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Le titre du texte est l'expression de l'effet pervers du geste posé par le chef du Parti Libéral du Québec. Exiger le silence de la députée musulmane Fatima Houda-Pepin comme condition de retour au caucus équivaut à une expulsion. Depuis 2006 les membres du Parti Libéral du Québec connaissent bien le "J'accuse" de la députée. Tous s'en sont accommodés jusqu'au moment où le vrai débat de société arrive et qu'au lieu de s'engager honnêtement dans le débat, Philippe Couillard chef de la première opposition à l'Assemblée nationale se prive de l'expertise de la seule députée musulmane élue au parlement québécois. La prochaine étape il se servira de chroniqueurs et journalistes pour la salir, lui faire une mauvaise réputation et ensuite dire qu'elle a quitté d'elle même et que c'est mieux ainsi. Est-ce la nouvelle façon de faire de la politique? Pourtant cela me semble très ancien. En attendant ne manquez pas le "J'accuse" de Fatima Houda-Pepin à la fin de cette page - JosPublic

 
 

Condition émise par Couillard: Fatima Houda-Pepin doit garder le silence

 
 

À propos de la publication de la lettre de la députés musulmane et Libérale Fatima Houda-Pepin: «C'est un geste sérieux qui a été posé. Les conséquences pourraient aussi être sérieuses si d'autres gestes ne sont pas posés», a dit M. Couillard en point de presse.

Le chef libéral réclame de la députée de La Pinière «un engagement explicite et non ambigu à travailler avec le caucus.»

Philippe Couillard - Chef du Parti Libéral du Québec

Madame Fatima Houda-Pepin n'a pas eu de contact avec Monsieur Philippe Couillard, ni avant, ni depuis sa lettre du 14 novembre 2013, dans laquelle elle prend ses distances de la position du parti sur la laïcité ( 01 ) en général et sur port du tchador en particulier.

Elle n'a accordé aucune entrevue à la suite des déclarations faites vendredi le 15 novembre 2013 par son chef, qui la somme de ne plus faire bande à part et d'indiquer rapidement qu'elle se rallie au caucus libéral et à ses positions.

Sur le port du tchador, M. Couillard a cependant donné raison à sa députée, et désavoué du même souffle un autre de ses députés, Marc Tanguay, en disant qu'il exclura toute candidate éventuelle qui chercherait à se faire élire affublée d'un tchador

Sur ce point, le ministre responsable des Institutions démocratiques et parrain de la charte de la laïcité, Bernard Drainville, a jugé que le chef du Parti libéral du Québec (PLQ) semait la confusion.

«Il dit maintenant qu'il est contre le tchador pour les candidates libérales, mais il continue d'être pour le tchador dans le cas des fonctionnaires, des éducatrices et des enseignantes. Comprenez-vous quelque chose? Moi, j'ai de la misère à le suivre et je ne dois pas être le seul», a-t-il dit lors d'un point de presse.

Il invite le chef libéral Philippe Couillard à «refaire ses devoirs». «On ne sait plus trop quelle est la position du parti libéral sur la charte des valeurs», a-t-il commenté.

Dans sa lettre la députée de La Pinière contestait l'ouverture du parti au tchador, prônait une limite aux libertés fondamentales si elles venaient en contradiction avec le principe d'égalité hommes-femmes et jugeait que l'approche actuelle du parti sur ces questions marquait une rupture avec l'histoire du PLQ.

M. Couillard a pu prendre connaissance du contenu de la lettre en même temps que tout le monde, la députée ne l'ayant pas avisé de sa démarche.

La veille, les libéraux avaient tenu un caucus houleux, au cours duquel Mme Houda-Pepin aurait défié son chef, indiquent des témoins. Elle lui aurait reproché de ne pas prendre en compte suffisamment ses idées.

Depuis, les ponts semblent coupés entre la députée, ses collègues et son chef.

Parizeau invite à la discussion

L'ex-premier ministre péquiste Jacques Parizeau a mis son grain de sel dans le débat, en affirmant que tous les chefs des partis représentés à l'Assemblée nationale «devraient chercher à s'entendre sur une formulation», en faisant référence au projet de charte des valeurs du gouvernement Marois. «En ce moment, avec des discussions comme celles-ci, nous définissons la société dans laquelle nous voulons vivre», a-t-il poursuivi.

