La part consacrée aux profits des entreprises privées en santé,
devrait-elle servir à nous soigner?

Non seulement il se dépense de plus en plus d'argent dans le secteur privé de la santé mais lorsque les acheteurs sont le gouvernement et ses institutions, il en coûte plus cher que lorsqu'ils se dotent du personnel approprié pour défendre leurs intérêts d'acheteurs. Le rapport Duchesneau et la Commission Charbonneau nous ont fait la preuve que non seulement les partenariats public-privé assèchent l'expertise dans la fonction publique, mais coûtent de plus en plus cher aux contribuables.

Le cas des deux nouveaux hôpitaux de Montréal, le Centre hospitalier de l'université de Montréal (CHUM) et le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) ( 01 ) s'ajoutent à la longue liste des décisions administratives qui vont contre l'intérêt du bien commun. Dans les cas mentionnés, un des grands fournisseurs choisis, Cardinal Health, a eu des démêlés avec la justice états-unienne. Des gens à l'éthique élastique, les membres du conseil d'administration et le gouvernement vont quand même de l'avant. Ci-dessous, le dossier passé au peigne fin. - JosPublic

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

Gaspillage de l'argent des contribuables en sous-traitance

 
 

La privatisation des services d'entretien du futur CHUM permettra-t-elle vraiment d'économiser? Le recours au privé commence à peine dans les divers pavillons de l'hôpital que, déjà, l'établissement a payé près de 2 millions $ de plus à des sous-traitants que s'il avait confié l'entretien de ses locaux à ses propres employés, a constaté La Presse.

Depuis 2009, l'hôpital universitaire, dont les futurs bâtiments seront entretenus par une entreprise privée, a fait faire plus de 60 000 heures de travail à des sous-traitants à cause d'une pénurie de personnel. Coût total: 3,5 millions de dollars, soit 1,8 million $ de plus que si ces heures avaient été faites par des employés permanents.

C'est ce que révèlent des calculs réalisés par le Syndicat des employés à partir des contrats intervenus entre la direction de l'établissement et ses sous-traitants, que La Presse a vérifiés.

Selon ces documents, les plombiers, menuisiers, peintres, électriciens et ouvriers du secteur privé coûtent deux fois plus cher au CHUM que ses propres employés, même en comptant les avantages sociaux et les autres charges. La marge est encore plus grande pour les heures supplémentaires.

Par exemple, les plombiers et les électriciens de l'établissement sont payés environ 31$ l'heure, en comptant les assurances, la CSST et les avantages sociaux. Un plombier du secteur privé coûte 61,32$; un électricien, 58,98$. L'écart se répète pour les autres corps de métier.

Recours accru au privé

Malgré cela, l'Hôpital fait de plus en plus affaire avec des entreprises privées. Depuis quatre ans, le CHUM s'est engagé auprès de plusieurs petits entrepreneurs en construction. Il a notamment promis en 2010 quelque 27 000 heures de travail de menuiserie d'ici à mai 2013 à une entreprise de Sorel et, en 2011, 4 000 heures de travail en électricité d'ici à 2014 à une compagnie lavalloise. «On n'arrive pas à recruter», explique la porte-parole du centre hospitalier, Sylvie Robitaille. Une trentaine de postes de plombiers, plâtriers, mécaniciens, menuisiers et électriciens sont d'ailleurs vacants. «On essaie toutes sortes de choses pour attirer des ouvriers, mais on n'arrive pas à pourvoir tous les postes», dit Mme Robitaille.

Au syndicat des employés, on voit dans ces postes vacants une stratégie de la direction pour faciliter la transition vers le PPP qui gérera le nouvel hôpital une fois qu'il sera construit. «C'est vrai qu'ils ne trouvent pas toujours des candidats, mais lorsqu'il y en a, ces derniers se font dire qu'ils vont perdre leur emploi en 2015 ou 2016, quand tout sera privatisé, affirme le président du Syndicat, Pierre Daoust. Comme si on voulait les décourager de travailler ici.»

