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L'ex-députée Fatima Houda-Pepin la première femme musulmane à l'Assemblée Nationale du Québec

Les au revoir de Fatima Houda-Pepin

8 avril 2014 - Mme Houda-Pepin représentait les électeurs de la circonscription La Pinière, région Montérégie, Rive-Sud de Montréal, à l'Assemblée nationale depuis 1994. Mais ses opinions en matière de laïcité avaient donné lieu à un bras de fer avec son chef Philippe Couillard, de sorte qu'elle avait été exclue du caucus libéral en janvier 2014. Lors de la soirée des élections, le 7 avril 2014, l'annonce de l'élection d'un gouvernement libéral a d'ailleurs été accueillie presque dans l'indifférence chez les militants de Mme Houda-Pepin.

Démoralisée par la tournure de la campagne, Fatima Houda-Pepin souhaite fonder un groupe de réflexion afin de réinventer la politique.

 

 

 

 

 

Son rassemblement électoral, dans une école primaire de Brossard, a rapidement pris des airs de soirée d’adieu. Tout de blanc vêtue, rayonnante malgré la défaite, la députée sortante de La Pinière et ex-libérale, Fatima Houda-Pepin, a passé une bonne partie de la soirée d’hier à réconforter des bénévoles, à les serrer dans ses bras, à se faire prendre en photo avec eux. « Il ne faut pas avoir de la peine, il faut regarder vers l’avant », a-t-elle dit à une femme qu’elle venait d’étreindre avec tendresse.

Battue à plate couture par le libéral Gaétan Barrette, qu’elle affrontait à titre de candidate indépendante, la politicienne n’a pas l’intention de disparaître de la vie publique. Démoralisée par la tournure de la campagne, elle souhaite fonder un groupe de réflexion afin de réinventer la politique.

« La campagne a été axée sur des slogans, des images, des clips, a-t-elle déclaré lors de son discours. Elles sont où, les idées ? Les partis se font mener par les agences de relations publiques. Cette façon de faire est en train d’asphyxier la démocratie. Je vais mettre sur pied un groupe de réflexion sur « la politique autrement ». Et rassembler toutes les volontés, toutes les idées, toutes les meilleures pratiques en ce sens. La politique au Québec doit se faire à dimension humaine, avec et pour les citoyens. Je compte sur vous ! »

Mais ses dehors sereins n’ont pas empêché Fatima Houda-Pepin de laisser pointer de l’amertume à l’égard de ses adversaires lorsqu’elle a tenté, en entrevue, d’expliquer sa défaite.

Comment pouvez-vous être rayonnante après avoir encaissé un revers aussi cuisant ?

Parce que je suis fidèle à mes convictions et je sais que la campagne a été menée de façon sale. Sale, d’abord, parce que Barrette a utilisé des stratégies de manipulation en m’associant au Parti québécois, en disant qu’un vote pour Fatima égale un vote pour la séparation, alors que je suis une fédéraliste reconnue. Cela a beaucoup joué auprès des communautés issues de l’immigration.

Et M. Couillard a joué très fort la carte du référendum. Cela a été un point tournant dans la circonscription, surtout que des leaders de la communauté chinoise se sont relayés pour faire passer ce message. Les Chinois d’origine, normalement, ne votent pas, et cette fois-ci, ils sont sortis en masse. La stratégie a fonctionné.

Et il y a les islamistes qui sont très forts dans la circonscription, notamment autour de la mosquée Al Quba, et qui ont été très actifs pour mobiliser les gens. C'a fonctionné.

L’appui du maire de Brossard, Paul Leduc, envers votre adversaire libéral a-t-il été déterminant?

Le maire a livré l’élection de Barrette clé en main. Des conseillers municipaux et du personnel de son entourage l’ont aidé dans sa campagne. Bref, M. Barrette avait autour de lui toutes ces forces-là. Mais voici quelqu’un qui est très ambitieux, qui veut avoir sa limousine de ministre; il n’a pas pu l’avoir avec le PQ ni avec la CAQ, il l’a eue avec le Parti libéral. Alors, on leur souhaite bonne chance. Les problèmes de M. Couillard commencent.