«

Alors il ne faut pas reculer devant le débat; il ne faut pas s'étonner du tout que ça craque à l'intérieur des partis... C'est peut-être un signe de maturité qu'on accepte de discuter de questions comme celles-là dans notre société
- Jacques Parizeau
                                                                Professeur d'économie et ex-premier ministre du Québec

»
 
 

Le test de Philippe Couillard
Extrait d'un texte de Josée Legault
Politologue et blogueuse

 
 

Pour le chef libéral, Philippe Couillard, la sortie de sa députée est un véritable test politique. Si, à terme, il l’expulse, il dira en fait que s’il défend les libertés fondamentales sur toutes les tribunes, cette liberté ne s’étendrait pas à ses députés sur des questions également fondamentales. 
Si, par contre, il réussit son appel à la «réconciliation» lancé ce matin à Mme Houda-Pepin, il devra lui donner des responsabilités à la hauteur de ses connaissances et de son expérience dans ce dossier.

Le 15 novembre 2013, M. Couillard disait en effet souhaiter le retour de Fatima Houda-Pepin au caucus. Disant qu’elle avait posé un «geste de rupture», il posait une condition à son retour : qu’elle travaille dorénavant avec le caucus. En d’autres termes, il lui demande de s’«exprimer», mais à l’intérieur du caucus…

Il se disait aussi en accord complet avec les propos de sa députée sur le tchador. Et donc, en désaccord avec ceux de son député Marc Tanguay…

La sortie de Mme Houda-Pepin a donc forcé le chef libéral à aller plus loin que la position de son parti sur les signes religieux  – soit d’obliger seulement la prestation et la réception de service publics «à visage découvert».

Plus loin, parce que le tchador se porte en fait  à «visage découvert»…

Bref, avec sa lettre d’une extrême clarté et habilité politique – puisqu’elle ne s’y prononçait pas en faveur de la charte du gouvernement -, Mme Houda-Pepin a fait bouger son parti et place son chef face à ses propres contradictions.

Ce faisant, elle a réussi à établir un certain rapport de forces face à la direction d’un parti auquel, par ailleurs, elle s’identifie profondément depuis longtemps.

Marc Tanguay et Jean Charest

Philippe Couillard

Ce rapport de forces, elle l’a également parce qu’elle est à l’origine depuis des années d’une pensée étayée contre la montée des intégrismes religieux. C’est d’ailleurs sur cette question spécifique que planche le PLQ dans la préparation de son propre projet de loi. Or, là où le bât blesse, c’est quant au rôle de Mme Houda-Pepin dans ce processus....

ici pour accéder à l'ensemble du texte de Josée Legault

 
 

François Legault de la Coalition Avenir Québec se ridiculise

 
 

Après avoir affirmé plus tôt cette semaine qu'il serait à l'aise d'accueillir une candidate ou de côtoyer une élue portant le tchador, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a fait marche arrière, vendredi le 15 novembre 2013.

Dans un communiqué diffusé en fin d'après-midi, après la publication d'un article de La Presse Canadienne faisant état de l'ouverture de la CAQ envers les femmes portant le tchador qui pourraient se porter candidates aux prochaines élections, M. Legault a dit qu'un tel scénario relevait de la «science-fiction».

«Franchement, on est dans la science-fiction lorsqu'on prétend qu'une candidate de la Coalition pourrait porter le tchador. Il est inconcevable qu'une candidate puisse se présenter pour la Coalition en portant un tel vêtement», a dit M. Legault dans son communiqué.

Rappelant la position de la CAQ qui propose d'interdire les signes religieux visibles pour tous les employés de l'État en position d'autorité - juges, policiers, agents de la paix ainsi que les enseignants et directeurs d'écoles publiques - M. Legault a dit qu'«il est impossible qu'une femme portant le tchador veuille endosser notre programme».

Pourtant, le 14 novembre 2013, le chef de la CAQ avait affirmé le contraire, alors qu'il emboîtait le pas au député libéral Marc Tanguay.

«Pas de problème avec ça. En autant qu'on puisse reconnaître la personne, il n'y a pas de problème avec ça», avait fait valoir M. Legault, en point de presse.

«Si un candidat se présente avec un signe religieux et que les gens choisissent de l'élire, il pourra continuer de garder ce signe religieux à l'Assemblée nationale», avait-il précisé.