Faux, répond le CHUM. «C'est la décision de Québec de confier l'entretien au PPP, rappelle Sylvie Robitaille. De notre côté, nous allons tout mettre en oeuvre pour replacer nos employés ailleurs le moment venu.»

Plus cher, le PPP?

Entre-temps, les chiffres obtenus par La Presse laissent croire que, comme l'avait suggéré le Vérificateur général du Québec en 2010 ( 04 ), la formule public-privé envisagée n'est pas forcément la solution la moins coûteuse. Le Syndicat en est pour sa part persuadé, tout comme la Fédération de la santé et des services sociaux, qui mène une campagne contre la privatisation des hôpitaux montréalais.

«Les employés du consortium ne demanderont pas des salaires inférieurs à ceux qui viennent actuellement du privé, prévient Pierre Daoust. Ils sont payés selon les prix courants. Si l'entretien coûte plus cher en ce moment avec les sous-traitants, ce sera la même chose avec le PPP.»

Services d'entretien: le privé coûte des millions au CHUM

Même si certains techniciens à l'entretien du secteur privé coûtent deux fois plus cher que leurs homologues du CHUM, l'hôpital continue d'avoir recours à leurs services.

 

 

 
 

Les centres hospitaliers CHUM et le CUSM
privatiseront leurs approvisionnements

 
 

Avec la bénédiction du ministère de la Santé, le CHUM et le CUSM céderont la gestion de leurs approvisionnements au secteur privé, et ce, même si le ministère avait soulevé des doutes sur de possibles conflits d’intérêts du seul soumissionnaire admissible, la multinationale Cardinal Health ( 02 ). Le conseil d’administration du CHUM a entériné la signature du contrat de 9,7 millions sur 7 ans à huis clos, mardi. La signature du CUSM est imminente.

En novembre 2012, La Presse révélait que des apparences de conflit d’intérêts de la seule compagnie en lice avaient poussé Québec à suspendre le processus. « Après analyse, le MSSS ne s’oppose pas à la conclusion de l’entente » , indique maintenant sa porte-parole Noémie Vanheuverzwijn.

Lors d’une séance à huis clos, le conseil d’administration du CHUM a donné son aval à la signature de l’entente. D’une valeur de 9,7 millions sur sept ans, le contrat qui doit être octroyé à la multinationale Cardinal Health par le CHUM prévoit également deux périodes de prolongation de 2 et 5 ans, à un coût de près de 2 millions par an. Selon les documents obtenus par Le Devoir, le CHUM  «peut y mettre fin à tout moment».

Du côté du CUSM, on indique que  «quelques éléments restent à finaliser » avant la signature de l’entente, ce qui est  « prévu rapidement » , dit Julie Paquet, chef des communications pour le nouveau CUSM. Pour être valide, le contrat doit être signé par les deux établissements. Les coûts pour le CUSM n’ont pas été rendus publics.  

Privatisation

Médicaments, pansements, équipements médicaux de toutes sortes : un hôpital consomme des milliers de fournitures, dont les commandes et la distribution étaient jusqu’à maintenant gérées par le secteur public.

Or, Cardinal Health, qui souhaite se substituer au secteur public, est à la fois acheteur et vendeur dans cette affaire. Son principal actionnaire est la compagnie suisse Carefusion Switzerland.

Non seulement elle achètera les fournitures, mais c’est aussi un grand fabricant de produits médicaux : Cardinal Health commercialise plus de 15 000 produits qu’elle fabrique elle-même, selon son site Web, des blouses en passant par les gants chirurgicaux.

Dans un document présenté au Conseil d’administration du CHUM et dont Le Devoir a pu prendre connaissance, on explique que la sous-traitance de l’approvisionnement au privé est nécessaire, car les plans du nouvel hôpital ne prévoient pas d’espace d’entreposage.

