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Privatisation de la production hydroélectrique québécoise - Région du Bas Saint-Laurent
La lutte pour sauver la chute des Trois-Pistoles

C'est en 2000 que le projet d'harnacher la chute "Renouf" de la rivière des Trois-Pistoles pour en faire profiter une compagnie privée voit le jour.  Ce projet faisait partie des premiers cas de privatisation de la production hydroélectrique du Québec depuis sa nationalisation en 1964.  

Les Ami(es) de la rivière des Trois-Pistoles étaient déjà à l'oeuvre pour s'opposer au projet et au début de 2001 avait fait circuler une pétition comprenant 900 signatures.  Le groupe s'était joint à la Coalition québécoise pour une gestion responsable de l'eau - Eau Secours! et son programme "Adoptons une rivière".   La démarche du groupe sut attirer de jeunes gens de la région pour qui la protection de l'environnement faisait partie de leurs priorités.  Ci-dessous un portrait d'un de ces jeunes, Mikaël Rioux qui s'inscrit dans la lutte pour sauver la chute "Renouf" de la rivière des Trois-Pistoles.

 

Le 18 octobre 2002, Mikaël Rioux est là, suspendu dans le vide. Alors âgé de 26 ans et aidé d'amis, il s’installe au-dessus de la rivière Trois-Pistoles grâce à une tyrolienne.  Les images de son bivouac surplombant les chutes et le bassin du cours d’eau qu’il veut sauver d’une minicentrale hydroélectrique privée font le tour du Canada.  Récit d’un combat qui s'est échelonné sur une décennie.

 
 

Mikaël Rioux grandeur nature

 
 

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Le promoteur initial du projet qui a été définitivement abandonné en 2013 était l’ex-journaliste Jean-Marc Carpentier et sa société Grade Trois-Pistoles.  «Je revenais d’un séjour de deux ans aux Îles-de-la-Madeleine où j’étais guide de kayak. J’avais entendu parler du projet par le neveu du promoteur.   À mon arrivée, j’ai vu les travaux déjà entrepris, on avait rasé des arbres pour faire un chemin menant aux abords de la rivière. J’ai eu une réaction d’autodéfense.»

Selon l’environnementaliste, Jean-Marc Carpentier devait identifier les rivières potentielles pour de petits barrages au compte d’Hydro-Québec.  «Ici, il a trouvé une rivière dont les droits hydriques n’étaient pas détenus par la société d’État.  Il les a acquis pour 50 ans et a entrepris d’y construire un barrage et une centrale.»

 
 

LA RIVIÈRE

 
 

Rencontré en décembre 2017 dans sa maison de la rue de la Grève à Notre-Dame-des-Neiges où il est revenu s'installer après un passage de cinq ans dans la métropole, Mikaël Rioux pose un regard lucide sur ce combat. 

Quinze ans plus tard, sa tignasse hirsute est toujours aussi dense, mais plus grisonnante.  De son côté, la rivière Trois-Pistoles, elle, coule librement et sans embâcle.

«Les projets similaires sont presque tous tombés, nous sommes en surplus énergétique et les seuls qui ont fait de l’argent ce sont les firmes d’ingénieurs. On a vu ce que c’était que des firmes d’ingénieurs avec la Commission Charbonneau», lance-t-il sourire en coin.

La journée est froide, glaciale même.  Il s'installe dos au poêle à bois. Alors que le feu crépite, un pygargue à tête blanche passe devant l'une des fenêtres.  L'environnementaliste se lance à l'extérieur, heureux de cette brève rencontre.  Si ce kayakiste chevronné et passionné de plein air aime la nature, il faut admettre qu’elle le lui rend bien.

 
 

LE COMBAT

 
 

Mais en 2002, Mikaël, qui n’a pas plus d’expérience en escalade qu’en militantisme, s’apprête à jouer un rôle qui le définira comme activiste-écologiste.  «J’étais naïf. Si j’avais su dans quoi je sautais, que ça ne serait pas un mois, mais 10 ans, j’aurais certainement eu le vertige… mais je l’aurais fait.»

À son retour dans les Basques, il rencontre Marcel Desjardins et Linda Lanthier des Ami(e)s de la rivière déjà impliqués dans le dossier.  «Je croyais naïvement que lorsque la population réaliserait que les retombées étaient minimes, que la rivière se trouvait privatisée, qu’elle contesterait elle aussi le projet», raconte Mikaël.