Qu’est-ce que ça vous fait de voir votre ancien parti remporter une victoire aussi décisive ?

Pour moi, le Parti libéral est toujours mon parti, dans le sens où je ne l’ai jamais quitté, il faut le dire. J’ai des amis dans le Parti libéral. Le problème que j’ai eu, c’est avec M. Couillard et non pas avec le Parti libéral du Québec. Je suis heureuse pour tous les collègues qui ont été élus ce soir, pour quelque parti que ce soit. Je sais ce que c’est de se battre pour ses idées. Je veux que la démocratie fonctionne au Québec.

Regrettez-vous de ne pas être à leurs côtés ce soir ?

Pas du tout. Je ne regrette rien, absolument rien.

 
 
 

"Je ne suis plus du Parti Libérale du Québec,
reste fédéraliste et je suis contre le tchador à l'Assemblée nationale
"
 

 
 

12 février 2014 - La députée indépendante de La Pinière, Fatima Houda-Pepin, a finalement déposé en Chambre, le projet de loi de lutte à l’intégrisme qu’elle avait tenté en vain de présenter à ses anciens collègues libéraux et sur lequel elle travaillait depuis quelques années.

L'ancienne députée libérale soutient aussi que la position adoptée par les libéraux sur la neutralité religieuse de l’État a été définie uniquement par le chef, Philippe Couillard, sans aucune consultation préalable de ses députés.

Désormais hors du caucus libéral, dont elle a fait partie pendant 20 ans jusqu’à janvier 2014, Mme Houda-Pepin a retrouvé sa liberté de parole. Elle en a profité pour rendre publique sa position, en conférence de presse, tout en traçant un portrait peu flatteur de M. Couillard, qu’elle a décrit comme un menteur, un chef solitaire préférant prendre ses décisions en vase clos et ayant manqué d’élégance à son égard.

«Je n’ai jamais pensé que je pourrais être traitée de la sorte au Parti libéral du Québec», a dit Mme Houda-Pepin, au bord des larmes.

Elle affirme que la position libérale sur le port des signes religieux par les employés de l’État a été annoncée publiquement par M. Couillard, à la fin août, à Rivière-du-Loup, sans que les députés en aient été informés à l’avance, ni consultés d’aucune façon. Il avait dit alors en point de presse s’opposer à toute forme d’interdiction de porter des signes religieux.

Pas de débat

Au caucus libéral, «on n’a jamais eu de débat sur cette question-là des signes religieux avant que M. Couillard se prononce», déplore la seule femme députée musulmane de l’Assemblée nationale.

Au cours des derniers mois, après avoir affirmé publiquement en novembre qu’elle ne pouvait pas partager la position du parti sur cette question, elle dit avoir eu plusieurs échanges en privé avec M. Couillard. «On m’a menti», conclut-elle, quant à la possibilité évoquée par son chef d’alors de revoir la décision en tenant compte de ses objections.

«Le problème avec M. Couillard, c’est qu’il vous dit blanc aujourd’hui et vous dit noir demain, et pour lui c’est normal», a-t-elle soutenu.

Signes religieux

Sur la question controversée des signes religieux ostentatoires, elle plaide, contrairement aux libéraux, pour l’interdiction aux personnes incarnant l’autorité coercitive de l’État: juges, policiers, procureurs et agents correctionnels. Elle trouve donc que la charte de la laïcité du gouvernement va trop loin, en cherchant à interdire les signes religieux à tous les employés de l’État sans exception.

Son projet de loi 491 ratisse très large. Comme les libéraux n’étaient pas intéressés, la députée de La Pinière se tourne maintenant vers les autres partis pour mousser son projet. Elle a donc offert aux caucus du Parti québécois, de la Coalition avenir Québec et de Québec solidaire de leur présenter et de leur expliquer la démarche qu’il sous-tend. Les trois caucus ont accepté de l’entendre au cours des prochains jours.