L’appel d’offres a été lancé en janvier 2012. En avril, deux soumissionnaires se sont montrés intéressés, mais un seul se qualifie. En novembre, le MSSS demande une vérification du dossier.

Pour le MSSS, l’intérêt public est protégé.  «Nous avons demandé des modifications pour assurer une parfaite séparation entre la distribution et les fournisseurs » , dit Noémie Vanheuverzwijn. Cela devrait, selon le MSSS, assurer que Cardinal Health n’utilise pas de l’information stratégique sur ses compétiteurs.

Appelée à commenter, la FSSS-CSN, qui représente les employés à l’approvisionnement du CHUM et du CUSM, est perplexe.  « Le soumissionnaire est à la fois un fabricant et l’acheteur. Ça nous pose un énorme problème. On pense qu’à moyen et long terme, on va perdre le contrôle sur les coûts, et ces deniers, ils iront à une entreprise privée », dit Luc Bastien, vice-président Montréal, Laval et Grand Nord québécois à la FSSS-CSN.

« De plus, nous avons très peu d’information sur le processus. Pourquoi reste-t-il un seul soumissionnaire ?  » demande M. Bastien.

Luc Bastien

Il se plaint d’un  « manque de transparence flagrant » dans le processus d’octroi du contrat.  « Pourquoi régler ce dossier à huis clos, en cachette ? À l’ère de la commission Charbonneau, c’est
questionnable !
» Le Syndicat aurait aimé présenter une solution  « publique » d’approvisionnement et affirme que cette opportunité ne lui a pas été offerte, malgré une disposition qui le permet à la convention collective. Il craint des pertes d’emplois et d’expertise.

La Presse a par ailleurs révélé que l’avenir des trois hôpitaux composant le CHUM est désormais fixé : Notre-Dame desservira l’est de Montréal à titre d’hôpital communautaire, Saint-Luc sera démoli comme prévu pour permettre la construction des locaux administratifs du Centre hospitalier, tandis que l’édifice abritant l’Hôtel-Dieu sera vendu pour financer le nouveau CHUM.
 

 
 

La multinationale choisie, Cardinal Health,
a eu des démêlés avec la justice états-unienne

 
 

En 2007, notamment, Cardinal Health a accepté de payer 600 millions $US afin de régler une poursuite intentée par des actionnaires qui l’accusaient d’irrégularités comptables et d’avoir gonflé ses revenus. La compagnie s’est défendue d’avoir mal agi, mais a préféré régler le litige pour dissiper les incertitudes.

Cardinal Health était aussi dans la mire de la U.S. Securities and Exchange Commission, qui l’a accusée d’avoir, pendant quatre ans, falsifié ses résultats d’opérations. En juillet 2007, l’entreprise a convenu de verser 35 millions $US pour régler l’affaire.

Dans une autre cause, en 2011, Cardinal Health a versé 8 millions au gouvernement des États-Unis, qui lui reprochait d’avoir versé un pot-de-vin de 440 000 $ à un ancien propriétaire de pharmacie et à un consultant en échange d’une entente pour l’achat de médicaments auprès de la multinationale.

  Portrait de Cardinal Health
 

 
 

L'éthique sélective du ministre de la santé, Réjean Hébert

 
 

Dr Réjean Hébert

Le ministre Réjean Hébert estime qu’il ne faut pas lier les mésaventures judiciaires de Cardinal Health avec les deux ententes signées par le CHUM et le CUSM.

Pour le ministre de la Santé, Réjean Hébert, les ententes conclues par les deux établissements ne posent pas de problème sur le plan éthique puisqu’elles ne concernent que la filiale canadienne de l’entreprise.

Malgré tout, il envisage de soumettre le dossier à l’approbation de l’Autorité des marchés financiers.