 
 
 

Entrevue radiophonique exclusive de Fatima Houda-Pepin

 
 

Fatima Houda-Pepin décide de briser le silence et prend ses distances avec la position de son parti sur la laïcité de l'État. Elle a été blessée et choquée par la sortie de son collègue Marc Tanguay qui soutient qu'une femme qui porterait le tchador serait acceptée parmi les candidates du PLQ aux prochaines élections. La lettre de la députée de La Pinière a déjà suscité beaucoup de réactions, dont celle du chef libéral, Philippe Couillard, qui veut lui donner la chance de s'expliquer. Entrevue sur Ici Radio-Canada Première. Animation : Marie France Bazzo.

 
 

Le «J'accuse» de Fatima Houda-Pepin
La députée libérale dénonce la «propagande haineuse» des «extrémistes»


8 juin 2006
 
 

Une «propagande haineuse», un véritable «cancer», se dissémine dans notre société depuis 25 ans, «sous couvert de religion», l'islam «réductionniste», a accusé hier la députée libérale de La Pinière, Fatima Houda-Pepin, dans un entretien au Devoir où elle a remis en question la représentativité de certains des porte-parole de cette communauté. Seule élue québécoise musulmane, elle insiste pour dire qu'elle ne veut d'aucune façon préjuger de la culpabilité des 17 présumés terroristes torontois, arrêtés vendredi.

Elle souscrit évidemment aux appels au calme et à la prudence.

Mais elle considère que Québécois et Canadiens, «quelle que soit l'issue des procès», doivent prendre conscience d'un fait: «Tant et aussi longtemps qu'on laissera des gens, ici, faire des endoctrinements et lancer des messages de haine à l'encontre des autres parce qu'ils sont d'une autre religion, d'une autre culture, d'une autre idéologie ou d'une autre pratique religieuse, nous allons avoir des problèmes.»

Mme Houda-Pepin, qui n'a jamais été tendre à l'endroit des sections radicales de l'islamisme, avait présenté l'an dernier une motion à l'Assemblée nationale (finalement adoptée à l'unanimité) en opposition au projet de tribunaux islamiques en Ontario.

Elle s'inquiète des propos auxquels les citoyens musulmans sont exposés «dans des lieux de culte» ou «dans des cercles de réflexion ou d'échange spirituels». Là, dit-elle, se tiennent «des discours haineux extrêmement violents à l'endroit de tous les "mécréants"; entendez par "mécréants" tous ceux qui ne sont pas musulmans, d'une part, et, d'autre part, les musulmans qui ne pensent pas comme eux. Selon la députée, «la violence commence là: lorsqu'on propage un discours de haine à l'encontre de l'autre, à cause de sa différence». D'après elle, «il faut arrêter de se fermer les yeux sur cette réalité parce que nous sommes tous perdants si on continue de fermer les yeux sur ce phénomène».

Comme les skinheads

Elle s'étonne du fait que l'on soit si vigilant envers les «discours haineux» que propagent les «skinheads», par exemple, mais dès que des propos de la même eau sont formulés dans un discours «religieux», on laisse faire. «Je présume et je suppose qu'il est permis d'interdire!», dit-elle en contre-pied au fameux slogan de mai 1968, «il est interdit d'interdire». Elle fait remarquer que le code pénal canadien contient «tout ce qu'il faut» pour mettre fin à cette «propagation haineuse sous couvert de religion». «C'est aux autorités compétentes d'agir en conséquence», insiste-t-elle.

Surtout que toute cette haine est un produit d'importation qui cause un problème de représentativité. Ses propagateurs font partie, dit-elle, d'un «petit segment minoritaire» chez les musulmans d'ici, «une mouvance alimentée aux conflits importés d'ailleurs, aux sensibilités venant d'ailleurs; elle s'est organisée autour d'un certain leadership importé d'ailleurs», affirme-t-elle. Elle pense par exemple «à des gens qui viennent ici comme imams, ils sont formés à l'étranger, payés par l'étranger, pour promouvoir au Québec et au Canada un islam de l'étranger qui n'a aucun rapport avec la réalité et les contextes proprement québécois et proprement canadiens».

Ce «segment» travaille depuis longtemps au Canada, depuis quelque «25 ans», soutient-elle.

Et ceux qui le composent sont bien alimentés à tout point de vue (financement, mobilisation, structure) et cherchent à s'imposer par tous les moyens aux communautés musulmanes.

«D'une certaine manière, ils essaient de définir la communauté au Canada et au Québec», dit-elle.