«Je suis ouvert à toutes les bonnes idées. Et si Mme Houda-Pepin a de bonnes idées pour améliorer le projet de charte, on ne va sûrement pas s’en priver», a commenté le ministre responsable de la charte de la laïcité, Bernard Drainville. Il considère que la députée «n’a pas eu d’écoute au sein du caucus libéral, elle va avoir de l’écoute au sein du caucus du Parti québécois».

Neutralité de l'État

Le projet de loi 491 vise d’abord à proclamer que l’État est neutre sur le plan religieux.
Ici : Pour lire le projet de loi (pdf)  Il obligerait les employés de l’État à faire preuve de neutralité dans l’exercice de leurs fonctions et leur interdirait de porter le tchador, le niqab ou la burqa.

Tous les services de l’État devraient être donnés et reçus à visage découvert.

Le projet de loi vise aussi à interdire les mariages forcés. Nul ne pourrait célébrer un mariage religieux à moins qu’il ne respecte l’âge légal du mariage, l’égalité juridique des époux et leur libre consentement. La pratique de la polygamie — qui existe au Québec, selon elle — serait formellement interdite.

La loi interdirait explicitement les mutilations génitales féminines, comme l’excision.

Le gouvernement devrait par ailleurs créer un Centre de recherche-action chargé de mener des recherches visant à identifier et documenter les manifestations d’intégrisme religieux. «Il y a un déficit de connaissance qu’il faut absolument combler», selon elle, pour mieux s’attaquer aux organisations intégristes.

La députée définit l’intégrisme religieux comme étant «une idéologie politique qui tend à imposer aux individus, à la société et à l’État des pratiques et des valeurs issues d’une interprétation radicale des religions, notamment les discours portant atteinte au droit à l’égalité entre les femmes et les hommes et incitant à la discrimination et à la violence ainsi que la propagande haineuse appelant à la légitimation du crime en vue de saper les bases de la démocratie et les droits de la personne».

 
 

Rupture avec le Parti Libéral du Québec

 
 

23 janvier 2014, la députée Fatima Houda-Pepin accuse son ancien chef Philippe Couillard de s’être livré à un marchandage éhonté, destiné à lui faire endosser à tout prix sa position sur les signes religieux.

Selon Mme Houda-Pepin elle s’est fait offrir sur un plateau d’argent l’assurance d’une place de choix au Conseil des ministres d’un éventuel cabinet Couillard si elle renonçait à vouloir modifier l’orientation du parti sur la neutralité religieuse de l’État, notamment axée sur l’absence d’interdit de porter des signes religieux. C’était donnant-donnant : un appui à la position du chef contre une place réservée sur la banquette arrière d’une limousine.

Le 21 janvier 2014, pour la députée de La Pinière, la seule élue musulmane de l’Assemblée nationale, la neutralité religieuse de l’État doit « s’incarner minimalement » dans les agents de l’État dotés de pouvoirs de coercition, comme les juges, les procureurs, les policiers et les agents correctionnels. Ils ne devraient pas porter de signes religieux ostensibles. De plus elle a souligné qu’elle luttait contre l’intégrisme depuis trente ans, refuser d’interdire le port de signes religieux, « c’est une porte ouverte à beaucoup de dérives ».

« La ligne de parti, c’est en train d’évoluer dans tous les Parlements de type britannique comme le nôtre », a-t-elle fait valoir sans succès. « Malheureusement, le Parti libéral de M. Couillard ne me permettait pas d’avoir une liberté d’action. » Fatima Houda-Pepin s’est cependant dite sereine. « J’ai défendu mes convictions et, cela, je ne le regretterai jamais. » Elle considère avoir été exclue du Parti Libérale du Québec pour n'avoir pas accepté la ligne de partie qui heurtait sa conscience.

 
 

Une première dissension en novembre 2013

 
 

Novembre 2013: Dans le cadre du débat sur la charte des valeurs québécoise, la députée québécoise et Libérale de la circonscription de La Pinière, Fatima Houda-Pepin, réagit aux propos de son collègue Marc Tanguay député québécois et Libéral de la circonscription de Lafontaine, sur le port du tchador à l'Assemblée nationale.