Le CHUM et le CUSM ont signé des ententes de 7 ans totalisant 19,4 millions de dollars avec Cardinal Health pour gérer la logistique de leur approvisionnement en matériel médical. Comme les deux contrats prévoient des périodes de prolongation de 2 et 5 ans, leur valeur pourrait totaliser 38,8 millions de dollars sur 14 ans.

Ces ententes font suite à la décision des deux établissements de confier au secteur privé l’entreposage et la distribution des fournitures dont ils ont besoin en matière d’équipements médicaux, de médicaments ou de pansements.

L’entreprise choisie au terme d’un appel d’offres lancé en janvier 2012 est une filiale du géant américain Cardinal Health, une entreprise basée en Ohio et dont le chiffre d’affaires atteint 103 milliards. Or, cette multinationale a été accusée de plusieurs manoeuvres frauduleuses aux États-Unis.

La filiale canadienne

Il ne faut pas lier les mésaventures judiciaires de Cardinal Health avec les deux ententes signées par le CHUM et le CUSM, estime le ministre Réjean Hébert.

 « Les démêlés avec la justice concernent la branche américaine de cette compagnie. Ça ne touche pas la filiale canadienne, qui, elle, n’a pas fait l’objet de tels démêlés, a-t-il expliqué au Devoir lors d’un entretien téléphonique.

 Avant de signer le contrat, les deux établissements ont fait des vérifications de la santé financière de l’entreprise et ont procédé à des analyses de risques associés à des litiges légaux par l’entremise d’une firme externe qui a coté l’entreprise comme à faible risque. »

Réjean Hébert reconnaît toutefois que son ministère n’a appris que « récemment » les problèmes judiciaires de Cardinal Health aux États-Unis. « Les vérifications ont porté sur la compagnie canadienne. C’est elle qui était la signataire du contrat », précise-t-il.

Le gouvernement Marois a fait de la lutte contre la corruption et la collusion une priorité en faisant adopter la Loi sur l’intégrité en matière de contrats publics, mais les dispositions de celle-ci ne s’appliquent pas aux entreprises qui « dépassent l’entité corporative canadienne », estime le ministre.

Il souligne que les contrats du CHUM et du CUSM ne sont pas assujettis à la loi 1 puisque leur valeur est inférieure à 40 millions et que l’appel d’offres a été lancé avant l’adoption de la nouvelle législation. Du même souffle, il reconnaît que des doutes ont été soulevés concernant ces contrats. C’est pourquoi il envisage de demander à l’AMF d’analyser le dossier : « On est en train de regarder les aspects légaux de ça afin de voir si une éventuelle décision de l’AMF pourrait remettre en question les contrats même si l’entreprise n’est pas formellement couverte par la loi 1. » Une décision à ce sujet est attendue au cours des prochains jours, a-t-il précisé.

«Hypocrisie»

Amir Khadir

La décision du ministère de la Santé de ne pas considérer les agissements de la multinationale aux États-Unis dans l’analyse du dossier fait bondir le député de Québec solidaire, Amir Khadir.  « C’est le summum de l’incohérence et de la médiocrité, sinon de l’hypocrisie, tonne-t-il.

On sait que les entreprises créent des filiales pour échapper aux contrôles de toutes sortes. On est en plein dans le paradigme de la lutte contre l’évasion fiscale. C’est une insanité.
»

Il croit par ailleurs que le recours au privé conduira à une perte d’expertise. « On n’a rien appris du scandale dans le domaine de la construction et des infrastructures ? », demande-t-il. Selon lui, la portée des contrats dépasse le simple entreposage d’équipements, malgré ce qu’en dit le ministère de la Santé.