Le 22 avril 2013, la chef surintendant Jennifer Strachan a tenu une conférence de presse pour annoncer l'arrestation de deux individus accusés d'avoir planifié une attaque terroriste contre un train voyageur de Via

Mais il y a un problème: «N'importe qui peut se déclarer imam», déplore Mme Houda-Pepin. «Ce n'est pas comme le sacerdoce, où vous avez une structure, une Église organisée, où les titres valent quelque chose, où les gens ont passé à travers une formation académique, une formation personnelle, qui les a amenés à une reconnaissance d'un statut précis.»

Même si vous faites n'importe quel métier, soutient-elle, «vous pouvez presque entrer dans une mosquée, dire que vous voulez être un imam et vous êtes un imam! Pourvu que vous ayez l'argent qui coule derrière vous, parce que c'est ce qui est nécessaire. Et alors, vous pouvez prendre la communauté en otage».

En contrepartie, «l'immense majorité» de cette communauté, dit-elle, ne se reconnaît pas dans ces imams souvent invités par les médias pour parler au nom des musulmans. «Il n'y a pas de leadership unifié, il n'y a pas d'interlocuteurs qui vont refléter l'opinion, le point de vue ou le sentiment de la très vaste majorité», déplore-t-elle.

«Ceux qui s'intègrent, ceux qui vivent en harmonie avec leur milieu ne sont pas organisés, n'ont pas de voix reconnue pour refléter leurs sentiments et leurs réactions.» Et cette situation est «profondément dramatique», souligne Mme Houda-Pepin, parce que de nombreux membres de cette majorité «non organisée» se sentent floués: «Quand on les rencontre, ils vous disent: "Moi, j'ai quitté mon pays, j'ai quitté ma famille pour fuir l'extrémisme, la violence, le fanatisme, pour combattre ces éléments-là, et ici, on m'associe à ceux qui représentent cela!"», raconte la députée.

L'imam de l'association des étudiants musulmans de l'Université Laval,
Hamza Chaoui tient des propos assez extrémistes

Un «cancer»

Ainsi, s'il faut bien sûr faire «tous les efforts nécessaires pour encourager l'intégration des communautés musulmanes au Québec, au Canada», il faut aussi, selon elle, «avec la même énergie et avec la même force, dénoncer les éléments extrémistes qui sont en train de disséminer une vision de l'islam qui est totalement en rupture avec ce qu'on devrait vivre dans le monde moderne. C'est un vrai cancer qui est en train de se répandre dans la communauté».

À preuve, ces burqas qui se multiplient chez nous et qui, notamment, étaient omniprésentes autour du palais de justice: «C'est une violence faite aux femmes de les forcer à porter ça, une ségrégation. On leur apprend à haïr l'autre, on leur apprend à ne pas donner la main à l'autre. On leur apprend à prendre leurs distances par rapport à l'autre.»

Lutter contre l'extrémisme ici, c'est du reste aider d'autres pays musulmans qui tentent de s'en sortir, affirme-t-elle. Il faut en somme agir localement et penser globalement car il y a aujourd'hui un extrémisme sans frontières qui est un sous-produit de la mondialisation.

«L'ayatollah Khomeiny, lorsqu'il est rentré en Iran en 1979, il est parti d'où? De la banlieue de Paris, rappelle la députée. Est-ce que vous vous rendez compte que plusieurs mouvances qui se déploient à l'heure actuelle dans le monde ont leurs pieds à terre dans les pays démocratiques pour frapper ces autres pays qui cherchent justement à leur barrer la voie chez eux? L'internationalisation est déjà là. Donc, personne ne peut mener ce combat-là seul.»

Le discours de Mme Houda-Pepin débouche sur un plaidoyer pour l'aide internationale à ces pays aux prises avec l'islamisme, par exemple le Maroc. «Si on est capable de dépenser des milliards de dollars pour envoyer des soldats en Irak prétendument pour implanter la démocratie, est-ce qu'on ne pourrait pas prendre le quart de cet argent-là et aider des pays qui veulent aller vers la démocratie et les soutenir dans leur destin?»

Sources: Agence La Presse Canadienne/Canadian Press Enterprises propriété de CTVglobemedia, Torstar et Power Corporation of Canada
La Presse/Gesca pour Power Corporation of Canada, Le Devoir pour SPEQ Le Devoir inc., Le Journal de Montréal pour Québecor

Choix de photos, compilation de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 15 novembre 2013

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