C'est la goutte qui a fait déborder le vase. Je suis sidérée, blessée et choquée de ce que j'ai lu dans La Presse et le Devoir du 12 novembre 2013 ( 01 ), une déclaration de mon collègue Marc Tanguay, porte-parole de l'opposition officielle en matière de laïcité, sous le titre « Les candidates libérales pourront porter le tchador au prochain scrutin ». Pour être une assidue du caucus des députés libéraux, un tel positionnement n'y a jamais été discuté.

Je le cite au texte « On ne peut jouer dans les limitations des libertés, et cette personne qui se fait élire (avec son tchador) aurait tout à fait le droit et la légitimité démocratique d'être assise à l'Assemblée nationale ». Mais avant qu'une « libérale » portant un tchador puisse siéger à l'Assemblée nationale, il faut qu'elle soit candidate, et pour être candidate, il faut qu'elle y soit autorisée, par écrit, par le chef du parti libéral du Québec.

Est-ce que c'est ça le modèle de l'égalité hommes-femmes que le parti libéral du Québec veut maintenant présenter à la face du Québec ? Est-ce que les Québécoises ont fait tout ce chemin pour en arriver à prendre comme modèle de l'égalité hommes-femmes celui de l'Arabie Saoudite ( 02 ) ou de l'Iran des Ayatollahs ?

Je me questionne. Suis-je encore dans le Parti libéral dont les élites politiques et intellectuelles se sont relayées pendant un siècle, pour mener un combat courageux pour la séparation de l'Église et de l'État au Québec ?

Suis-je encore au parti libéral d'Adélard Godbout qui a accordé aux Québécoises le droit de vote et d'éligibilité des femmes, un droit gagné de haute lutte par les suffragettes et les militantes libérales ?

Suis-je encore au Parti libéral du même Adélard Godboult qui a institué l'école obligatoire forçant les parents de toutes les régions du Québec à scolariser leurs enfants - garçons et filles - ?

Suis-je encore au Parti libéral du Québec de la Révolution tranquille qui a fait élire la première femme députée à l'Assemblée législative, Marie-Claire Kirkland-Casgrain qui a mis fin à la tutelle des femmes en faisant adopter la loi sur la capacité juridique de la femme mariée ?

Quand on connaît la signification du tchador et de sa variante afghane, le tchadri, comment peut-on justifier l'acceptation d'un tel symbole dans ce haut lieu de notre démocratie qu'est l'Assemblée nationale ?

Je suis libérale et fédéraliste et je refuse toute dérive vers le relativisme culturel sous couvert de religion, pour légitimer un symbole, comme le tchador qui est l'expression même de l'oppression des femmes, en plus d'être la signature de l'intégrisme radical.

Est-il nécessaire de rappeler que le Parti libéral du Québec ( 03 ) a déjà limité la liberté d'expression (liberté fondamentale) en matière d'affichage commercial, par voie législative, et qu'il a même eu recours à la clause nonobstant pour soustraire sa Loi à la Charte des droits et libertés de la personne du Québec et à la Charte canadienne des droits et libertés. ( 04 )

«

Oui, en démocratie, il est permis d'interdire,
quand l'intérêt public l'exige

»

 L'égalité hommes-femmes est un droit fondamental qui demeure un acquis fragile à l'ère des intégrismes qui caractérise notre siècle, Il faut le protéger et le défendre et non le mettre en péril.

Note: Ceci n'est pas une réplique à la Charte des valeurs, mais une réaction à la déclaration de M. Marc Tanguay. Mme Houda-Pepin rendra publics ses commentaires sur la charte ultérieurement et déposera un projet de loi sur la neutralité religieuse de l'État.

 
 

 
 

Futures députées québécoises telles que vues par certains membres du Parti Libéral du Québec ?

Source:  Agence La Presse Canadienne/Canadian Press Enterprises propriété de CTVglobemedia, Torstar et Power Corporation of Canada, Magazine l'Actualité pour Rogers communication

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 14 novembre 2013
Mis à jour le 2 juin 2014

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