À ce sujet, le ministre Hébert réitère que les contrats consistent essentiellement à assurer l’entreposage, le transport et la gestion de l’inventaire. « C’est une fonction qui peut être assumée par le privé et qui ne nécessite pas une expertise de l’État ou des établissements. Il n’y aura pas d’impact sur l’approvisionnement. Comme Cardinal Health était aussi un fournisseur, on s’est assurés d’une étanchéité entre le rôle d’entreposeur et le rôle de fournisseur qui est prévu au contrat. »

Pour Amir Khadir, accorder ces contrats à Cardinal Health est inacceptable et il entend, dans les prochains jours, soumettre le dossier à l’attention de l’AMF.

La CSN demande elle aussi à l’AMF d’enquêter sur les contrats. Le gouvernement Marois insiste pour écarter des contrats publics toute entreprise entachée sur le plan éthique, fait valoir Jean Lacharité, vice-président de la centrale syndicale. Or, il existe des doutes sur l’intégrité de Cardinal Health aux États-Unis, souligne le représentant syndical. « Dans le contexte de la commission Charbonneau, on n’est pas pour créer un autre problème éthique », dit-il.

« Le gouvernement est en train de nous mettre pieds et poings liés devant une entreprise sur laquelle il n’a aucun contrôle quant aux coûts », ajoute-t-il en rappelant que Cardinal Health fabrique 15 000 produits médicaux et les distribue partout sur la planète.

Sainte-Justine se retire

En 2011, le CHU Sainte-Justine ( 03 ) s’était retiré du projet d’entrepôt commun avec le CHUM et le CUSM. Pour Sainte-Justine, cette solution s’avérait plus onéreuse que de continuer à gérer son entrepôt local.

Selon le directeur des services financiers Antonio Bucci, cela aurait été une « dépense inutile », dit la conseillère aux communications de Sainte-Justine, Mélanie Dallaire. « Nous avons déjà un entrepôt dans notre propre sous-sol, alors que le CHUM et le CUSM n’en auront pas dans leurs nouvelles constructions. M. Bucci a fait ses calculs et en est venu à la conclusion qu’il valait mieux garder notre entrepôt. Ça aurait fini par coûter plus cher », explique Mme Dallaire.

Les démêlés judiciaires de Cardinal Health n’inquiètent pas les directions du CHUM et du CUSM.

« Le choix a fait l’objet d’un processus de sélection très strict. La santé financière de l’entreprise a été vérifiée et elle ne présentait pas d’anomalie », dit Julie Paquet, chef des communications du nouveau CUSM. Elle ajoute que si Québec demande des vérifications à l’AMF, « cette décision leur appartient et nous allons collaborer ».

Dernières nouvelles

La firme controversée Cardinal Health est dans le collimateur du gouvernement Marois.

Stéphane Bédard

Le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, a indiqué mercredi qu'il évaluait les moyens à sa disposition pour assujettir l'entreprise à la Loi sur l'intégrité en matière de contrats publics. «C'est un contrat de moins de 40 millions $, donc il n'était pas assujetti à la loi. J'ai été en contact avec le ministre de la Santé et on est en procédure pour voir de quelle façon on peut, par décret, prévoir un assujettissement particulier», a dit M. Bédard, en point de presse.

Afin d'éviter «de s'embourber et de paralyser les travaux», Québec a choisi de resserrer l'étau graduellement sur les entreprises, a expliqué le ministre Bédard. À terme, la loi 1 s'appliquera aux contrats dont la valeur est bien inférieure à 40 millions $, a-t-il précisé.

«On n'a pas dit zéro, on va voir le volume de tout ça, mais notre but c'est de descendre à un chiffre minimal du type 100 000 $. On est là-dessus», a souligné M. Bédard.

 
 

Pathétique prétexte à la privatisation des approvisionnements en santé

 
 

Léo-Paul Lauzon, professeur science comptable UQÀM

Les péquistes, les libéraux et les conservateurs sont tous des idéologues capitalistes invétérés qui privilégient, souvent pour servir leurs propres intérêts, le privé et ses affairistes au détriment du service public et du véritable bien commun.

