plus en plus séduire par les vieux cultes puritains, ramenés au goût du jour par les ratés de la liberté moderne.         

Pourquoi banaliser ainsi le voile et la portée de sa symbolique?  Pourquoi faire la sourde oreille aux propos tenus par des femmes comme ?:

Sont-elles brainwashées, ignorantes, intolérantes ou racistes?  Sont-ce des curés, elles aussi?

Pourquoi tourner en ridicule leur travail acharné pour nous informer, défendre notre liberté de conscience et d’expression, et nous mettre en garde contre ceux qui ont déjà bouleversé les pays d’Orient et d’Europe, et qui projettent ouvertement de faire la même chose ici? 

Poursuivons : en plus de confondre musulmans et islamistes, tu ne sembles pas voir la différence tout aussi marquée qu’il y a entre spiritualité et religion. La spiritualité est une quête de paix et d’équilibre personnelle, qui se vit par et pour soi.  La religion est une institution qui gouverne et conquiert les esprits en codifiant les vies et les mœurs, à travers des croyances et des convictions induites par des mythes, des rites et des traditions.         

Pourquoi discréditer la spiritualité de ceux qui se battent contre leurs dépendances?  Est-ce qu’ils ruent dans les brancards pour obtenir toujours plus d’accommodements, parce que leur combat pour la sobriété les a amenés à croire à en une force supérieure?  Non, en général, ils accompagnent ceux qui sont en train de passer dans le même tordeur qu’ils ont eux-mêmes dû traverser.  Leur spiritualité leur fait faire œuvre utile.         

Est-ce que la matante qui croit en la réincarnation prend d’assaut toutes les tribunes qu’elle peut pour diffuser ses croyances et ses politiques?  Non, elle va préférer acheter des livres sur le sujet et en discuter avec ceux qui partagent ses intérêts, plutôt que de sommer un chef politique de faire profil bas.  Sa spiritualité la rassure dans ses questionnements existentiels et lui permet de tisser des liens.         

Est-ce que le gars avec le visage plein de « pins » va brutaliser sa sœur parce qu’elle refuse de se percer le visage ou parce qu’elle enlève ses piercings une fois hors de la maison?  Non, ses bijoux, il les arbore parce qu’il se fiche des conventions et que ça lui plaît.  Il ne recrute pas des jeunes en douce pour les envoyer faire le djihad.  Ses « pins » lui permettent simplement d’afficher sa personnalité et ne font de mal à personne.         

Pourquoi te moques-tu des familles éprouvées par la maladie qui, dans les pires moments d’angoisse et de chagrin, finissent par se tourner vers une figure divine lointaine qui, sait-on jamais, pourra peut-être les aider à tenir le coup?  Même si toi, moi ou nous tous n’y croyons pas personnellement, qui sommes-nous pour juger, dans la mesure où c’est personnel, que ça apporte du support à ceux qui en ont besoin et que ça ne contraint ni ne soumet personne, contrairement au voile que tu défends?         

Même si on peut questionner le réflexe résiduel d’avoir des gestes religieux dans une société laïque, je trouve que la nonchalance de tes comparaisons est d’une saisissante insensibilité, en plus de ne tout simplement pas tenir la route.         

Nos parents et nos grands-parents ont effectivement travaillé très fort pour libérer leurs esprits, leurs mœurs et leurs coutumes du carcan qu’était devenue l’Église d’avant 1960.  Est-ce que tout est parfait, est-ce que tout est mieux et est-ce que tous les buts sont atteints?  Poser la question, c’est y répondre, mais ce n’est certainement pas en nous ramenant par les cheveux aux heures les plus obscures de l’histoire qu’on pourra continuer d’aller de l’avant.         

C’est fascinant de voir cette capacité que tu as à faire table rase des luttes de nos mères féministes, qui ont consenti à d’énormes sacrifices pour que tu sois maintenant libre de tenir des propos sur le voile aussi estomaquants.  Il me semble que c’est une bien étrange manière de les honorer.         

Moi aussi, je trouve ça plate qu’on ne prenne pas la question à bras-le-corps, parce qu’on a peur d’une minorité islamiste guerrière, appuyée par de surprenants collaborateurs québécois.  Je trouve déplorable qu’on se laisse prendre à ce jeu de la censure et qu’on laisse ainsi causer un tort de plus en plus important au Québec et à la majorité des musulmans immigrés ou nés ici qui ne veulent rien savoir des guerres de religion, parce qu’ils savent que, partout ailleurs, leurs frères meurent aux mains des intégristes.         

Tu dis qu’il faut regarder en écoutant, mais écoutes-tu les Québécois?  Je ne parle pas de leur faire la morale ou de les culpabiliser, mais de les écouter, vraiment, au lieu de banaliser leurs peurs?  Parce que cette petite voix que tu décries et que tu nous sommes de taire, n’est pas que porteuse de préjugés et de peurs irrationnelles, mais également de tous nos instincts de protection et de notre conscience personnelle et collective.  Cette voix se cultive et s’éduque, mais ne doit jamais être tue.         

Au lieu de ça, tu nous taxes d’être les nouveaux curés, mais c’est drôle, dans toute cette histoire, la seule personne que je vois vraiment agir en curé, et de cette mauvaise sorte, c’est toi, Catherine.         

Tu fais comme ceux qui se sont permis de prêcher d’une main et d’abuser de l’autre.  Tes propos trompent la confiance des gens, falsifient notre histoire et profitent de l’ignorance des moins instruits, de nos meilleurs sentiments et de nos plus belles valeurs à des fins qui se révèlent de plus en plus anti-québécoises.   Et c’est pour toutes ces raisons que, vraiment, tu me fâches, Catherine Dorion.

Vraiment beaucoup.

 

Sources: Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc.; Le Journal de Montréal pour Québecor inc.

Choix de photos, collection de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 18 décembre 2018

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  Analyses & Opinions
à propos de la spiritualité, de la religion et de la laïcité

Pendant que le Québec se voile... les femmes iraniennes risquent la prison pour se dévoiler

  Le port du voile pour les femmes: 3 000 ans de machisme religieux