Timidement, la mobilisation s’organise.  À la suite d’une manifestation, le jeune homme s’inspire d’un article portant sur une activiste américaine qui a passé 738 jours dans un arbre pour contrer le déboisement d’une forêt.

Ci-dessus, le tipi du campement de Mikaël Rioux et les attaches du système de tyrolienne,
par un lendemain de tempête de neige

 
 

LE CAMPEMENT

 
 

Mikaël Rioux cible alors un cap à dynamiter situé à proximité du pic rocheux. 

L’idée est d’installer un campement pour en empêcher les travaux.  Une rencontre fortuite viendra donner une tout autre dimension à son projet. 

«J’ai rencontré une amie que je n’avais pas vue depuis 10 ans dont le chum arrivait d’escalade au Groenland.  D’où l’idée de la tyrolienne, même si j’ai le vertige !», lance en riant l’écologiste.

Mikaël Rioux devant le tipi du campement de résistance à la destruction de la chute Renouf sur la rivière des Trois-Pistoles

Le 17 octobre, Mikaël Rioux et ses amis campent sur le site.  «Après avoir installé les cordages, il m’a donné un cours technique 101 sur comment m’accrocher aux poulies.  Un communiqué de presse a été publié et le samedi matin, les journalistes et les camions satellites arrivaient sur le site.»

Les images de Mikaël suspendu au-dessus de la rivière, face aux chutes, font rapidement le tour du pays. Les entrevues se succèdent, mais si le nombre d’opposants augmente, avec le temps, les médias délaissent le dossier.

 
 

MÉDAILLE

 
 

Alors que Mikaël Rioux alterne son temps entre la tyrolienne et le tipi installé au sommet de la paroi rocheuse et qu’il doit combattre un froid mordant, il reçoit un appel totalement inattendu.  À l’été 2001, en compagnie de deux amis, il a sauvé la vie de deux enfants de la noyade, le gouvernement du Québec lui décerne donc à lui et ses amis Jonathan Mercier St-Hilaire et Sébastien Côté la médaille du Civisme.  Quitter la rivière pour un honneur individuel ?  C’était bien mal le connaitre.

«Le lendemain Richard Desjardins est venu me voir avant un spectacle à Rimouski.  Je lui ai demandé ce qu’il ferait avec ça et il m’a répondu qu’il la refuserait sur place, que c’était la meilleure occasion de ramener la rivière à l’avant-scène.»

 

Remise de la médaille du Civisme par le ministre Rémi Trudel aux trois héros
 Au Salon rouge de l'Assemblée nationale du Québec la cérémonie a lieu le 18 novembre 2001

 

Mikaël Rioux, Linda Lanthier et Richard Desjardins

Lors de la cérémonie officielle tenue à l'Assemblée nationale, Mikaël Rioux annonce à la surprise générale qu'il acceptera la récompense seulement si le gouvernement consent à sauver la rivière.  Richard Desjardins a vu juste, son geste d'éclat ne passe pas inaperçu.

Huit jours plus tard, le gouvernement péquiste annonçait que dans le cadre de la politique nationale de l'eau, il mettait un terme au programme des petites centrales privées au Québec.

note du webmestre: La décision du premier ministre Bernard Landry et de André Boisclair ministre de l'Environnement était une astuce électorale.

 Les élections étaient prévues pour mars 2003, ils ont mis le programme sur la glace et dédommagé Carpentier (un ami personnel de Bernard Landry) pour toutes les dépenses engagées, pour 3.6 millions$, mais n'ont pas abrogé le programme.  Ce qui permit au Parti Libéral du Québec de le reprendre sans devoir repasser devant l'Assemblée nationale du Québec).

 
 

AUJOURD’HUI

 
 

Le projet qui aura connu trois moutures différentes a finalement été abandonné 10 ans et un référendum plus tard.  «Le début de la Commission Charbonneau, ça commence un peu ici.  Le copinage entre les gouvernements et les firmes d’ingénierie qu’on récompense à coup de mini barrage, c’est ça.»

Après la rivière Trois-Pistoles, l’activiste s’est fait remarquer dans la lutte au projet de centrale thermique du Suroît, où en pleine conférence de presse d’André Caillé, alors PDG d’Hydro-Québec, il lui a versé un verre d’eau sur la tête. 

On l’a aussi revu ici, à Cacouna parmi les manifestants ou sur le fleuve, à surveiller les travaux de sondage dans les différents projets gazier et pétrolier de TransCanada.  Il a mis fin à son association avec Greenpeace en juin 2017.