Le parti québécois est le plus hypocrite des trois en se drapant toujours de l’habit social-démocrate, même s’il est aussi pire et dangereux que les autres pour le monde ordinaire.

Ne voulant pas inquiéter outre-mesure les possédants, le PQ a vite reculé sur sa promesse de les taxer un peu plus (il s’en est même excusé auprès d’eux pour avoir troublé leur quiétude) alors que, même si ce n’était nullement prévu durant sa campagne électorale et qu’il n’y avait à cet effet rien dans son programme politique, le PQ, comme à son habitude, a sauvagement et sournoisement coupé dans les budgets des garderies, des assistés sociaux, de la santé, des infrastructures, etc.

Pauline Marois ne s’inquiète nullement du sort des mal pris de notre société et du bien commun. Toujours la même recette ignoble : sous-financer à l’os les services publics à la population pour mieux les privatiser par après, même à l’encontre de la volonté des gens. Faut bien entretenir les contacts privilégiés et engraisser les amis. C’est pas le monde ordinaire qui va les faire vivre et les inviter dans les clubs privés.

Le CHUM et le CUSM privatisent en catimini leur service des achats à des étrangers

Sans aucune consultation et aussi sans aucune transparence, le PQ vient d’entériner l’œuvre des libéraux entamée en 2012, soit de privatiser en secret, comme c’est toujours le cas, le service des achats de ces deux hôpitaux montréalais. Ben non, les employés de l’État ne peuvent pas opérer un simple service des achats même s’ils l’ont toujours fait. C’est trop compliqué pour eux. Faut donc faire appel au génie et à l’expertise du privé.

Allô concurrence du secteur privé, il n’y a eu qu’un seul soumissionnaire acceptable pour s’approprier ce juteux contrat de 40 millions$, en l’occurrence la multinationale américaine Cardinal Health. Et le PQ qui se prétend un parti souverainiste. Encore un mensonge de ce parti inféodé aux gros intérêts privés, nationaux ou étrangers, pas d’importance. Le parti québécois qui prétend donner préséance à l’éthique. Éthique mon œil.

Cardinal Health à la fois acheteur mais aussi fabricant de produits médicaux

Quelle heureuse coïncidence. Cardinal Health, qui offre ses services d’acheteurs et d’entreposage aux gouvernements, est aussi un grand fabricant d’environ 15 000 produits médicaux de toutes sortes par le biais de d’autres filiales. On appelle ça de la synergie.

Je vous vois venir avec vos gros sabots, vous pensez qu’il y a un gros risque de conflits d’intérêt et qu’encore une fois ce seront les contribuables québécois qui feront les frais de cette structure corporative bicéphale logée dans des paradis fiscaux dans laquelle les compagnies apparentées se vendront l’une à l’autre de nombreux produits médicaux par le biais de prix de transfert inter-compagnies tronquées? Mais le PQ, comme le PLQ, aime les partenariats public-privé (PPP) et la sous-traitance qui se font au détriment et aux frais des contribuables et des travailleurs et au profit des «entrepreneurs».

«

Ayoye! Méchants administrateurs, qui ne prévoient pas dans les plans un espace d’entreposage! Tout qu’un oubli, et on ne peut pas changer les plans, bien évidemment, et on ne peut pas louer un entrepôt ?
                                                     - Léo-Paul Lauzon

»

Faut privatiser selon les plans

Pour mieux rire du monde, les représentants de ces hôpitaux, qui ont opéré dans un huis clos le plus complet, ont servi ce niaiseux prétexte :

 «La sous-traitance de l’approvisionnement au privé est nécessaire car les plans du nouvel hôpital ne prévoient pas d’espace d’entreposage» (Le Devoir, 29 mars 2013). 

La fin justifie les moyens.

Et tous les prétextes sont bons, même les plus primaires, afin de privatiser à tout prix. Au moins, les administrateurs de l’hôpital auraient pu être plus subtils dans leur argumentaire. Mais, faut pas trop leur en demander. Le PQ a-t-il pensé à sous-traiter ces gestionnaires?

Cardinal Health a été reconnue coupable de pratiques commerciales anticoncurrentielles aux États-Unis et a dû débourser des centaines de millions aux autorités américaines. Les administrateurs trop pressés de privatiser les achats à tout prix n’ont pas vérifié les antécédents juridiques de Cardinal. De toute façon, ils ne voulaient pas voir et ne voulaient pas savoir.

Leur idée était faite. Bande de petits arrivistes va.

Et le tata de ministre péquiste de la santé Réjean Hébert qui réplique en disant que ça ne concerne pas la filiale canadienne, seulement la compagnie-mère et les autres filiales. À la fois hypocrite et minable. En termes d’éthique, Réjean Hébert ce n’est pas mieux que Philippe Couillard, l’ex-ministre libéral de la santé.

L’innocence de la porte-parole du ministère de la santé

Dormez sur vos deux oreilles et reposez en paix car il n’y a aucun, mais absolument aucun danger à ce qu’il y ait un conflit d’intérêt au sein des filiales de Cardinal Health, soit celles qui produisent et celles qui achètent pour les hôpitaux publics.

La porte-parole du ministère de la santé du Québec, qui se prononce à peu près sur tout, Noémie Vanheuverzwijn, l’a dit : «Nous avons demandé des modifications pour assurer une parfaite séparation entre la distribution et les fournisseurs (Cardinal Health qui est à la fois acheteur, distributeur, entreposeur, fabricant, fournisseur, etc.)». Plus naïve que ça tu meurs. Je crois que madame Vanheuverzwijn répète fidèlement ce que ses boss lui ont suggéré de dire, quitte à servir des arguments pathétiques. Noémie et Réjean Hébert font la paire. Ben oui madame, on vous croit sur parole.

La filiale fabrication de Cardinal Health ne saura rien de plus que ses compétiteurs et ne jouira d’aucune information privilégiée, même si c’est sa sœur corporative qui est en charge des approvisionnements et de l’entreposage. La division fabrication de Cardinal Health ne sait pas ce que fait la division acheteuse. Oh, yeah!

Voulant à tout prix privatiser ce service à une firme étrangère bien branchée, on a fait ce délestage à l’insu du syndicat des travailleurs de ces deux hôpitaux et on ne les a surtout pas invités à présenter une contre-offre.

N’oubliez pas dans vos interrogations et vos réflexions spirituelles que sous-traitance rime avec working poors et accroissement des inégalités économiques, ce qui plait beaucoup aux élus et aux opportunistes de luxe.

En passant, madame la porte-parole du ministère de la santé, pourriez-vous nous dire en quoi consistent précisément les modifications que vous avez apportées au contrat pour obtenir une «parfaite» étanchéité entre les sections fabrication et approvisionnement de la même entité?

Sources:
Agence de presse: L
a Presse Canadienne/Canadian Press Enterprises propriété de CTVglobemedia, Torstar et Power Corporation of Canada
Journaux:
Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc., La Presse/Gesca pour Power Corporation of Canada, Le journal de Montréal pour Quebecor

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 12 avril 2013

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Notes & Références encyclopédiques:

01
 

À propos du Centre hospitalier de l'université de Montréal (CHUM) et le Centre universitaire de santé McGill (CUSM)

 

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02
 

À propos de la multinationale Cardinal Health et Carefusion Switzerland- Sur MétéoPolitique

 

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03

À propos du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine CHUSJ

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04
 
 
 
 
 

Rapport du Vérificateur général du Québec

Rapport spécial portant sur la vigie relative aux projets de modernisation des centres hospitaliers universitaires de Montréal - Année 2010 / 2011

  PDF 38 pages

 
 
 
 
 

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  Guillaume Hébert: Vers des cuisines

Rapport Vers la sous-traitance des services alimentaires CHUM/CUSM

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