«J’ai fait un "burnout", j’étais tanné. Je fatigue à Montréal, je n’ai pas réussi à m’habituer. Nous avions des visions opposées. Je privilégie les initiatives locales et Greenpeace ne comprend pas bien la réalité des régions.»

Aujourd’hui, il ne s’en cache pas, il est fier du combat mené.  Mais l’activiste ne cache pas qu’il y a une face cachée à son militantisme.

«J’ai appris à la dure sur le terrain avec une radio poubelle de Rivière-du-Loup qui me rentrait dedans.  Ça a été plus difficile pour ma famille.  On m'a décrit comme le représentant du Plateau Mont-Royal.  C’est un petit milieu ici, je me suis fait dévisager.  Mais au final, il n’y a pas de barrage et c’est ce que je retiens.»

 
 

ÉCHO-FÊTE

 
 

De son opposition au projet de la rivière Trois-Pistoles découle le premier festival environnemental Écho-Fête, lancé en 2003 et qui a été présenté jusqu’en 2015.  

«On voulait démontrer que l’environnement peut générer non seulement des revenus, mais des retombées positives, susciter de l’intérêt et faire découvrir notre région. (…)

Des gens sont venus s’établir ici.  Quand 7 ou 8 000 personnes débarquent à Trois-Pistoles, il y a un impact certain», souligne Mikaël Rioux.

Source: Les éditions Info-Dimanche inc. pour Gestion Hebdos ltée., propriété de Hugo et Caroline Levasseur et de Martin Morissette

Choix de texte, photos, commentaires, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 7 janvier 2018

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Saint-Joachim: une dénationalisation partielle d'Hydro-Québec, au profit d'Yvan Dupont

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Notes & Références encyclopédiques:

 

Notes & Références encyclopédiques:

premier cas de privatisation de la production hydroélectrique du Québec...

 

L'histoire d'Hydro-Québec (nationalisation et dénationalisation de la production hydroélectrique)

 

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Le promoteur initial du projet...

 

Jean-Marc Carpentier

Jean-Marc Carpentier. Physicien de formation, il est actif dans le secteur de l’énergie depuis plus de trente-cinq ans.

Pendant toutes ces années, il a agi aussi bien à titre de communicateur spécialisé en énergie, que d’expert technologique et d’analyste en stratégie et en politique énergétique.   Au fil des ans, Jean-Marc Carpentier a assumé de nombreux mandats pour le ministère des Ressources naturelles du Québec ainsi que pour Hydro-Québec, Gaz Métro, la Régie de l’énergie du Québec et l’Association québécoise pour la maîtrise de l’énergie. En décembre 2004, il a été un des six experts mandatés par le gouvernement du Québec pour lancer la commission parlementaire qui devait conduire à l’élaboration de La stratégie énergétique du Québec 2006-2015. Il a aussi été membre du Conseil d’administration de l’Agence de l’efficacité énergétique du Québec de 2004 à 2007. Depuis il a perdu toute crédibilité de neutralité scientifique. Il a été propriétaire d'une entreprise de production d'électricité à Trois-Pistoles dans le Bas Saint-Laurent. Le gouvernement du Québec l'a dédommagé de 3 millions de $ pour qu'il renonce à construire le barrage dont il avait les droits. Il est maintenant devenu un vulgarisateur mercenaire à la solde du lobby du gaz et du pétrole.  Il est aussi copropriétaire de l'aéroport controversé de Neuville dans la région de Québec.  Radio-Canada continue à l'embaucher comme s'il était toujours journalistes, lui que l'on retrouve au conseil d'administration d'une compagnie qui vend des films dans les hôtels InnVue inc. Que des films scientifiques, ...nous extrapolons, bien sur.... Note de JosPublic

 

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Le groupe s'était joint à la Coalition québécoise pour une gestion responsable de l'eau...

Histoire de la Coalition et le Comité rivière et la privatisation de la production hydroélectrique par des minicentrales.

 

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On m'a décrit comme le représentant du Plateau Mont-Royal....

 

Détester le Plateau Mont-Royal (un arrondissement de Montréal). À en croire une tranche de la population, si une administration municipale n’est pas en train de déneiger un nid-de-poule afin de le boucher, elle gaspille notre argent.  Par Mathieu Charlebois, Sur le magazine l'Actualité, le 16 juillet 2014

 

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